CNRS : vers des licenciements massifs ?

Voici le courrier que notre Collectif diffuse actuellement à des collègues des laboratoires du CNRS, devant la menace imminente d’une très vaste campagne de licenciements qui pourra toucher non seulement les agents du CNRS mais tous ceux qui travaillent dans ses laboratoires (les universitaires, notamment). On a aussi des échos en provenance de laboratoires industriels, comme quoi leurs patrons se frottent déjà les mains avec ce qui va se passer au CNRS.
Merci à quiconque voudra bien nous aider en rediffusant la note qui suit :

Indépendance des Chercheurs
http://science21.blogs.courrierinternational.com/

aux agents des laboratoires du CNRS.

Cher (e) Collègue,
La situation qui s’est créée avec le vote du contrat d’objectifs entre le CNRS et l’Etat par le Conseil d’administration du Centre, dans le contexte de la promulgation prochaine d’une véritable loi de licenciement à grande échelle des fonctionnaires en cours d’adoption et de la préparation d’un nouveau décret sur l’organisation et le fonctionnement du Centre, nous apparaît d’une gravité sans précédent.
Les agents du CNRS, mais aussi les universitaires, se trouvent collectivement confrontés à des menaces imminentes sur leur emploi dont on ne parle guère.
C’est pourquoi, en vous priant de bien vouloir nous en excuser, nous nous permettons de vous déranger à nouveau et, si le contenu du matériel que nous vous faisons parvenir vous paraît raisonnable ou digne d’intérêt, de vous demander de le rediffuser autour de vous.
Suivent quelques résumés d’articles récents, sur notre blog « La Science au XXI Siècle », analysant cette situation nouvelle.
http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/07/03/cnrs-et-loi-de-licenciement-massif-des-fonctionnaires.html

CNRS et loi de licenciement massif des fonctionnaires
Le 3 juillet, l’Assemblée Nationale a mis en ligne une nouvelle version du projet de loi de licenciement massif des fonctionnaires, appelé pour la forme « projet de loi relatif à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique ». Le texte est issu des débats d’hier et destiné à être adopté mardi prochain. Il guidera donc, entre autres, l’application du contrat d’objectifs entre le (CNRS) et l’Etat approuvé la semaine dernière et qui place la grande majorité des personnels du Centre dans une situation « atypique ». Les perspectives ne paraissent guère différentes pour l’ensemble de la fonction publique.
[la suite, sur le lien
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http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/07/01/cnrs-un-contrat-d-objectifs.html

CNRS : un contrat d’objectifs liquidateur (I)

Le 1er juillet, EducPros commente un discours récent de Valérie Pécresse estimant notamment que la communauté universitaire attend « trop de choses » des pouvoirs publics. Ce n’est pas une surprise, mais dans ce cas d’où viendront les moyens de la recherche, qui pourra la mener à terme ? Au nom de quels intérêts, et qui en détiendra le contrôle réel ? Le contrat d’objectifs quadriennal entre le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et l’Etat, approuvé il y a une semaine par le Conseil d’Administration (CA) du CNRS, enlève à cet établissement l’essentiel de ses prérogatives et prépare à terme sa disparition. Il semble donc bien, comme nous l’avions estimé à plusieurs reprises, que la recherche publique française soit destinée à tomber très rapidement sous la coupe du secteur privé avec la disparition programmée du CNRS. L’éventuelle entrée en application du Traité de Lisbonne ne fera qu’accélérer ce processus.
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http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/06/28/qui-a-tue-le-cnrs.html

Qui a tué le CNRS ? (I)
Le 28 juin, le Journal du Dimanche (JDD) consacre la une plus sept autres pages au décès de Michael Jackson. La une porte même le titre : « Qui a tué Michael Jackson ? ». Mais le média se montre beaucoup plus discret sur d’autres morts scellées ou annoncées qui, par leurs enjeux, touchent plus directement les Français. Tel est le cas de la liquidation du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) organisée par le contrat d’objectifs 2009-2013 approuvé cette semaine, et dont un projet de décret tout aussi dévastatateur risque de renforcer bientôt la base juridique. Quant aux causes de ce décès lourd de conséquences, silence radio. Pareil en ce qui concerne la mort de la fonction publique française que représente le projet de loi dit « relatif à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique ».
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http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/06/26/cnrs-le-vote-du-conseil-scientifique-sur-le-contrat-d-object.html

CNRS : le vote du Conseil Scientifique sur le contrat d’objectifs (II)
Le 26 juin, un article de Sylvestre Huet dans la rubrique Sciences de Libération commente le passage en force du Conseil d’Administration (CA) du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) français intervenu la veille par le vote très controversé du contrat d’objectifs 2009-2013, au cours d’une séance tenue en Suisse dans le Canton de Genève. L’auteur semble estimer que le mouvement des chercheurs aurait obtenu des concessions significatives, mais nous ne sommes pas de cet avis. Bien au contraire, le CNRS perd l’essentiel de ses missions et prérogatives et s’achemine vers la fermeture pure et simple. Un coup dur pour les chances de survie du CNRS a été le vote du Conseil Scientifique (CS) de la semaine dernière (15 et 16 juin), où le comportement de la représentation élue syndicale paraît très difficile à expliquer. A ce sujet, le relevé des recommandations officiel du CS mis en ligne sur le site du CNRS met en évidence un comportement des élus plus étonnant qu’on n’aurait pu le craindre sur la base des premières informations diffusées.
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http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/06/25/le-cnrs-aura-vecu-70-ans.html

Le CNRS aura vécu 70 ans
Le 25 juin, réfugié en territoire étranger, le Conseil d’Administration du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) français a adopté par 15 voix contre 6 le projet de contrat d’objectifs avec l’Etat rejeté par les personnels et qui équivaut à une mise à mort de l’établissement. Trois jours après le discours de Nicolas Sarkozy devant le Parlement réuni en Congrès, ce passage en force témoigne de la réalité de la politique du nouveau gouvernement. L’événement peut choquer d’autant plus, qu’il ne semble pas que l’actuel gouvernement des Etats-Unis pratique à l’égard de sa recherche fédérale une politique analogue à celle appliquée en France par Valérie Pécresse contre le CNRS, l’INSERM, l’INRA, l’INRIA et l’ensemble des organismes publics de recherche. A qui profitera le démantèlement de la recherche publique française ?

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http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/06/24/cnrs-quelle-reforme-quels-objectifs-ii.html

CNRS : quelle « réforme », quels objectifs ? (II) Faisant état du remaniement gouvernemental, Les Echos du 24 juin commente la suppression annoncée de 16.000 postes (équivalent temps plein) dans l’éducation nationale l’année prochaine, pour 13.500 cette année, 11.200 l’année dernière et 8.700 il y a deux ans. Soit, un total d’environ 50.000 postes supprimés dans l’éducation nationale en un temps record. On peut se demander de quelle « priorité » parle Nicolas Sarkozy lorsqu’il inclut l’éducation parmi ses « priorités ». A fortiori, lorsqu’il évoque le « modèle américain » alors que dans sa campagne électorale d’il y a un an Barack Obama a largement attribué le recul des Etats-Unis en tant que superpuissance à un déficit grave et chronique dans le domaine de l’éducation. Il en est de même de la politique de démantèlement des organismes publics de recherche comme le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) dont le Conseil d’Administration se réunira demain en Suisse dans un contexte particulièrement conflictuel, ou encore l’INSERM, l’INRA, l’INRIA… Précisément, l’actuelle« réforme » sans réel débat du CNRS ne correspond en rien à un quelconque « modèle américain » : aux Etats-Unis, les missions et prérogatives essentielles de la recherche fédérale n’ont pas été supprimées, malgré la politique réactionnaire des administrations Reagan et Bush. A la question de savoir dans quel sens devraient évoluer des établissements publics à caractère scientifique et technologique comme le CNRS, l’INSERM, l’INRA, l’INRIA… la réponse se situe clairement aux antipodes de l’actuelle politique de Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse.

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/06/24/cnrs-quelle-reforme-quels-objectifs-ii.html ]

Cordialement
Le Collectif Indépendance des Chercheurs
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Le CNRS aura vécu 70 ans

« Le 25 juin, réfugié en territoire étranger, le Conseil d’Administration du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) français a adopté par 15 voix contre 6 le projet de contrat d’objectifs avec l’Etat rejeté par les personnels et qui équivaut à une mise à mort de l’établissement. Trois jours après le discours de Nicolas Sarkozy devant le Parlement réuni en Congrès, ce passage en force témoigne de la réalité de la politique du nouveau gouvernement. L’événement peut choquer d’autant plus, qu’il ne semble pas que l’actuel gouvernement des Etats-Unis pratique à l’égard de sa recherche fédérale une politique analogue à celle appliquée en France par Valérie Pécresse contre le CNRS, l’INSERM, l’INRA, l’INRIA et l’ensemble des organismes publics de recherche. A qui profitera le démantèlement de la recherche publique française ? » (article à lire sur le site Indépendance des chercheurs)

A voir également, une petite vidéo de nos collègues qui ont accueilli le CA du CNRS au CERN :
http://www.dailymotion.com/ifleg/video/16260713

Lettre des étudiants serbes, adressée au monde

Lettre des étudiants serbes, adressée au monde :

En Serbie, le processus de Bologne a débarqué avec une hausse enorme des frais d’inscriptions d’année en année, un chaos dans le système universitaire et un appauvrissement des cursus.

Pour les 10 ans de la déclaration de Bologne, les étudiants des universités de Belgrade ont organisé un représentation appelée « Quel est le prix du savoir? » dans la plus grande rue piétonne de la ville.

Pendant que nous, étudiants, étions assis dans la rue à travailler, les passants étaient invités à mettre un prix à certains savoirs – quel est le prix du savoir sociologique ? Quel est le prix des compétences d’un joueur de piano? Combien devrais couter le savoir de cet homme avec le t-shirt vert? Et celui de cette fille avec des sandales?

Pour nous, le prix du savoir à évoluer d’année en année, augmentant encore et encore, alors que le savoir transmis, lui, restait le même.

Les gens écrivaient sur des bouts de papiers un code barre des prix, et le donnait aux étudiants. La plupart des gens, de fait, considéraient que le savoir devait être gratuit. Certains, contrairement aux autorités administratives de nos universités, trouvaient qu’il n’était pas de leur ressors de répondre à la question, et ils s’en allaient donc après une discussion sur l’irresponsabilité du gouvernement, le nombre d’étudiant entrant sur le marché du travail, ou la gratuité de l’enseignement, etc … D’autre enfin exprimaient le point de vue qui est celui que la valeur du savoir ne peut être exprimé en argent comptant, alors ils écrivaient sous le code barre « priceless » (« sans prix »).

Si le savoir est effectivement « priceless », qu’est-ce qui est alors acheté par le « marché de la connaissance » européen de bologne? Ce qui est acheter n’est pas du savoir. Le savoir ne peut pas être donner, il peut être appris. Ce à quoi nous sommes vendus, ce que nos parents paient par les taxes, et ensuite à travers les frais d’inscriptions, c’est le processus d’ajustement de l’éducation aux règles du marché, qui induit l’appauvrissement des cursus, la disparition des savoirs n’induisant pas de profit. Si ce processus n’est pas arrêter : l’éducation ne sera bientôt plus qu’un espace commercial pour l’achat de diplomes.

Photos sur le web : http://www.studentizastudente.net/index.php?option=com_morfeoshow&task=view&gallery=10&Itemid=24

Nous avons plié mais nous sommes toujours debout !

Message du porte parole de mobilisation06

« L’année universitaire se termine. Une année exceptionnelle marquée  par le plus long mouvement que l’Université française ait connu.
« Un mouvement débuté juste après le Jour de l’An, qui se poursuit jusqu’aux vacances d’hiver, persévère jusqu’à Pâques, traverse avec légèreté trois « ponts » successifs, Ascension, 8 Mai, Pentecôte. « .
« Une demi-année ! Qui l’aurait imaginé ? Alors qu’en 1968 le mouvement n’avait duré que cinq semaines) [cette durée] est en soi une victoire, cette durée inédite donne la mesure de notre engagement et de notre persévérance. Les pressions, les chantages, la désinformation, les articles assassins, sans compter les gesticulations des bouffonnes associations de parents d’étudiants (sic), n’y ont rien fait. Nous n’avons pas cédé, ils ne nous ont pas réduits. « [1]

Par soucis de responsabilité vis à vis de nos étudiants nous avons fait en sorte qu’ils puissent  terminer l’année dans les moins mauvaises conditions. Ce ne sont pas les injonctions et menaces de Pécresse et Darcos qui y sont pour quelque chose.
Madame et Monsieur   les Ministres, « vous avez eu raison deparier sur notre bonne nature : nous ne sacrifierons pas sur l’autel de vos vanités, l’avenir de nos étudiants. Vous avez l’impression d’avoir gagné, pour quelques semaines, face au monde du savoir, face à l’innovation, face au dynamisme, face aux plus grands noms des sciences et des sciences humaines françaises qui, chaque jour, portent par leur travail, malgré vous, notre pays au rang des premières puissances culturelles et intellectuelles de la planète ­ face à tous ceux, prix Nobel compris, dont vous n’avez pas su entendre les appels raisonnables et argumentés. En vous appuyant sur des médias aux ordres, sur des mensonges éhontés, des chiffres ouvertement truqués, des intimidations policières et des lieux communs populistes, vous pouvez donner l’impression d’avoir gagné, pour un temps, mais pour un temps seulement, contre l’Université de la République. » [2]

Nous avons pliés mais nous sommes toujours debout.

Dans ce nouveau contexte, il importe d’analyser sans complaisance les résultats de cette lutte, les forces et les faiblesses du mouvement.
Chacun appréciera ces résultats  au vu des textes des décrets déjà parus et de ceux qui ne manqueront pas d’être promulgués pendant l’été. Au vu aussi de la poursuite de l’action d’affaiblissement des organismes de recherche publics au premier rang desquels le CNRS [3].
Des analyses plus globales sur la politique menée dans l’enseignement supérieur et la recherche publique ne peuvent être conduites en les isolant des politiques vis à vis des autres secteurs publics (éducation, santé, justice, action sociale… ) et doivent englober le niveau européen dans son contexte mondial.

Pendant l’été, le  site mobilisation06 va évoluer pour mieux prendre en compte ces exigences.
Il sera régulièrement tenu à jour.
Les rubriques « A la une » et « Dernières informations » de la page d’accueil vous apporteront des infos sur l’évolution de la situation.
La « Revue de presse » sera maintenue.
Nous nous proposons également de rassembler les contributions, tribunes libres, communiqués,  publiés par ailleurs pour nourrir cette cette nécessaire réflexion.
Nous projetons de restructurer les rubriques « Analyses » afin d’offrir une vision plus synthétique.
Toute suggestion de votre part  pour améliorer le site et mieux répondre à vos besoins est bienvenue.

Enfin nous faisons appel à vous pour contribuer à cet effort de synthèse et de réflexion en nous soumettant vos propres textes qui pourraient être incorporés au site dans la rubrique « Tribunes libres ».[4]

Bonne vacances prochaines.
Le porte parole de mobilisation06 // http://mobilisation06.fr/

Le savoir n’est pas une marchandise.
L’Université n’est pas une entreprise.

[1] D. Guedj. Université : le gouvernement n’a pas reculé d’un décret.  Rue89 (http://www.rue89.com), joint en fichier attaché.
[2] Extrait de la Lettre ouverte de 130 enseignants chercheurs de l’Université Paris-Ouest Nanterre à Valérie Pécresse et Xavier Darcos du 12 juin 2009. A lire sur le site mobilisation06 page Analyses / Tribunes libres.
[3] Sur ce point voir notamment la Tribune de Henri Audier sur le site mobilisation06 page Analyses / Tribunes libres également jointe en fichier attaché.
[4] Les textes peuvent nous être envoyés en fichier Word ou pdf . Nous nous réservons le droit d’accepter ou de refuser une contribution.

Tribune sur Rue89 : Le gouvernement n’a pas reculé d’un décret.

tribune Université : le gouvernement n’a pas reculé d’un décret
Par Denis Guedj | Universitaire et écrivain  | 20/06/2009 | 19H00

http://www.rue89.com/2009/06/20/universite-le-gouvernement-na-pas-recule-dun-decret

Historique ! Un mouvement débuté juste après le Jour de l’An, qui se poursuit jusqu’aux vacances d’hiver, persévère jusqu’à Pâques, traverse avec légèreté trois « ponts » successifs, Ascension, 8 Mai, Pentecôte. Qui le mènent, toujours aussi obstiné, jusqu’à l’orée de l’été.
Une demi-année ! Qui l’aurait imaginé ? Alors qu’en 1968 le mouvement n’avait duré que cinq semaines)est en soi une victoire, cette durée inédite donne la mesure de notre engagement et de notre persévérance. Les pressions, les chantages, la désinformation, les articles assassins, sans compter les gesticulations des bouffonnes associations de parents d’étudiants (sic), n’y ont rien fait. Nous n’avons pas cédé, ils ne nous ont pas réduits.
Mais ils n’ont pas reculé d’un décret. C’est cela qu’il nous faut gérer. La plus grande richesse d’un mouvement réside dans les individus qui le composent. Nous ne disposons ni d’argent, ni d’armes, ni des lieux de pouvoir, ni des lieux d’information, nous sommes notre seule force.
Nous avons pour nous notre intelligence, notre créativité, notre imagination, notre obstination, notre refus intransigeant de nous soumettre à des coups de force contre la pensée. Cette richesse, il nous faut la protéger en veillant à ce que les combats que nous menons ne nous affaiblissent pas, mais au contraire nous renforcent humainement, philosophiquement et politiquement.
Hormis les « revendications » (préférons le terme « exigences »), qui s’adressent à l’adversaire, une lutte a principalement pour objet de nous donner toutes les raisons de poursuivre le combat entamé et de ne pas laisser se rompre les solidarités et les amitiés tissées pendant et par le conflit.

Décider nous-mêmes de l’issue du conflit
Voilà pourquoi il est décisif que nous décidions nous-mêmes ce qui est pour nous victoire ou défaite. C’est-à-dire que nous décidions de « ce qui compte » POUR NOUS. Ce que je dis n’est en rien un renfermement sur nous, mais une affirmation que nous sommes la source des luttes que nous menons. Le maintien des décrets ne signe en rien une défaite du mouvement, ceux qui espéraient que la reprise des cours et des examens mettrait fin aux mouvements, n’ont vraiment rien compris.

Grève, blocage, examens, rétention des notes, refus de participations aux jurys étaient des figures circonstanciées de notre lutte. Nous ne sommes pas fétichistes. Dès janvier, nous savions que le gouvernement ne reviendrait pas sur ses décrets et que ce qu’il désirait avant tout était de nous infliger une défaite radicale pour mater enfin ce monde universitaire et de la recherche non
pas rebelle, oh non ! mais rétif.
Il s’agissait d’un règlement de comptes avec un milieu social porteur de valeurs qui le dépassent. En agissant avec une telle haine, il perdait toute légitimité. Ce gouvernement n’est plus pour nous un interlocuteur valable. Ainsi, libérés d’avoir à attendre et à analyser ces gesticulations, nous avons pu mener nos luttes avec nos propres logiques, sereins, inventifs, finalement apaisés.

La force de ce mouvement :
* Le nombre et la diversité des acteurs. Pour la première fois et de façon durable, toutes les composantes de l’université, et des labos, enseignants chercheurs, administratifs, étudiants, se sont unis et ont mené ensemble une lutte non corporatiste. Et, remarquable, la présence importante de retraités, qui, grâce à « l’ouverture » du mouvement, ont pu se l’approprier et trouver leur présence légitime dans ces combats. Ils étaient là, non par solidarité, mais en acteurs.
* La dimension géographique. Le mouvement a innervé le territoire entier.
Pas une ville qui ne soit « touchée ». Pas un établissement universitaire, pas un labo qui ne se soit investi dans la lutte. Que d’enseignants, de chercheurs, d’étudiants, d’administratifs qui ont vécu là pour la première fois l’expérience grisante du combat
social.

* L’auto organisation du mouvement. À aucun moment, nous nous sommes laissés déposséder de l’initiative et des décisions à prendre. AG fréquentes, comité de grève, comité de mobilisation, élection des délégués aux différentes coordinations. Aucun regroupement n’a chapeauté le mouvement, aucun syndicat n’a voulu ou pu négocier sans nous et contre nous. Qui peut citer le nom d’un seul leader ? Les médias n’ont pas réussi à « isoler » l’un d’entre nous, pour en faire un leader qui leur aurait permis de placer le Un à la place du Nous. Est-ce une partie de l’explication de la pérennité, de l’obstination, de l’inventivité dont le mouvement a fait montre. Porte-parole qui ne monopolise pas la parole, la Coordination Nationale des Universités renouvelée tous les quinze jours, réunie dans une ville différente qui assure son accueil, a pleinement joué son rôle.
* L’incroyable inventivité des formes de lutte et de résistances Cours hors les murs, ligne de métro transformée en Amphi, la ligne 14 ! Les « Procès » de ministres. La Marche de Tous les Savoirs. La Nuit des Universités à Paris 8, l e vendredi 12 juin. Lancée par l’université de Pau, l’opération Escargot Electronique, partie à l’assaut des boîtes de courriers électroniques officielles, les ensevelit peu à peu sous un raz-de-marée de courriels de protestations. Les innombrables actes de désobéissance, de refus, 3000 instituteurs et directeurs d’écoles entrés en dissidence, les refus administratifs répétés.

Comme elle se l’était promise, la Ronde Infinis des Obstinés a repris ici ou là, intempestive. Sa mobilité focale a fait place à une mobilité géographique. Nous avons gagné une dimension. Nous tournons sur nous-même et dans la ville. Sur le parvis du Panthéon, à la BNF (Bibliothèque nationale de France), aux côtés des bibliothécaires en grève, à Beaubourg pour accueillir les marcheurs obstinés partis de Chartres quatre jours plutôt.

« Darcos, on te voit »
Nous girons rue de Grenelle, où gît le Ministère. « Darcos, on te voit ! » Et dès mardi, durant cinq jours, du 2 au 6 juin, de 12h à minuit devant le Panthéon, pour une ronde « européenne » . Sans oublier la métaronde, la Ronde des Rondes, où par-delà la distance, dans une dizaine de villes, les Rondes ont tourné ensemble.
Que ces rondes ne cachent pas la forêt des actions multiples, singulières qui fleurissent aujourd’hui dans des facs où les cours ont repris et où les examens ont lieu. Qui imagine que l’été nous consumera et que nous ne rependrons pas nos activités pour leur offrir une belle rentrée !
Le gouvernement a quelques soucis à se faire. Nous l’avertissons que cette lutte a produit des dizaines de milliers d’individus durablement engagés dans la résistance, qui ont plus encore qu’avant un compte à régler avec lui et avec la société qu’il veut nous imposer.
Serons-nous capables de poursuivre et d’amplifier notre lutte, de résister à leurs attaques, de ne pas nous défaire ? Seront-nous capables de résister aux sollicitations insidieuses et pleines de bon sens des « réformistes » toujours si réalistes, si pragmatiques, si ouverts, si modernes et qui toujours ont fini par nous faire un enfant dans le dos ?
À travers cette lutte collective, nous avons éprouvé ce que la lutte a de formateur, de mise en pratique de l’amitié entre égaux. Et de plaisirs.

Communiqué des porte-parole de la CNU

Réponse de la Coordination Nationale des Universités aux déclarations de Xavier Darcos à l’AEF le 10 juin

Commentant la décision de la CPU de suspendre sa participation à la Commission Marois-Filâtre, Xavier Darcos minimise, banalise, normalise. Selon lui, ce serait « un petit épisode », dont « il ne faut pas exagérer » la portée ; d’autant que la réforme des concours de recrutement et de la formation des enseignants (dite « mastérisation ») ferait l’objet d’un « consensus ».

X. Darcos a parfaitement raison, mais pas au sens où il l’entend : il y a bel et bien consensus pour ne pas accepter cette réforme. En l’état, elle entraînera une dégradation profonde de la formation disciplinaire et professionnelle des enseignants et, à terme, une remise en cause des concours nationaux ainsi qu’une précarisation des personnels. La Coordination Nationale des Universités, les directeurs des IUFM, les directeurs des Écoles Normales Supérieures, la Coordination Nationales des Formateurs d’Enseignants, la Conférence des directeurs des UFR de sciences, la Conférence des directeurs des UFR de lettres et sciences humaines, la Conférence des Présidents d’Universités, des sociétés savantes, des jurys de CAPES et d’Agrégation ont dit et redit, chacun de leur point de vue, leur opposition circonstanciée aux textes que X. Darcos est en train d’imposer. Et lors du vote au Comité Technique paritaire, aucun représentant des syndicats n’a voté en faveur de ce texte. Certes, comme le dit X. Darcos, certains se sont abstenus, et l’abstention revient à « ne pas voter contre ». Mais « ne pas voter contre » ne signifie pas non plus voter pour, comme les déclarations récentes de la FSU le montrent parfaitement.

Qu’importe. X. Darcos n’est pas à ça près. Ce qu’il appelle « consensus », c’est son refus réitéré depuis huit mois d’entendre les voix de désaccord, malgré leur nombre et leur convergence, malgré leurs compétences et leurs arguments, malgré leur bonne foi.

Le retrait de la CPU de la Commission Marois-Filâtre et les commentaires qu’il inspire à X. Darcos illustrent, une fois de plus, la façon dont ce ministre, à l’image du gouvernement dans son ensemble, mène ses réformes : dans le plus parfait mépris de ses interlocuteurs naturels et institutionnels. Ce que X. Darcos omet de dire, c’est que la suspension de la participation de la CPU à cette Commission a été suivie du retrait de plusieurs autre partenaires universitaires, également parties prenantes des travaux qu’elle avait mis en route.

En même temps qu’il prétendait vouloir dialoguer avec les présidents d’universités, les IUFM et les sociétés savantes à travers la Commission Marois-Filâtre, X. Darcos était déjà en train de la saborder. Que les « interlocuteurs » ainsi moqués decident d’en tirer les conséquences, c’est pour X. Darcos un « petit épisode ».

On ne saurait mieux dire combien il importe peu à X. Darcos d’« avancer » en bonne intelligence avec les professionnels qui, pourtant, seront chargés de mettre en œuvre ses réformes. Dès lors, son souci démagogiquement proclamé des étudiants ne peut convaincre que ceux qui se veulent dupes : en avançant en force, X. Darcos met en péril l’année 2009-2010 bien plus sûrement que s’il avait accepté, comme cela lui a été demandé dès septembre 2008, de prendre le temps d’un véritable dialogue, d’une véritable réflexion constructive avec les acteurs concernés.

C’est tellement évident qu’on ne peut qu’en déduire ceci : X. Darcos est l’exécutant de basses œuvres qui visent sciemment à démanteler le système éducatif français.

Les porte-parole de la Coordination Nationale des Universités, 15 juin 2009

Universités en résistance !

resistuniv

Nouvelle circulaire ministérielle, nouvelles manoeuvres

« Les manœuvres continuent : un nouvelle circulaire, en date du 5 juin, co-signée par les deux ministères, vient de parvenir aux universités (voir ci-joint). Il s’agit cette fois de concrétiser les fameuses « Aides spécifiques aux étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement ».
Un premier aperçu des coups tordus du jour :

  • Ne pourront bénéficier de ces aides que les étudiants qui s’engagent à passer un concours en 2010 et qui sont inscrits en M2 et qui suivront « une formation permettant de se préparer aux concours de recrutement d’enseignants (dans le cadre du master lui-même ou d’une spécialité ou d’un parcours complémentaire) ». Conséquences :
    • Les étudiants disposant seulement d’une licence et qui, l’année prochaine, par mesure transitoire, pourront passer le CAPES et le CRPE à condition de s’inscrire en M1 ne pourront pas bénéficier de ces aides puisqu’ils ne seront pas inscrits en M2.
    • Tout est prévu pour que les universités soient poussées par leurs propres étudiants à mettre en place des masters, des spécialités ou des parcours de préparations aux concours de recrutement : en d’autres termes, il va falloir ressortir les maquettes pour que les étudiants puissent toucher les aides qu’on leur promet. La concurrence va également jouer à plein, et les étudiants préparant des concours et qui pourraient bénéficier des aides promises vont chercher à s’inscrire dans l’université qui leur permettra d’en remplir toutes les conditions.
  • Pour les aides elles-mêmes, on accumule les limitations :
    • Elles ne peuvent être touchées qu’une seule année : pas de redoublement pour ceux qui ont besoin de cet argent pour payer leurs études
    • Le complément de bourse à critères sociaux ne concerne que les bourses du niveau 0, c’est-à-dire les bénéficiaires les moins démunis, qui jusqu’à maintenant étaient seulement exonérés des droits d’inscription. Ils toucheront désormais la faramineuse somme de 1424 € pour l’année (en neuf versements, et à condition d’être assidus, non mais…) Pour les autres : rien de plus (y compris pour ceux qui touchaient déjà 1424 € par an).
    • On peut également toucher une aide s’il on est excellent (ah… l’excellence…). Dans l’Académie de Paris, par exemple, 1079 étudiants pourront être éligibles. Chaque université se verra attribuer un contingent de bourses (sur quelles bases ?) et devra les distribuer aux « meilleurs étudiants de M1 de l’année précédente ». Questions annexes :
      • Les résultats au M1 ont-ils un rapport avec les chances de réussir un concours ?
      • Faut-il que l’étudiant ait suivi son M1 dans l’université qui verse la bourse ou dans une autre ? Dans ce cas, l’ouverture de la chasse vient d’être déclarée…
      • Comment les UFR vont-elles se répartir ces bourses ? Comme les allocations de recherche ? Au prorata des inscrits ? des réussites aux concours ?
      • Les IUFM pourront-ils disposer de bourses fléchées pour les préparationnaires du CRPE ou tout sera-t-il versé aux universités ?
    • Cette bourse sur critères universitaire ne pourra être touchée que par les étudiants dont la famille a des revenus annuels supérieurs à 60 000 €, ce qui est normal, mais s’échelonne pour les autres entre  1250 € et 2500 €. Traduction : les étudiants dont les familles gagnent moins de 5000 € par mois toucheront une aide comprise entre 138 € et 277 € par mois pendant 9 mois. MacDonald n’a rien à craindre pour son recrutement…

En conclusion : moyennant le versement de clopinettes à quelques étudiants (12 000 bourses sur critères universitaires pour environ 150 000 candidats aux concours), les ministères vont forcer les universités à inscrire tous les candidats en M2 et à créer des masters « enseignement ». Et le plus beau de la manœuvre, c’est que les meilleurs alliés des ministères seront… nos étudiants et notre propre souci de ne pas leur nuire (cf. les examens de cette fin de semestre).

Circulaire ministérielle : AIDESformationenseignant.pdf

Adresse du 17 juin sur la masterisation des concours

Adresse du 17 juin 2009 // Mastérisation des concours
Les associations de langues, littératures et civilisations étrangères signataires de cette adresse  avaient demandé à participer aux travaux de la Commission Marois-Filâtre. Elles devaient être auditionnées ce jour, mercredi 17 juin, à 10h. Suite à la décision de la Conférence des  Présidents d’Universités (CPU) de suspendre sa participation à cette Commission, ce rendez-vous est reporté sine die.
Nous comprenons parfaitement les raisons qui ont conduit la CPU à prendre cette décision. Dès lors que le Ministère de l’Education Nationale refuse de revenir sur les dispositions des décrets relatifs au recrutement des enseignants, les consultations auxquelles devait procéder la Commission Marois-Fîlatre n’ont plus d’objet. Cette Commission avait le mérite d’offrir un cadre à la concertation entre les Ministères de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et les différents acteurs concernés.

Nous réaffirmons solennellement les principes suivants :
• La réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants est une question décisive pour l’avenir de notre pays. Elle ne peut faire l’économie d’une véritable réflexion et d’une concertation réelle, notamment avec les universitaires.
• La formation et le recrutement d’un enseignant comporte trois volets (formation dans la discipline, préparation du concours, formation professionnelle) dont le nécessaire équilibre est rompu par ce projet.
• Il est impératif de concevoir une articulation Master/ Concours/Formation professionnelle qui ne revienne pas à sacrifier la qualité de la formation universitaire.
• Dans nos disciplines, le recrutement des enseignants doit avoir lieu sur la base d’un programme scientifique défini au niveau national.
• La possibilité pour les étudiants spécialistes de langues vivantes de compléter leur formation grâce à un séjour de longue durée à l’étranger doit être préservée. Ces exigences – nullement exclusives d’autres sujets touchant à la formation professionnelle,
au financement des études, au statut des enseignants – ne sont toujours pas prises en compte dans l’élaboration des projets actuels.

Les associations de langues, littératures et civilisations étrangères expriment une nouvelle fois leur volonté d’être associées à une concertation sérieuse, préalable à toute réforme viable.

  • Geneviève CHAMPEAU, Société des Hispanistes Français (SHF)
  • Philippe COMTE, Association Française des Russisants (AFR)
  • Françoise LARTILLOT, Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur (AGES)
  • Christophe MILESCHI, Société des Italianistes de l’Enseignement Supérieur (SIES)
  • Jacques POTHIER, Association Française d’Études Américaines (AFEA)
  • Michel VIEILLARD-BARON, Société Française des Etudes Japonaises (SFEJ)
  • Jean VIVIES, Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES)

Sérénité retrouvée ou calme avant la tempête ??

(Tribune d’Isabelle Thiss Saint-Jean – SLR)

http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2813

La semaine où « La marche de tous les savoirs » rappelait la fierté qui est la nôtre d’exercer nos métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur et de porter nos valeurs malmenées par les réformes mises en œuvre depuis plusieurs années ici, le Premier Ministre François Fillon quant à lui affichait une tout autre « fierté » dans un meeting de l’UMP à Clermont-Ferrand : il se déclarait « fier » que son gouvernement ait été « capable de résister » au mouvement social dans les universités tout en tenant bon « sur l’essentiel ». « C’est la première fois en réalité depuis la réforme de l’université de 1984, affirmait-il, qu’un gouvernement est capable de résister à un mouvement social comme celui qui a perturbé l’université. (…) Nous n’avons pas résisté en faisant la sourde oreille, nous avons écouté, modifié nos textes, renégocié, mais nous avons tenu bon sur l’essentiel ». ici

Aussi, à bon entendeur salut : face à la « modernisation » en marche, rien ne sert d’essayer de s’opposer à la virile détermination de nos dirigeants ! Notre mouvement devait servir d’exemple.

Quoi qu’il en soit, tout irait donc pour le mieux et le silence qui entoure actuellement l’université et la recherche dans les medias ne serait que le signe du dialogue renoué par le gouvernement avec notre communauté, de la remise au travail dans la sérénité de cette dernière et d’un accord trouvé sur tous les points qui avaient soulevé la colère des universités et des laboratoires. Tous les malentendus seraient levés, les « fausses informations [qui] circulent sur les blogs » stoppées ici et nous aurions enfin retrouvé la raison qui, si l’on en croit Xavier Darcos (Le Monde, 19 mars 2009), nous avait un moment échappé.

Toutefois, comment dans ce cas expliquer les événements suivants ?

- Une réunion plénière du Comité national de la recherche scientifique (événement qui ne s’est produit que trois fois depuis la création de cette instance) a rassemblé quelques 500 membres du Comité national à Paris, le 10 juin 2009. Ces derniers ont voté plusieurs recommandations ici. Ils y rappellent leur attachement au CNRS, refusent son démantèlement, critiquent sévèrement l’AERES, son indépendance auto-proclamée, réclament des procédures d’évaluation respectant les principes fondamentaux de notre communauté, exigent un plan pluri-annuel de l’emploi, dénoncent la précarité croissante et refusent les chaires mixtes universités-organismes. Leur accord avec les réformes actuelles est tel … qu’ils appellent à poursuivre le moratoire des expertises ANR et AERES ! (pour le signer : ici

- Une nouvelle réunion des Directeurs d’unité est convoquée le 22 juin à Paris ici, faisant suite à celle du 14 mars, où ils avaient décidé de lancer une grève administrative et, si certaines conditions n’étaient pas remplies, de démissionner comme en 2004.

- La direction du CNRS – alors que deux textes essentiels sur l’avenir de l’organisme (qui risquent de déstructurer très profondément ce dernier) sont en discussion ici et ici – se trouve contrainte de délocaliser son prochain conseil d’administration à Genève, craignant probablement, soit qu’il soit bloqué comme en juin dernier, soit qu’il se tienne derrière des cars de CRS comme en novembre, soit enfin qu’il se termine par une occupation du siège par les personnels comme le 26 mars 2009 !

Drôle de paix en vérité donc dans les organismes de recherche… Aussi idyllique que celle qui règne dans les universités, même si les universitaires, conscients de leur responsabilité (et non pas sous la pression du ministère comme ce dernier a essayé de le faire croire à l’opinion publique de manière parfaitement cynique) ont choisi de faire passer dans la plupart des établissements les examens. En effet :

- l’Assemblée générale de la Conférence permanente du Conseil national des universités (CP-CNU) réunie le 8 juin 2009 a fait part de son refus d’évaluer les enseignants-chercheurs conformément au décret imposé par le gouvernement. Elle a voté une motion affirmant que : « Le CNU actuel n’a pas été élu avec le mandat de mettre en place l’évaluation des enseignants-chercheurs. Par ailleurs, il n’en a pas les moyens. Il exige que cette mise en place soit repoussée à la prochaine mandature. Il demande que la période transitoire soit mise à profit pour obtenir un consensus sur la finalité et les procédures d’évaluation et que celle-ci se situe plus dans la perspective de l’accompagnement de la carrière des enseignants-chercheurs que dans celle d’une évaluation sanction. » ici

- La Conférence des Présidents d’Universités (CPU), pourtant peu connue pour ses prises de position radicales, a annoncé le 10 juin qu’elle se retirait de la commission dite Marois/Filâtre sur la formation et le recrutement des enseignants dans des termes assez secs : « Prenant acte de ce que le Ministère de l’Education Nationale refuse de revenir sur les dispositions permanentes des décrets relatifs au recrutement des enseignants, et dans la mesure où ces dispositions permanentes anticipent le résultat des travaux de la commission Marois/Filâtre, le bureau de la CPU et le président Daniel Filâtre ont décidé de suspendre leur participation à cette commission de concertation et de suivi, conformément au vote émis par l’assemblée plénière du 28 mai 2009. » ici

- Les organisations syndicales de fonctionnaires (CFDT, CGT, FO, FSU, Solidaires et Unsa), face à la décision du ministère de l’éducation nationale, ont quant à elles décidé de ne pas siéger au Conseil Supérieur de la Fonction Publique d’Etat le 12 juin qui devait examiner les décrets sur la mastérisation des personnels enseignants et d’éducation, ici alors qu’elles avaient déjà boycotté une réunion fin mai (CTPN) et quitté une autre début juin.

Si à tout cela vous ajoutez les démissions faites par des universitaires et des personnels de la recherche de diverses responsabilité, la question qui se pose alors est la suivante. Vraiment, Monsieur le Premier Ministre, êtes-vous sûr que le calme soit revenu et que le silence assourdissant que l’on entend ne soit pas, soit celui qui précède une nouvelle tempête, soit celui d’une communauté profondémement écoeurée face aux réformes absurdes et mal préparées qu’on lui impose et face au refus de dialogue de nos dirigeants, maîtres dans l’art de la communication et du semblant de concertation.

Lettre ouverte de 130 EC de Paris Ouest

Lettre ouverte de 130 Enseignants-chercheurs de l’Université Paris-Ouest Nanterre,
à Valérie Pécresse et à Xavier Darcos.
Nanterre, le 12 juin 2009

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

Parce que nous sommes des chercheurs et des professeurs responsables, des humanistes, des parents et des citoyens, nous refusons de faire payer à nos étudiants le prix de votre incompétence et de votre despotisme. Nous ferons donc en sorte que, malgré des mois de grèves douloureuses et de perturbations multiples, nos étudiants aient un diplôme de qualité cette année, comme chaque année. Nous avons pris cette décision la mort dans l’âme, sachant que vos médias s’empresseront d’en déduire que nous reculons devant vos menaces insultantes et que « tout rentre dans l’ordre ». Mais nous restons solidaires de nos collègues qui, en divers points du territoire et dans des conditions particulières, ont pu prendre des décisions plus radicales, plus difficiles à tenir, sans doute, mais peut-être plus courageuses que la nôtre, pour vous résister avec plus de fracas. Nous le montrerons en continuant à manifester avec nos étudiants, et en résistant avec force à vos basses manoeuvres politiques. La crise des universités ne fait peut-être que commencer, car votre attitude actuelle qui consiste à imposer des décrets scélérats rejetés par tous, à la veille des vacances, ne fait que renforcer notre défiance à l’égard de votre administration.

Après 8 mois de motions unanimes, de tribunes publiques et de pétitions qui ne nous valurent pas même l’honneur d’une réponse ; après 4 mois de protestation vigoureuse ponctués de grèves diverses, d’actions symboliques et de manifestations rassemblant chaque semaine des dizaines de milliers de personnes dans le respect de l’ordre républicain, nous devons constater que vous avez, en apparence, gagné la bataille sur la question des examens si facile à mettre en musique médiatique. Vous avez eu raison de parier sur notre bonne nature : nous ne sacrifierons pas sur l’autel de vos vanités, l’avenir de nos étudiants.
Vous avez l’impression d’avoir gagné, pour quelques semaines, face au monde du savoir, face à l’innovation, face au dynamisme, face aux plus grands noms des sciences et des sciences humaines françaises qui, chaque jour, portent par leur travail, malgré vous, notre pays au rang des premières puissances culturelles et intellectuelles de la planète — face à tous ceux, prix Nobel compris, dont vous n’avez pas su entendre les appels raisonnables et argumentés. En vous appuyant sur des médias aux ordres, sur des mensonges éhontés, des chiffres ouvertement truqués, des intimidations policières et des lieux communs populistes, vous pouvez donner l’impression d’avoir gagné, pour un temps, mais pour un temps seulement, contre l’Université de la République.

Nous dénonçons la violence de votre gouvernance, qui préfère nous mettre en concurrence pour gérer une pénurie de moyens volontairement entretenue, au lieu de nous aider à unir nos forces dans une dynamique de réformes stimulantes et partagées. Nous dénonçons la violence et la cynique duplicité de vos discours, qui parlent d’ « autonomie » pour décrire la vente à la découpe des universités, de « milliards mis sur la table » pour mieux dissimuler des suppressions de postes, d’ « effort sans précédent » pour masquer le désengagement de l’Etat, la hausse des frais universitaires et l’endettement des étudiants. Nous dénonçons votre plan de destruction massive de l’école publique, laïque et ouverte à tous, que vous attaquez en portant gravement atteinte à la formation des maîtres, et en détruisant des postes indispensables — pour les pourvoir, dans le meilleur des cas, par des vacataires sans formation, voire pour les remplacer par des portiques de sécurité, encore moins coûteux. Dans le même temps, vous confiez des missions de service public à des universités catholiques privées, soumises à l’autorité du Vatican, avec l’espoir qu’elles drainent vers elles, moyennant des droits d’inscription considérables, des étudiants en butte aux pénuries orchestrées de l’université publique.

Alors oui, peut-être plions-nous aujourd’hui, Madame la ministre, Monsieur le ministre, devant tant de mépris pour l’avenir de nos étudiants, devant tant de sourde incompétence.
Mais nous ne rompons pas.

Nous refusons plus que jamais vos « preuves d’amour » qui ne sont que des mots pour couvrir d’un voile blanc le viol en réunion de la Princesse de Clèves et de l’Ecole de la République.
Et nous restons debout, aux côtés de nos étudiants, pour continuer à leur donner le meilleur de nous-mêmes dans les conditions de misère que vous promettez aux universités sous couvert d’illusoires libéralités.
Nous restons debout, aux côtés de nos collègues du secondaire et du primaire qui, comme nous, continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes à tous les enfants de ce pays, malgré le harcèlement moral qu’ils subissent depuis des années.
Nous restons debout, aux côtés de tous les défenseurs des services publics en voie de marchandisation et d’appauvrissement, et aux côtés de tous les citoyens porteurs des valeurs républicaines de solidarité, d’ouverture aux autres, de laïcité, de progrès partagé et d’esprit critique.
Nous restons debout dans la rue, dans les tribunes des journaux, et partout où cela sera nécessaire, pour appeler les Français à prendre conscience du désastre qui se joue aujourd’hui, sous leurs yeux, sans qu’ils n’en sachent rien.
En brisant un à un les liens qui unissent entre eux les Français ; en rompant une à une les amarres de notre histoire et de notre identité ; en privant tant de citoyens du droit à être entendus et du droit à penser différemment les relations humaines, vous n’avez, semble-t-il, qu’une ambition : faire de la rentabilité immédiate et de la concurrence sauvage les seules références morales dignes de respect dans notre société. Cette servilité, ce cynisme et cette étroitesse d’esprit, auront un prix, que vous paierez un jour.

Vous aspirez maintenant, paraît-il, à d’autres fonctions, trouvant dans la fuite vers d’autres ambitions politiciennes et carriéristes, le moyen, croyez-vous, de sortir la tête haute du gâchis monstre dont vous portez l’écrasante responsabilité. Votre bilan est pathétique.
Vous pouvez partir. Nous, nous restons. Vous avez détruit, nous reconstruirons.

Veuillez croire, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, à notre profond respect pour les fonctions que vous exercez.

Liste des signataires :

Verena Aebischer, MCF, psychologie ; Gianni Albergoni, MCF, Sociologie ; Anne-Claude Ambroise-Rendu, MCF, Histoire contemporaine ; Estelle Amy de la Bretèque, ATER, Ethnomusicologie ; Patricia Attigui, Professeur des Universités, Psychologie ; Sylvie Bauer, MCF, Anglais ; Annette Becker, Professeur des Universités, Histoire contemporaine ; Anna Bellavitis, MCF, Histoire moderne ;Cécile Birks, MCF, Anglais ; Hélène Blais, MCF, Histoire contemporaine ; Michel Blanc, MCF, Sociologie ; Chrystèle Blondeau, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Barbara Bonnefoy, MCF, Psychologie ; François Bost, MCF, Géographie ; Myriam Boucharenc, Professeur des Universités, Lettres ; Véronique Boucherat, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Michel Boutillier, Professeur des Universités, Economie bancaire et financière ; Cyrille Bouvet, MCF, Psychologie ; Jean-Albert Bron, PRAG, Arts du spectacle ; Jean-Pierre Bruckert, MCF, Psychologie ; Sylvaine Camelin, MCF, Ethnologie ; Jean-Marc Chamot, MCF, Civilisation américaine ; Jean-Luc Chassel,
MCF, Histoire du droit ; Serge Chauvin, MCF, Etudes anglo-américaines ; Nathalie Cheze, MCF, Mathématiques ; Miguel Chueca, MCF, Langue et civilisation espagnoles ; Céline Clavel, Post-doctorante chargée de cours, Psychologie ; Céline Clément, MCF, Sociologie ; Michèle Cohen-Halimi, MCF, Philosophie ; Franck Collard, Professeur des Universités, Histoire médiévale ; Sylvaine Conord, MCF, Sociologie ; Marcel Cori, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Flore Coulouma, MCF, Anglais ; Laurence Croq, MCF, Histoire moderne ; Bernard Cros, MCF, Civilisation britannique ; Vincent Cuche, ATER, Histoire ancienne ; Frédérique Cuisinier, MCF, Psychologie ; Elizabeth Deniaux, Professeur des Universités, Histoire ancienne ; Henri Desbois, MCF, Géographie ; Marianne Desmets, MCF, Sciences du langage ; Sylvia Dobyinsky, MCF, Mathématiques-Informatique ; Claude Dorey, MCF anglais ; Yvette Dorey, MCF, Psychopathologie ; Aude-Marie Doucet, ATER, Histoire médiévale ; Frédéric Dufaux, MCF, Géographie ; Stéphane Dufoix, MCF, Sociologie ; Jean Duma, Professeur des Universités, Histoire moderne ; Annie Duprat, Professeur des Universités, IUFM Versailles, Responsable agrégation interne d’Histoire et de Géographie à l’Université Paris Ouest Nanterre, Histoire moderne ; Brigitte Dussart, MCF, Sociologie ; Nicole Edelman, MCF, Histoire contemporaine ; Anne Fabre, PRAG, Economie-Gestion ; Alexandra Filhon, MCF, Sociologie ; Fabrice Flahutez, MCF, Histoire de l’art contemporain ; Arnaud Fossier, AMN, Histoire médiévale ; Bernard Friot, Professeur des Universités, Sociologie ; Danièle Frison, Professeur émérite, Anglais ; Marie-Pierre Gervais, Professeur des Universités, Informatique ; Elisabeth Gontier, ATER, Psychopathologie ; Justine Gourbière, Monitrice, Histoire de l’art médiéval ; Maya Gratier, MCF, Psychologie ; Claude Grimal, Professeur des Universités, Littérature américaine ; Jean-Marie Guillaume, I.E.R., Philosophie ; Matthieu Hély, MCF, Sociologie ; Olivier Hochedez, Moniteur, Sociologie ; Nicolas Jonas, ATER, Sociologie ; Sylvain Kahane, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Karine Kray-Baschung, MCF, Sciences du langage ; Emilie Kurdziel, AMN, Histoire médiévale ; Evelyne Labbé, Professeur des Universités, Littérature américaine ; Thierry Labica, MCF, Anglais ; Anne Lacheret, Professeur des Universités, Linguistique ; Frédéric Landy, Professeur des Universités, Géographie ; Frédérique Leblanc, MCF, Sociologie ; Marie Leca-Tsiomis, Professeur des Universités, Littérature française ; Samuel Lepastier, Professeur associé à l’Université Paris Ouest, Psychopathologie ; Claude Leroy, Professeur émérite, Littérature française ; Despina Liolios, MCF, Ethnologie ; Hubert Lisandre, MCF, Psychopathologie ; Julien Magnier, Doctorant, chargé de cours en psychologie ; Aliocha Maldavsky, MCF, Histoire moderne ; Luca Marsi, MCF, Italien ; Christophe Martin, Professeur des Universités, Littérature française du XVIIIe siècle ; Jacques Martineau, MCF, Littérature française ; Corinne Mazé, MCF, Sciences psychologiques ; Caroline Mellet, MCF, Sciences du langage ; Béatrice Ménard, MCF, Littérature latino-américaine ; Vincent Meyzie, MCF, Histoire moderne ; Christophe Mileschi, Professeur des Université, Etudes italiennes ; Virginie Milliot, MCF, Ethnologie ; Laure Moguerou, MCF, Sciences de l’éducation ; Annie Mollié, MCF, Mathématiques et Statistiques ; Jean-Pierre Morelou, MCF, Droit public ; Isabelle Moret-Lespinet, MCF, Histoire contemporaine ; Emmanuelle Mortgat-Longuet, MCF, Littérature française du XVIIe siècle ; Colette Noyau, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Christine Ollivier, MCF, Psychologie ; Florence Paravy, MCF, Lettres modernes ; Nicolas Patin, AMN, Histoire contemporaine ; Christine Pauleau, MCF, Sciences du langage ; Richard Pedot, Professeur des Universités, Littérature anglaise ; Sylvie Pédron Colombani, MCF, Sociologie ; Marie Personnaz, MCF, Psychologie sociale ; Liliane Picciola, Professeur, Littérature française ; Patrick Pion, MCF, Archéologie pré et protohistorique ; Nicolas Prévôt, MCF, Ethnomusicologie ; Pierre Ragon, Professeur des Universités, Histoire moderne ; Véronique Rauline, MCF, Anglais ; Hélène Raymond, Professeur des Universités, Science économique ; François Regourd, MCF, Histoire moderne ; Rosine Réveillé, MCF, Statistiques ; Simone Rinzler, MCF, Anglais ; Nicolas Sallée, Moniteur, Sociologie ; Danielle Schütz, PRAG, Lettres modernes ; Pascal Sebille, MCF, Sociologie ; Gabriel Segré, MCF, Sociologie ; Christine Sellin-Catta, Assistante en Histoire contemporaine ; Alexis Sierra, MCF, Géographie ; Frédérique Sitri, MCF, Sciences du langage ; Amandine Spire, Monitrice, Géographie ; Jean-Fabien Steck, MCF, Géographie ; Anne Steiner, MCF, Sociologie ; Emmanuelle Tixier, MCF, Histoire médiévale ; Anne Trévise, Professeur des Universités, Anglais ; Delphine Tribout, ATER, Sciences du langage ; Laurence Vanoflen, MCF, Littérature du XVIIIe siècle ; Olivier Vecho, MCF, Psychologie ; Sarah de Vogué, MCF, Sciences du langage ; Christophe Voilliot, MCF, Sciences politiques ; Panayota Volti, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Claudine Wolikow, MCF, Histoire moderne.

CNRS, lettre à Bréchignac et Migus : CTP, CA, Geisser

Le Collectif Indépendance des Chercheurs
14 juin 2009

à Madame Catherine BRECHIGNAC, Présidente du CNRS
et à Monsieur Arnold MIGUS, Directeur Général du CNRS

Madame la Présidente et Monsieur le Directeur Général,
La diffusion tardive, il y a quelques jours, d’un projet de décret déjà très controversé sur l’organisation et le fonctionnement du CNRS avant la réunion du 18 juin du Comité Technique Paritaire ne laisse pas aux personnels le temps matériel de l’examiner en détail et d’en saisir toutes les conséquences. Après une première lecture, ce projet de décret apparaît comme une véritable liquidation si on compare avec les attributions et les prérogatives de la recherche fédérale aux Etats-Unis. Cette impression est aggravée par un projet de contrat d’objectifs au contenu budgétaire pour le moins incertain, et au contenu global contesté par la grande majorité des agents, soumis au Conseil d’Administration.
Nous vous demandons donc de bien vouloir rayer des ordres du jour des séances des 18 juin et 25 juin du Comité Technique Paritaire et du Conseil d’Administration (CA) les points concernant le projet de décret ainsi que le Contrat d’Objectifs. Il apparaît également que les conséquences du schéma stratégique adopté à la séance du Conseil d’Administration du 3 juillet 2008 dans une grande précipitation  ne correspondent pas aux attentes des agents. Le contenu du texte avait été transmis aux élus au juste avant la réunion du CA, et aucune publicité n’avait permis aux personnels de l’examiner en temps utile. Nous vous demandons de bien vouloir annuler l’actuel schéma stratégique et engager une véritable concertation.
Enfin, l’affaire du chercheur Vincent GEISSER nous laisse perplexes. Au vu des informations diffusées à ce jour, il ne nous apparaît pas que le recours à une procédure disciplinaire contre l’intéressé puisse être une réponse valable aux véritables questions que cette situation soulève. L’indépendance des chercheurs est essentielle aux missions de la recherche publique, et ne semble pas avoir été respectée. Nous vous demandons de bien vouloir : i) abandonner l’actuelle procédure disciplinaire ; ii) ordonner une enquête globale sur cette affaire et rendre publiques ses conclusions ; iii) engager dans la transparence une réflexion collective au sein du CNRS sur le rôle, les missions et les attributions du Fonctionnaire de Sécurité de Défense.

Nous vous prions de recevoir, Madame la Présidente et Monsieur le Directeur Général, l’expression de notre haute considération.

Le collectif « Indépendance des chercheurs ».

Répression administrative : témoignage édifiant à Strasbourg.

Message édifiant reçu sur la liste de discussion de la coordination nationale des universités.

« J’en profite pour parler de mon propre cas.
J’ai été pas mal mobilisé durant les grèves et actions entre janvier et avril dernier.
J’ai participé à 5 ou 6 CNU, et en ai organisé une à Strasbourg avec l’aide de quelques enseignants (je suis Biatos)
A la fin du mouvement Strasbourgeois, j’ai très rapidement été touché par une répression hiérarchique.
Il est vrai que je faisais partie des acteurs principaux du mouvement local, et  que j’avais réussi à organiser de nombreuses AG Biatos assez conséquentes (quelques fois 150 personnes, ce qui était historique à Strasbourg, puisqu’aucun Biatos n’avait jamais été engagé dans un mouvement de contestation local)
Je suis responsable administratif. Mon Directeur est venu me voir pour me conseiller de collaborer afin de changer de poste, sinon on me forcerait à partir en faisant « des papiers contre moi ». Il me fallait, d’après lui, un poste plus technique et plus cadré hiérarchiquement. J’ai refusé bien entendu ce chantage. Mon Directeur est revenu à la charge en me mettant en cause devant tout le service. J’ai tenu bon. La semaine suivante, changement de stratégie : « nous sommes partie sur de mauvaises bases, en fait nous avons découvert vos grandes compétences professionnelles et nous voulons vous proposer un poste plus en adéquation avec vos grandes compétences »

J’ai été convoqué chez la DRH. Deux syndicalistes m’ont accompagné.  Il m’a été proposé 2 postes : un en lycée (une vraie promotion !!!!), l’autre comme adjoint au chef de bureau marchés publics en services centraux (sous le chef de département, sous le Directeur de la direction financière, sous le secrétaire général adjoint, sous le secrétaire général…et ouais nous sommes université LRU), un poste effectivement plus cadré hiérarchiquement et plus technique (en ce moment je suis responsable administratif d’une UFR Physique, 1000 étudiants, 270 enseignants, 70 biatos avec les labos ; je n’ai qu’un supérieur hiérarchique, le Directeur de la composante, et bien entendu le secrétaire général et le président de l’Université)

Ils veulent ou me dégager de l’université ou tout au moins être sûrs que je ne sois pas à un poste politique où je pourrai avoir des infos stratégiques.
J’ai refusé immédiatement ces postes. S’en est alors suivie une attaque professionnelle en règle (« sans lien avec la grève », me fut-il assuré), faite de rumeurs et prétendus commérages

Depuis, je suis placardisé. Mes collaborateurs ont reçu ordre de ne plus me mettre en copie de leurs mels, et de ne plus me donner d’informations. Des groupes de travail, des réunions, se font constamment sans que j’en sois informé.

Aujourd’hui, le dernier dossier que j’avais en charge m’a été retiré.

J’attends la suite

Des syndicats ont proposé de négocier avec la direction qu’ils me placent dans un autre poste à responsabilité et salaire équivalent, et seulement si cette demande était refusé de réagir aux pressions qui me sont faites.
Je me permettrai de continuer à vous tenir informé des pressions et menaces qui me sont faites, au lendemain de la grève, « sans aucun lien, bien évidemment, avec celle-ci »

Et vive l’entreprise universitaire. »

L’université : irréformable ou malade de la réforme ?

Plusieurs tables rondes sont prévues : «  bilan et perspectives de l’autonomie des universités », « quel statut pour les universitaires ? », « quelles formations pour quels diplomes ? » ou encore « quel rôle pour l’université dans la recherche et l’innovation française ? ».

A noter la participation de nombreux acteurs de l’enseignement supérieur et la recherche :
Olivier Beaud, professeur à l’université Paris 2, Jean-Louis Charlet, professeur de latin à l’université de Provence, président d’Autonome Sup (Fédération Nationale des Syndicats Autonomes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche), Benoist Apparu, député UMP, rapporteur de la loi LRU, Claire Guichet, étudiante présidente de la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE), Isabelle This Saint-Jean, professeur d’économie à l’université Paris 13, présidente de Sauvons la recherche (SLR), Vincent Berger, président de l’université Paris 7, etc.

Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, clôturera la rencontre.

Lieu : Paris (Immeuble Chaban-Delmas, Salle Lamartine, 101, rue de l’Université)
16 juin 2009 (9h00 – 17h00)

Contact : Fax : 01.40.63.95.31, dfasquelle@assemblee-nationale.fr

CNRS, INRIA, Microsoft et privatisation de la recherche française

CNRS, INRIA, Microsoft et privatisation de la recherche française (I)

Le 3 juin, un communiqué de presse sur le site du Centre Nationale de la Recherche Scientifique (CNRS) fait état de l’inauguration, le même jour, dans le cadre d’une chaire Microsoft – CNRS basée à l’Ecole Polytechnique, d’un programme de recherche consacré à la modélisation pour des problèmes liés au développement durable. Une unité mixte CNRS -Ecole Polytechnique s’associe à cette fin à Microsoft Research, moins de deux ans après la condamnation de Microsoft par la Cour de Justice des Communautés Européennes pour abus de position dominante, et alors qu’une nouvelle condamnation vient de frapper cette multinationale au Canada. Il y a deux ans et demi, un centre commun de recherche avait été mis en place par l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique) avec Microsoft Research à Saclay. Dans l’ensemble, une telle opération apparaît comme un pas de plus dans l’actuel processus de privatisation de la recherche publique française et, vu l’importance des intérêts de Microsoft à l’échelle planétaire, peut être considérée comme un nouvel affaiblissement de l’indépendance de nos organismes publics de recherche. Au même moment, des élus au Comité Technique Paritaire (CTP) du CNRS font état d’un nouveau projet de décret sur l’organisation et le fonctionnement du Centre, qui serait examiné par le CTP dans quinze jours avec le contrat d’objectifs, mais dont le contenu ne leur a pas encore été communiqué. Avec la réunion du Conseil d’Administration de la semaine suivante, tout semble indiquer que le gouvernement cherche à régler très rapidement le sort du CNRS.

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2009/06/03/cnrs-inria-microsoft-et-privatisation-de-la-recherche.html ]

Quelle europe pour l’université ?

(Texte publié sur Médiapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-89)

Appel aux candidats, partis politiques, collectifs et citoyens pour que la campagne des élections européennes pose enfin la question de l’enseignement supérieur et de la recherche. Loin des bonnes intentions et lieux communs habituels, dix questions posées aux candidats par Sauvons l’université.

Aujourd’hui, nous, universitaires français, excédés par plusieurs mois de manipulations et par le processus de destruction des savoirs et de nos métiers, le mépris souverain de nos gouvernants pour la formation de citoyens éclairés et pensants, nous demandons aux candidats aux élections du Parlement européen du 7 juin de prendre clairement position contre le dévoiement des missions de l’université, dissimulé sous une novlangue managériale incompatible avec un véritable enseignement et une véritable recherche.

Dans le processus de Bologne, l’Europe s’est engagée à développer ce qu’elle a appelé «la société de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde», en réalité la seule «économie de la connaissance». Pour cela, l’Europe a choisi d’appliquer les techniques managériales de gestion et d’évaluation aux secteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, la «méthode ouverte de coordination» (MOC). Cette méthode confère un rôle primordial aux conseils intergouvernementaux, à la Commission européenne dans la définition des orientations et les processus de décision, mais en exclut le Parlement et la Cour de Justice. Est-il acceptable que de telles questions échappent à la représentation populaire européenne ?

L’application des techniques managériales à la gestion de toutes les structures d’enseignement et de recherche conduit ainsi à l’instrumentalisation de la notion de «connaissance» dans une perspective purement économiciste. Sous couvert d’harmonisation, elle tend à l’uniformisation des structures universitaires pour les mettre en concurrence, au détriment des formations. Fondée sur le benchmarking (la production infinie d’étalons jamais atteints de compétitivité), la politique mise en oeuvre asservit les gouvernements. Elle conduit à des analyses infondées et promeut des processus d’évaluation insensés.

La démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, l’idée même que nous nous faisons de la recherche sont aujourd’hui en conflit avec la construction d’un «marché européen de la recherche et de l’innovation». Nous ne pouvons laisser à l’idéologie du marché – qui détermine la refonte de l’enseignement supérieur et de la recherche au niveau européen – le soin de définir ce que sont l’accès démocratique au savoir, la transmission des connaissances et la recherche véritable. Nous le pouvons d’autant moins que cette idéologie a déjà montré ses effets destructeurs sur l’organisation, les conditions et la qualité du travail ainsi que la créativité.

La principale caractéristique des «réformes» adoptées, en France comme ailleurs, dans le cadre de ce «processus de Bologne» est de se faire sans, voire contre, la communauté universitaire. À cet égard, la situation française est une caricature d’imposition par le haut d’une transformation radicale jamais formulée pour ce qu’elle est, alors même que la méthode de coordination est dite «non contraignante».

Depuis le vote de la loi LRU trois mois tout juste après l’élection de Nicolas Sarkozy, l’université et l’enseignement voient grandir une contestation profonde des principes sur lesquels se fondent les «réformes» actuelles. Ces dernières, inaptes à résoudre les difficultés propres du système français, détruisent ses fondements : publique, laïque, démocratique, l’université française s’appuie sur une articulation forte entre enseignement et recherche, elle préserve un accès démocratique à l’enseignement supérieur à côté d’autres structures fortement élitistes. Nous rappelons l’engagement des pays membres à respecter les spécificités nationales dans le cadre du processus de Bologne : dans cette perspective, l’Europe ne doit pas servir à détruire les caractéristiques qui ont fait la force de l’université française.

Pour que les universitaires ne se détournent pas de la construction européenne, il faut que la politique européenne en matière d’enseignement et de recherche soit radicalement transformée. Il faut que la question même de l’enseignement supérieur, d’un accès démocratique de tous au savoir, revienne explicitement dans les objectifs politiques européens. En Europe comme en France, il est nécessaire de mettre fin aux manipulations sémantiques et aux faux-semblants. Plusieurs contre-vérités constituent en effet le socle de la politique européenne actuelle en matière d’enseignement supérieur et de recherche.

  • 1. La concurrence généralisée, meilleure que l’émulation académique ?

Il n’est pas vrai que la mise en concurrence des individus (étudiants, chercheurs, enseignants, personnels administratifs et techniques) et des établissements (universités, organismes publics de recherche, instituts) favorise l’augmentation des connaissances et crée le cercle vertueux d’un partage enrichissant chacun des partenaires.

Nous affirmons que la recherche est une activité collective qui suppose la collégialité et l’émulation, le partage des savoirs et la coopération internationale. L’émulation est un des moteurs de la recherche et de la création : elle permet un véritable travail en équipe et un partage fécond des connaissances. Elle est incompatible avec la concurrence, guerre de tous contre tous et entrave à une vraie circulation des savoirs.

  • 2. La précarisation, un mode de gestion efficace de la recherche ?

Il n’est pas vrai que les contrats précaires, opposés au statut stable de fonctionnaire, soient un levier d’amélioration de la recherche et de l’enseignement ; il n’est pas vrai que la précarité développe la «compétitivité» des individus dans le champ scientifique. Elle dévalue la diversité des compétences essentielles à la recherche dans tous ses aspects et à tous ses niveaux. Elle engendre soumission et conformisme scientifiques. Efficace? Elle a pour effet d’atomiser le monde de l’enseignement et de la recherche, de le rendre dépendant du bailleur de fonds, du donneur d’ordre et/ou de la tutelle bureaucratique.

Nous affirmons que la recherche libre nécessiteun emploi stable, seul garant de l’autonomie scientifique vis-à-vis de toutes les tutelles, qu’elles soient académiques, politiques, économiques ou bureaucratiques.Nous affirmons que l’Europe doit encourager les États à favoriser la recherche et l’enseignement supérieur par des plans nationaux pluriannuels de postes statutaires.

  • 3. Évaluer pour sanctionner ?

Il n’est pas vrai que l’évaluation soit une opération mathématique relevant de l’objectivité scientifique et de la neutralité technique. Les critères qu’elle utilise ne sont jamais universels. En une vingtaine d’années, elle a cessé d’être conçue comme nécessairement collégiale, prospective, comparative pour devenir un outil de gestion budgétaire ainsi qu’un instrument anonyme de sanction financière et morale des individus et des structures.

Nous affirmons que l’évaluation peut être le moyen de construire sa place dans le champ scientifique, à condition que cette évaluation soit plurielle,contradictoire et qualitative.Elle n’a de sens que si elle permet de soutenir les efforts de recherche et d’enseignement, ainsi que l’émulation, non d’instaurer et de faire fonctionner la concurrence en encourageant notamment une vaine course à la publication.

  • 4. Employabilité ou formation ?

Il n’est pas vrai que la professionnalisation des études soit l’instrument d’une insertion professionnelle durable et de qualité, pas plus que l’allongement des études n’est automatiquement synonyme d’amélioration de la formation. Une professionnalisation étroite risque au contraire de limiter les possibilités d’adaptation de chacun aux transformations futures.

Nous affirmons que la question de la professionnalisation est posée aux universités par l’existence d’un chômage structurel et la massification des étudiants depuis quarante ans. Nous affirmons qu’elle n’est actuellement pensée qu’en termes d’employabilité à court terme au détriment d’une réflexion sur ce qu’est une formation véritable.

  • 5. Le Classement de Shanghai, veau d’or de l’Europe de la connaissance?

Il n’est pas vrai que le classement de Shanghai soit un indice exact de la valeur des enseignements et de la recherche proposés dans les universités. Le regroupement et l’augmentation de la taille de certaines universités françaises les feront mécaniquement remonter dans ce classement, mais ils ne signifieront pas pour autant amélioration de la formation et de la recherche dans ces établissements.

Nous rappelons en revanche que si les communicants voulaient utiliser honnêtement ce classement pour évaluer la «performance» des universités et de la recherche françaises, ils devraient rappeler que la France se place au 6e rang mondial, alors que la part du PIB consacrée à l’enseignement supérieur et à la recherche la classe 18e des pays de l’OCDE.

Nous affirmons que seuls les ignorants croient encore à la pertinence du classement de Shanghai, inapte à rendre compte de la manière dont l’université accomplit ses missions.

  • 6. L’autonomie, nouveau paradis académique ?

Il n’est pas vrai que l’«autonomie» des universités octroyée par la loi LRU leur donne une indépendance scientifique, pédagogique et financière.Elle ne leur attribue qu’une responsabilité de gestion, sous contrôle renforcé de leur ministère de tutelle. Elle leur confère la tâche de gérer l’ensemble du budget de l’université. Elle fait de la masse salariale la principale variable d’ajustement de cette gestion: c’est donc sur le potentiel humain que se feront nécessairement les économies budgétaires des universités passées aux «compétences élargies».

Nous affirmons que la seule autonomie digne de ce nom est l’autonomie scientifique. Celle-ci repose pour les enseignants-chercheurs et les chercheurs sur la stabilité d’un statut national, pour les établissements sur le renforcement des compétences des organes universitaires scientifiques, et leur capacité à orienter les choix de l’université. Rappelons qu’à l’inverse, la loi LRU prive les conseils scientifiques de toute véritable capacité d’intervention dans la politique de l’université.

  • 7. La «gouvernance» et le «pilotage », nouveaux arts de gouverner ?

Il n’est pas vrai que le «pilotage» nouveau de la recherche et de l’enseignement supérieur favorise la rationalisation, l’efficacité et la transparence des directions que la notion de gouvernance prétend promouvoir au niveau national et au niveau européen. Au contraire, il promeut un modèle autoritaire de la direction des structures de recherche et des universités. La notion de «gouvernance» procède d’un discours managérial de la direction qui n’a rien à voir avec l’art de gouverner.

Nous affirmons que la collégialité est un des instruments essentiels de l’organisation et de la politique des universités ; elle devrait l’être pour les organismes. Nous affirmons que seule la représentation, fondée sur le vote, garantit la légitimité des personnels de direction, à quelque niveau que ce soit. La nomination ne garantit que l’autoritarisme de ceux qui sont en position décisionnaire, elle biaise et fragilise leurs choix administratifs et scientifiques, elle entretient le clientélisme et favorise le conformisme de la recherche et des carrières.

  • 8. Le financement sur projet, pierre philosophale de la recherche moderne ?

Il n’est pas vrai que le financement sur projet et par objectif garantisse la qualité de la science.Le financement sur projet accentue la mainmise du pouvoir économique et politique sur la recherche ; il favorise les grosses équipes, le gonflement artificiel des budgets et le développement technologique, sans permettre pour autant la critique des connaissances scientifiques.

Nous affirmons que toute recherche de qualité nécessite des structures stables, dotées de fonds pérennes et suffisants. Seule la stabilité permet de «faire de la recherche», impliquant prise de risque, adaptabilité aux résultats, persévérance, bifurcations et découvertes véritablement innovantes, non inscrites dans les projets préalables.

  • 9. Simplification ou multiplication des structures bureaucratiques ?

Il n’est pas vrai que nous allions vers une simplification des modes du fonctionnement de la recherche, créant des économies au niveau national comme au niveau européen.La multiplicité croissante des structures de financement actuel de la recherche, notamment au travers d’innombrables agences, produit opacité, stérilité et bureaucratie. Elle implique une dépense de temps, d’énergie et de moyens considérable: un véritable gaspillage scientifique, humain et financier.

Nous affirmons que la pluralité des structures de recherche et d’enseignement constitue une garantie de leur indépendance politique et de leur qualité. Cette pluralité doit être protégée par les Etats et encouragée par l’Europe. Nous affirmons qu’elle est la véritable justification, le véritable intérêt de la circulation des étudiants, des enseignants et des chercheurs entre les pays de l’Union.

  • 10. L’endettement à vie, un avenir radieux pour les étudiants ?

Il n’est pas vrai que le recours massif au prêt étudiant permette d’augmenter les dotations des universités, ni qu’il soit socialement équitable. Les exemples anglo-saxons montrent qu’il accroît la sélection sociale et n’est qu’une façon pour l’Etat de faire payer aux étudiants et à leurs familles son propre désengagement.

Nous affirmons que l’université est un service public et qu’à ce titre, l’Etat doit en garantir le financement et l’accès pour le plus grand nombre.

«Il n’y a pas d’alternative», vraiment ?

Ces questions sont fondamentales. Nous sommes face à un choix de société. Il n’est pas vrai que la politique européenne de recherche et d’enseignement soit un processus irréversible, ni que la destruction des services publics de l’enseignement supérieur et de la recherche soient obligatoires et inéluctables.

L’université et la recherche deviendront-elles les instruments normalisés, atomisés, précarisés, garrottés de l’économie globale ? La volonté politique existe-t-elle de confirmer l’université et la recherche dans leur fonction de formation des hommes et des savoirs, dans leur mission de transmission et de création ?

Les représentants élus des pays de l’Union ont une responsabilité devant l’histoire de ce continent. Nous refusons que Bologne, nom d’une des plus anciennes et prestigieuses universités d’Europe, soit à l’avenir associé à une entreprise de destruction de la connaissance. La stratégie de Lisbonne doit être renégociée en 2010 : l’occasion à ne pas manquer d’en modifier radicalement les orientations.

Sauvons l’Université !

Le mouvement dans les universités, enterré un peu vite.

Le mouvement dans les universités, enterré un peu vite. Communiqué de SLU, 25 mai 2009

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2634

Ce n’est qu’un début, le combat continue. L’affirmation peut surprendre. Slogan de jadis ? Acharnement thérapeutique désespéré pour redonner vie à un mouvement qui, paraît-il, se conjuguerait désormais au passé ? Pas du tout : ce qui s’est passé depuis six mois ne saurait être rayé d’un trait de plume – tout simplement parce que nous n’avons pas obtenu ce que nous demandions. Quoi qu’il arrive, les universités françaises dans leur majorité ont montré qu’elles n’étaient pas prêtes à accepter de façon passive les réformes préparées hâtivement que nos gouvernants entendent leur imposer au nom d’une prétendue « modernité » qui ne consiste qu’à appliquer partout des recettes toutes faites empruntées au monde de l’économie. La loi LRU s’est vue délégitimée par ses mesures d’accompagnement et cela ne saurait être oublié. Tout le monde sait bien aussi que nous avons lutté non pour notre intérêt particulier ou notre feuille de paye, mais pour l’avenir de l’éducation et de la recherche dans ce pays. Face à cela, nous n’avons rencontré que l’insulte et le mépris. S’ agit-il véritablement d’une victoire pour le gouvernement ?

Certes c’est un fait que, presque partout, les universitaires entreprennent de faire passer des examens de fin d’année, dans des conditions le plus possible satisfaisantes pour tous. Mais aucune des raisons pour lesquelles ils le font ne signifie, comme le prétend le gouvernement suivi par de nombreux médias, que le combat engagé il y a plusieurs mois serait terminé et encore moins que les motifs pour lesquels il a été juste de l’engager seraient devenus moins pertinents. Ils le font parce qu’ils y sont contraints par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a fait le choix de durcir la confrontation avec la communauté universitaire pour des raisons n’ayant que peu à voir avec le bon fonctionnement des universités françaises. Ils le font parce qu’ils se sentent responsables de l’avenir de leurs étudiants, qu’ils se sont engagés à ce qu’aucun d’entre eux n’ait à pâtir du mouvement en cours et qu’ils entendent tenir parole (ils ne sont pas ministres…). Ils le font, enfin, parce qu’il n’était pas question de tomber dans le piège des examens qui avait été préparé avec un cynisme qui n’a eu d’égale que l’incapacité à ouvrir un dialogue avec la communauté universitaire depuis quatre mois.

Nous venons ici de faire l’expérience de la brutalité d’une pratique napoléonienne du pouvoir universitaire qui répond par l’envoi des forces de l’ordre et l’utilisation des recteurs comme des préfets en mission à des revendications avancées depuis janvier dernier avec une clarté, une inventivité et une sérénité reconnues de tous. On se croit revenu avant 1968, cette date symbolique que les actuels gouvernants aspirent à effacer des mémoires.

Face à cette volonté gouvernementale de faire taire toute opposition par la force et la contrainte, nous ne pouvons que réaffirmer nos revendications et, surtout, répéter avec autant de calme que de détermination que nous ne renoncerons pas. Serions-nous tentés de le faire que la pratique quotidienne du pouvoir dans les ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche nous engagerait vite à revenir à la raison. Nous n’en voudrons qu’un exemple.

Au mois de décembre dernier, le président de la république avait déclaré – dit-on – qu’il était nécessaire de pratiquer la concertation à une condition : ne tenir aucun compte des avis des personnes qui se prêtaient à ce jeu-là. Nous en avions eu des illustrations manifestes en quatre mois de conflit mais ce qui vient de se passer ces derniers jours dépasse l’imagination la plus débridée. Pour illustrer leur volonté de dialogue sur le dossier de la formation et du recrutement des enseignants du premier et du second degré, les ministres concernés avaient annoncé, non sans quelque contradiction d’ailleurs, qu’étaient mis en place d’un côté une série de « groupes de travail » avec les syndicats représentatifs mais aussi, de l’autre côté, pour faire bonne mesure, une commission co-présidée par un président d’université et un recteur. Bien sûr, le calendrier imposé était une nouvelle fois à la hauteur de la précipitation et de l’agitation qui règnent dans notre pays depuis deux ans puisque tous les travaux devaient être conclus d’ici au 15 juillet ; bien sûr, on ne comprenait pas très bien quelles étaient les missions et les prérogatives respectives de la fameuse commission et desdits groupes de travail ; mais enfin cela ressemblait encore à un ersatz de négociation pour quiconque voulait bien y croire.

Las, depuis quelques jours les choses sont claires y compris pour celles et ceux qui prêtaient encore quelque crédit à la volonté d’écoute des ministres concernés. Alors que les groupes de travail n’ont pas encore achevé leurs réunions et que la commission programmée n’a pas encore été mise en place, sont rendus publics, soumis aux comités techniques paritaires consultatifs et annoncés pour passage au conseil d’Etat les textes des projets de décrets mettant en place l’année transitoire et faisant passer en force la logique de la « mastérisation » ministérielle de la formation et des concours d’enseignants dont on avait annoncé que sa mise en place était reculée d’un an pour permettre de consulter sérieusement (enfin !) celles et ceux qui devraient la mettre en oeuvre. Une nouvelle preuve est ainsi donnée de la façon dont le gouvernement en place conçoit le dialogue avec la communauté universitaire et l’autonomie qu’il lui a octroyée. Il est à peu près aussi ridicule de considérer que l’université selon le modèle de la loi LRU est autonome que de prétendre que certains pays sont régis par une république simplement parce qu’ils élisent au suffrage universel un chef d’Etat ou de gouvernement.

Cette autonomie de gestion sous surveillance rectorale a montré ces dernières semaines son vrai visage. Personne ne saurait désormais l’oublier. Ce sont la confiance aveugle des universitaires, leur passivité à l’égard des politiques ministérielles qu’on leur imposait qui appartiennent au passé, et non le mouvement qui a su déchiffrer les effets néfastes de la Loi LRU, des décrets qui l’ont suivie, les manipulations et les mensonges qui ont répondu à quatre mois d’engagement et de réflexions. Il faudra bien un jour l’admettre, quelle que soit la situation des examens dans l’université française au mois de mai 2009 : les universitaires se sont ressaisis de leur mission intellectuelle. Ce n’est pas là une position de droite ou de gauche, simplement une lecture des faits qui se veut politique, c’est-à-dire au service des citoyens.

25 mai 2009

Communiqué de G. Molinié : « Cette contestation, il n’est pas question aujourd’hui d’y renoncer »

Communiqué du président de l’université Paris-Sorbonne
20 mai 2009

L’assemblée des trois conseils centraux et l’assemblée générale des étudiants et des personnels de l’université ont décidé hier, le même jour, de faire en sorte que la fin de l’année universitaire puisse aboutir à une forme de validation acceptable pour les enseignements du second semestre 2008-2009.
Il faut saluer cette convergence, qui fait l’honneur de toute notre communauté universitaire à un moment particulièrement critique.
C’était la voie de la raison et le choix de la responsabilité, la seule issue possible pour éviter que des milliers d’étudiants, pris en otage par l’obstination gouvernementale, ne perdent une année d’études.
Mais ce n’est une victoire pour personne.
Les réformes très largement contestées que les ministères de l’Education nationale d’une part, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche d’autre part, entendent imposer par la force, n’ont pas été retirées et sont d’ores et déjà en voie d’application. Depuis l’automne, elles ont semé le chaos dans les universités. Demain, elles bouleverseront le fonctionnement de la recherche, la formation des enseignants, l’ensemble du système éducatif.
En s’engageant résolument dans le refus de tels désordres, notre université a pleinement joué son rôle, critique et responsable. Dans l’unité de toutes les forces qui la composent, étudiants, personnels BIATOSS, enseignants, elle a porté une contestation massive, pacifique, argumentée.
Cette contestation, il n’est pas question aujourd’hui d’y renoncer. Elle doit prendre désormais d’autres formes. L’heure n’est pas à la résignation mais, plus que jamais, à la vigilance et à l’action critique.

Résistance universitaire

Résistance universitaire

Par Marie-Jean Sauret, professeur des universités (*)

Nous voulons l’amélioration de l’université française, non sa casse. Or le monde dans lequel elle est plongée n’est pas forcément celui que nous cherchons à servir. De sorte que l’idée d’un grand service public universitaire est en contradiction avec l’université que l’économie néolibérale veut mettre au service de la nouvelle économie des connaissances : transformer les institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche en entreprises, réduire le savoir à des connaissances monnayables, rentabiliser le travail intellectuel avec les mêmes critères que ceux utilisés dans l’industrie et dans la finance, réserver le meilleur des techniques et de la science à une élite à son service, faire payer l’université par ses usagers…

Dans ces conditions, la fin du service public rendu par l’université est programmée, la mutation de la culture et du savoir en « ressources » technoscientifiques (évaluées en unités de crédit) est entérinée, et le sacrifice de millions de jeunes, devant lesquels se fermeront les portes de l’enseignement supérieur, est quasi consommé. Non seulement les entreprises universitaires devront alimenter le marché des connaissances, mais elles fabriquent déjà les théories dont le capitalisme a besoin : l’économie, mais
également l’anthropologie à travers laquelle il s’agit de nous formater afin que nous le servions mieux. Accessoirement, il conviendra de faire le ménage parmi les disciplines et les théories dérisoires, inutiles (bonnes pour la « culture générale » pour laquelle personne ne voudra payer), voire pernicieuses : par exemple le latin et le grec (ainsi que l’avait claironné notre
président), mais aussi les enseignements référés à la psychanalyse qui font de chacun une exception symptomatique aux anthropologies générales, les conceptions et les pratiques de l’art qui ne se rendraient pas immédiatement sur le marché, et pourquoi pas l’histoire (finie), l’archéologie, la préhistoire (sauf pour alimenter le tourisme, les expositions privées et les
collectionneurs : où se réfugie le désir !)…

Face à ces perspectives, l’université que nous servons actuellement est de fait un lieu de résistance au néolibéralisme. La crise économique, financière et sociale actuelle est conjoncturelle pour certains, le signe d’une véritable crise de civilisation pour les autres. Pour ces derniers, la poursuite de l’adaptation de l’université à une logique responsable de la crise est une fuite en avant dangereuse – qui redouble les raisons que nous avons de faire grève. Mais ce sont les tenants de la première interprétation qui gouvernent : le capitalisme doit être amendé, réformé, moralisé et la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités (LRU) y contribuerait pour sa part. Quoi qu’il en soit de l’issue du conflit, retrait ou adaptation de la LRU, la logique générale n’aura pas changé… et la crise ne se sera pas évanouie comme par enchantement. Les menaces des ministres sur les étudiants et les enseignants récalcitrants donnent une idée de ce qu’il faut entendre par « autonomie » : « Soyez autonomes mais soumis ! » : il s’agit bien de la « concurrence » qui soumet les universités aux impératifs économiques, aux patrons et aux politiques qui les achèteront – tout le contraire de l’émulation, voire de la compétition d’allure sportive.

La concurrence capitaliste renoue avec le cirque romain : le dernier y est mis à mort ! Plus cruellement encore, à petit feu : sans revenu, prié de rester chez lui, obligé de renoncer aux sorties, aux loisirs, à la culture, au livre, au cinéma, aux visites, et parfois au logement. La vie familiale et sociale, la santé physique et psychique se dégradent. Qui dira le poids de cette violence délibérée ? Que valent au regard d’elle les quelques heures de séquestration dont on nous parle ici ou là ? Est-ce qu’un jour il ne faudra
pas que les capitalistes et les politiques qui les servent soient jugés pour ce crime contre l’humanité ? Nous ne sommes donc pas, à l’université, dans le cadre d’un conflit, d’une bataille qui serait nécessairement perdue ou gagnée, mais plutôt d’une résistance à long terme. Celle-ci n’a aucun sens si on la coupe de la situation générale et des luttes qui se développent ailleurs, dans tous les secteurs de la vie de notre pays et des autres régions du monde.

Cette lutte doit profiter de toutes les occasions de donner un coup de frein, de provoquer un changement de cap à la logique néolibérale. Il n’est pas possible de laisser-aller ce système responsable de tant de souffrance (chômage, privation de logement, de nourriture, de culture, de loisirs, du droit de voyager, et de libertés diverses auxquelles les nantis ne pensent même pas avant qu’ils ne soient à leur tour frappés). Si l’on en juge aux témoignages de résistance qui parviennent de tous les secteurs de la vie
collective, sans doute les conditions sont-elles réunies pour que l’idée d’une nécessaire alternative au capitalisme prenne consistance. Est-il impensable que pas effectués par chacun pour lutter soient collectivisables dans un autre « vivre ensemble » ? En tout cas l’université participe de ce mouvement et met de fait le savoir qu’elle sert à la disposition de ceux qui vivent et veulent penser ce moment…

(*) Psychanalyste et membre du Collectif de l’Appel des appels.

Source: http://www.humanite.fr/2009-05-11_Tribune-libre_Resistance-universitaire

Les Grands Débats de l’EHESS :­ une initiative dans le mouvement pour la recherche et l’enseignement supérieur.

Les Grands Débats de l’EHESS :­ une initiative dans le mouvement pour la recherche et l’enseignement supérieur.
Mercredi 20 mai 2009, Amphithéâtre du 105 Bd. Raspail, de 17h à 19h

A l’occasion de la parution du numéro 33 de La Revue du MAUSS, « La crise de l’Université. Mort ou résurrection ? », la présentation de ce volume sera également l’occasion d’un débat autour du « Manifeste pour refonder l’Université française », lancé ces derniers jours par 29 universitaires (http://petitions.alter.eu.org/index.php?petition=7)

Interviendront notamment dans ce débat quatre des initiateurs de ce manifeste : Olivier Beaud (Paris II), Alain Caillé (Paris X), Marcel Gauchet (EHESS) et François Vatin (Paris X).