Appel du 18 Juin : école en danger

COMMUNIQUE DE PRESSE

APPEL DU 18 JUIN 2009 // COORDINATION NATIONALE ECOLE EN DANGER
Depuis de nombreux mois, des collectifs de parents et de salariés de l’éducation se mobilisent dans une cinquantaine de départements pour lutter contre les réformes Darcos et Pécresse. Quatre journées nationales d’action  ont notamment été organisées par Ecole en Danger (10 mars, 2 avril, 17 mai et 26 mai).
Le gouvernement, persistant à nier l’ampleur et la spécificité du mouvement de contestation, compte sur le mépris, la désinformation et la répression pour faire passer dès septembre 2009 un certain nombre de ses réformes.
La Coordination Nationale Ecole en Danger, réunie le 13 juin 2009 à Toulouse (31) pour sa 5° AG nationale,  appelle tous ceux qui souhaitent défendre un service public d’éducation de qualité pour tous à :
Ø      soutenir toute forme d’opposition au passage des évaluations CE1 et à la remontée des résultats ;
Ø      soutenir les enseignants sanctionnés et notamment Erwan REDON, enseignant désobéisseur des Bouches-du-Rhône menacé de licenciement  (grève dans certains départements le 23 juin, rassemblement national à Marseille le 7 juillet) http://www.soutienerwanredon.org/ ;
Ø      organiser toutes les actions permettant d’assurer la visibilité des collectifs Ecole en Danger cet été (logo Ecole en Danger dans les voitures ; Gilets jaunes avec logos sur le parcours du Tour de France ; distribution de tracts dans les festivals…)
Ø      organiser une opération gilets jaunes dès le jour de la rentrée (2 ou 3 septembre) afin d’alerter l’opinion publique sur la dangerosité des réformes mises en place (avec lancement d’une pétition nationale Ecole en Danger).

La prochaine assemblée générale nationale Ecole en Danger aura lieu fin septembre (date et lieu à préciser).

www.agnationale.org

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Adresse du 17 juin sur la masterisation des concours

Adresse du 17 juin 2009 // Mastérisation des concours
Les associations de langues, littératures et civilisations étrangères signataires de cette adresse  avaient demandé à participer aux travaux de la Commission Marois-Filâtre. Elles devaient être auditionnées ce jour, mercredi 17 juin, à 10h. Suite à la décision de la Conférence des  Présidents d’Universités (CPU) de suspendre sa participation à cette Commission, ce rendez-vous est reporté sine die.
Nous comprenons parfaitement les raisons qui ont conduit la CPU à prendre cette décision. Dès lors que le Ministère de l’Education Nationale refuse de revenir sur les dispositions des décrets relatifs au recrutement des enseignants, les consultations auxquelles devait procéder la Commission Marois-Fîlatre n’ont plus d’objet. Cette Commission avait le mérite d’offrir un cadre à la concertation entre les Ministères de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et les différents acteurs concernés.

Nous réaffirmons solennellement les principes suivants :
• La réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants est une question décisive pour l’avenir de notre pays. Elle ne peut faire l’économie d’une véritable réflexion et d’une concertation réelle, notamment avec les universitaires.
• La formation et le recrutement d’un enseignant comporte trois volets (formation dans la discipline, préparation du concours, formation professionnelle) dont le nécessaire équilibre est rompu par ce projet.
• Il est impératif de concevoir une articulation Master/ Concours/Formation professionnelle qui ne revienne pas à sacrifier la qualité de la formation universitaire.
• Dans nos disciplines, le recrutement des enseignants doit avoir lieu sur la base d’un programme scientifique défini au niveau national.
• La possibilité pour les étudiants spécialistes de langues vivantes de compléter leur formation grâce à un séjour de longue durée à l’étranger doit être préservée. Ces exigences – nullement exclusives d’autres sujets touchant à la formation professionnelle,
au financement des études, au statut des enseignants – ne sont toujours pas prises en compte dans l’élaboration des projets actuels.

Les associations de langues, littératures et civilisations étrangères expriment une nouvelle fois leur volonté d’être associées à une concertation sérieuse, préalable à toute réforme viable.

  • Geneviève CHAMPEAU, Société des Hispanistes Français (SHF)
  • Philippe COMTE, Association Française des Russisants (AFR)
  • Françoise LARTILLOT, Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur (AGES)
  • Christophe MILESCHI, Société des Italianistes de l’Enseignement Supérieur (SIES)
  • Jacques POTHIER, Association Française d’Études Américaines (AFEA)
  • Michel VIEILLARD-BARON, Société Française des Etudes Japonaises (SFEJ)
  • Jean VIVIES, Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES)

Sérénité retrouvée ou calme avant la tempête ??

(Tribune d’Isabelle Thiss Saint-Jean – SLR)

http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2813

La semaine où « La marche de tous les savoirs » rappelait la fierté qui est la nôtre d’exercer nos métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur et de porter nos valeurs malmenées par les réformes mises en œuvre depuis plusieurs années ici, le Premier Ministre François Fillon quant à lui affichait une tout autre « fierté » dans un meeting de l’UMP à Clermont-Ferrand : il se déclarait « fier » que son gouvernement ait été « capable de résister » au mouvement social dans les universités tout en tenant bon « sur l’essentiel ». « C’est la première fois en réalité depuis la réforme de l’université de 1984, affirmait-il, qu’un gouvernement est capable de résister à un mouvement social comme celui qui a perturbé l’université. (…) Nous n’avons pas résisté en faisant la sourde oreille, nous avons écouté, modifié nos textes, renégocié, mais nous avons tenu bon sur l’essentiel ». ici

Aussi, à bon entendeur salut : face à la « modernisation » en marche, rien ne sert d’essayer de s’opposer à la virile détermination de nos dirigeants ! Notre mouvement devait servir d’exemple.

Quoi qu’il en soit, tout irait donc pour le mieux et le silence qui entoure actuellement l’université et la recherche dans les medias ne serait que le signe du dialogue renoué par le gouvernement avec notre communauté, de la remise au travail dans la sérénité de cette dernière et d’un accord trouvé sur tous les points qui avaient soulevé la colère des universités et des laboratoires. Tous les malentendus seraient levés, les « fausses informations [qui] circulent sur les blogs » stoppées ici et nous aurions enfin retrouvé la raison qui, si l’on en croit Xavier Darcos (Le Monde, 19 mars 2009), nous avait un moment échappé.

Toutefois, comment dans ce cas expliquer les événements suivants ?

- Une réunion plénière du Comité national de la recherche scientifique (événement qui ne s’est produit que trois fois depuis la création de cette instance) a rassemblé quelques 500 membres du Comité national à Paris, le 10 juin 2009. Ces derniers ont voté plusieurs recommandations ici. Ils y rappellent leur attachement au CNRS, refusent son démantèlement, critiquent sévèrement l’AERES, son indépendance auto-proclamée, réclament des procédures d’évaluation respectant les principes fondamentaux de notre communauté, exigent un plan pluri-annuel de l’emploi, dénoncent la précarité croissante et refusent les chaires mixtes universités-organismes. Leur accord avec les réformes actuelles est tel … qu’ils appellent à poursuivre le moratoire des expertises ANR et AERES ! (pour le signer : ici

- Une nouvelle réunion des Directeurs d’unité est convoquée le 22 juin à Paris ici, faisant suite à celle du 14 mars, où ils avaient décidé de lancer une grève administrative et, si certaines conditions n’étaient pas remplies, de démissionner comme en 2004.

- La direction du CNRS – alors que deux textes essentiels sur l’avenir de l’organisme (qui risquent de déstructurer très profondément ce dernier) sont en discussion ici et ici – se trouve contrainte de délocaliser son prochain conseil d’administration à Genève, craignant probablement, soit qu’il soit bloqué comme en juin dernier, soit qu’il se tienne derrière des cars de CRS comme en novembre, soit enfin qu’il se termine par une occupation du siège par les personnels comme le 26 mars 2009 !

Drôle de paix en vérité donc dans les organismes de recherche… Aussi idyllique que celle qui règne dans les universités, même si les universitaires, conscients de leur responsabilité (et non pas sous la pression du ministère comme ce dernier a essayé de le faire croire à l’opinion publique de manière parfaitement cynique) ont choisi de faire passer dans la plupart des établissements les examens. En effet :

- l’Assemblée générale de la Conférence permanente du Conseil national des universités (CP-CNU) réunie le 8 juin 2009 a fait part de son refus d’évaluer les enseignants-chercheurs conformément au décret imposé par le gouvernement. Elle a voté une motion affirmant que : « Le CNU actuel n’a pas été élu avec le mandat de mettre en place l’évaluation des enseignants-chercheurs. Par ailleurs, il n’en a pas les moyens. Il exige que cette mise en place soit repoussée à la prochaine mandature. Il demande que la période transitoire soit mise à profit pour obtenir un consensus sur la finalité et les procédures d’évaluation et que celle-ci se situe plus dans la perspective de l’accompagnement de la carrière des enseignants-chercheurs que dans celle d’une évaluation sanction. » ici

- La Conférence des Présidents d’Universités (CPU), pourtant peu connue pour ses prises de position radicales, a annoncé le 10 juin qu’elle se retirait de la commission dite Marois/Filâtre sur la formation et le recrutement des enseignants dans des termes assez secs : « Prenant acte de ce que le Ministère de l’Education Nationale refuse de revenir sur les dispositions permanentes des décrets relatifs au recrutement des enseignants, et dans la mesure où ces dispositions permanentes anticipent le résultat des travaux de la commission Marois/Filâtre, le bureau de la CPU et le président Daniel Filâtre ont décidé de suspendre leur participation à cette commission de concertation et de suivi, conformément au vote émis par l’assemblée plénière du 28 mai 2009. » ici

- Les organisations syndicales de fonctionnaires (CFDT, CGT, FO, FSU, Solidaires et Unsa), face à la décision du ministère de l’éducation nationale, ont quant à elles décidé de ne pas siéger au Conseil Supérieur de la Fonction Publique d’Etat le 12 juin qui devait examiner les décrets sur la mastérisation des personnels enseignants et d’éducation, ici alors qu’elles avaient déjà boycotté une réunion fin mai (CTPN) et quitté une autre début juin.

Si à tout cela vous ajoutez les démissions faites par des universitaires et des personnels de la recherche de diverses responsabilité, la question qui se pose alors est la suivante. Vraiment, Monsieur le Premier Ministre, êtes-vous sûr que le calme soit revenu et que le silence assourdissant que l’on entend ne soit pas, soit celui qui précède une nouvelle tempête, soit celui d’une communauté profondémement écoeurée face aux réformes absurdes et mal préparées qu’on lui impose et face au refus de dialogue de nos dirigeants, maîtres dans l’art de la communication et du semblant de concertation.

CNRS, lettre à Bréchignac et Migus : CTP, CA, Geisser

Le Collectif Indépendance des Chercheurs
14 juin 2009

à Madame Catherine BRECHIGNAC, Présidente du CNRS
et à Monsieur Arnold MIGUS, Directeur Général du CNRS

Madame la Présidente et Monsieur le Directeur Général,
La diffusion tardive, il y a quelques jours, d’un projet de décret déjà très controversé sur l’organisation et le fonctionnement du CNRS avant la réunion du 18 juin du Comité Technique Paritaire ne laisse pas aux personnels le temps matériel de l’examiner en détail et d’en saisir toutes les conséquences. Après une première lecture, ce projet de décret apparaît comme une véritable liquidation si on compare avec les attributions et les prérogatives de la recherche fédérale aux Etats-Unis. Cette impression est aggravée par un projet de contrat d’objectifs au contenu budgétaire pour le moins incertain, et au contenu global contesté par la grande majorité des agents, soumis au Conseil d’Administration.
Nous vous demandons donc de bien vouloir rayer des ordres du jour des séances des 18 juin et 25 juin du Comité Technique Paritaire et du Conseil d’Administration (CA) les points concernant le projet de décret ainsi que le Contrat d’Objectifs. Il apparaît également que les conséquences du schéma stratégique adopté à la séance du Conseil d’Administration du 3 juillet 2008 dans une grande précipitation  ne correspondent pas aux attentes des agents. Le contenu du texte avait été transmis aux élus au juste avant la réunion du CA, et aucune publicité n’avait permis aux personnels de l’examiner en temps utile. Nous vous demandons de bien vouloir annuler l’actuel schéma stratégique et engager une véritable concertation.
Enfin, l’affaire du chercheur Vincent GEISSER nous laisse perplexes. Au vu des informations diffusées à ce jour, il ne nous apparaît pas que le recours à une procédure disciplinaire contre l’intéressé puisse être une réponse valable aux véritables questions que cette situation soulève. L’indépendance des chercheurs est essentielle aux missions de la recherche publique, et ne semble pas avoir été respectée. Nous vous demandons de bien vouloir : i) abandonner l’actuelle procédure disciplinaire ; ii) ordonner une enquête globale sur cette affaire et rendre publiques ses conclusions ; iii) engager dans la transparence une réflexion collective au sein du CNRS sur le rôle, les missions et les attributions du Fonctionnaire de Sécurité de Défense.

Nous vous prions de recevoir, Madame la Présidente et Monsieur le Directeur Général, l’expression de notre haute considération.

Le collectif « Indépendance des chercheurs ».

Jeudi 2 juillet 18h00 – Réunion Collectif Défense Université

Chers collègues,
Nous vous informons que certains membres du Collectif ont d’ores et deja  redigé un recours auprès du Conseil d’Etat contre le décret statutaire sur les enseignants-chercheurs : il sera déposé par le Collectif pour la Défense de l’Université au titre de groupement de fait, mais aussi par des universitaires, à titre personnel (afin d’en garantir la recevabilité).

Par ailleurs, comme convenu lors de notre dernière réunion, nous vous proposons de nous retrouver le jeudi 2 juillet à 18h00 au centre Panthéon, autour d’un verre amical, afin de faire un bilan de ces dernières semaines et de réfléchir aux statuts dont pourrait se doter le Collectif pour devenir une véritable association et poursuivre sa réflexion et son action de manière constructive, sur le long terme.

Le bureau du Collectif pour la Défense de l’Université

Quelle europe pour l’université ?

(Texte publié sur Médiapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-89)

Appel aux candidats, partis politiques, collectifs et citoyens pour que la campagne des élections européennes pose enfin la question de l’enseignement supérieur et de la recherche. Loin des bonnes intentions et lieux communs habituels, dix questions posées aux candidats par Sauvons l’université.

Aujourd’hui, nous, universitaires français, excédés par plusieurs mois de manipulations et par le processus de destruction des savoirs et de nos métiers, le mépris souverain de nos gouvernants pour la formation de citoyens éclairés et pensants, nous demandons aux candidats aux élections du Parlement européen du 7 juin de prendre clairement position contre le dévoiement des missions de l’université, dissimulé sous une novlangue managériale incompatible avec un véritable enseignement et une véritable recherche.

Dans le processus de Bologne, l’Europe s’est engagée à développer ce qu’elle a appelé «la société de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde», en réalité la seule «économie de la connaissance». Pour cela, l’Europe a choisi d’appliquer les techniques managériales de gestion et d’évaluation aux secteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, la «méthode ouverte de coordination» (MOC). Cette méthode confère un rôle primordial aux conseils intergouvernementaux, à la Commission européenne dans la définition des orientations et les processus de décision, mais en exclut le Parlement et la Cour de Justice. Est-il acceptable que de telles questions échappent à la représentation populaire européenne ?

L’application des techniques managériales à la gestion de toutes les structures d’enseignement et de recherche conduit ainsi à l’instrumentalisation de la notion de «connaissance» dans une perspective purement économiciste. Sous couvert d’harmonisation, elle tend à l’uniformisation des structures universitaires pour les mettre en concurrence, au détriment des formations. Fondée sur le benchmarking (la production infinie d’étalons jamais atteints de compétitivité), la politique mise en oeuvre asservit les gouvernements. Elle conduit à des analyses infondées et promeut des processus d’évaluation insensés.

La démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, l’idée même que nous nous faisons de la recherche sont aujourd’hui en conflit avec la construction d’un «marché européen de la recherche et de l’innovation». Nous ne pouvons laisser à l’idéologie du marché – qui détermine la refonte de l’enseignement supérieur et de la recherche au niveau européen – le soin de définir ce que sont l’accès démocratique au savoir, la transmission des connaissances et la recherche véritable. Nous le pouvons d’autant moins que cette idéologie a déjà montré ses effets destructeurs sur l’organisation, les conditions et la qualité du travail ainsi que la créativité.

La principale caractéristique des «réformes» adoptées, en France comme ailleurs, dans le cadre de ce «processus de Bologne» est de se faire sans, voire contre, la communauté universitaire. À cet égard, la situation française est une caricature d’imposition par le haut d’une transformation radicale jamais formulée pour ce qu’elle est, alors même que la méthode de coordination est dite «non contraignante».

Depuis le vote de la loi LRU trois mois tout juste après l’élection de Nicolas Sarkozy, l’université et l’enseignement voient grandir une contestation profonde des principes sur lesquels se fondent les «réformes» actuelles. Ces dernières, inaptes à résoudre les difficultés propres du système français, détruisent ses fondements : publique, laïque, démocratique, l’université française s’appuie sur une articulation forte entre enseignement et recherche, elle préserve un accès démocratique à l’enseignement supérieur à côté d’autres structures fortement élitistes. Nous rappelons l’engagement des pays membres à respecter les spécificités nationales dans le cadre du processus de Bologne : dans cette perspective, l’Europe ne doit pas servir à détruire les caractéristiques qui ont fait la force de l’université française.

Pour que les universitaires ne se détournent pas de la construction européenne, il faut que la politique européenne en matière d’enseignement et de recherche soit radicalement transformée. Il faut que la question même de l’enseignement supérieur, d’un accès démocratique de tous au savoir, revienne explicitement dans les objectifs politiques européens. En Europe comme en France, il est nécessaire de mettre fin aux manipulations sémantiques et aux faux-semblants. Plusieurs contre-vérités constituent en effet le socle de la politique européenne actuelle en matière d’enseignement supérieur et de recherche.

  • 1. La concurrence généralisée, meilleure que l’émulation académique ?

Il n’est pas vrai que la mise en concurrence des individus (étudiants, chercheurs, enseignants, personnels administratifs et techniques) et des établissements (universités, organismes publics de recherche, instituts) favorise l’augmentation des connaissances et crée le cercle vertueux d’un partage enrichissant chacun des partenaires.

Nous affirmons que la recherche est une activité collective qui suppose la collégialité et l’émulation, le partage des savoirs et la coopération internationale. L’émulation est un des moteurs de la recherche et de la création : elle permet un véritable travail en équipe et un partage fécond des connaissances. Elle est incompatible avec la concurrence, guerre de tous contre tous et entrave à une vraie circulation des savoirs.

  • 2. La précarisation, un mode de gestion efficace de la recherche ?

Il n’est pas vrai que les contrats précaires, opposés au statut stable de fonctionnaire, soient un levier d’amélioration de la recherche et de l’enseignement ; il n’est pas vrai que la précarité développe la «compétitivité» des individus dans le champ scientifique. Elle dévalue la diversité des compétences essentielles à la recherche dans tous ses aspects et à tous ses niveaux. Elle engendre soumission et conformisme scientifiques. Efficace? Elle a pour effet d’atomiser le monde de l’enseignement et de la recherche, de le rendre dépendant du bailleur de fonds, du donneur d’ordre et/ou de la tutelle bureaucratique.

Nous affirmons que la recherche libre nécessiteun emploi stable, seul garant de l’autonomie scientifique vis-à-vis de toutes les tutelles, qu’elles soient académiques, politiques, économiques ou bureaucratiques.Nous affirmons que l’Europe doit encourager les États à favoriser la recherche et l’enseignement supérieur par des plans nationaux pluriannuels de postes statutaires.

  • 3. Évaluer pour sanctionner ?

Il n’est pas vrai que l’évaluation soit une opération mathématique relevant de l’objectivité scientifique et de la neutralité technique. Les critères qu’elle utilise ne sont jamais universels. En une vingtaine d’années, elle a cessé d’être conçue comme nécessairement collégiale, prospective, comparative pour devenir un outil de gestion budgétaire ainsi qu’un instrument anonyme de sanction financière et morale des individus et des structures.

Nous affirmons que l’évaluation peut être le moyen de construire sa place dans le champ scientifique, à condition que cette évaluation soit plurielle,contradictoire et qualitative.Elle n’a de sens que si elle permet de soutenir les efforts de recherche et d’enseignement, ainsi que l’émulation, non d’instaurer et de faire fonctionner la concurrence en encourageant notamment une vaine course à la publication.

  • 4. Employabilité ou formation ?

Il n’est pas vrai que la professionnalisation des études soit l’instrument d’une insertion professionnelle durable et de qualité, pas plus que l’allongement des études n’est automatiquement synonyme d’amélioration de la formation. Une professionnalisation étroite risque au contraire de limiter les possibilités d’adaptation de chacun aux transformations futures.

Nous affirmons que la question de la professionnalisation est posée aux universités par l’existence d’un chômage structurel et la massification des étudiants depuis quarante ans. Nous affirmons qu’elle n’est actuellement pensée qu’en termes d’employabilité à court terme au détriment d’une réflexion sur ce qu’est une formation véritable.

  • 5. Le Classement de Shanghai, veau d’or de l’Europe de la connaissance?

Il n’est pas vrai que le classement de Shanghai soit un indice exact de la valeur des enseignements et de la recherche proposés dans les universités. Le regroupement et l’augmentation de la taille de certaines universités françaises les feront mécaniquement remonter dans ce classement, mais ils ne signifieront pas pour autant amélioration de la formation et de la recherche dans ces établissements.

Nous rappelons en revanche que si les communicants voulaient utiliser honnêtement ce classement pour évaluer la «performance» des universités et de la recherche françaises, ils devraient rappeler que la France se place au 6e rang mondial, alors que la part du PIB consacrée à l’enseignement supérieur et à la recherche la classe 18e des pays de l’OCDE.

Nous affirmons que seuls les ignorants croient encore à la pertinence du classement de Shanghai, inapte à rendre compte de la manière dont l’université accomplit ses missions.

  • 6. L’autonomie, nouveau paradis académique ?

Il n’est pas vrai que l’«autonomie» des universités octroyée par la loi LRU leur donne une indépendance scientifique, pédagogique et financière.Elle ne leur attribue qu’une responsabilité de gestion, sous contrôle renforcé de leur ministère de tutelle. Elle leur confère la tâche de gérer l’ensemble du budget de l’université. Elle fait de la masse salariale la principale variable d’ajustement de cette gestion: c’est donc sur le potentiel humain que se feront nécessairement les économies budgétaires des universités passées aux «compétences élargies».

Nous affirmons que la seule autonomie digne de ce nom est l’autonomie scientifique. Celle-ci repose pour les enseignants-chercheurs et les chercheurs sur la stabilité d’un statut national, pour les établissements sur le renforcement des compétences des organes universitaires scientifiques, et leur capacité à orienter les choix de l’université. Rappelons qu’à l’inverse, la loi LRU prive les conseils scientifiques de toute véritable capacité d’intervention dans la politique de l’université.

  • 7. La «gouvernance» et le «pilotage », nouveaux arts de gouverner ?

Il n’est pas vrai que le «pilotage» nouveau de la recherche et de l’enseignement supérieur favorise la rationalisation, l’efficacité et la transparence des directions que la notion de gouvernance prétend promouvoir au niveau national et au niveau européen. Au contraire, il promeut un modèle autoritaire de la direction des structures de recherche et des universités. La notion de «gouvernance» procède d’un discours managérial de la direction qui n’a rien à voir avec l’art de gouverner.

Nous affirmons que la collégialité est un des instruments essentiels de l’organisation et de la politique des universités ; elle devrait l’être pour les organismes. Nous affirmons que seule la représentation, fondée sur le vote, garantit la légitimité des personnels de direction, à quelque niveau que ce soit. La nomination ne garantit que l’autoritarisme de ceux qui sont en position décisionnaire, elle biaise et fragilise leurs choix administratifs et scientifiques, elle entretient le clientélisme et favorise le conformisme de la recherche et des carrières.

  • 8. Le financement sur projet, pierre philosophale de la recherche moderne ?

Il n’est pas vrai que le financement sur projet et par objectif garantisse la qualité de la science.Le financement sur projet accentue la mainmise du pouvoir économique et politique sur la recherche ; il favorise les grosses équipes, le gonflement artificiel des budgets et le développement technologique, sans permettre pour autant la critique des connaissances scientifiques.

Nous affirmons que toute recherche de qualité nécessite des structures stables, dotées de fonds pérennes et suffisants. Seule la stabilité permet de «faire de la recherche», impliquant prise de risque, adaptabilité aux résultats, persévérance, bifurcations et découvertes véritablement innovantes, non inscrites dans les projets préalables.

  • 9. Simplification ou multiplication des structures bureaucratiques ?

Il n’est pas vrai que nous allions vers une simplification des modes du fonctionnement de la recherche, créant des économies au niveau national comme au niveau européen.La multiplicité croissante des structures de financement actuel de la recherche, notamment au travers d’innombrables agences, produit opacité, stérilité et bureaucratie. Elle implique une dépense de temps, d’énergie et de moyens considérable: un véritable gaspillage scientifique, humain et financier.

Nous affirmons que la pluralité des structures de recherche et d’enseignement constitue une garantie de leur indépendance politique et de leur qualité. Cette pluralité doit être protégée par les Etats et encouragée par l’Europe. Nous affirmons qu’elle est la véritable justification, le véritable intérêt de la circulation des étudiants, des enseignants et des chercheurs entre les pays de l’Union.

  • 10. L’endettement à vie, un avenir radieux pour les étudiants ?

Il n’est pas vrai que le recours massif au prêt étudiant permette d’augmenter les dotations des universités, ni qu’il soit socialement équitable. Les exemples anglo-saxons montrent qu’il accroît la sélection sociale et n’est qu’une façon pour l’Etat de faire payer aux étudiants et à leurs familles son propre désengagement.

Nous affirmons que l’université est un service public et qu’à ce titre, l’Etat doit en garantir le financement et l’accès pour le plus grand nombre.

«Il n’y a pas d’alternative», vraiment ?

Ces questions sont fondamentales. Nous sommes face à un choix de société. Il n’est pas vrai que la politique européenne de recherche et d’enseignement soit un processus irréversible, ni que la destruction des services publics de l’enseignement supérieur et de la recherche soient obligatoires et inéluctables.

L’université et la recherche deviendront-elles les instruments normalisés, atomisés, précarisés, garrottés de l’économie globale ? La volonté politique existe-t-elle de confirmer l’université et la recherche dans leur fonction de formation des hommes et des savoirs, dans leur mission de transmission et de création ?

Les représentants élus des pays de l’Union ont une responsabilité devant l’histoire de ce continent. Nous refusons que Bologne, nom d’une des plus anciennes et prestigieuses universités d’Europe, soit à l’avenir associé à une entreprise de destruction de la connaissance. La stratégie de Lisbonne doit être renégociée en 2010 : l’occasion à ne pas manquer d’en modifier radicalement les orientations.

Sauvons l’Université !

Le mouvement dans les universités, enterré un peu vite.

Le mouvement dans les universités, enterré un peu vite. Communiqué de SLU, 25 mai 2009

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2634

Ce n’est qu’un début, le combat continue. L’affirmation peut surprendre. Slogan de jadis ? Acharnement thérapeutique désespéré pour redonner vie à un mouvement qui, paraît-il, se conjuguerait désormais au passé ? Pas du tout : ce qui s’est passé depuis six mois ne saurait être rayé d’un trait de plume – tout simplement parce que nous n’avons pas obtenu ce que nous demandions. Quoi qu’il arrive, les universités françaises dans leur majorité ont montré qu’elles n’étaient pas prêtes à accepter de façon passive les réformes préparées hâtivement que nos gouvernants entendent leur imposer au nom d’une prétendue « modernité » qui ne consiste qu’à appliquer partout des recettes toutes faites empruntées au monde de l’économie. La loi LRU s’est vue délégitimée par ses mesures d’accompagnement et cela ne saurait être oublié. Tout le monde sait bien aussi que nous avons lutté non pour notre intérêt particulier ou notre feuille de paye, mais pour l’avenir de l’éducation et de la recherche dans ce pays. Face à cela, nous n’avons rencontré que l’insulte et le mépris. S’ agit-il véritablement d’une victoire pour le gouvernement ?

Certes c’est un fait que, presque partout, les universitaires entreprennent de faire passer des examens de fin d’année, dans des conditions le plus possible satisfaisantes pour tous. Mais aucune des raisons pour lesquelles ils le font ne signifie, comme le prétend le gouvernement suivi par de nombreux médias, que le combat engagé il y a plusieurs mois serait terminé et encore moins que les motifs pour lesquels il a été juste de l’engager seraient devenus moins pertinents. Ils le font parce qu’ils y sont contraints par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a fait le choix de durcir la confrontation avec la communauté universitaire pour des raisons n’ayant que peu à voir avec le bon fonctionnement des universités françaises. Ils le font parce qu’ils se sentent responsables de l’avenir de leurs étudiants, qu’ils se sont engagés à ce qu’aucun d’entre eux n’ait à pâtir du mouvement en cours et qu’ils entendent tenir parole (ils ne sont pas ministres…). Ils le font, enfin, parce qu’il n’était pas question de tomber dans le piège des examens qui avait été préparé avec un cynisme qui n’a eu d’égale que l’incapacité à ouvrir un dialogue avec la communauté universitaire depuis quatre mois.

Nous venons ici de faire l’expérience de la brutalité d’une pratique napoléonienne du pouvoir universitaire qui répond par l’envoi des forces de l’ordre et l’utilisation des recteurs comme des préfets en mission à des revendications avancées depuis janvier dernier avec une clarté, une inventivité et une sérénité reconnues de tous. On se croit revenu avant 1968, cette date symbolique que les actuels gouvernants aspirent à effacer des mémoires.

Face à cette volonté gouvernementale de faire taire toute opposition par la force et la contrainte, nous ne pouvons que réaffirmer nos revendications et, surtout, répéter avec autant de calme que de détermination que nous ne renoncerons pas. Serions-nous tentés de le faire que la pratique quotidienne du pouvoir dans les ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche nous engagerait vite à revenir à la raison. Nous n’en voudrons qu’un exemple.

Au mois de décembre dernier, le président de la république avait déclaré – dit-on – qu’il était nécessaire de pratiquer la concertation à une condition : ne tenir aucun compte des avis des personnes qui se prêtaient à ce jeu-là. Nous en avions eu des illustrations manifestes en quatre mois de conflit mais ce qui vient de se passer ces derniers jours dépasse l’imagination la plus débridée. Pour illustrer leur volonté de dialogue sur le dossier de la formation et du recrutement des enseignants du premier et du second degré, les ministres concernés avaient annoncé, non sans quelque contradiction d’ailleurs, qu’étaient mis en place d’un côté une série de « groupes de travail » avec les syndicats représentatifs mais aussi, de l’autre côté, pour faire bonne mesure, une commission co-présidée par un président d’université et un recteur. Bien sûr, le calendrier imposé était une nouvelle fois à la hauteur de la précipitation et de l’agitation qui règnent dans notre pays depuis deux ans puisque tous les travaux devaient être conclus d’ici au 15 juillet ; bien sûr, on ne comprenait pas très bien quelles étaient les missions et les prérogatives respectives de la fameuse commission et desdits groupes de travail ; mais enfin cela ressemblait encore à un ersatz de négociation pour quiconque voulait bien y croire.

Las, depuis quelques jours les choses sont claires y compris pour celles et ceux qui prêtaient encore quelque crédit à la volonté d’écoute des ministres concernés. Alors que les groupes de travail n’ont pas encore achevé leurs réunions et que la commission programmée n’a pas encore été mise en place, sont rendus publics, soumis aux comités techniques paritaires consultatifs et annoncés pour passage au conseil d’Etat les textes des projets de décrets mettant en place l’année transitoire et faisant passer en force la logique de la « mastérisation » ministérielle de la formation et des concours d’enseignants dont on avait annoncé que sa mise en place était reculée d’un an pour permettre de consulter sérieusement (enfin !) celles et ceux qui devraient la mettre en oeuvre. Une nouvelle preuve est ainsi donnée de la façon dont le gouvernement en place conçoit le dialogue avec la communauté universitaire et l’autonomie qu’il lui a octroyée. Il est à peu près aussi ridicule de considérer que l’université selon le modèle de la loi LRU est autonome que de prétendre que certains pays sont régis par une république simplement parce qu’ils élisent au suffrage universel un chef d’Etat ou de gouvernement.

Cette autonomie de gestion sous surveillance rectorale a montré ces dernières semaines son vrai visage. Personne ne saurait désormais l’oublier. Ce sont la confiance aveugle des universitaires, leur passivité à l’égard des politiques ministérielles qu’on leur imposait qui appartiennent au passé, et non le mouvement qui a su déchiffrer les effets néfastes de la Loi LRU, des décrets qui l’ont suivie, les manipulations et les mensonges qui ont répondu à quatre mois d’engagement et de réflexions. Il faudra bien un jour l’admettre, quelle que soit la situation des examens dans l’université française au mois de mai 2009 : les universitaires se sont ressaisis de leur mission intellectuelle. Ce n’est pas là une position de droite ou de gauche, simplement une lecture des faits qui se veut politique, c’est-à-dire au service des citoyens.

25 mai 2009