Les Centres de recherches cibles du grouvernement grec

En Grèce, les Centres de recherches deviennent la cible du gouvernement, en particulier les sciences humaines et sociales.
Vous trouverez ci-dessous le lien qui renvoie à la petition ( en grec et en anglais) que nos collègues grecs nous demandent de faire circuler pour signature.
Vous pouvez éidemment la faire circuler à votre tour.
http://www.eie.gr/petition-en_sign.asp

Lettre des étudiants serbes, adressée au monde

Lettre des étudiants serbes, adressée au monde :

En Serbie, le processus de Bologne a débarqué avec une hausse enorme des frais d’inscriptions d’année en année, un chaos dans le système universitaire et un appauvrissement des cursus.

Pour les 10 ans de la déclaration de Bologne, les étudiants des universités de Belgrade ont organisé un représentation appelée « Quel est le prix du savoir? » dans la plus grande rue piétonne de la ville.

Pendant que nous, étudiants, étions assis dans la rue à travailler, les passants étaient invités à mettre un prix à certains savoirs – quel est le prix du savoir sociologique ? Quel est le prix des compétences d’un joueur de piano? Combien devrais couter le savoir de cet homme avec le t-shirt vert? Et celui de cette fille avec des sandales?

Pour nous, le prix du savoir à évoluer d’année en année, augmentant encore et encore, alors que le savoir transmis, lui, restait le même.

Les gens écrivaient sur des bouts de papiers un code barre des prix, et le donnait aux étudiants. La plupart des gens, de fait, considéraient que le savoir devait être gratuit. Certains, contrairement aux autorités administratives de nos universités, trouvaient qu’il n’était pas de leur ressors de répondre à la question, et ils s’en allaient donc après une discussion sur l’irresponsabilité du gouvernement, le nombre d’étudiant entrant sur le marché du travail, ou la gratuité de l’enseignement, etc … D’autre enfin exprimaient le point de vue qui est celui que la valeur du savoir ne peut être exprimé en argent comptant, alors ils écrivaient sous le code barre « priceless » (« sans prix »).

Si le savoir est effectivement « priceless », qu’est-ce qui est alors acheté par le « marché de la connaissance » européen de bologne? Ce qui est acheter n’est pas du savoir. Le savoir ne peut pas être donner, il peut être appris. Ce à quoi nous sommes vendus, ce que nos parents paient par les taxes, et ensuite à travers les frais d’inscriptions, c’est le processus d’ajustement de l’éducation aux règles du marché, qui induit l’appauvrissement des cursus, la disparition des savoirs n’induisant pas de profit. Si ce processus n’est pas arrêter : l’éducation ne sera bientôt plus qu’un espace commercial pour l’achat de diplomes.

Photos sur le web : http://www.studentizastudente.net/index.php?option=com_morfeoshow&task=view&gallery=10&Itemid=24

Lycéens et étudiants allemands entament une grève nationale

Lycéens et étudiants allemands entament une grève nationale
http://www.rtbf.be/info/lyceens-et-etudiants-allemands-entament-une-greve-nationale-117168

15.06.09 – 12:20 (Belga) Des lycéens et étudiants de plus de 60 villes allemandes ont entamé lundi une « grève de l’éducation » de cinq jours pour attirer l’attention sur les « failles » du système éducatif allemand.
Lundi matin, les jeunes grévistes ont commencé à bloquer des amphithéâtres dans les universités de Berlin, Heidelberg, Bochum, Wuppertal et Hambourg, a indiqué le comité d’organisation du mouvement.
Des manifestations, des blocus de lycées et d’universités et des discussions hors les murs sont prévues tout au long de la semaine. Le point d’orgue de la grève est prévu mercredi, avec des manifestations dans 80 villes dans toute l’Allemagne. Les organisateurs attendent entre 150.000 et 200.000 participants. La grève vise notamment à protester contre la hausse prévue des frais universitaires et la réduction d’un an du cursus d’études dans le secondaire. Les étudiants ont notamment reçu le soutien de la fédération des syndicats allemands.
(GFR)

Appel de Florence pour un enseignement européen de l’histoire de l’art.

http://www.apahau.org/

APPEL DE FLORENCE
Un geste fort pour l’Europe : un enseignement de l’histoire de l’art dans tous les pays de l’Union.

Chaque année, des millions de membres de l’Union européenne, ceux-là mêmes qui sont invités à voter le 7 juin, profitent du principe de libre circulation pour découvrir les paysages, les musées, les traces du passé et les œuvres d’art contemporain de leurs voisins européens. Comment faire de ce formidable mouvement, de ces multiples découvertes, en un capital européen, en une ressource pour l’édification de l’Europe ? En transformant, par un enseignement d’histoire de l’art à l’école, ce qui relève de la consommation en un processus d’acculturation, de prise de conscience d’un patrimoine commun, d’appropriation d’une histoire artistique vécue sous le signe de l’échange, depuis des millénaires, de Ségovie à Cracovie, d’Athènes à Édimbourg ou Copenhague, de Florence à Munich et à Budapest.

Donner une dimension européenne à un tel enseignement d’histoire de l’art, qui n’existe à ce jour que dans quelques pays, l’instituer dans tous les pays d’Europe, ce serait, en associant les futurs citoyens d’Europe à leur propre histoire, donner un remarquable élan à une Europe de la culture.

Alors que l’histoire de l’Europe a été faite pendant longtemps de conflits qui opposaient des peuples, de traités qui ont divisé arbitrairement un territoire, de langues imposées injustement, de dominations culturelles, alors que le fonctionnement de l’Union est vécu comme quelque chose de compliqué et de lointain, l’histoire des formes artistiques constitue pour l’Europe un continuel processus d’échanges, d’enrichissements mutuels à tout niveau de la création dans un espace commun, du modeste maçon de village (qui met en œuvre des savoirs et des références architecturales venant de différents pays), à Léonard de Vinci, Picasso et Ingmar Bergman. Ainsi, par l’apport des « Barbares », Rome put revivifier l’héritage artistique de la civilisation grecque ; dans l’Espagne des Omeyades se réalisa une brillante synthèse entre les cultures arabes et européennes, notamment dans l’architecture ; avant le premier conflit mondial, l’Art nouveau (également appelé selon les pays Jugendstil, Stile Liberty, Modern Style ou Modernismo) réunit, en dépit des tensions nationales et linguistiques, une communauté européenne des arts.

Instituer un enseignement d’histoire de l’art à l’école dans tous les pays de l’Union permettrait à tous ses habitants de comprendre l’esprit de communauté artistique qui unit l’Europe depuis plus de trois millénaires. Les œuvres d’art, de la mosquée de Cordoue aux photos des châteaux d’eaux des Becher, étudiées dans leur dimension historique, sont la meilleure introduction aux religions, aux mouvement d’idées et aux civilisations qui ont forgé l’histoire du continent , et à la place artistique que peut tenir l’Europe dans la civilisation globale actuelle, alors que les formes artistiques empruntent de nouvelles voies et que les échanges s’accélèrent et se multiplient.

Le langage des images, très présent dans les expressions les plus contemporaines, est commun à tous les citoyens de l’Union. Dans les 27 pays de l’Union, une formation d’au moins une heure hebdomadaire en histoire de l’art serait pour chaque jeune européen un moment précieux de rencontre avec la richesse artistique de sa cité, de son pays, de l’Europe, une incitation à la mobilité et à la découverte au sein du continent, d’intégration culturelle européenne dans le respect de l’histoire.. Du patrimoine industriel aux traditionnels beaux-arts, des vestiges archéologiques aux créations les plus contemporaines, cet enseignement serait naturellement ouvert : ouvert à toutes les composantes et populations qui forment l’Europe actuellement, et apte ainsi à mettre en confrontation les objets de la civilisation européenne avec les cultures du monde ; ouvert à l’avenir, en intégrant pleinement la création vivante.

Un enseignement d’histoire de l’art, de l’école au lycée, dans tous les pays de l’Europe, est un geste que l’Union doit faire pour l’Europe, ses générations futures, la conscience de son avenir.

http://www.apahau.org/

Grèce : fermeture du Centre National de la Recherche en Sciences Sociales

Le gouvernement grec a annoncé la fermeture de EKKE (Centre National de la Recherche en Sciences Sociales, le seul centre de recherche appartenant au secteur public) ou bien son fusionnement avec le centre national de la recherche EIE sans aucun plan ni financement. Voici la pétition commune de la direction et du personnel. Les signatures de chercheur.E.s et de professeur.E.s d’autres pays européens peuvent aider à la survie de cette institution historique.

http://www2.ekke.gr/signatures.php

Du 15 au 19 juin : grève massive dans l’éducation en Allemagne.

Du 15 au 19 juin, grève massive dans l’éducation en Allemagne, à « européaniser » …
<http://loloster.blogspot.com/2009/05/15-au-19-juin-greve-massive-dans..html>

A  l’occasion des 10 ans de la signature de la « Déclaration de  Bologne » (19 juin 1999), toute l’Allemagne fédérale (ce qui n’est pas fréquent car cela leur demande beaucoup de coordination, du fait que les politiques éducatives y sont régionalisées), du 15 au 19 juin prochains, se plonge dans une semaine de grève massive dans tous les secteurs éducatifs, pour protester, comme nous, contre la privatisation progressive des Universités et du Savoir.
Selon le souhait de notre réseau européen de résistance qui émerge  et par solidarité, ils ont traduit leur appel national en français mais aussi bientôt en espagnol, en anglais et en italien.
http://www.bildungsstreik2009.de/aufruf/franz-ubersetzungen

L’appel est massivement soutenu par de très nombreuses organisations allemandes et européennes  (Attac, Die Linke, les Asta etc etc): http://www.bildungsstreik2009.de/aufruf/unterstutzer_innen/

Il est également puissamment soutenu par le plus grand syndicat de l’enseignement supérieur et de la recherche allemand; le GEW/DGB : http://www.bildungsstreik2009.de/gew-unterstutzt-bildungsstreik-2009/

Après le contre-sommet anti-Bologne de Louvain, il faut construire  l’occasion pour les mouvements français, italien,  espagnol, etc. de retrouver un second souffle en marquant eux-aussi ce malheureux 10ème anniversaire de la Déclaration de Bologne grâce à l' »européanisation » désormais en marche la révolte universitaire.

Il est temps de jeter de vrais ponts par-dessus les frontières; il est temps de construire nous-mêmes l’Europe.

« Universities in trouble »

Un article sur la situation des universités américaines après la crise financière : http://www.nybooks.com/articles/22673

A méditer dans le contexte actuel de réformite ministérielle …

Ces universités « trop » autonomes … Le Québec universitaire en révolte.

« Rappelons que les universités québecoises sont déjà autonomes : le point intéressant par rapport à la situation française est que le gouvernement québecois les estime en somme trop autonomes, et incapables de se gérer par elle-même. Il s’agit donc de neutraliser les universitaires en donnant encore plus de pouvoir au gouvernement et surtout au secteur privé. D’où les multiples craintes des universitaires, craignant par exemple que les “extérieurs” estiment certaines disciplines “non rentables” ou pas assez adaptées au bassin de l’emploi par exemple… Les arguments présentés par la FQPPU (Fédération Québecoise des Professeures et des Professeurs d’Université) ne sont pas inintéressants :

« Au cours de la dernière décennie, des pratiques propres au secteur privé se sont immiscées à l’université : contrats faramineux pour certains dirigeants, négociations tendues avec les différents corps d’emploi, menaces et impositions de lock out, précarisation croissante des personnels académiques, pressions à la fragmentation des tâches d’enseignement et de recherche, etc. À ces pratiques se sont ajoutées des décisions relatives à la gestion budgétaire et aux projets d’immobilisations qui appliquent des principes propres au secteur privé. À titre d’exemple, l’imposition de la rentabilité par programme – certificat, baccalauréat, etc. – et par unité menace la survie de domaines d’enseignement fondamentaux dans le milieu universitaire; de même, les transferts de fonds, à partir des budgets de fonctionnement, vers des budgets réservés aux immobilisations grèvent le financement de base pourtant généralement reconnu comme insuffisant pour répondre aux besoins des universités et aux attentes de la société québécoise. »

Lire la suite sur le blog de TomRoud : http://tomroud.com/2009/04/18/loi-107-le-quebec-universitaire-en-revolte/

Lire également l’article du Devoir : « L’université enfermée dans la logique marchande.« 

La ronde des obstinés dans The Guardian

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/apr/07/protest-france

Mastérisation des Concours pour l’Enseignement secondaire : l’épilogue Italien. Un aperçu des dérives de la reforme Darcos

Mastérisation des Concours pour l’Enseignement secondaire : l’épilogue Italien
Un aperçu des dérives de la reforme Darcos

C. Murolo. MCF – Centre de Mathématique Informatique Université de Provence – 1-04-09
[n’appartenant à aucun courant politique, aucun syndicat ]
http://www.cmi.univ-mrs.fr/~murolo/UF/Derives.pdf

Le modèle de parcours pour le recrutement des professeur du secondaire proposé par X. Darcos est très similaire au modèle en fonction en Italie entre 1980-2000 qui conjuguait Capes et Agrégation en un concours unique (de difficulté intermédiaire) à passer après 4 ou 5 ans d’études universitaires (comme dans la réforme Darcos).
Les conséquences d’un tel système ont donc déjà bien été observées en Italie depuis les années 80 et c’est donc de celles-ci dont on va parler. Précisons d’abord que la réussite à un concours déjà en 1980 ne débouchait pas forcément sur l’attribution d’un poste d’Enseignant. Les lauréats du concours n’obtenant pas de poste étaient alors classés dans une liste d’attente dite
‘liste permanente (des profs habilités)’ déposée au Rectorat (correspondante à l’ANR : Agence Nationale de Remplacement prévue par Darcos :http://www.rtl.fr/fiche/110777/l-agencenationale-de-remplacement-kezako.html ), le classement se faisant selon un nombre de points calculés (au départ d’après la note finale du Concours et) par la suite en tenant compte des diverses expériences d’enseignement lors de remplacements ou vacations
effectuées. La note du concours étant fixée une fois pour toute, la seule manière d’améliorer son classement était d’effectuer des remplacements ou vacations (de 1 semaine à 9 mois) pendant que d’autres collègues n’en faisaient pas (ou pas assez) ; des raisons de refus peuvent être l’éloignement par rapport au lieu de travail, la durée trop courte proposée …etc Ce système a entraîné le grossissement des listes permanentes d’ attente et une situation de grande précarité. En voici les dérives les plus marquantes :
La 1ère dérive naturelle a été que la période légale de tenue des concours, initialement prévue tous les deux ans, n’a plus été respectée ; par exemple quand j’ai obtenu mon agrégation en Italie en 1986 le concours ne se tenait pas depuis 9 ans (1977) le concours qui a suivi mon recrutement s’est tenu encore 7 ans après en 1993 …..et ceci malgré la LOI selon laquelle les concours devaient se faire tous les DEUX ans … On peut alors imaginer les milliers de candidats, la « confusion » et les irrégularités administratives continues qui entouraient ces concours, qui malgré tout étaient attendus comme des bouffées d’oxygène …. Malgré la loi, l’orientation ministérielle était la suivante : « Si on ne veut pas créer de poste, pourquoi faire des concours ? » « Pourquoi financer l’organisation de nouveaux concours quand il y a une longue liste d’attente de « qualifiés reçus précédemment aux concours » prêts à faire des vacations, ce qui coûte alors beaucoup moins cher que des postes stables…. ?  » La règle est alors devenue la précarité avec à chaque fois un  »recrutement sous contrat pour un certain nombre d’heures » de  »vacations », ceci pendant que les meilleurs étudiants restaient en attente de concours éventuels pendant des années ou alors finissaient par se diriger vers d’autres carrières. La 2ème dérive immédiate a été la « régionalisation » du concours et des listes permanentes,
due à cette énorme armée de candidats, avec toutes les irrégularités qui peuvent en découler à savoir « népotisme et clientélisme » : les murs du Rectorat étaient régulièrement tapissés de recours déposés par un professeur habilité contre un autre, ce dernierayant été appelé pour un remplacement alors qu’il possédait moins de points.  La 3ème dérive, (la plus inattendue pour les futurs enseignants mais pas pour les partisans de la concurrence à tout prix) a été que cette situation d’enseignants en attente a favorisé la naissanced’un grand nombre d’écoles privées …. Expliquons dans les détails ce piège infernal.  Il est fréquent qu’un enseignant en attente, après 2-3 ans d’inactivité, pour essayer de mieux se placer dans la liste permanente des habilités, accepte de travailler auprès d’une école privée. L’Ecole privée, bien qu’elle soit en partie financée par l’Etat chaque année, affirme ne pas pouvoir supporter le coût d’un enseignant comme c’est encore le cas pour l’Ecole Publique. Sous prétexte d’offrir des points elle négocie alors le salaire de l’enseignant embauché : la plupart du temps, le privé offre à l’enseignant désespéré un salaire
capable à peine de couvrir ses frais de transport école-maison. Ce poste négocié selon la philosophie « Enseignement gratuit (ou presque) contre points » devient finalement un poste d’enseignement reconductible l’année suivante. Cette pratique n’a jamais scandalisé le Ministère ces dernières 20 années.
http://partitodemocratico.gruppi.ilcannocchiale.it/?t=post&pid=2140142
Cette situation a concerné 50% de mes collègues et amis de cours de DEA. Dans un tel climat de désespoir, cette pratique est encore actuelle et contribue à dévaluer totalement le métier d’enseignant. Les enseignants qui refusent de se soumettre à cet asservissement (soit les autres 50%, les mieux classés !) finissent par ne pas enseigner. Cette situation perdure depuis plus de 30 ans et règne encore souveraine en enrichissant de nombreux propriétaires d’Ecoles privées, légalisant ainsi le travail au
noir, méprisant les mérites et le travail des individus en permettant l’accès plus rapide à l’enseignement au
moins compétent et en condamnant les plus doués à l’inactivité. Le dernier concours en Italie s’est tenu en 1999 … .  Nous avons, donc, avec l’expérience italienne un aperçu des dérives engendrées par une réforme de Masterisation associée à une Agence Nationale de Remplacement (ANR)

En 2000 avec l’arrivée du 3-5-8 (LMD français selon la déclaration de Bologne) les règles ont soi-disant changées …. Voyons comment : Les concours déjà peu fréquents, trop coûteux et chaotiques ont été définitivement supprimés. Ils ont été remplacés par deux années supplémentaires de formation diplômante avec examen final (donc : Master2 + 2 ans = bac + 7 ans ). A l’issue de ces 2 ans de formations dits de SSIS (Scuola di Specializzazione per Insegnamento Secondario), on acquiert le droit d’être inscrits dans les listes d’habilités et de travailler (plus ou moins) gratuitement pour le privé.
De plus, ces deux années sont payantes, l’étudiant paye des droits d’inscription de 1600€ /an, (ce qui en comptant 11.000 inscrits/an assure au Ministère un butin de 17,6 Million € /an) qui avec les autres taxes et livres deviennent 2500€/an, tout cela seulement pour espérer de figurer dans des listes qui ne garantissent rien (mis à part l’exploitation par le privé !).
En fait ce diplôme remplaçant le concours (obtenu au niveau bac + 7 ans) donne quelques chances de rentrer dans le public seulement après la quarantaine. Ces cours SSIS diplômants dans le métier de l’enseignement se sont tenus de 2000 à 2009 mais pour 2010 le ministre les a suspendus et a verrouillé les listes permanentes de profs habilités.
Morale de l’histoire : dans la période 2000-2010 qui a suivi la Masterisation-Italienne le Ministère a réussi à « vendre » le droit d’accès à la liste d’enseignement qu’on délivrait avant par réussite au concours contre deux ans d’études payantes supplémentaires à chaque candidat soit une rente de 3200€ par candidat.
De plus, il faut préciser que le taux de réussite pour ce diplôme est de seulement 20%.
Description de la situation Finale (30 après la masterisation)
Dans un rapport présenté à Rome le 11 février 2009 (par la Fondation Agnelli)
http://www.unimagazine.it/index.php/it/nazionale/prima_pagina/attualita/5621_prof_italiani_i_piu_vecchi_d_europa sur la situation de l’Ecole Secondaire en Italie on explique comment depuis la suppression des concours dans les écoles l’âge moyen des Enseignants ayant un poste a explosé : « L’Ecole Italienne a fait les cheveux gris ou même blancs : l’âge moyen de professeurs pour leur premier poste stable a presque doublé et nous avons les profs les plus vieux d’Europe »

La situation pour le futur est bloquée, avec les Ecoles de Spécialistation SSIS fermées, les concours supprimés, et les vieilles listes d’attente des profs habilités verrouillées : nous sommes ainsi en train de perdre toute une génération d’enseignants » (et j’ajouterais) surtout on a bouleversé et étouffé la vie d’une génération entière de jeunes. Depuis 1999, l’âge moyen des enseignants s’est élevé de 4 ans : il est à présent de 50 ans. « Environ 13,7% de nouveaux profs a 50-60 ans et 1,2 (d’entre eux) a plus de 60 ans : Il pourrait prendre sa retraite tout de suite après avoir eu son poste. »
L’ âge moyen des profs est passé :
Dans la maternelle dans les derniers 10 ans de 44,1 à 48,6 ans
Dans le CP-CM (élémentaire) est passé de 44,2 à 47,7 ans;
Dans le collège de 47,7 à 51,0 ans
Dans les lycées de 46,1 à 50,4 ans.
Au total de 1998 à 2008 on est passé d’un âge moyen de 45,7 à 49,4 ans..
Les professeurs ayant plus de 50 ans sont : 55% en Italie contre : 47% en Allemagne, 32% en Grande Bretagne, 30% en France et 28% en Espagne.
De plus pour 2009-10 une nouvelle suppréssion de 37.000 postes à été annoncée par le Ministère.
Sur le quotidien La Repubblica, (article de S. Intravaia, Dossier : Ecole & Jeunes )
http://www.repubblica.it/2009/
03/sezioni/scuola_e_universita/servizi/scuola-2009-10/piano-tagliscuola/piano-tagli-scuola.html on peut lire :
Voici les nombres officiels du Ministre de l’Education secondaire : disparition de 2 postes sur 3
37 mille postes de titulaire seront supprimés dont plus que la moitié au Méridion.
La plus pénalisée sera l’Ecole CP-CM qui perdra 15.541 titulaires (le 10%).
Cette manouevre sera réalisée en augmentant les heures hebdomadaires des enseignants titulaires et les éffectifs des classes portés à 30 étudiants /classe. Elle privera de l’enseignement tous les non-titulaires, remplaçants et vacatairs (diplômés SSIS).
Or sans vouloir insister sur les conséquences désastreuses d’un tel système d’accès à l’enseignement on peut au moins rappeler que dans une condition de précarité similaire :
1) L’accès à la propriété devient un rêve réservé aux plus aisés de par leur naissance. Les banques ne concèdent aucun prêt pour financer l’achat d’un appartement (même petit).
2) Fonder une famille devient une responsabilité très difficile à assumer. Ceci explique les fameux jeunes-vieux italiens restant chez leurs parents jusqu’ à 35 ans et plus
3) Beaucoup de familles jeunes sont maintenues par les retraites des grands parents.
4) Bac + 7 ans (ou plus) pour accéder à une liste d’attente ou bien travailler gratuitement(ou presque) pour le privé. Ensuite même plus ceci (verrouillage des listes).
5) Les rôles d’éducation de la société et de transmission du savoir sont confiés à des enseignants âgés, usés par leur parcours, gagnés par la démotivation, la détresse, la fatiguela frustration …. Pendant ce temps les plus jeunes et motivés sont condamnés à l’inactivité Ce sont des dérèglements sociaux extrêmement graves
Les questions suivantes s’imposent :
Quel futur pour ce prototype de recrutement et d’Ecole ?
Est-ce cette Ecole est destinée à être définitivement remplacée par les Ecoles privées ?
Etait ce bien (peut être) le véritable but fixé dès le départ ?
Quel futur pour une telle société ?

La réforme ne s’arrête pas aux frontières de la France

On le sait, la « réforme » » ne s’arrête pas aux frontières de la France » : partout en Europe, les collègues sont confrontés aux mêmes politiques, et « il n’y a pas que la France qui résiste ».
http://firgoa.usc.es/drupal/node/42185

Depuis le début du mouvement nous parviennent des messages venus d’ailleurs, bien encourageants ou éclairants :

De Finlande :
Thanks for the message and declaration. I am glad to notice that you are so brave in France and strongly resisting. I have to tell you that we encounter the same problem here in Finland, but here it may be too late since the Government has made a new law proposal and the leadership of Helsinki University has accepted it. Only now the professors are alarmed and we make a public declaration against this ‘reform’  which is similar by nature as that done in France. We  shall have on April 1st a meeting of the Consistorium Maius, i.e. all the
professors where this declaration will be signed and  then sent to the Parliament which is dealing with the new University law. In this law  University becomes a kind of enterprise and we, professors, will no longer be functionaries of the State, but employed by enterprise called University, and students will be our ‘customers’ . There is also one detail: namely according to the new statutes the copyrights of our work, research, will belong to the employer, not to us, which is totally crazy. But I think there ‘reforms’  take place in the all EU, so radical means to resist are needed.

Du Japon :
Dans un document en anglais du ministère des Affaires étrangères japonais intitulé « Réforme structurelle de l’économie japonaise : mesures fondamentales pour une gestion macro-économique », en date du 26 juin 2001, figure, en tête des « sept programmes de réforme structurelle », celui consacré aux privatisations où l’on peut lire : « Privatisation/réforme régulatoire – Maximaliser l’utilisation du secteur privé. Nous envisageons de passer en revue les performances des organismes publics [à statuts] spéciaux ainsi que des institutions semi-publiques, et de réduire leurs budgets afin de pouvoir promouvoir de façon efficace la privatisation. Nous nous efforcerons d’étendre les domaines et les opportunités de gain du secteur privé. En tête de la liste figurent la privatisation des trois “métiers de la poste” – le courrier, l’épargne, l’assurance-vie – et une révision radicale des rôles du financement public. Nous envisageons d’introduire la loi du libre marché dans des domaines tels que la santé, les soins, la protection sociale, et l’éducation. Nous envisageons également d’introduire des méthodes de management privé, y compris par la privatisation, comme dans, par exemple, la gestion des universités nationales japonaises. » (Christian Galan, « La réforme des universités nationales japonaises » :  http://www.skolo.org/spip.php?article195&lang=fr)
C’est donc chose faite : les universités publiques nationales ont été privatisées en 2004, malgré l’opposition massive des enseignants-chercheurs, et la catastrophe prévisible est bien là. Les collègues japonais nous encouragent à résister pour ne pas nous retrouver comme eux. Ils n’ont pas eu « notre cran », ne sont pas descendus dans la rue, et n’ont pas proposé un nouveau modèle de manifestation permanente.

De Nouvelle-Zélande :
« Apprenons du malheur du pays des All Blacks » : un témoignage sur le démantèlement du CNRS de Nouvelle-Zélande, par Ian Vickridge, Institut des NanoSciences de Paris (SLR, http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2512, 12/02/09).

Une contestation européenne !

80.000 manifestants à Barcelone pour l’ensemble de l’éducation le 19 mars ! 35.000 à Madrid pour l’enseignement scolaire le 25 mars !

Pour plus de détails voir ce site : http://firgoa.usc.es et les liens :

et pour d’autres pays :

Les p’tits nègres des colonies répondent : ou pourquoi les professeurs de l’UQAM font-ils la grève, et donc le trottoir ?

Les p’tits nègres des colonies répondent : ou pourquoi les professeurs de l’UQAM font-ils la grève, et donc le trottoir ?

Hier matin est paru sur ce site un article tentant de rendre compte de la grève des professeurs de l’Université du Québec à Montréal. Son auteur, que nous appellerons désormais l’Anonyme – c’est sûr qu’à sa place, j’aurais moi aussi cherché à garder l’anonymat ! – y combine l’ignorance absolue propre au mauvais journalisme avec le mépris colonial que certains Français de France portent (visiblement, toujours et encore !) à leurs « cousins » du Québec. Et oui, imiter l’accent (l’accent ! qui fait que si on n’est pas né en France, on ne devient jamais totalement Français aux yeux des autres…) et condescendre en sympathie, pour bien en rigoler derrière leurs dos, sur ces fous de nègres noirs ou blancs et autres êtres à peine humains, cela reste hélas un geste classique des Français fiers de l’être, en allant dans leurs anciennes colonies ! Attitude toutefois plus qu’étonnante sur un site d’universitaires français, autrement dit chez des intellectuels censés être capables de se renseigner (non seulement parce que la langue est la même…), surtout quand il s’agit de trouver la solidarité entre luttes d’universitaires de ci et de là de l’Atlantique : chercher à saisir ce qui, tant en termes politiques que dans les revendications précises, unit « notre » cause et la « leur ». Bien que ce soit le but affiché de l’article, cette fois-ci, c’est bien raté ! Malheureusement, non seulement l’Anonyme montre du mépris au lieu de la solidarité envers ses collègues d’outre-Atlantique, mais encore il confond à peu près tout ce qu’on pouvait confondre dans l’affaire. Alors, quelques rectifications s’imposent…

De fait, le corps professoral de l’UQAM est en grève, et ceci depuis maintenant 3 semaines. Il l’est pour obtenir le renouvellement de sa convention collective, sur laquelle je reviendrai : ici les professeurs ne sont pas des fonctionnaires, les universités fonctionnent sous conventions collectives, négociées par les syndicats des employés. En effet obligatoires, ceux-ci ne « s’introduisent » pas dans l’entreprise comme le ferait dans l’imaginaire de l’auteur la CGT ou la SGEN : non, ce sont des syndicats locaux, qui sont formés par un corps d’employés et les représentent. Corporatistes sans doute, et moins politiques nécessairement que les syndicats français nationaux, ces syndicats ont l’immense avantage de représenter, à travers leurs élus, la volonté majoritaire des employés.
Nous autres professeurs ne sommes pas les premiers à exprimer notre mécontentement à l’UQAM. L’auteur Anonyme du billet confond les revendications des professeurs (sur lesquelles il n’a pas fait l’effort de se renseigner le moindrement) avec les revendications des employés de soutien, dont le mot d’ordre est en effet « On n’est pas coupables » — pour le gouffre financier de l’UQAM, que la direction invoque continuellement pour expliquer les suppressions de postes dans l’administration. Pourtant, les employés ne portent pas d’écharpe orange, mais bleue, ce qui est assez facile à distinguer… ; et on ne les voit pas non plus sur les piquets de grève mais seulement lors des manifestations, dont l’Anonyme affirme qu’elles n’existent guère outre-flaque…
Ce qui a abouti à la grève actuelle des professeurs et au mécontentement de toute la communauté de l’UQAM – professeurs et maîtres de langue, chargés de cours, étudiants employés, étudiants et employés de soutien, qui ne sont pas nécessairement les uns contre les autres, et de fait, dans cette lutte, deviennent de plus en plus solidaires… – c’est la conjonction de trois facteurs, inséparables pour comprendre la situation :
o des dépenses irresponsables engagées par la direction de l’UQAM autour d’un investissement immobilier (l’« îlot voyageur ») entamé en 2005, dont le gouvernement du Québec et le (nouveau) rectorat de l’université font porter le poids sur la communauté universitaire, tant du côté des conditions de travail que de celles de l’apprentissage ;
o l’arrivée à échéance, en 2007, de la convention collective de deux corps d’employés, les professeurs et des maîtres de langue ;
o enfin la préparation, par le Ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports (sic) du Québec, d’un projet de loi (« la loi 107 ») qui vise à revoir les modalités de la gouvernance des universités, l’encadrement des professeurs et leur charge d’enseignement, et que le gouvernement cherche sans doute à finaliser avant de renégocier la convention collective.

Comme tout ceci intervient dans un contexte de longue durée depuis longtemps défavorable – à savoir que l’UQAM est notoirement sous-financée depuis des décennies par rapport à toutes les autres universités du Québec – et un contexte immédiat de crise, la direction de l’UQAM et le Ministère ont refusé de négocier la convention collective, échue en mai 2007, depuis 22 mois. Mais la patience des « gentils québécois », et même des professeurs d’université qui ne comptent pas leurs heures de travail, a des limites. Et du coup, les profs ont décidé de se mettre en grève puis de la prolonger, de semaine en semaine, par un vote syndical au bulletin secret de plus en plus fort (65% d’abord, 75% après la première semaine, 80% après la seconde) et un taux de participation élevé (65-70% de votants).
Depuis, nous faisons des piquets de grève en trois tournées par jour (et pas toute la journée…) autour de l’UQAM, pour empêcher que les gens rentrent – et que quelques cours se tiennent. Depuis, nous manifestons dans les rues et organisons toutes sortes d’activités alternatives, des ateliers et conférences aux gestes de visibilité artistiques et politiques… tout comme en France ! Contrepartie immédiate et implacable : nous ne recevons pas de salaire pour les journées et semaines de grève, car l’université est par ici… autonome, et la charge de travail des profs – vous diriez : enseignants-chercheurs – définie depuis longtemps (même si on peut discuter si notre salaire hebdomadaire doit se découper en 5 ou 7 journées de travail, et de combien d’heures). Nous recevons en revanche des allocations de grève, car nous sommes syndiqués, si nous participons aux piquets de grève. Et comme le syndicat des professeurs fait très bien son boulot, tant dans l’organisation de la grève que dans la représentation de nos intérêts, nous n’avons pas les mêmes problèmes que nos collègues en France avec les dinosaures syndicaux englués dans la cogestion ou en compétition les uns avec les autres pour une petite parcelle de pouvoir. Ici, les syndicats sont forts parce qu’obligatoires – et la démocratie syndicale fonctionne pleinement. Il suffit de venir voir une de nos assemblées générales : elles donnent, comparées à toutes celles que j’ai pu fréquenter pendant vingt ans en France, l’impression d’un corps professoral et d’une communauté universitaire bien plus conscients, disciplinés, démocratiques et solidaires.

Enfin, pour de plus amples renseignements, tout intéressé – y compris l’Anonyme, qui aurait mieux fait de le faire plus tôt ou s’abstenir… – peut se tourner vers les sites suivants :

Piroska NAGY
Citoyenne française, ancienne membre de SLU, maître de conférence en détachement, professeure à l’UQAM.

Fermeture d’un département de langue et littérature anglaises parce que jugé non rentable !

Une pétition est en ligne, lancée par des collègues britanniques qui subissent ce que nous pouvons prévoir si nous ne mettons pas un frein à la transformation radicale de l’université qui nous est imposée :
http://www.ipetitions.com/petition/Save_linguistics/?e.
De quoi s’agit-il ?
De la fermeture pure et simple d’un département de langue et littérature anglaises dans une université londonienne (Sussex), parce que jugé non rentable, et ce sans aucune consultation ni discussion collégiale mais par pure décision managériale de la direction de l’établissement.

Bon « printemps des colères » à tous !

Comment fait-on la grève ailleurs ? Syndicalisme et piquetage à l’UQAM

ci-dessous le texte d’un ami français sur le déroulement de la grève des EC à l’UQAM

—-  Mais que font ces bonshommes et dames figés, piétinant par –10°C dans le centre de Montréal ? Intrigué, on s’approche : « spuq » est leur devise, « on n’est pas coupable » leur cri de guerre. La gentille province du Québec renouerait-elle avec le pilori, en condamnant ses repris de justice à se transformer en glaçons ? Nenni. Seulement des profs qui piquètent avec ferveur –au passage, inutile d’aller chiper quelque picketing au perfide voisin, le piquetage est un mot bien présent dans la « trousse de francisation » que l’on remet aux nouveaux arrivants. Un professeur explique : « Fait qu’là, c’est ça, on piquette, on fait le piquet de grève, là. C’est ça. » Tout est dit. Les professeurs de l’Uqàm (on tient beaucoup à l’accent), Université du Québec à Montréal, sont en conflit ouvert avec la direction, pour des questions de contrats (qui nous échappent un peu). Ils ne sont pas coupables, comprenez, ils ne veulent pas qu’on « coupe » leurs postes. Autre objet de grogne, on menace de leur attribuer un « cinquième cours » pour le même salaire. Les problèmes d’eux aut’ ne seront pas sans rappeler certaine situation chez les « Frinçais d’ Frince ».  Pourquoi, pour une fois, ne pas s’inspirer des pratiques de nos cousins américains plutôt que de leur donner des leçons ? La technique a l’avantage de la visibilité : devant chacune des nombreuses entrées de chacune des nombreuses « bâtisses » de l’université, un bon groupe d’une vingtaine de professeurs piquette depuis maintenant deux semaines sans relâche, de 8h du matin à 18h. Ça consiste à être icit’, taper dans les mains, faire sonner les trompes (d’où de jolis concours de trompes d’un côté à l’autre de la rue), distribuer des tracts, et brandir des pancartes –à peu près une par personne, soit un joli porc-épic de revendications. Avec leurs bonnets noirs estampillés « spuq », le Syndicat des Professeurs de l’UQàm, et leurs écharpes oranges façon révolution ukrainienne, ils ont un petit air de dés de melon au bout d’un cure-dent. Ça fait bien rire en tout cas, c’est un moment convivial, les fumeurs crapotent à tout va, les autres parlent de la poutine qu’ils iront bouffer une fois leur shift terminé –car évidemment, on se relaie, pas question de rester la journée à se frigorifier. Avec 1000 professeurs grévistes, ce n’est pas difficile. Il faut dire que les conditions ne sont pas du tout les nôtres. Au Québec, lorsqu’un syndicat (unique) s’introduit dans une entreprise, l’affiliation de tous les employés est obligatoire. Elle est assez onéreuse. De la même façon, la grève est unitaire : on a le droit de s’entredéchirer à l’envi lors des réunions syndicales pour décider si l’on fera ou non grève, mais une fois celle-ci votée, elle est obligatoire pour tous. Autrement dit, 1000 professeurs, 1000 syndiqués, 1000 grévistes, 1000 piqueteurs. Egalement, 1000 bonnets noirs spuq, 999 écharpes oranges (j’en ai vu une emportée par le vent) – accessoires offerts par le syndicat, c’est le moins.

Pas de manifestations ponctuelles, donc, pas de défilés, mais une présence constante le temps de la grève –votée pour cinq jours, soit une semaine, reconductible en fonction des propositions de déblocage du recteur ou du ministre. La visibilité est certes garantie par le fait que l’Uqàm n’a pas vraiment de campus, et que ses locaux sont en plein centre-ville. La fonction du piquetage est en fait surtout d’empêcher l’accès aux bâtiments, car 60% de l’enseignement est dispensé par des chargés de cours, qui eux, en tant que contractuels, n’ont pas le droit de grève (et ne sont pas concernés par les mesures visant les professeurs). C’est donc professeurs contre chargés de cours et surtout contre étudiants –ceux-ci un peu rancuniers de ce que l’an passé les professeurs n’aient pas soutenu leur grève à eux (et là, on songe derechef qu’à 6000 km de distance il en allait un peu de même il y a un an). Les professeurs n’ont évidemment pas le droit d’interdire l’accès aux bâtisses, mais discutent, tentent de convaincre, drapent les portes d’une banderole suppliant de « respecte(r ) notre piquetage svp ».

Que retenir de ce modèle ? Que le orange est la couleur des révolutions, qu’il fait meilleur manifester au printemps à Paris que l’hiver au Québec, que l’occupation des entrées de locaux est légale (à quelques mètres), non-violente et dissuasive pour les éventuels briseurs de grève (traités d’un nom infâme et québécois). A bons entendeurs !

Violences policières extrêmes à Barcelone le 18 mars

D’un côté : des livres. De l’autre : des matraques. Simplement insoutenable.

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