Un chercheur trop « islamophile » sanctionné ?

Un chercheur trop « islamophile » sanctionné ?

Est-ce parce qu’il a publié un ouvrage polémique sur La nouvelle islamophobie, que Vincent Geisser, chercheur au CNRS, fait l’objet d’une procédure disciplinaire? Le 29 juin, ce politologue à l’Institut de  recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam) d’Aix-en-Provence est convoqué devant la «commission administrative paritaire» du CNRS pour «manquement grave» à «l’obligation de réserve à laquelle (il) est tenu en tant que fonctionnaire».

Que lui reproche-t-on exactement? «Des propos tenus à l’encontre de Monsieur Joseph Illand, fonctionnaire de sécurité défense du CNRS», peut-on lire dans la convocation.

Vincent Geisser date le début de ses ennuis à septembre 2004. «C’est là que se manifeste pour la première fois le fonctionnaire sécurité de défense (FD) du CNRS, raconte-t-il. Avant cette date, je ne connaissais même pas son existence».

Selon sa collègue Françoise Lorcerie, qui travaille dans le même labo que lui,  «les premières manifestations de ce fonctionnaire datent de quelques années». «On a essayé de se renseigner, raconte-t-elle, il semble qu’il ait le grade de général, mais on ne sait pas quelles sont ses prérogatives, ni ce qu’il fait au CNRS, ni en quoi il est qualifié pour valider nos travaux».

De son bureau su siège du CNRS, Joseph Iland a un droit de regard sur les travaux des chercheurs. «Quand on part en mission à l’étranger dans des pays sensibles, on est obligés de lui communiquer nos plans de mission: qui on va rencontrer, où on va loger, poursuit Françoise Lorcerie. Et on doit avoir son autorisation pour partir».

En septembre 2004, Vincent Geisser débute une recherche sur les «chercheurs maghrébins ou d’origine maghrébine travaillant pour les institutions publiques françaises (université, CNRS et INSERM…)». «Il s’agissait pour mon équipe de faire une évaluation scientifique rigoureuse de la contribution des “chercheurs et des universitaires maghrébins » au rayonnement de la recherche française dans le monde», explique-t-il. Signe de son intérêt, ce projet sera financé par le CNRS à hauteur de 20 000 euros.

Vincent Geisser est un intellectuel engagé. Son livre sur La nouvelle islamophobie lui a valu des critiques. Sa proximité avec des musulmans fondamentalistes lui vaut d’être taxé, comme sur le site atheisme.org, «obsession islamophile» voire d’avoir «caressé les barbus dans le sens du poil».

A partir de septembre 2004, il se plaint d’une «surveillance étroite de la part du fonctionnaire défense du CNRS». Selon lui, l’un de ses collègues du Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences-Po) a même consulté par le ministère de la Défense sur le «risque» que ses travaux ne cachent la constitution d’un «lobby arabo-musulman» au sein du CNRS.

Dans un mail privé, Vincent Geisser comparera alors «l’action sécuritaire du FD aux méthodes utilisées contre les Juifs et les Justes» pendant la seconde guerre mondiale. C’est ce qui lui vaut d’être convoqué devant les instances disciplinaires du CNRS.

Hier, cette affaire a commencé à agiter le Landerneau universitaire. Un collectif rassemblant la fine fleur des chercheurs en sciences humaines (voir la liste ci-dessous) a envoyé à Valérie Pécresse une lettre ouverte de protestation contre ce qu’ils qualifient d’«atteinte à liberté de pensée et d’expression». Ses collègues de l’Iremam préparent une motion de soutien qui sera envoyée aux membres de la commission chargés de statuer sur son sort. Et une pétition publique devrait être lancée.

COMITÉ DE LANCEMENT
Jean-Christophe ATTIAS, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, Etienne BALIBAR, professeur émérite à l’Université de Paris 10, Nanterre, Nicolas BANCEL, professeur à l’Université de Strasbourg, détaché à l’Université de Lausanne, Jean BAUBEROT, professeur émérite de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), Esther BENBASSA, directrice d’études à l’EPHE, Daniel BENSAID, professeur de philosophie à l’Université de Paris 8, Pascal BONIFACE, géopolitologue, Université de Paris 8, Marie-Françoise COUREL, directrice d’études à l’EPHE, présidente honoraire de l’EPHE, ancienne directrice scientifique du département SHS du CNRS, Denis CROUZET, professeur à l’Université Paris-Sorbonne (Paris 4), Alain DE LIBERA, professeur d’histoire de la philosophie médiévale à l’Université de Genève, directeur d’études à l’EPHE, Christine DELPHY, directrice de recherche émérite au CNRS, Éric FASSIN, enseignant-chercheur à l’École Normale Supérieure, Nacira GUENIF, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris Nord, Edgar MORIN, directeur de recherche émérite au CNRS, Laurent MUCCHIELLI, directeur de recherche au CNRS, Denis PESCHANSKY, directeur de recherche au CNRS, ancien directeur adjoint du département SHS du CNRS, Roshdi RASHED, directeur de recherche émérite au CNRS, professeur honoraire à l’Université de Tokyo, Olivier ROY, directeur de recherche au CNRS, Vincent TIBERJ, chercheur au Centre d’Etudes Européennes de Sciences Po et maître de conférence à Sciences Po, Tzvetan TODOROV, directeur de recherche honoraire au CNRS, Jérôme VALLUY, enseignant-chercheur, science politique, Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1, CRPS, TERRA)

Rédigé le 08 juin 2009 à 17:06 | Lien permanen

http://immigration.blogs.liberation.fr/coroller/2009/06/trop-islamophile-un-chercheur-sanctionn%C3%A9.html

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« La presse perd ses facultés »

Article de Pierre Jourde à lire sur le site Causeur : http://www.causeur.fr/la-presse-perd-ses-facultes,2285

Extrait : « Il paraît que la presse est libre. Et elle y tient beaucoup, à sa liberté. Elle proteste beaucoup, avec raison, contre toute atteinte à sa liberté. Mais pour le manque de liberté de pensée, malheureusement, il n’y a pas grand-chose à faire.

On pouvait croire, au début du mouvement universitaire, que l’information sur la réforme Pécresse et les réactions qu’elle suscite permettrait de sortir des habituels clichés : profs fainéants, mandarins accrochés à leur pouvoir, chercheurs claquemurés dans leurs laboratoires, six mois de vacances, conservatisme et corporatisme, refus de toute évaluation, etc. Il y a eu quelques émissions remarquables sur le service public, un véritable travail de fond de la part des journalistes de Libération. En dehors de cela, dans la majorité des cas, la couverture médiatique du mouvement est accablante. On a le choix : ici, les idées toutes faites ; là, le poujadisme ; presque partout, la plus radicale absence d’informations précises sur le contenu de la réforme et les raisons exactes de son refus par les universitaires. D’où les interpellations incessantes de gens qui ne comprennent pas, demandent qu’on leur explique, récitent une doxa sur l’université. On se demande vraiment à quoi sert la presse. En tous cas, certainement pas, dans ce pays, à donner les éléments essentiels de compréhension. D’où le déluge d’interventions haineuses sur certains sites, notamment celui du Monde.

Il est temps de dresser le florilège des bêtises assénées sur nos radios et dans nos journaux. (…) » Lire la suite

Arrêt sur image : à propos de l’affaire du boycott du Monde

Nous mettons notre émission sur le Boycott du Monde et le mouvement des enseignants-chercheurs en libre accès :
Un mouvement social peut-il appeler à boycotter un média parce qu’il estime que ses actions ne sont pas assez, ou mal, couvertes ? C’est la question que pose la « charte de bonne conduite », lancée dans le milieu des enseignants-chercheurs en direction du Monde. Cet appel au boycott cherche à taper là où ça fait mal : au porte-monnaie. Pourquoi ? Quelle pertinence ? Et quel regard porter sur la médiatisation de la grève des enseignants-chercheurs, qui dure depuis plus de deux mois ?
Pour tenter de répondre, nous recevons Jérôme Valluy, enseignant-chercheur en sociologie politique à Paris 1 et initiateur de l’appel au boycott du Monde, et Valérie Robert, enseignante à Paris 3 et responsable de la communication de l’association « Sauvons l’université ». Ils sont accompagnés de notre journaliste Sophie Gindensperger.
L’émission est en libre accès ici.

Enseignants recherchent dialogue

Un excellent reportage de La Télé Libre sur le mouvement, qui met en balance les opinions de quelques porte-paroles du mouvement et (entre autres) celui de Benoist Apparu (rapporteur de la loi LRU). Le reportage est découpé en chapitres sur les différents points de la contestation (masterisation, décret EC …).

Enseignement supérieur et recherche : quel jeu joue Valérie Pécresse ? (Rue89)

« J’aurai aimé être psychiatre ou actrice. » Cette phrase de Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, au Nouvel économiste en 2004 devrait prendre toute sa signification lorsque l’on se demande pourquoi ladite ministre s’applique tant à durcir le ton à l’encontre de la communauté universitaire. Quel jeu joue-t-elle face à cette communauté qui, depuis deux mois, a lancé un mouvement de protestation d’une ampleur telle, qu’il pourrait dépasser celui qui a impacté la même communauté en 1968. » lire la suite sur Rue89

Arrêt sur images n°67 : boycotter Le Monde ?

« La gazette d’@rrêt sur images, n° 67

Difficile, de se faire une opinion sur le conflit qui s’envenime entre certains enseignants-chercheurs en grève, et Le Monde. Ce conflit va maintenant, nous vous l’avons dit (1), jusqu’à un appel au boycot du journal. Cette arme-là, entre les mains des profs en grève, est-elle légitime ? Est-elle au contraire attentatoire à la liberté de la presse ? Et pourquoi Le Monde, et pas d’autres ? Comme nous étions partagés, nous avons invité deux enseignants (d’avis contraires) sur le plateau (Le Monde a décliné notre invitation). Nous avons débattu articles en main. Boycot ou pas, le cher vieux journal préféré des intellos n’en sort pas grandi. Bien sûr, un journal a le droit d’écrire ce qu’il veut, et heureusement. Encore faut-il séparer les faits et le commentaire. Le Monde, étrangement, a oublié cette règle d’or. Malheureusement pour lui, il est tombé sur des lecteurs particulièrement affûtés, qui avaient le bagage intellectuel nécessaire pour se défendre, et les dents pour mordre. Cela dit, nos deux invités sont partagés. L’un estime que les chercheurs ont perdu la bataille médiatique. L’autre pense le contraire. (…) Notre émission est ici (2). Son début est là (3). »

« Le triomphe de Sarkozy résulte d’une manipulation à grande échelle des imaginaires. »

Interview de Mona Chollet à lire dans Article XI.

Extraits :

« Ou situez-vous les origines de ce triomphe de l’imaginaire sarkozyste telle que vous le décrivez ?

Il faudrait être un historien pour répondre précisément à cette question. Mais c’était probablement en germe depuis l’après-guerre. A partir du moment où il y a eu un essor de la société de consommation et de l’audiovisuel, cet imaginaire a commencé à s’imposer. Et bien sûr, il a triomphé dans les années 1980, les années du fric-roi.
A ce sujet, il y a un texte de Pasolini qui m’a beaucoup marqué. C’est un texte sur la télévision publié dans les « Écrits Corsaires » : Pasolini en parle comme d’une espèce de bombe nucléaire culturelle. Pour lui, la télévision est une manière d’éradiquer complètement la culture propre des gens et de la remplacer par un imaginaire uniformisé et petit-bourgeois qui leur enlève toute estime d’eux-mêmes. C’est un texte très fort, surtout quand on pense à ce qui s’est passé ensuite en Italie avec Berlusconi. (…)

Comment s’impose cet imaginaire sarkozyste ?

Jusqu’à ce qu’il change un peu de stratégie, je pense que Sarkozy misait sur le fait que les gens s’identifiaient à lui, qu’il allait leur en mettre plein la vue. Qu’ils allaient rêver en contemplant sa vie à lui et oublier leur propre vie.
C’est aussi un discours très culpabilisant. Il y a une manière de dire : « Si je suis arrivé là où je suis, c’est uniquement grâce à mes propres efforts et mon travail ». Et donc : « Si vous n’y arrivez pas, c’est de votre faute. » Il y a chez Sarkozy une volonté de gommer tous les déterminants sociaux qui lui ont permis d’en arriver là ; c’est pourtant moins difficile de devenir président de la République si on vient de Neuilly que si on vient de Saint-Denis.
C’est la même chose avec ses ministres. Rachida Dati en est l’exemple parfait. En la nommant, l’idée était de donner l’impression d’une méritocratie parfaite, sans discriminations sociales ou culturelles. Le grand slogan étant « quand on veut on peut », ce qui est évidemment une escroquerie totale. C’est une manière de réduire au silence ceux qui auraient pu critiquer cette richesse insolente étalée par ailleurs. »