L’université du Havre reconduit la grève et le blocage (27 Mai)

L’Assemblée Générale de l’établissement a reconduit la grève jusqu’au vendredi 29 mai 13h00, date de la prochaine AG et a approuvé le principe du blocage comme moyen de perturbation pour la fin du semestre.

Le mouvement dans les universités, enterré un peu vite.

Le mouvement dans les universités, enterré un peu vite. Communiqué de SLU, 25 mai 2009

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2634

Ce n’est qu’un début, le combat continue. L’affirmation peut surprendre. Slogan de jadis ? Acharnement thérapeutique désespéré pour redonner vie à un mouvement qui, paraît-il, se conjuguerait désormais au passé ? Pas du tout : ce qui s’est passé depuis six mois ne saurait être rayé d’un trait de plume – tout simplement parce que nous n’avons pas obtenu ce que nous demandions. Quoi qu’il arrive, les universités françaises dans leur majorité ont montré qu’elles n’étaient pas prêtes à accepter de façon passive les réformes préparées hâtivement que nos gouvernants entendent leur imposer au nom d’une prétendue « modernité » qui ne consiste qu’à appliquer partout des recettes toutes faites empruntées au monde de l’économie. La loi LRU s’est vue délégitimée par ses mesures d’accompagnement et cela ne saurait être oublié. Tout le monde sait bien aussi que nous avons lutté non pour notre intérêt particulier ou notre feuille de paye, mais pour l’avenir de l’éducation et de la recherche dans ce pays. Face à cela, nous n’avons rencontré que l’insulte et le mépris. S’ agit-il véritablement d’une victoire pour le gouvernement ?

Certes c’est un fait que, presque partout, les universitaires entreprennent de faire passer des examens de fin d’année, dans des conditions le plus possible satisfaisantes pour tous. Mais aucune des raisons pour lesquelles ils le font ne signifie, comme le prétend le gouvernement suivi par de nombreux médias, que le combat engagé il y a plusieurs mois serait terminé et encore moins que les motifs pour lesquels il a été juste de l’engager seraient devenus moins pertinents. Ils le font parce qu’ils y sont contraints par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a fait le choix de durcir la confrontation avec la communauté universitaire pour des raisons n’ayant que peu à voir avec le bon fonctionnement des universités françaises. Ils le font parce qu’ils se sentent responsables de l’avenir de leurs étudiants, qu’ils se sont engagés à ce qu’aucun d’entre eux n’ait à pâtir du mouvement en cours et qu’ils entendent tenir parole (ils ne sont pas ministres…). Ils le font, enfin, parce qu’il n’était pas question de tomber dans le piège des examens qui avait été préparé avec un cynisme qui n’a eu d’égale que l’incapacité à ouvrir un dialogue avec la communauté universitaire depuis quatre mois.

Nous venons ici de faire l’expérience de la brutalité d’une pratique napoléonienne du pouvoir universitaire qui répond par l’envoi des forces de l’ordre et l’utilisation des recteurs comme des préfets en mission à des revendications avancées depuis janvier dernier avec une clarté, une inventivité et une sérénité reconnues de tous. On se croit revenu avant 1968, cette date symbolique que les actuels gouvernants aspirent à effacer des mémoires.

Face à cette volonté gouvernementale de faire taire toute opposition par la force et la contrainte, nous ne pouvons que réaffirmer nos revendications et, surtout, répéter avec autant de calme que de détermination que nous ne renoncerons pas. Serions-nous tentés de le faire que la pratique quotidienne du pouvoir dans les ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche nous engagerait vite à revenir à la raison. Nous n’en voudrons qu’un exemple.

Au mois de décembre dernier, le président de la république avait déclaré – dit-on – qu’il était nécessaire de pratiquer la concertation à une condition : ne tenir aucun compte des avis des personnes qui se prêtaient à ce jeu-là. Nous en avions eu des illustrations manifestes en quatre mois de conflit mais ce qui vient de se passer ces derniers jours dépasse l’imagination la plus débridée. Pour illustrer leur volonté de dialogue sur le dossier de la formation et du recrutement des enseignants du premier et du second degré, les ministres concernés avaient annoncé, non sans quelque contradiction d’ailleurs, qu’étaient mis en place d’un côté une série de « groupes de travail » avec les syndicats représentatifs mais aussi, de l’autre côté, pour faire bonne mesure, une commission co-présidée par un président d’université et un recteur. Bien sûr, le calendrier imposé était une nouvelle fois à la hauteur de la précipitation et de l’agitation qui règnent dans notre pays depuis deux ans puisque tous les travaux devaient être conclus d’ici au 15 juillet ; bien sûr, on ne comprenait pas très bien quelles étaient les missions et les prérogatives respectives de la fameuse commission et desdits groupes de travail ; mais enfin cela ressemblait encore à un ersatz de négociation pour quiconque voulait bien y croire.

Las, depuis quelques jours les choses sont claires y compris pour celles et ceux qui prêtaient encore quelque crédit à la volonté d’écoute des ministres concernés. Alors que les groupes de travail n’ont pas encore achevé leurs réunions et que la commission programmée n’a pas encore été mise en place, sont rendus publics, soumis aux comités techniques paritaires consultatifs et annoncés pour passage au conseil d’Etat les textes des projets de décrets mettant en place l’année transitoire et faisant passer en force la logique de la « mastérisation » ministérielle de la formation et des concours d’enseignants dont on avait annoncé que sa mise en place était reculée d’un an pour permettre de consulter sérieusement (enfin !) celles et ceux qui devraient la mettre en oeuvre. Une nouvelle preuve est ainsi donnée de la façon dont le gouvernement en place conçoit le dialogue avec la communauté universitaire et l’autonomie qu’il lui a octroyée. Il est à peu près aussi ridicule de considérer que l’université selon le modèle de la loi LRU est autonome que de prétendre que certains pays sont régis par une république simplement parce qu’ils élisent au suffrage universel un chef d’Etat ou de gouvernement.

Cette autonomie de gestion sous surveillance rectorale a montré ces dernières semaines son vrai visage. Personne ne saurait désormais l’oublier. Ce sont la confiance aveugle des universitaires, leur passivité à l’égard des politiques ministérielles qu’on leur imposait qui appartiennent au passé, et non le mouvement qui a su déchiffrer les effets néfastes de la Loi LRU, des décrets qui l’ont suivie, les manipulations et les mensonges qui ont répondu à quatre mois d’engagement et de réflexions. Il faudra bien un jour l’admettre, quelle que soit la situation des examens dans l’université française au mois de mai 2009 : les universitaires se sont ressaisis de leur mission intellectuelle. Ce n’est pas là une position de droite ou de gauche, simplement une lecture des faits qui se veut politique, c’est-à-dire au service des citoyens.

25 mai 2009

« La mobilisation doit se poursuivre. Ses formes doivent permettre à tous les étudiants de valider leur semestre et/ou leur diplôme dans les meilleures conditions. » (comm. Intersyndicale)

INTERSYNDICALE ENSEIGNEMENT SUPERIEUR – RECHERCHE

Examens universitaires : le gouvernement doit répondre aux revendications pour permettre à tous les étudiants de valider leur semestre

Par ses tergiversations et son refus de répondre clairement aux revendications portées par les personnels et les étudiants depuis 14 semaines, le gouvernement porte aujourd’hui l’entière responsabilité des conséquences de la poursuite du conflit au sein des universités. Il est comptable de la situation et de l’avenir des étudiants.

Les organisations soussignées condamnent l’attitude fermée et agressive du gouvernement. Elles refusent la dramatisation à laquelle se livre de manière irresponsable et dangereuse le gouvernement, au travers des déclarations de V. Pécresse, X. Darcos et F. Fillon. Elles dénoncent la volonté de la Ministre d’enfermer la mobilisation actuelle dans le débat sur les examens universitaires pour mieux se défausser de ses propres responsabilités.

Dans de nombreuses universités, les communautés universitaires, dans le respect des prérogatives des CEVU et CA, ont trouvé des modalités d’examens, aménagés ou non, qui se mettent déjà en oeuvre, ce que le gouvernement feint d’ignorer. Les discussions se poursuivent ailleurs. La force de cette exceptionnelle mobilisation réside dans son unité. En l’absence de réponses du gouvernement, les organisations soussignées estiment que la mobilisation doit se poursuivre. Ses formes doivent permettre à tous les étudiants de valider leur semestre et/ou leur diplôme dans les meilleures conditions.

La validation du semestre et l’obtention des diplômes doivent reposer sur une juste évaluation des étudiants. Celle-ci suppose la mise en oeuvre d’aménagements de la fin de l’année universitaire (report du calendrier de sessions d’examens, compléments de formations, cours de rattrapages, meilleure prise en compte du contrôle continu, modifications du contenu des épreuves ou de leur forme, etc.). Ces aménagements ne sauraient être un effacement du mouvement, comme le sous-entend la Ministre. Il appartient aux étudiants et aux personnels de décider des modalités les plus adaptées au sein de chaque université, en fonction de la situation locale afin qu’aucun étudiant ne soit pénalisé.

Nous exigeons que la Ministre et les présidents d’universités apportent les garanties suivantes, préalables à une organisation de la fin du semestre qui ne pénalise aucun étudiant :
– les examens ne doivent porter que sur les enseignements effectivement réalisés pour tous
– les modalités de rattrapages ne doivent en aucun cas priver les étudiants de leurs droits (suppression des sessions de rattrapage par exemple)
– le versement des bourses ne saurait être interrompu au motif d’un manque d’assiduité

La mobilisation particulièrement forte et unitaire dans les universités exige des réponses. La stigmatisation, la dramatisation et les provocations verbales sont de nature à renforcer l’incompréhension et l’exaspération au sein des universités. Le gouvernement doit trouver le chemin du dialogue au lieu de jeter de l’huile sur le feu. C’est à lui, en satisfaisant les revendications, de créer les conditions qui permettent aux étudiants de valider leur année.

Paris, le 12 mai 2009 SNESUP-FSU – SNCS-FSU – SNEP-FSU – SNTRS-CGT – UNEF – SLU – SLR

Rouen envisage la neutralisation du second semestre.

Communiqué de presse du Comité de mobilisation de l’Université de Rouen
Le 11 mai 2009 à 14 h.

L’Assemblée Générale des personnels de l’université de Rouen a adopté les dispositions suivantes concernant la poursuite de la mobilisation :

1/ Motion sur la validation du semestre :
Nous, personnels de l’université de Rouen réunis en AG le 11/05, décidons avec détermination de reconduire notre grève jusqu’au retrait des réformes que nous combattons depuis 14 semaines. En refusant d’entendre ces revendications, par son attitude méprisante et insultante à l’égard des personnels de l’université et des étudiants, le gouvernement a pris la responsabilité de cette situation.
Les personnels mobilisés dans les universités ont toujours affirmé que leur lutte était menée dans l’intérêt des étudiants et pour la sauvegarde du service public d’enseignement supérieur et de recherche. Ce n’est donc pas aux étudiants de payer le prix de l’irresponsabilité du gouvernement qui, par ses choix désastreux, retarde la sortie de crise que toute la communauté universitaire appelle de ses vœux.
Comme conséquence logique de notre grève, il n’y a aura pas de retour à la normale, y compris quant aux examens.
C’est pourquoi l’AG des personnels de l’UR se reconnaît dans les démarches des départements mobilisés et exprime son soutien aux départements de l’université qui envisagent

  • 1) de ne pas tenir les examens et
  • 2) de neutraliser le second semestre de l’année universitaire 2008-2009.

Si le gouvernement décidait* *d’invalider les diplômes qui seraient ainsi délivrés, ce serait à lui et à lui seul d’en assumer la responsabilité auprès des étudiants concernés et de leurs familles.

2/ Participation au rassemblement national du jeudi 14 mai à Paris organisé conjointement par les personnels de l’enseignement supérieur et hospitalier

3/ Organisation le mardi 19 mai d’un « marathon des savoirs » place de la cathédrale de 14 h. à 18 h. Des cours publics, sur des sujets divers, seront proposés aussi bien aux étudiants qu’à la population de l’agglomération rouennaise par les enseignants chercheurs de l’Université de Rouen.

Le comité de mobilisation
http://urouenmobilisee.wordpress.com/

Lille 3 : le président suspend la tenue des examens.

Communiqué de la présidence de Lille 3 : http://www.univ-lille3.fr/fr/actualites/?actu=2660
« Une AG tenue ce lundi 11 mai a adopté le principe de la non-tenue des examens, à l’exception des épreuves du SEAD.
Pour éviter tous débordements, j’ai décidé que la session d’examens est suspendue – hors SEAD –
Jean-Claude Dupas
président de l’université »

Grenoble 3 vote pour la neutralisation du semestre.

(Info reprise depuis le site Fabula)

Alors que la fin de l’année scolaire approche, c’était l’heure de vérité à Stendhal. L’université organisait lundi une grande consultation pour décider démocratiquement de son avenir.

Les urnes ont parlé. Lundi 11 mai, 1226 étudiants, 183 enseignants-chercheurs et 109 personnels Biatoss avaient répondu présents à la consultation. L’ensemble a été clair  : Stendhal a rejeté a 54, 7 % la tenue d’examens, même adaptés aux circonstances. En revanche, elle a réclamé à 63% la neutralisation du semestre, assortie d’une “reprise des rencontres pédagogiques” (77,4 %).

Lire la suite : http://www.grenews.com/l-universite-stendhal-vote-pour-une-neutralisation-du-semestre-@/article.jspz?article=14881

Lettre ouverte aux 16 présidents d’universités auteurs de l’article Moderniser l’Université

A lire en ligne sur Marianne 2 : « Trente profs répondent aux présidents d’université« .

Lettre ouverte aux 16 présidents d’universités auteurs de l’article Moderniser l’Université (Le Monde, 22 Avril)

Nous avons lu et relu, avec beaucoup d’attention, ce texte que vous avez cosigné dans Le Monde du 23 avril 2009. Il nous a surpris et déçus par sa faiblesse argumentative. La première raison du malaise réside dans la tentative maladroite de convaincre que les motifs de la mobilisation auraient disparu.
Le jour même où les lecteurs de votre texte découvraient que « l’ampleur du mouvement a permis l’ouverture de négociations qui ont abouti à un retrait de fait des textes incriminés », le Conseil des ministres validait le texte de décret de modification du statut des enseignants-chercheurs pourtant si unanimement rejeté.
Au même moment, les rares maquettes de masters d’enseignement prétendument bloquées étaient avalisées par le ministère, avec mise en oeuvre possible dés la rentrée de septembre. On apprenait aussi la publication au Journal Officiel du décret portant sur la reconnaissance des grades et diplômes de l’enseignement supérieur délivrés par les institutions canoniques dont vous demandiez vous-mêmes explicitement la modification (lettre de la CPU du 5/01/09 à N. Sarkozy).

Votre affirmation de « sortie de crise » est donc fausse, vous le savez. Vous tentez aussi de laisser croire à une quelconque concertation existante ou ayant existé entre les acteurs de la mobilisation et les représentants du gouvernement, ce qui est faux. Ce texte qui comporte de graves inexactitudes donne l’impression d’un assemblage, plus ou moins bancal, de phrases défendant « l’Université » et d’autres défendant « nos universités ». Les premières semblent exprimer, mais à mots prudents, une sorte de souci incantatoire pour le service public que tout le monde partage ou, plus exactement, affirme et qui n’engage pas beaucoup, comme chaque parole lénifiante. Les secondes expriment, cette fois clairement, l’assimilation de « vos » universités à des entreprises que vous auriez à faire prospérer, machines à produire du savoir (s’il le faut) et surtout des diplômes (remplacez « nos universités » par « nos entreprises », l’effet est saisissant). Entreprises exposées à des revendications sociales qui les perturbent, les menacent, nuisent à leur pouvoir attractif.

Ce sont précisément ces phrases-là qui reflètent l’idéologie entrepreneuriale (plutôt qu’un « idéal ») qui a envahi le discours des « responsables », le plus souvent à leur insu, idéologie à laquelle notre métier nous apprend à être sensibles.
Ces « universités » qui sont « vôtres » ne sont que des fictions, des modèles «prêts à penser» bien pratiques pour raisonner de façon réflexe, ce qui témoigne précisément d’un aveuglement idéologique, le même que celui que dénoncent aujourd’hui les médecins. C’est l’ensemble des enseignants et des étudiants auxquels ils transmettent un savoir qu’ils élaborent dans leurs recherches qui sont l’Université.

Ainsi, ce ne sont pas « vos universités » qui ont l’impératif besoin d’autonomie, ce sont les enseignants et les chercheurs : votre autonomie est gestionnaire uniquement, notre autonomie est intellectuelle uniquement. Et la première doit être au service de la seconde : votre autonomie gestionnaire est destinée à nous permettre d’enseigner et de faire de la recherche ; notre autonomie intellectuelle n’est pas destinée à moderniser votre gestion.

Les conséquences que vous tirez des attendus de votre texte révèlent elles aussi que vos signatures ont été assemblées aux forceps : on lit d’une part une charge forte vis-à-vis du pouvoir politique. Ainsi à côté des protestations de la communauté dont vous reconnaissez la légitimité, au moins pour certaines (sans du reste préciser lesquelles sont légitimes), vous associez très explicitement l’origine de la «déstabilisation» des universités du côté des ministères, voire de la Présidence de la République : « des projets de réformes empilés, lancés le plus souvent dans la précipitation, et sans dialogue préalable suffisamment large (…), des suppressions de postes et la mise en cause des organismes de recherche ». Un peu plus loin, vous fustigez « la cacophonie institutionnelle et la confusion politique » qui empêchent l’université de progresser, ou encore l’impact négatif probable qu’il y a à faire de l’université « le champ clos de conflits politiques et sociaux qui, pour réels qu’ils soient, lui sont en partie extérieurs ».

On trouve aussi comme grief à nos gouvernants actuels que l’Etat n’assure pas « l’égalité sur tout le territoire  entre les citoyens, et entre les fonctionnaires », ou en tout cas, qu’il est nécessaire qu’il le fasse « mieux qu’il ne l’a fait jusqu’à présent ». Si nous ne pouvons que souscrire à cette indignation, la suite a de quoi consterner, et étonner, parce qu’elle n’est pas de la même eau : « il est impératif que d’autres formes d’action (…) succèdent [à la mobilisation] » ; lesquelles ? Que proposez-vous ? Il faut « que soit respecté le droit d’étudier et de travailler dans les universités »… Nous nous en chargions bien avant que vous ne soyez présidents et continuerons après : c’estnotre métier. Il est impératif « qu’une validation claire garantisse la qualité des diplômes délivrés ». Et qu’est-ce qui va garantir alors que ces diplômes seront délivrés par des enseignants qualifiés, c’est-à-dire par des enseignants qui font activement de la recherche et non par ceux que vous enverrez enseigner plus parce qu’ils ne font pas ou pas assez de recherche, conformément aux droits que vous confère le décret dont nous ne voulons pas et que vous avez laissé publier ?

Madame et Messieurs les présidents, nous sommes mobilisés et allons le rester parce que nous savons lire et que nous savons que les « textes incriminés » n’ont pas été retirés. Certes les ministres, et la cour qui les entoure, font courir le bruit qu’ils l’ont été car ils ont l’urgent besoin d’étouffer ce conflit.  Cette crise est leur échec et le vôtre, qu’on tente d’effacer de l’actualité à grand renfort de campagne de communication.

Mais est-ce bien la fonction de présidents d’université de participer à la diffusion de cet écran de fumée ? Vous, qui affirmez haut et fort dans ce texte que vous ne pouvez « imaginer que le fonctionnement démocratique de nos universités soit mis au seul service des ordres d’un ministère ou de quelque instance nationale que ce soit », qu’avez-vous fait des intérêts de l’Université que vous servez ?
Pourquoi les bradez-vous contre vos intérêts et les pouvoirs qu’on vous donne de gérer des « ressources humaines » ?
Comment n’avez-vous pas compris que cette gestion qu’on vous abandonne est indigne de l’Université à laquelle vous devez vous dévouer ?
Sans moyens pour mener à bien une politique scientifique, un président aussi bien intentionné soit-il se verra contraint d’augmenter la charge d’enseignement de ses collègues les moins armés pour enseigner. Vous prendrez la main sur notre emploi du temps, pourrez exercer tous les moyens de pouvoir, démocratiques ou moins démocratiques, pour contraindre de fait à moduler à la hausse l’emploi du temps de tels ou tels collègues.

Cette besogne est-elle si attrayante ? Le fond du problème est que nous ne reconnaissons pas à ceux qui gèrent, même au mieux, le fonctionnement d’une université, la légitimité d’intervenir de cette façon sur notre travail : sans nous, pas d’université et d’ailleurs, nous en faisons la démonstration. Sans président, un gestionnaire éclairé permettrait l’exercice de notre fonction, sans s’y immiscer.

Madame et Messieurs les présidents, nous assumons nos responsabilités devant nos étudiants, et devant eux seulement. Nous défendons leurs droits, nous pesons pour que prochainement leurs situations ne s’aggravent pas encore, pour que les droits d’inscription ne deviennent pas prohibitifs pour « les étudiants les plus démunis » (qui soucient ceux qui tournent autour du pouvoir uniquement lorsque cela s’avère bienvenu pour leur argumentation). Nous défendons la nécessité d’une formation libre de tout contrôle autre que celui de la rigueur de la connaissance scientifique.

Nous nous faisons confiance les uns aux autres, Madame et Messieurs les présidents, car nous nous savons responsables et consciencieux. Nous n’avons nul besoin qu’on nous rappelle à l’ordre du haut d’une hiérarchie que nous ne reconnaissons pas.

Nous sommes des agents de l’Etat, non ceux de « vos établissements ». C’est pourquoi nous considérons vos prises de position comme un abandon de vos fonctions de représentants élus par la communauté de vos universités. Croyez bien qu’aujourd’hui, comme demain, vous pouvez compter sur nous, nous ne lâcherons pas. Nous sommes déterminés et nombreux à l’être. La modernité n’est pas un idéal, c’est une réalité en perpétuelle évolution et la présenter comme un but à atteindre, outre que c’est encore une fiction, dissimuleces temps-ci une idéologie que les enseignants, les médecins, les journalistes, les psychologues, les magistrats, les chercheurs (qui tous savent lire aussi entre les lignes) et demain d’autres estiment calamiteuse. Ils estiment aussi que c’est de leur devoir de la combattre, obstinément.

Bonnot Virginie, MC*
Burkhardt Jean-Marie, MC
Caroff Xavier, MC
Chabert Catherine, PR**
Chaby Laurence, MC
Chagnon Jean-Yves, MC
Charvillat Agnès, MC
Cohen-De-Lara Aline, MC
Cornillot Michèle, MC
Coudin Geneviève, MC
Delgoulet Catherine, MC
Devouche Emmanuel, MC
Doré-Mazars Karine, MC
Duchet Clara, MC
Dufoyer Jean-Pierre, MC
Emmanuelli Michèle, PR
Estellon Vincent, MC
Girault-Lidvan Noëlle, MC
Granier-Deferre Carolyn, MC, HDR
Gueniche Karinne, MC
Gyselinck Valerie, MC
Houssier Florian, MC
Krauth-Gruber Silvia, MC
Missonnier Sylvain, PR
Mouchiroud Christophe, MC
Mouras, Marie-Josée, MC
Nicolas Serge, PR
Parot Françoise, PR
Plaza Monique, CR1, CNRS, HDR
Robert Philippe, MC
Verdon Benoit, MC
Vergilino-Perez Dorine, MC

* Maître de Conférence
** Professeurs d’université

Validité des diplômes : que peut faire la ministre ?

Chers tous,

La ministre a beau le clamer haut et fort à l’assemblée nationale, «Il n’y aura pas de diplômes bradés ou sans rattrapage», son action est limitée pour refuser la délivrance d’un diplôme.
Dans les propositions des précédents messages, les diplômes ne seront pas bradés et les modalités alternatives de rattrapage sont proposées.
L’intimidation n’a qu’une portée limitée. En effet, elle ne peut rien sur les décisions des jurys de validation des notes pour le
passage d’une année à l’autre. Le réglement d’examen est délégué à chaque université et ne fait pas partie intégrante de
l’habilitation mais de l’application des arrêtés de 2002 pour la licence et le master qui distingue les compétences dans
l’habilitation, les jurys de délivrance des diplômes.
En effet, les arrêtés de 2002 concernant la licence et le master, précisent pour l’habilitation :

I. L’habilitation des formations reconnues par le ministère de l’enseignement supérieur
L’habilitation :
 » Elle précise en particulier les objectifs de formation, l’organisation des parcours en crédits européens et l’articulation
des unités d’enseignement entre elles, leurs contenus, leurs modalités pédagogiques, les volumes de formation correspondant aux enseignements et à l’encadrement pédagogique, les passerelles prévues, les modalités de validation des parcours, le cas échéant les conditions spéciales d’admission. »

Les modalités de validation des parcours ne concernent pas la validation ou neutralisation des UE constitutives des parcours
individuellement mais vise la cohérence de l’ensemble des UE constitutives d’un parcours.

II. L’évaluation des enseignements et l’organisation pédagogique sont du ressort de l’université
a. « Afin d’assurer la cohérence pédagogique, les universités définissent les règles de progression dans le cadre des parcours
qu’elles organisent et, notamment, les conditions dans lesquelles un étudiant peut suivre les diverses unités d’enseignement proposées. »

III. La validation des diplômes
« Le jury délibère souverainement à partir de l’ensemble des résultats obtenus par les candidats et la délivrance du diplôme est
prononcée après délibération du jury. »
Effectivement selon le code de l’éducation L613-1, « L’Etat a le monopole de la collation des grades et des titres universitaires ».
Cependant « ils ne peuvent être délivrés qu’au vu des résultats du contrôle des connaissances et des aptitudes appréciés par les
établissements habilités à cet effet par le ministre chargé de l’enseignement supérieur après avis du Conseil national de
l’enseignement supérieur et de la recherche ».

Cela signifie bien que l’Université est souveraine pour délivrer le diplôme.

Cela signifie en clair, si la ministre voulait mettre à exécution sa menace qu’il faudrait pour chaque habilitation que la ministre
saisisse le tribunal administratif afin de suspendre l’habilitation de l’établissement. Par ailleurs, cette suspension ne pourrait être demandée seulement pour 1 an mais pour les trois prochaines années.
L’université subissant un préjudice dont elle n’est pas directement responsable, elle devra se retourner vers sa tutelle puisque
soumise à une grève d’agents de l’Etat qui dépendent directement du ministère et que ce dernier n’a rien mis en oeuvre pour faire cesser cette grève.
Cela signifierait que le prix politique à payer de ce mouvement ne serait pas réduit à juillet 2009…
Et je ne parle pas du recours des étudiants en contentieux ou ils vont systématiquement gagner…

Donc avant d’en arriver-là il est important que nous trouvions les voies de la sagesse pour tous les étudiants sans dévaloriser nos
diplômes tout en maintenant la pression.

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000590566&dateTexte=

La neutralisation des examens : qu’est-ce que c’est ?

La neutralisation : qu’est-ce que c’est ?

Cher(e)s collègues et étudiant(e)s,

Le message qui va suivre est un peu technique mais nécessaire.

La neutralisation consiste à ne pas affecter de notes à certaines UE. Ainsi, la moyenne annuelle n’est faite dans le cas qui nous
interesse que sur les résultats du premier semestre selon le réglement d’examen. Le second semestre ne vient donc pas les modifier. Il n’y a pas de validation des compétences pour tous, simplement la traduction que certaines compétences n’ont pas été évaluées au semestre prévu.

I. Quand applique-t-on la neutralisation ?

Les étudiants qui ont fait une première année dans une autre université ont généralement leur première année neutralisée. Il n’y
a donc pas compensation, dans ce cas, entre les résultats de première et deuxième année.
Pourquoi sommes-nous souvent dans cette situation. Tout simplement parce que les modules ne sont pas identiques d’une université à l’autre. Cela n’a donc pas de sens de transférer des résultats entre modules qui ne correspondent pas.
Ponctuellement, certains modules sont neutralisés lorsqu’un enseignant est absent et n’a pu être remplacé.
Plus globalement, c’est également arrivé lors de la suppression des options transversales faute de moyens financiers, il y a quelques années pour l’ensemble de l’USTV.
Cela n’a donc rien d’irréel.

II. Qu’advient-il des ECTS ?

Les ECTS des modules neutralisés sont crédités aux étudiants.

III. Le diplôme de licence peut-il être délivré parce que 180 ECTS ont été acquis ?

Non. En fait, la seule solution pour que les 180 ECTS soient acquis est que préalablement la moyenne sur les 6 semestres ou sur
l’ensemble des modules non neutralisés affectés de leurs coefficients par semestre, puis par année et sur les trois années soit supérieure à 10 (compensation des semestres).

IV. Pourquoi le diplôme n’est pas dévalorisé ?

Adjoint au diplôme devrait être fourni une annexe descriptive. Le décalage des évaluations dans les années supérieures permettra aux étudiants que l’ensemble des compétences soient évaluées, sans que ces évaluations ultérieures ne remettent en cause la neutralisation.
La responsabilité reviendra aux étudiants de suivre ces cours de mises à niveau s’ils souhaitent avoir toutes les chances de suivre
en année supérieure.
Dans l’arrêté de 2002 concernant l’habilitation et la délivrance des licences, seul le volume global de la licence est habilitée et
permet d’avoir l’autorisation de délivrance par le ministère. Le ministère n’intervient que dans l’autorisation faite à l’université de délivrance des diplômes pas dans le passage d’une année à l’autre. En effet, aucune licence d’une même mention n’est
identique semestre par semestre. Par ailleurs, les modalités d’évaluation et les coefficients tout comme les règles de
compensations dépendent du réglement d’examen qui est voté chaque année par chaque université conformément à l’arrêté qui est très flexible dans son application.

V. Le système proposé empêchera-t-il l’échange entre universités ?

D’un point de vue juridique non puisque le semestre est neutralisé.
D’un point de vue des connaissances, aucun semestre n’est identique d’une université à l’autre les manques existent même en
fonctionnement normal. Dans le cas qui nous interesse, l’objectif de la reprise de ces « cours fondamentaux » viendront compléter les connaissances de bases. Seront-elles utiles à cours terme pour les poursuites d’études ? Cela dépendra des compétences demandées.

« Ils ont osé ! » Un appel à la rétention des notes du concours du CRPE

« Ils ont osé !!!
L’Appel lancé à la rétention des notes du concours du CRPE lancé hier par l’IUFM de Livry-Gargan, suite au blocage des corrections le lundi 4 mai a été entendu.
A Arcueil, centre de correction des copies de Paris, plus de la moitié des collègues a décidé aujourd’hui 6 mai de retenir les notes. En conséquence les réunions d’harmonisation ne pourront avoir lieu demain.
Diverses motions ont été signées dans d’autres centres de correction de l’Ile de France (Cergy-Pontoise, Antony, Lycée St-Exupéry de Créteil où a été déplacé le jury de Livry-Gargan). Elles commencent à circuler également dans les lycées, les collèges, les écoles…
Laisserons-nous nos collègues d’Arcueil s’engager seuls dans cette action de résistance ?
Nous appelons tous les jurys de l’Ile de France et de province à se réunir pour leur emboîter le pas :
– en retardant les corrections
– en retenant les notes
– en refusant de participer aux réunions d’harmonisation et aux jurys qui établissent les listes des admissibles
En convergence avec le mouvement de non tenue des examens qui se développe dans les universités, nous pouvons différer la parution des listes des candidats admissibles et démontrer au gouvernement que notre détermination pour obtenir le retrait de la réforme ne fait qu’augmenter. »

Collectif d’enseignants et de correcteurs du CRPE

(Info reprise depuis le site Poolp)

L’UFR sciences éco-gestion de Paris 13 vote la non-tenue des jurys de fin d’année.

5 Mai 2009
Les enseignants-chercheurs de l’UFR de sciences économiques et de gestion de l’Université Paris 13 VOTENT LA non tenue des jurys de fin d’année .
_________________________

5 Mai 2009
Lors de l’assemblée générale de l’UFR de sciences économiques et de gestion du 5 Mai, les enseignants-chercheurs ont décidé de ne pas tenir les jurys de fin d’année.
Suffrages exprimés le 5 à 12.30 :  15
Pour  14 Contre   0 Abstention  1

Orléans : non-tenue des examens confirmée

Rentrée et AG le lundi 4 mai (la prochaine lundi prochain)

AG étudiante :
– reconduite du blocage :
pour 342 / contre 137 / abs. 56 / NPPV 1 ==> *Pour*
– blocage des examens dans toutes les UFRS :
pour 267 / contre 84 / abs. 73 / NPPV 6 ==> *Pour*
– semaine de blocage économique du 11 au 17 :
pour 261 / contre 51 ==> *Pour*

AG personnels :
– non reprise des cours
– poursuite de la contestation
– confirmation de la non-tenue des examens (votée dès fin avril)
– non grève totale
– non reprise des enseignements
– grève partielle avec aménagements (sans poursuite des cours)
[aménagements caducs du fait du blocage]
– projet de faire converger la lutte avec le secteur de la santé
(représenté à cette AG)

Examens en STAPS :
– 18 enseignants en STAPS n’ont pas distribué pas de sujets pour les partiels.
– blocage d’un examen un peu violent
– le président a décidé de décaler ces examens

Université privée de fêtes johanniques ! Le 8 mai, une moitié de la ville défile devant l’autre pour ces fêtes en l’honneur de Jeanne d’Arc, militaires, écoles, scouts, corps constitués, associations, collectivités, villes jumelées, fanfares… et l’université. Le président nous a annoncé que finalement l’université n’y participerait pas. (il est possible que la précédente non participation date de 1968). Peur d’un coup d’éclat à la tribune par des gauchiste encagoulés… en toge et accès contrôlé sur pièce d’identité
par les forces de l’ordre.

Suite à une proposition faite en CA, le président a repris contact avec le mouvement. Il a convoqué les personnels demain matin (jeudi 7).
Manif l’après-midi.

Pour plus d’info le blog :
http://mobilisation-univ-orleans.over-blog.fr/

Mémoire courte et inversion des rôles. (comm. de la CNU)

Communiqué et argumentaire des porte-parole de la 9e CNU.
Mémoire courte et inversion des rôles.

Apres avoir couvert le monde universitaire de son mépris pendant des mois, madame Valérie Pecresse se découvre, à la veille des examens, une vocation protectrice pour les étudiants et leur diplôme (JDD, 3 mai). Tant de postures compassionnelles et moralisatrices rendent plusieurs rappels nécessaires :

1/ Nous n’oublions pas que la touchante prise en compte du point de vue étudiant est celui de cette même ministre qui, dès la rentrée 2007, n’a pas hésité à envoyer  CRS, gardes mobiles, agences de sécurité privées et chiens contre la très large contestation étudiante de la Loi LRU dont découle toutes les réformes actuelles.

2/ Ajoutons que cette sollicitude envers les étudiants et celle d’une ministre dont le ministère est directement responsable de la destruction concertée et planifiée de dizaines de milliers d’emplois publics utiles et indispensables qui devraient être autant de débouchés professionnels pour la jeunesse au moment où le chômage connaît une augmentation sans précédent.

3/ Sur ce même registre, oui, une très large proportion d’étudiants est empêchée d’étudier dans de bonnes conditions : pauvreté massive, problème endémique de logement, généralisation des petits boulots allant jusqu’à 15h ou 20h par semaine, (et pour ne rien dire des conditions matérielles qui prévalent dans nombre d’établissements). Ces problèmes n’ont pas commencé il y a trois mois. La jeunesse étudiante y  fait face depuis longtemps. Tenter de les faire disparaître derrière la mobilisation universitaire que l’on veut rendre responsable de tout, voilà un autre tour de passe-passe, en vérité, bien grossier.

4/ Toutefois, le sous-financement chronique des universités et de la vie étudiante, ou la destruction volontariste de l’emploi public, ne semblent pas devoir suffire. La famille politique madame Pecresse envisage aujourd’hui de favoriser l’endettement des étudiants, de les livrer à l’humanisme bancaire dont on reconnaît aujourd’hui toutes les vertus, et ainsi, les enfoncer un peu plus encore dans cette même logique qui a conduit à la profonde crise actuelle, sociale, économique, et morale.

5/ Enfin, nous ne pouvons pas ignorer le fait que, à la candidate en Ile-de-France aux futures élections régionales, il faut une « grande réforme ». Soit. Nous ne saurions nous résoudre cependant à ce que les besoins très particuliers d’une carrière politique exigent le sacrifice de l’université et de la recherche françaises pour quelques lignes de CV et une bonne « com » de campagne.

Chacun peut donc juger de cette bienveillance ministérielle à l’égard des étudiants mêlant préoccupations carriéristes toutes personnelles, répression policière, promesses de chômage, de pauvreté et d’endettement. La mobilisation universitaire a intégralement vocation à défendre la valeur des diplômes. Contrairement à Madame la ministre, les personnels universitaires connaissent et se soucient de cette jeunesse qu’ils côtoient tous les jours. Un motif central de la mobilisation est, précisément, la défense de la valeur des diplômes universitaires publics et de la démocratisation du savoir face aux obscurantismes de tous bords. Défendre la valeur des diplômes, c’est défendre entre autres : (i) des contenus d’enseignement (adossés à la recherche), (ii) des conditions d’études (sans lesquelles la transmission est difficile, voire impossible), (iii) leur reconnaissance  (qui doit apporter des garanties sur le marché du travail) et (iv) leur égalité d’accès territoriale et financière (sans laquelle, ce qui doit rester un droit tend à devenir un privilège).

Les réformes sont une remise en cause directe et profonde de tous ces fondements. Elles accroissent des inégalités (sociales, territoriales, financières, statutaires),  qu’en outre, elles institutionnalisent de manière inédite dans ce pays.

Dans ces conditions, une annonce pure et simple de mise en œuvre des examens est inenvisageable parce qu’elle (i) tendrait à nier une mobilisation d’ampleur excpetionnelle ; (ii) impliquerait que les étudiant-es en grève reprennent en catastrophe des enseignements formels et « bachotent »,  tout en s’exposant à des traitements très inéquitables  au bout du compte ; (iii) elle reviendrait à nous faire devancer, de fait, le projet ministériel de déqualification des disciplines, de diplômes au rabais, hors de tout cadre national commun.

Pour finir. On s’inquiète des obstacles que pourraient opposer les rectorats en cette fin de semestre. On se posera alors la question de savoir si cette « ultime rempart » juridique de la validité des diplômes est finalement si regardant que cela : chaque année, nombre d’académies, en cours de premier semestre, en sont réduites à débaucher les étudiants bouche-trous qui leur permettront de pallier le manque chronique d’enseignants statutaires dans les établissements du secondaire. L’institution elle-même favorise donc l’interruption d’études en contrôle continu, dévalorise des diplômes rendus, de fait, non nécessaires à l’exercice du métier d’enseignant, remet en cause les statuts et les garanties de droit qui l’encadrent. Or, nous n’avons jamais eu vent d’une quelconque indignation rectorale en la matière ; nul rempart juridique réputé infranchissable ici. Comme quoi « la règle de droit » que l’on voudrait nous opposer reste, elle aussi, toute politique. Pensons-y.

Lyon 1 : semestre bloqué, démissions administratives et rattrapage des cours non-envisageable

L’AG des personnels et étudiants de Lyon 1 a reconduit la grève et adopté le communiqué ci-dessous.

Communiqué de presse de l’AG de Lyon 1 le 5 mai 2009 :

L’AG Lyon 1 tient à faire un bilan de la situation à Lyon 1.

– 80 % des cours du second semestre n’ont pas eu lieu en STAPS, Math, Info, Bio et le rattrapage de ces cours n’est pas envisageable.
– 160 personnes ont démissionné de plus de 600 responsabilités administratives.
– la massive rétention de notes du premier semestre bloque toute validation des semestres et diplômes pour plus de 4000 étudiants.
– les inscriptions de la prochaine rentrée sont de fait impossibles. Les étudiants n’ont pas pu s’inscrire au second semestre ; les jurys ne pourront pas se tenir même si quelques examens se déroulaient sans incidents.

Seules des concessions majeures du gouvernement peuvent maintenant permettre une sortie de crise.

Plaidoyer pour la non-tenue des examens

(texte transmis par un doctorant)
Appel à la non tenue des examens.

Comme vous l’aurez constaté à travers sa motion, la Coordination appelle solennellement à la non tenue des examens.
Il s’agit d’une mesure essentielle, et qui ravive un débat difficile mais crucial.
Concernant les étudiants, des solutions existent (évoquées en nombre lors de la CNU, et pouvant être rapidement mises en oeuvre après satisfaction).
Concernant le mouvement, après 3 mois de lutte infructueuse, il n’y en a qu’une.
Il s’agit, certes, d’une mesure d’équité au niveau national, entre les étudiants des centres universitaires mobilisés et les autres, entre les consentants et ceux chez qui la tenue d’examens, devant le peu de cours réellement assurés, serait une simple mascarade.
Mais pas seulement.
Pour notre mouvement, comme cela a été maintes fois illustré dans l’assemblée, il s’agit avant tout d’une mesure de survie. Tenons les examens, et demain nos étudiants rentrent chez eux, en vacances, après des jours de révisions et d’épreuves qui sont autant de moments arrachés à la lutte. Tenons les examens, et c’est l’essoufflement réel, l’éparpillement prévisible de notre mouvement.
Au delà, la question est éminemment plus profonde, plus symbolique : à quoi accordez-vous la primauté ? A l’évaluation, à cette composante annexe et contextuelle de l’enseignement, ou à la transmission des savoirs, votre métier ? Sommes-nous déjà dans une culture du résultat visible, ou souhaitons nous nous attacher à l’essence même de notre vocation, l’éveil du sens critique et de la pensée scientifique chez nos élèves ?
Cette semaine d’examens, nous pouvons la récupérer pour des cours, des rattrapages, et réaffirmer ainsi fermement, dans cette société qui réduit l’individu à une série d’indicateurs, que l’Université française s’inscrit en faux, et fera le choix de la Connaissance et de la Qualité contre les zélateurs de la Quantification et de la Catégorisation.
Toutes les autres formes de lutte ont échouées. Elles sont nécessaires, elles sont mobilisatrices, mais elles échouent. Elles ont démontré, en 13 semaines de lutte, leur impuissance à infléchir le gouvernement, et même souvent à percer le brouillard des médias. Elles ne sont pas suffisantes.
Face à la véritable crise que nous vivons, plus qu’au mépris, à la négation même de notre révolte, il ne nous reste plus que ce moyen fort pour nous faire entendre et prendre en compte.
Nous ne sommes pas paysans, avec des tracteurs pouvant bloquer les autoroutes. Nous ne sommes pas cheminots, avec la capacité à immobiliser le pays ou la capitale ; et nous ne sommes même pas employés, à cesser une production de biens impactant le dividende des amis de nos dirigeants.
Mais nous sommes l’Université, et nous pouvons cesser, temporairement, jusqu’à satisfaction, le rôle d’étiquetage et de certification de la masse laborieuse qui nous est seul reconnu par nos dirigeants. Nous pouvons immobiliser, à notre tour, la machine libérale, en la frappant dans son idéologie même de trie et de pesage des individus. Aujourd’hui, disons NON, l’Université s’arrête, et par votre faute, l’Université vous laisse vous débrouiller sans elle. Elle formera consciencieusement ses étudiants, leur communiquera de son mieux ses connaissances et son éthique scientifique, et pour le reste… bonne chance.
En fait la question est : maintenant que le moyen principal de la résistance a ainsi été clairement défini par le Coordination même, votre université va-t-elle rester « en lutte » ?
En l’espoir qu’EC ne devienne pas le sigle d’Evaluateurs-Chercheurs,

XXXXX XXXXXX, doctorant.

L’UFR de Philo de Paris 1 refuse la tenue des examens.

Les enseignants et étudiants de l’UFR 10 (philosophie) de Paris 1 Panthéon-Sorbonne réunis en assemblée générale ce mardi 5 mai :
1. refusent la tenue des examens jusqu’à satisfaction des revendications
(12 contre, 4 abs, 14 NPPV, 163 pour)
2. affirment qu’il est hors de question que les étudiants soient pénalisés par la non-tenue des examens, et que toutes les mesures seront prises à cet effet (2 contre, 14 abs, 5 NPPV, 172 pour)

Rappel : l’AG des enseignants de l’UFR (mardi 28 avril) a voté la poursuite de la grève (4 abs, 1 NPPV, 31 pour).

Le gouvernement ne répond pas aux revendications des unviersitaires (FO)

Le gouvernement ne répond pas aux revendications des universitaires (communiqué du bureau national SNPREES-FO)

Les universitaires demandent depuis des mois le retrait du projet de décret modifiant leur statut de 1984. Ce projet a pour objectif de supprimer leurs droits de fonctionnaires d’Etat pour les assujettir totalement à la « gouvernance » de leur établissement. Le SNPREES-FO considère que la mobilisation des universitaires a amené la ministre à concéder dans le texte définitif un certain nombre de droits statutaires nationaux limitant les pouvoirs des Présidents. Le gouvernement a pris la responsabilité de promulguer le 23 avril un décret qui demeure néanmoins néfaste et unanimement réprouvé.

Le SNPREES-FO, avec l’ensemble des universitaires, rejette la création de masters d’enseignement et la réforme des concours de recrutement. Dans le même temps, la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et le Ministre de l’Education Nationale organisent des groupes de travail sur la masterisation de la formation des enseignants avec les organisations syndicales ayant manifesté « une convergence sur la masterisation » avec le gouvernement, selon les propos de M. Court, directeur de Cabinet de Xavier Darcos (4 mai 2009, lors de l’entrevue avec la FNEC-FP FP).

La situation ainsi créée dans les universités est difficile, et l’année universitaire est menacée. Le gouvernement, par son refus de répondre aux négociations, en porte l’entière responsabilité.

Le SNPREES-FO considère que les universitaires doivent rester unis autour de leurs revendications et particulier de l’exigence du retrait du projet de masterisation.

Le SNPREES-FO, attaché comme tous les universitaires à la qualité de l’enseignement, à la valeur des diplômes nationaux, baccalauréat et diplômes universitaires, considère que l’appel de la coordination nationale des Universités « à ne pas organiser les examens et ce jusqu’à satisfaction de nos revendications » risque d’aboutir à opposer les universitaires aux étudiants, les universitaires aux personnels BIATOSS, les universitaires entre eux.

Le SNPREES-FO appelle les universitaires à réaffirmer dans les Assemblées Générales leur exigence commune de retrait de tout projet de masterisation.

Montreuil, le 5 mai 2009

Toulon : l’AG revote le blocage et la neutralisation du 2nd semestre

l’AG du jour (retour des vacances) a connu un réel succès : environ 460 personnes présentes, ce qu’on n’avait pas vu ici depuis plusieurs semaines. Le mouvement se poursuit, plus déterminé que jamais, l’AG ayant voté :

1- la reconduction de la grève illimitée et reconductible jusqu’au mardi 12 mai 2009, 12H30 (P402, C23, ABS32, NPPV3) date de la prochaine AG.
2- appel aux personnels : maintenir et amplifier les modalités de rétention de notes, de démission administrative, ne pas participer à l’organisation des examens du second semestre (P422, C10, ABS26, NPPV4)
3- appel aux étudiants des différentes UFR : demander à tous les niveaux (directeurs d’UFR, CEVU) la neutralisation du second semestre et la mise en place du rattrapage du premier semestre uniquement.
Appel aux personnels enseignants, enseignants-chercheurs et BIATOSS dans le mouvement : soutenir ces actions par tous les moyens. (P424, C13, ABS21, NPPV4)
4- le blocage du campus de La Garde comme modalité d’action pour obtenir le retrait ou l’annulation des décrets en cours sur les E/C, la masterisation, le contrat doctoral, pour obtenir la restitution des postes supprimés en 2009 et l’abandon du système inique SYMPA pour l’attribution des budgets des universités. S’ajoute aux revendications de l’AG la neutralisation du second semestre de l’année en cours car il n’est plus possible de faire une évaluation correcte de ce dernier sans léser les étudiants, qu’ils soient grévistes ou non. (P398, C37, ABS:27, NPPV0)

Suite au vote, le début du blocage du campus de La Garde est organisé pour le mercredi 6 mai.

Nantes : le CEVU se prononce sur les examens

Avant l’ouverture de la séance, les membres du CEVU ont entendu les revendications du collectif étudiant portant sur deux points :
a) la validation universelle du second semestre sans examens en donnant 10 à tout le monde ;
b) le non report des examens en juin, juillet et septembre.

Après le départ du collectif étudiant, le CEVU s’est réuni.
A la demande de l’UNEF une motion a été proposée demandant que le CEVU se prononce favorablement sur la légitimité de la poursuite des grèves administratives, de la « non tenue des examens » et sur la  validation universelle du second semestre. Le CEVU a rejeté la motion par 10 voix contre, 3 pour et 6 abstentions.
La modification du calendrier des examens a été soumise au vote du CEVU qui l’a approuvé par 11 voix pour, 4 contre et 3 abstentions.

Le département ethno-préhistoire (Paris X) préconise la neutralisation par dispense du 2nd semestre

Motion du département ethno-préhistoire de Paris X Nanterre, lundi 4 Mai

MOTION DU DÉPARTEMENT D’ETHNOLOGIE

Préoccupés par la question de la validation, les enseignants du département d’ethnologie de l’Université Paris Ouest, Nanterre, se sont  réunis le 4 Mai 2009 pour étudier les différents scénarios possibles à ce jour. Nous nous sommes entendus sur la nécessité d’inscrire la réponse exigée sur la question de la validation dans un cadre national et politique. Malgré les effets d’annonce, le gouvernement n’a pas reculé. L’injonction ministérielle à rattraper les cours est inacceptable. La validation du semestre, à la hauteur de ce qui est normalement attendu, n’est plus possible aujourd’hui, notamment pour les Licences.
Par conséquent, nous décidons d’aller dans le sens de la motion de la Coordination Nationale des Universités du 29 Avril 2009 appelant à ne pas tenir les examens et  préconisons une neutralisation par dispense du second semestre.