Communiqué CDIUFM (18 Mai)

Communiqué de presse
Lundi 18 mai 2009
Réforme du recrutement et de la formation des enseignants : RECUL ou AVANCÉE ?
UN RECUL …
La Conférence des directeurs d’IUFM se félicite de voir les étudiants lauréats des concours de recrutement d’enseignants en 2010 entrer directement dans la vie professionnelle avec un salaire de fonctionnaire stagiaire. Si les concours sont maintenus à l’identique à Bac + 4, il est logique en effet que l’entrée comme salarié dans la fonction publique enseignante continue de suivre immédiatement la réussite au concours. Les étudiants (et leurs familles) ont tout lieu d’en être satisfaits.
… OU UNE MARCHE FORCÉE ?
En revanche, les futurs enseignants ont tout lieu d’être inquiets car ils seront mis en poste immédiatement après le concours, accompagnés par un ersatz de formation professionnelle, pompeusement baptisée « formation continuée en cours d’emploi ».
Force est de constater qu’il n’y aura rien à « continuer » : il s’agira de commencer la formation professionnelle ; et il s’agira de la commencer en cours d’emploi, ce qui signifie en situation d’urgence, donc dans de mauvaises conditions et en un temps très limité. Ce qui est subtilement présenté comme un recul ministériel est en fait l’avancée d’une année de la mise en place du projet de réforme prévu et de sa mesure la plus contestable : la suppression pure et simple de l’année de formation professionnelle des futurs enseignants.
C’est bien toute authentique formation professionnelle qui est aujourd’hui supprimée, risquant de mettre en grande difficulté ces futurs professeurs et, à travers eux, les élèves qui leur seront confiés.

POUR UNE VERITABLE AVANCÉE
C’est pourquoi la Conférence des directeurs d’IUFM en appelle solennellement aux ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour qu’ils rendent aux futurs professeurs l’année d’authentique formation professionnelle qui leur est supprimée.

Conférence des directeurs d’IUFM

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Que reste-t-il de la masterisation ?

Point de vue de Patrick Baranger, président de la CDIUFM à lire sur EducPros.

Extrait :

« Cette année de confusion a-t-elle des conséquences sur les candidatures aux concours de l’enseignement ? Nous avons le sentiment que les vocations sont moins nombreuses que les années précédentes, mais est-ce que les étudiants diffèrent leur inscription ou ont-ils opté pour un plan B ? Je les entends dire que c’est compliqué pour eux et beaucoup se demandent s’il ne faut pas attendre un an de plus. Pour autant, même si rien ne change cette année, il faudra quand même régler le sort des étudiants inscrits en M1 qui passeront un concours en 2010. Tous les cas de figure ne sont pas résolus aujourd’hui.

Et comment la CDIUFM s’en sort-elle ? La mort annoncée des IUFM n’a pas eu lieu, contrairement à ce qui a pu être dit ici ou là. Mais cette année laissera des traces dans les universités, alors que l’heure a toujours été au dialogue avec l’appui de la CPU. La méthode employée est laminante. Les informations sont communiquées par strates successives, avec des fuites organisées. Finalement, vous n’avez plus aucune certitude et finissez même par vous demander si vous ne prenez pas vos désirs pour des réalités. Intellectuellement, c’est épuisant et très peu enrichissant. »

Lire la suite sur EducPros.

Entretien avec Patrick Baranger, Directeur de l’IUFM de Lorraine, Président de la CDIUFM

Entretien avec Patrick Baranger, Directeur de l’IUFM de Lorraine, Président de la CDIUFM
Propos recueillis par Françoise Clerc (Éducation&Devenir)
IUFM de Lorraine, 10 février 2009

Peux-tu nous dire où en est le processus d’intégration des IUFM dans les Universités ?

L’intégration n’est pas tout à fait achevée, par exemple dans les Antilles. Dans d’autres cas, elle vient simplement de se faire (Alsace, Corse). Le mode d’intégration est aussi variable d’un IUFM à l’autre. L’IUFM peut être une composante ordinaire de l’Université (Nancy, Grenoble, Lyon). Mais l’intégration peut aussi avoir été faite sur un mode plus conflictuel – parfois pour des raisons politiques, parfois à cause de mésententes personnelles. Les universités d’une région qui ne se sont pas entendues ont subi un arbitrage ministériel qui a imposé une solution, ce qui a pu engendrer des blessures (Bretagne, Nord-Pas de Calais, Orléans-Tours). Certains IUFM sont menacés de perdre leur indépendance pédagogique. Il arrive que l’IUFM soit plus « gros » en nombre d’étudiants que l’université d’accueil (Université d’Artois, Université de Cergy). Mais certaines composantes universitaires se sont senties assez proches des IUFM en raison de leur expérience de la formation professionnelle en alternance (médecine, pharmacie, écoles d’ingénieurs).
Le choix de ne pas respecter la configuration académique et d’avoir exigé un rattachement à une université particulière a entraîné des problèmes qui auraient pu être évités si l’on avait admis un rattachement aux PRES (Pôles de recherche et d’enseignement supérieur). Ceux-ci regroupent plusieurs universités sur une même région. Ce choix relève d’une posture idéologique qui consiste à mettre les IUFM sous tutelle pour briser « leur pédagogisme ». La dotation en moyens de formation qui sont mis au service de l’académie sont comptabilisés au titre d’une seule université. Dans certains cas, une convention a été signée en signe de bonne volonté. Mais il existe des situations où l’IUFM pourrait être « vendu à la découpe », les sites décentralisés étant donnés à d’autres universités. Le problème n’est pas résolu dans plusieurs régions (entre Poitiers et la Rochelle, Tours et Orléans, le Nord-Pas de Calais et l’université d’Artois)
Certains postes administratifs ont été répartis dans les services universitaires : il existait des doublons (par exemple dans le traitement financier des personnels, la gestion du patrimoine immobilier) et la masterisation va encore changer le fonctionnement administratif (notamment pour la gestion des stages, des ordres de mission etc.). Mais il est clair que dans certaines universités, l’IUFM apparaît comme un vivier de personnels potentiel. Les choix des enseignants-chercheurs ont été dans l’ensemble respectés. Ils sont restés dans leurs laboratoires. Lorsque l’IUFM disposait d’une équipe de recherche elle a été maintenue.

La masterisation de la formation des enseignants a subi une évolution curieuse. En juillet 2007, elle semblait recueillir un large consensus, y compris auprès des syndicats d’enseignants à condition qu’elle s’accompagne d’une revalorisation des carrières. Plus on avance dans le temps, plus l’opposition s’est affirmée jusqu’à devenir, ces derniers temps, un des points d’affrontement majeurs entre les universités, les enseignants et les deux ministères concernés. Peux-tu éclairer le sens de cette évolution ?

La conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM) a considéré que la masterisation était la juste reconnaissance d’un état de fait : la formation des enseignants s’étale déjà sur 5 ans minimum. Cet accord comportait des conditions : que le recrutement et ses incidences sur la formation soient réformés, que les concours soient révisés et que la formation reste le plus professionnelle possible, ce qui supposait un équilibre entre la dimension académique et la dimension plus proprement pratique de la formation. La conférence des présidents d’université (CPU) a accueilli l’idée de façon favorable. Les syndicats du second degré ont ratifié le protocole d’accord contre la revalorisation des débuts de carrière. Pour le premier degré, le SNUIPP s’est aligné. Seule l’UNSA a refusé sa signature. Certains jugent que le ministère employeur vise simplement à se décharger du soin de la formation sur les universités et que les changements sont purement motivés par des raisons budgétaires. Certaines dispositions sont encore floues. Par exemple, la conception du compagnonnage : les novices seront-ils dans la même classe que leur maître compagnon ou dans des classes différentes ? Ce n’est pas anodin car s’ils sont chacun dans une classe différente, on voit mal comment la maître compagnon pourra observer les pratiques du débutant et le conseiller utilement.
D’une manière générale les IUFM ont joué le jeu du désenclavement, quelle que soit la formule retenue dans le cadre réglementaire LMD, parcours ou spécialité.
Pour le premier degré, la formule souvent retenue est celle d’un master « Métiers de l’éducation et de la formation », regroupant de futurs professeurs d’école, des PLP (pour les enseignements professionnels) et des conseillers d’éducation. Les maquettes comportent des enseignements de didactique, des sciences de l’homme et des enseignements disciplinaires. Elle sont le fruit d’une collaboration entre des formateurs des IUFM, des équipes de discipline et les sciences de l’éducation. Elle peuvent donner lieu à une demande de co-habilitation. Par exemple en Lorraine la demande de co-habilitation est confiée à l’IUFM qui reste maître d’œuvre de la formation. Il s’agit dans ce cas particulier d’une spécialité « Enfance, éducation, enseignement » qui « s’efforce d’assurer l’équilibre et l’articulation entre trois grandes composantes de la formation, l’enseignement de savoirs théoriques et pratiques, les expériences professionnelles et leur analyse et l’initiation à la recherche en éducation dans une double perspective d’approfondissement des pratiques réflexives et d’ouverture vers d’autres champs professionnels ». Quelques universités (Poitiers, Bordeaux) tentent de proposer une structure analogue pour le second degré.
La formation des professeurs du second degré obéit à une autre logique, plus disciplinaire. Mais il faut d’abord remarquer que le schéma des épreuves des CAPES (qui les rapproche du concours CPE) fait la place la plus large aux épreuves dites professionnelles que nous ayons connue1 : à l’oral une épreuve de connaissance du système éducatif à fort coefficient et une épreuve pratique semblable à celle du CAPES interne. De plus, le ministère incite à l’introduction de questions d’épistémologie et d’histoire de l’enseignement et de la discipline. En revanche, les programmes concernant les contenus sont ceux des programmes du second degré et des classes post-bac. Le niveau des futurs enseignants dans le domaine des contenus restera donc celui qu’ils auront atteint en L3. L’agrégation devra également comporter une épreuve de connaissance du système. Les lauréats de l’agrégation auront vocation à travailler en terminale, classe préparatoire ou en premier cycle d’université. Mais pour le moment, il faut remarquer que ces changements n’ont fait l’objet d’aucun texte réglementaire et ont tous été annoncés soit par des discours soit par voie de communiqué de presse.
Quelques universités ont annoncé leur intention de déposer des projets de maquette, en provenance des composantes en partenariat avec l’IUFM ou par l’IUFM seul. Les maquettes réalisées pour le second degré partent des masters existants pour les adapter aux métiers de l’enseignement, soit en créant une mention, soit en demandant une habilitation nationale pour une nouvelle spécialité, soit encore en créant localement un parcours nouveau. Le plus souvent les universités se contentent de créer un parcours en intégrant de la didactique, la connaissance du système éducatif et l’encadrement des stages.
Mais les résistances ne cessent de s’affirmer. Les disciplines telles que les lettres, les langues, l’histoire, dont les débouchés autres que l’enseignement sont restreints, craignent de voir se vider leurs masters recherche. Des associations de spécialistes ont donné des consignes pour ne pas répondre à l’appel d’offre : philosophie, espagnol, histoire. Trois situations existent actuellement2 :
* quelques départements d’université n’ont pas fait de maquette ;
* la majorité a fait des maquettes mais refuse de les faire remonter ;
* quelques universités ont l’intention de faire remonter leurs maquettes.3
La masterisation est un des points de crispation actuels dans les universités et la Conférence des présidents d’université, au départ favorable, semble basculer car les présidents sentent que la masterisation risque de faire basculer les opinions sur la loi LRU. Par exemple, à Nancy 1 (UHP) la réunion du CA du 9 février a été perturbée et n’a pu se tenir.
Les départements de sciences de l’éducation sont diversement impliqués dans le processus de masterisation. Des revendications de territoire et des méfiances réciproques se sont fait jour à plusieurs endroits. Dans certaines universités, les sciences de l’éducation ont déposé des projets de masters d’enseignement, notamment aux masters « métier de professeur d’école » (Créteil, Paris 8). À Reims, l’IUFM a fédéré autour d’elles les formations aux métiers de l’enseignement et a même conçu une licence professionnelle dans le domaine.
L’AERES a précisé dans ses critères que les masters d’enseignement appartiennent bien à la voie professionnelle mais la question des stages n’est pas réglée. De même, les conditions de l’accompagnement lors de la prise de fonction restent obscures : si les débutants ont un service complet comment et quand se feront les rencontres avec leur maître compagnon, sachant qu’ils n’auront aucune expérience véritable d’enseignement ?
Enfin, avec l’intégration des IUFM, la formation continue des enseignants devient difficile à organiser. Pour le premier degré, certains IUFM envisagent de facturer la formation aux IA. Le remplacement des personnels et la formation elle-même ne relèvent pas des mêmes crédits en raison des dispositions de la LOLF. Deux ministères différents sont concernés par la formation continue ce qui ne contribue pas à la simplification de la gestion. Pour le moment, aucun éclaircissement n’a été donné.
On assiste à la montée d’un front du refus de la masterisation qui regroupe des positions parfois contradictoires :
* pour les uns, la réforme affaiblirait la professionnalisation,
* d’autres au contraire, sont hostiles à toute professionnalisation,
* les organisations étudiantes, notamment l’UNEF pour qui le compte n’y est pas, manifestent essentiellement pour réclamer des mesures socio-économiques plus favorables (les bourses ne leur semblent pas suffisantes).

Le risque est actuellement de maintenir les concours en l’état, de réformer le recrutement et de reculer sur la réforme et sur la formation, ce qui rendrait la situation difficilement gérable.