Vent de fronde à Sciences-Po (La Tribune)

http://www.latribune.fr/carrieres/formation/20090409trib000365489/vent-de-fronde-a-sciences-po.html

Le système Descoings en question … et en quelques chiffres :

« De fait, les 230 enseignants et chercheurs permanents pèsent peu face aux 2.700 intervenants extérieurs. Et le recrutement prévu de trente enseignants-chercheurs supplémentaires d’ici à 2013 ne suffira pas à rétablir l’équilibre.

Pour les universitaires, croissance et réformisme à tous crins favorisent « l’opacité, l’anonymat, donc la hiérarchie ». En privé, les langues se délient et évoquent un système autocrate où la concertation n’a pas sa place. « L’administration a le monopole de la définition et de la construction des programmes », déplore un professeur. Il y a aussi le décalage entre les vacataires et les 700 salariés de la fondation aux contrats de droit privé et les enseignants-chercheurs rémunérés – faiblement – par l’Etat.

Selon un document de 2005 que La Tribune s’est procuré, Richard Descoings, haut fonctionnaire détaché, pointe par exemple à 17.500 euros brut mensuels, son épouse, directrice adjointe, à plus de 7.000 euros, d’autres à 5.000 euros. Des salaires jugés exorbitants comparé à ceux qui prévalent dans les universités où les présidents culminent péniblement à 4.000 euros bruts. A cela s’ajoute des modulations de services et des primes discrétionnaires entretenant le silence.« 

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On a testé pour vous : les réformes de la recherche et de l’université : Lettre ouverte des élus doctorants de Sciences Po

On a testé pour vous : les réformes de la recherche et de l’université !
Lettre ouverte des élus doctorants de Sciences Po

L’Assemblée générale des étudiants, doctorants et chercheurs de Sciences Po, réunie le 26 mars 2009, a décidé de communiquer au plus grand nombre la lettre ouverte adressée le 19 mars par les élus doctorants à MM. Descoings, Latour et Weil, respectivement directeur de Sciences Po, directeur scientifique de Sciences Po et directeur de l’école doctorale.
Cette mobilisation fait suite à un scandale qui n’est pas sans rappeler ce qui se fait par ailleurs, ou est en train de se mettre en place dans l’université française, Sciences Po étant de fait le laboratoire des réformes en cours dans l’enseignement supérieur.
Ainsi, un courrier de M. Weil a signifié, le 17 mars dernier, aux directeurs de thèse de Sciences Po que leurs étudiants en 3ème année ou plus devaient avoir soutenu avant le 31 décembre 2009, sous peine de radiation.
Une lettre ouverte a été adressée par les élus à MM. Descoings, Weil et Latour pour protester tant sur le principe que sur les procédés de cette annonce. Non seulement la rétroactivité apparaît-elle scandaleuse dans son contenu (comment imposer une norme à des doctorants ayant déjà commencé leurs travaux sous d’autres conditions ?), mais également dans sa forme, puisque cette mesure a été prise sans concertation avec les parties concernées (étudiants comme professeurs) et de manière arbitraire.  Le vocabulaire employé dans la lettre de M. Weil offense en outre les doctorants, et met en lumière la conception toute manageriale et comptable que se fait la direction du rôle de l’Ecole doctorale. Il s’agit là d’un bel exemple d’une direction d’établissement universitaire toute puissante. C’est vers ce modèle que nous mène la LRU.
La mobilisation à Sciences Po peine aujourd’hui à se développer, et est essentiellement portée par les doctorants et les étudiants (nous plafonnons à environ 120 personnes en AG). Les enseignants-chercheurs sont peu nombreux à être mobilisés.
Deux des principales raisons à cela résident directement dans le type de gestion qui a cours à Sciences Po. La première est la crainte d’être mal vu d’une direction dont chacun connaît le pouvoir. Ainsi de nombreux étudiants ayant participé à l’occupation de Sciences Po ont déjà été l’objet de menaces personnelles par la direction. La seconde est la très grande difficulté à créer un mouvement collectif de grande ampleur dans un établissement où plus de 90% des enseignants sont vacataires. Dans un tel contexte une grève des enseignants titulaires est vouée à l’invisibilité.
Considérant que les méthodes et principes mis en œuvre par la direction de l’école doctorale de Sciences Po sont ceux qui régissent les réformes en cours dans l’université et la recherche, l’Assemblée générale des étudiants, doctorants et chercheurs de Sciences Po invite le plus grand nombre à prendre connaissance de la lettre ouverte des élus doctorants, et à soutenir cette mobilisation en y apportant leur signature au lien suivant : http://www.ipetitions.com/petition/ecoledoctoralesciencespo/

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Messieurs les Directeurs,
Nous, représentants élus des doctorants au Conseil de l’Ecole doctorale de Sciences Po, déplorons le peu de cas qui est fait, dans notre établissement, de la recherche et de la formation à la recherche.
Le dialogue entre la direction et les représentants des doctorants est, semble-t-il, tenu pour inutile voire nuisible. Un courrier a été envoyé le 17 mars 2009 aux directeurs de thèse, leur enjoignant de faire soutenir avant le 31 décembre 2009 leurs doctorants de troisième année et plus. L’obligation d’écrire une thèse en trois ans est imposée de manière RÉTROACTIVE (nous n’avons pas commencé nos thèses en ayant cet impératif à l’esprit) et ne tient compte qu’à la marge des situations individuelles. Cette mesure a été prise sans concertation aucune et dans le secret. Elle contredit les propos tenus aux représentants par la direction.
Cette lettre utilise, en outre, un langage choquant et tient les doctorants pour quantité négligeable, qualifiant ceux qui ont atteint ou dépassé leur troisième année de « stock d’étudiants en difficulté » dont il est nécessaire de faire un « inventaire ». Opacité, mépris, violence verbale : telles sont les méthodes employées par la direction de l’Ecole doctorale.
Il convient de rappeler ce qui semble être une évidence : il n’existe pas d’école doctorale sans doctorants. Ceux-ci contribuent au rayonnement national et international de Sciences Po par leurs parutions, par leurs articles, par leurs participations à des colloques et par leurs enseignements, tant à l’IEP que dans d’autres universités.
La mobilisation nationale contre les réformes de l’université et de la recherche connaît un succès évident parmi les étudiants. Ils témoignent ainsi de leur attachement à la recherche en sciences humaines et sociales menée par les doctorants, par les chercheurs et par les enseignants-chercheurs des divers laboratoires de Sciences Po.
Sciences Po a pour ambition de s’inscrire en tête des grands classements internationaux des universités. Pourtant, la plupart des enseignements de Sciences Po ne sont dispensés, dans leur très grande majorité, ni par des titulaires, ni par des universitaires. L’établissement aurait pourtant beaucoup à gagner d’une politique de recrutement privilégiant la titularisation d’universitaires, ne serait-ce qu’en permettant d’augmenter le nombre de publications par des chercheurs titulaires de Sciences Po, et d’améliorer ainsi sa place dans les dits classements.
Par ailleurs la politique actuelle de recrutement des enseignants pénalise directement les jeunes docteurs de Sciences Po. En ne recrutant pas, ou très peu, de chercheurs et d’enseignants issus des universités françaises, Sciences Po se met de fait à l’écart de la communauté universitaire. Les doctorants sont les premiers à pâtir de cet isolement, l’université étant le débouché naturel des jeunes docteurs de Sciences Po.
Aussi nous, chercheurs formés à Sciences Po, sommes victimes de la singularisation croissante de Sciences Po sur la scène universitaire nationale, et connaissons des problèmes toujours plus importants de recrutement, sans que l’établissement semble se soucier de notre avenir. A de nombreux égards, nous faisons figure de déclassés d’élite, paradoxalement désavantagés en termes de débouchés par rapport aux docteurs issus des autres établissements universitaires français.
C’est pourquoi nous demandons :
– Le retrait immédiat et sans conditions de la mesure rétroactive sur la durée des thèses ;
– Une politique de recrutement de Sciences Po, ouverte et ambitieuse : création de postes de maîtres de conférence, de chercheurs titulaires et d’ATER, ouverts à tous les candidats ;
– Une augmentation du nombre de financements de thèse ;
– Une concertation sur les débouchés des chercheurs formés à Sciences Po et le problème de leur recrutement dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Nous demandons l’ouverture, enfin, d’un grand débat sur l’avenir de la recherche et des chercheurs à Sciences Po, qui associe l’ensemble des acteurs concernés.

Nous vous prions, Messieurs les Directeurs, de bien vouloir entendre le désarroi et la perplexité qui montent dans les rangs de vos personnels et étudiants chercheurs.
Claire MARYNOWER
Jules NAUDET
Adrien FAUVE
Florent BONAVENTURE
Catherine HOEFFLER

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Voici le texte de la lettre de Philippe Weil, envoyée le 17 mars 2009 aux directeurs de thèse de Sciences Po :
« Chers collègues,
Depuis deux ans, Sciences Po ouvre la période des inscriptions administratives en ligne dans les premiers jours du mois de juillet. Ce nouveau calendrier nous impose d’avoir arrêté dès le 15 mai prochain la liste des doctorants qui seront autorisés à renouveler leur inscription administrative en 2009-2010.
Cette liste est établie par le comité de thèse compétent et est soumise, sous l’autorité du directeur de l’Ecole doctorale, au directeur des études doctorales de la discipline concernée.
Conformément aux dispositions sur l’encadrement de la durée des thèses qui ont été adoptées en juin 2008 par le comité exécutif de l’Ecole doctorale (je joins à ce message le document qui vous avait été transmis alors), je me permets de vous rappeler qu’un doctorant actuellement en 3ème année de thèse ou au-delà doit avoir achevé sa thèse avant la fin de l’année scolaire 2008-2009 (et la soutenir avant le 31 décembre 2009). Une année de prorogation peut être exceptionnellement accordée par le directeur des études doctorales dont il relève sur demande motivée du directeur de thèse. Cette année de prorogation sera la seule dont pourront bénéficier les doctorants actuellement en 4ème année de thèse ou plus.
Pour mémoire, les doctorants en histoire préparant le concours d’agrégation disposent de droit d’une année supplémentaire par rapport au dispositif énoncé ci-dessus.
J’attire votre attention sur l’importance capitale pour vos étudiants de la demande de prolongation de thèse. Celle-ci doit être effectuée par le directeur de thèse auprès du directeur des études doctorales avant le 15 avril 2009. Il incombe ainsi aux directeurs de thèse de faire avant cette date l’inventaire de leurs doctorants en difficulté et de discuter avec eux de leur avenir. La demande de prorogation doit s’appuyer sur les problèmes rencontrés par le doctorant (par ex. terrain compliqué, accès difficile aux archives) et reposer sur des indications concrètes qu’il existe une probabilité significative qu’une prorogation permettra d’achever la thèse durant l’année supplémentaire dont il est fait demande. En l’absence de ces éléments concrets, une prolongation de thèse ne serait ni dans l’intérêt du doctorant ni dans celui de son directeur de thèse.
Je suis conscient de la charge que vous impose ce nouveau dispositif mais son seul but est d’aider et d’encourager les doctorants à progresser rapidement. La charge qu’il représente devrait s’alléger au fur et à mesure que le stock d’étudiants en difficulté se réduira. Je vous remercie d’avance de de votre coopération. Sachez que toute l’équipe de l’Ecole doctorale est à votre disposition pour vous fournir l’aide dont vous pourriez avoir besoin.
Très cordialement,
Philippe Weil »

Plateforme de revendication Science-Po Paris (17 février)

Plate-forme de revendications votée en AG ce matin par la coordination regroupant doctorants, chercheurs, ingénieurs de recherche et personnel administratif, enseignants-chercheurs et étudinats de Sciences Po Paris.
Un comité de mobilisation se réunit vendredi pour décider des actions à mettre en place dès lundi 23 février, date de reprise des cours à Sciences Po.
TEXTE DE LA PLATE-FORME DE REVENDICATIONS:
L’Université connaît aujourd’hui une mobilisation sans précédent à laquelle doctorants, chercheurs, ingénieurs de recherche et personnel administratif, enseignants-chercheurs et étudiants de Sciences Po souhaitent prendre une part active. Sciences Po est à bien des égards un établissement privilégié (la dotation financière par élève de cet établissement est particulièrement élevée) et il est vrai que Sciences Po a beaucoup à escompter des politiques actuelles. Néanmoins, cet établissement étant de fait le laboratoire expérimental des « réformes » en cours, nous avons pu être témoins des dangers que représentent ces « réformes »: pouvoir accru du directeur d’établissement y compris sur les choix scientifiques, poids croissant des frais de scolarité dans le financement de l’établissement et recours important à des enseignants non titulaires (à hauteur de 90% des effectifs).
C’est pour cela que, en accord avec la coordination nationale des universités,   l’Assemblée Générale rassemblant des doctorants, chercheurs, ingénieurs de recherche et personnel administratif, enseignants-chercheurs et étudiants de Sciences Po s’associe aux mobilisations en cours et demande :
–          le retrait de la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré
–          le retrait du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs
–        le retrait du projet de contrat doctoral
–        la reconnaissance du rôle central du CNRS en tant qu’opérateur de recherche dans l’ensemble des champs disciplinaires
–       la relance de l’emploi scientifique sous forme de postes permanents pour toutes les catégories de personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche
Les projets de « réformes » prétendent lutter contre le localisme et le clientélisme, ce qui est un objectif qui nous semble parfaitement légitime. Si nous n’approuvons pas le statu quo, nous ne souhaitons cependant pas que le pouvoir du président d’université se substitue aux logiques collégiales.
Nous insistons également sur la situation des doctorants : nous nous opposons catégoriquement à la diminution du nombre de financements doctoraux, à la suppression des « post-docs » au CNRS et à leur diminution dans d’autres institutions, ainsi qu’à la mise en place du projet de contrat doctoral, qui fragilise la situation des doctorants et les mobilise comme force de travail polyvalente et peu onéreuse au service aussi bien des universités que des entreprises.
Nous nous opposons aussi au démantèlement du CNRS, organisme très performant, et à sa transformation en agence de moyens.
Ces « réformes » sont le produit d’une volonté plus globale de créer un marché européen de la formation, calqué sur un « modèle » américain fantasmé. Or nous croyons que la recherche se fait d’abord dans la collaboration et l’émulation plutôt que dans une mise en concurrence sauvage, qu’elle soit nationale ou internationale.
La résistance des étudiants, des doctorants, des chercheurs et des universitaires n’est pas corporatiste. Elle défend la liberté de la science, aussi importante que celle de la presse ou de la justice. Elle rejoint la protestation des personnels de la santé, de la justice, de la culture et de l’éducation nationale, eux aussi soumis aux modes de gestion managériale et néo-libérale, et révoltés par la destruction de leurs métiers respectifs au nom de la productivité financière.
Ces « réformes » s’inscrivent en effet dans un vaste chantier de casse des services publics par la mise en concurrence, la précarisation des personnels et l’implantation d’une logique purement financière.
En conséquence, l’AG s’associe aux actions engagées et appelle les étudiants et le personnel (enseignant et non-enseignant) à rejoindre la mobilisation déjà engagée dans de nombreuses universités.

COMMUNIQUE DU CERI/SciencesPo

COMMUNIQUE DU CERI/SciencesPo (UMR 7050 du CNRS) ASSEMBLEE GENERALE DU 11 FEVRIER 2009

Le personnel du CERI réuni le 11 février 2009 en assemblée générale affirme sa participation au mouvement de protestation nationale contre les réformes déjà mises en œuvre ou envisagées dans l’enseignement et la recherche, et tout particulièrement contre la réforme du statut d’enseignant-chercheur et le démantèlement du CNRS.
Le CERI tient à s’associer à l’émotion ressentie par l’ensemble de la communauté scientifique face au discours du Président de la République du 22 janvier et au mépris dont il a témoigné à l’égard de celle-ci.
Le CERI considère que Sciences Po., membre de la communauté académique, se doit d’être partie prenante à ce mouvement et appelle l’ensemble des personnels de l’établissement à contribuer à son amplification.
Le CERI souligne le lien fort qui existe entre la situation que connaît d’ores et déjà Sciences Po et ce qui tend à se mettre en place au niveau national. Il en est ainsi d’un présidentialisme managérial que l’évolution de l’université, telle que projetée, tend à généraliser, tout comme des modalités de recrutement et d’évaluation.
Face à cette situation, il nous paraît indispensable de défendre l’indépendance des métiers du savoir et d’affirmer le laboratoire
comme le lieu naturel de l’exercice de nos métiers (chercheurs, enseignants-chercheurs, accompagnateurs de la recherche, doctorants, post-docs).
Aussi le CERI appelle t-il à une réflexion collective de l’ensemble des personnels de Sciences Po concernant l’exercice des métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur, le recrutement, l’évaluation, la carrière, le statut des enseignants-chercheurs et des chercheurs, les possibilités offertes aux doctorants et aux postdocs ainsi que la gouvernance au sein de l’établissement. Le CERI souligne l’importance à ses yeux de la collégialité et de la pleine inscription de Sciences Po dans la communauté académique et dans le champ des sciences sociales.
En conséquence, le CERI:
1.      décide un moratoire du laboratoire sur toutes les expertises de l’ANR et de l’AERES  voté à l’unanimité
2.      demande au directeur du CERI, face aux propos tenus par le Président de la République, d’exprimer ses réticences à apporter l’expertise du centre aux administrations  voté à l’unanimité
3.      se déclare laboratoire en lutte  voté à l’unanimité.