Textes et motions de la 10ème CNU

Veuillez trouver ci-dessous l’ensemble des textes votés aujourd’hui’hui, 13 mai 2009, par la 10e Coordination Nationale des Universités.

*Communiqué à la presse de la 10ème Coordination nationale des Universités*
• Alors que Valérie Pecresse et Xavier Darcos continuent en vain à chercher les signes d’un affaiblissement du mouvement dans les universités, la prise de position des 7 présidents d’université signataires de la lettre parue dans *Le Monde* ce jour fait voler en éclat le mensonge de la communication gouvernementale. Ces 7 présidents d’université prennent acte de la situation inouïe dans laquelle se trouvent les universités françaises en demandant un moratoire sur toutes les réformes en cours.
• Cependant, aujourd’hui 13 mai 2009, la 10ème CNU réaffirme pour sa part la position qu’elle défend depuis le début du mouvement, et qui est plus que jamais d’actualité : le retrait pur et simple, nécessaire pour rétablir les conditions d’un dialogue aujourd’hui totalement rompu entre la communauté universitaire et le gouvernement.

*MOTIONS DE LA 10ème COORDINATION NATIONALE DES UNIVERSITES*
*13 mai 2009, Marne-la-Vallée*

*Motion 1 : Déclaration politique de la 10e Coordination Nationale des Universités*

1. Les 250 délégués représentant 57 établissements réunis le 13 mai 2009 à l’université de Marne-La-Vallée pour la dixième réunion de la Coordination Nationale des Universités restent mobilisés et déterminés, comme l’ensemble de la communauté qu’ils représentent, à poursuivre le mouvement de contestation contre le démantèlement systématique du service public et laïc de l’enseignement supérieur et de la recherche. Après plus de trois mois de lutte, notre colère et notre volonté de mettre un coup d’arrêt aux attaques dont nous sommes la cible restent intactes.
La CNU a bien pris conscience que toutes les attaques portées contre l’Université et la Recherche sont le fait d’une politique plus générale impulsée par l’Union Européenne à travers le processus de Bologne et en s’appuyant sur les recommandations de l’OCDE ; elle engage tous les secteurs à lutter contre ces politiques visant à détruire les services publics.

2. Le gouvernement a toujours répondu à nos revendications par une volonté de briser notre mouvement de contestation. Après les mensonges, le mépris et les provocations, les manœuvres gouvernementales des dernières semaines se sont faites plus intenses et plus violentes : d’une part en orchestrant une campagne de diffamation et d’autre part en criminalisant notre lutte par des propositions de lois iniques remettant en cause le droit de grève. Face à un gouvernement qui ne veut décidément pas nous entendre, la Coordination Nationale des Universités réaffirme qu’en l’absence de tout dialogue et alors que ne sont organisés que des simulacres de négociations, ni la répression, ni la désinformation, ni les vacances ne feront cesser un mouvement de grève sans précédent dans les universités et la recherche françaises.

3. De ce fait, nos revendications restent inchangées car elles sont, plus encore que légitimes,  nécessaires à la sauvegarde de l’éducation, de la recherche et des valeurs démocratiques, laïques et de service public que nous défendons. C’est pourquoi plus que jamais nous demandons l’abrogation de la LRU et du Pacte pour la Recherche, le retrait des décrets relatifs au statut des enseignants chercheurs, à la masterisation et au contrat doctoral unique, mais également la mise en place d’un plan pluriannuel d’emplois de titulaires, la sauvegarde du statut des personnels BIATOSS et ITA (pas de salaire en dessous de 1500€ nets, titularisation des contrats précaires, arrêt de l’externalisation et réintégration des services externalisés en emplois statutaires au sein des universités). La CNU se prononce contre l’augmentation des frais d’inscription.**

4. Les attaques que nous subissons ne sont pas isolées car c’est l’ensemble des services publics et de ses missions qui sont gravement attaqués et menacés. De la maternelle à l’université, dans la recherche, à l’hôpital, l’énergie, la poste etc. le gouvernement ne propose que le projet d’une société de profits, fondée sur la concurrence entre les individus, qui ne garantit plus les conditions d’un accès égal à l’éducation, la santé, etc. qui creuse les inégalités et aggrave la précarité. Elle condamne le projet de loi de mobilité dans la fonction publique, qui est emblématique de cette politique.* *

La Coordination Nationale des Universités, après la convergence réussie le 28 avril, appelle à renouveler cette initiative et à manifester massivement le 14 mai aux côtés du secteur de la Santé. Face à ce faisceau cohérent de contre-réformes, nous devons favoriser l’unité des luttes à tous les niveaux et continuer à défendre avec obstination toutes nos revendications.
La CNU condamne enfin les accords entre l’Etat français et le Vatican qui menacent le principe de laïcité et le monopole d’Etat de la collation des grades.
Elle appelle à faire du 26 mai une journée nationale interprofessionnelle de grève et de manifestation.

Motion 2 : Validation du semestre : les étudiants ne paieront pas la note laissée par deux ministres irresponsables !
La Coordination Nationale des Universités constate que, contrairement aux allégations de Valérie Pécresse, les examens ne peuvent tout simplement pas avoir lieu dans de très nombreuses universités de France. Il s’agit là d’un constat : alors que le semestre est terminé ou en passe de l’être, plusieurs centaines de milliers d’étudiants n’ont assisté à aucun cours, des centaines
de milliers d’autres ont vu leur semestre fortement amputé, du fait de l’attentisme gouvernemental. Un examen ne se décrète pas : il constitue l’évaluation d’un enseignement effectivement réalisé. Comment évaluer des étudiants qui n’ont pas reçu le moindre cours ? Quelle triste comédie Valérie Pécresse veut-elle faire jouer aux étudiants et à leurs enseignants ?
La CNU dénonce la responsabilité écrasante de Valérie Pécresse et de Xavier Darcos dans cet immense gâchis. Le gouvernement a d’abord tablé sur des annonces lénifiantes, puis sur les vacances de printemps et sur la fin de l’année universitaire pour tenter de rendre invisible la contestation pourtant unanime de sa politique. Il a refusé d’entendre les revendications et de discuter avec la communauté universitaire, rassemblée contre ses projets de destruction du service public de l’éducation et de la recherche. Il n’a pas fait la moindre proposition pour améliorer, ou au moins pour préserver, les conditions de vie des étudiants en cette période de récession. Il a choisi le passage en force pendant les vacances de printemps pour imposer brutalement les décrets pourtant rejetés massivement
Valérie Pécresse a utilisé les examens comme une arme, en faisant prendre un risque maximum aux étudiants. Maintenant que les résultats de cette politique du pire apparaissent au grand jour, elle feint de s’inquiéter de l’incendie qu’elle a elle-même allumé puis entretenu. Ses seules armes sont la menace, la répression, la stigmatisation des enseignants, des personnels
et des étudiants qui refusent les parodies d’examen.

Le monde universitaire ne tombera pas dans le piège de Valérie Pécresse : il refuse que les diplômes soient bradés lors de simulacres d’examens, mais il refuse aussi que les étudiants payent la note de la politique ministérielle.
La CNU déplore que, depuis plus de quatorze semaines, la ministre ne se soit pas inquiétée de la non-tenue des enseignements et de la non-transmission des connaissances. La CNU prend acte que dans de nombreux établissements, il est strictement impossible de respecter pour les examens les cadres posés par le code de l’éducation (article L613-1) et les modalités de contrôle des connaissances prévues dans les différentes maquettes de diplôme. C’est pourquoi la CNU réitère son appel à ne pas tenir
les examens. Elle appelle donc à ce que le semestre soit validé selon des modes adaptés au mieux aux situations locales ; elle soutient toutes les solutions susceptibles de protéger l’avenir des étudiants et de leur permettre la poursuite de leurs études, y compris la neutralisation du semestre et la validation universelle. En conséquence, la Coordination nationale des universités exprime son soutien plein et entier à tous les personnels Biatoss qui refuseront d’organiser les examens.

Face à un gouvernement pyromane, provocateur et irresponsable, la communauté universitaire assume ses responsabilités. Responsabilité historique face aux attaques d’une brutalité  inédite contre l’université ; responsabilité pédagogique vis à vis des étudiants. La Coordination Nationale des Universités refuse d’abdiquer l’une ou l’autre de ces deux responsabilités :
la communauté universitaire ne cédera pas à la politique de casse du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche ; elle ne s’associera pas à la pénalisation des étudiants organisée par le ministère mais continuera à se battre pour de meilleures conditions d’étude pour tous et l’excellence démocratique de la transmission des connaissances.

Motion 3 : Du conclave Marois-Filâtre aux caves du Vatican
Fermement opposés à la marche progressive mais assurée vers la fin de la fonction publique d’Etat dans l’Education Nationale, nous demandons, une fois encore, solennellement aux ministres que :
–         soit retiré le projet de réforme de la formation et du recrutement des enseignants du premier et du second degré
–         soit reconduit dans son intégralité le dispositif actuel pour l’année 2009-2010, y compris la titularisation sans exigence de Master
–         soit abrogé le décret sur l’accord France-Vatican du 16 avril 2009

Nous demandons tout aussi solennellement aux directions des syndicats de l’Education nationale et des syndicats étudiants de cesser de participer aux groupes de travail de la commission Marois-Filâtre tant que ces trois conditions ne seront pas remplies.

Motion 4 : « Refusons les entretiens professionnels »
Le décret 2007-1365 (NOR :BCFF0761150D) concernant les fonctionnaires d’Etat établit les bases d’un « entretien professionnel » et son lien avec les choix d’avancement et de promotion décidés par l’administration. L’évaluation devient l’élément central de la carrière de l’agent et la partie variable de sa rémunération (les primes) sera exclusivement liée à cette évaluation.
La 10e CNU réunie le 13 mai 2009 refuse la mise en place des entretiens professionnels au sein des établissements d’enseignement supérieur et de recherche et le retrait de ce décret. Elle soutient les personnels BIATOSS/ITA qui refusent que leurs rémunérations et perspectives de carrière soient tributaires d’un entretien d’évaluation arbitraire. Elle appelle l’ensemble de la communauté universitaire (enseignants-chercheurs, chercheurs, étudiants/es, BIATOSS/ITA à s’emparer de cette revendication et à mener toute action propre à empêcher la tenue des entretiens. Elle souhaite l’extension de cette revendication à toutes les fonctions publiques pour aboutir à l’abrogation de ce dispositif législatif d’évaluation.

Par ailleurs, la CNU réaffirme son soutien à la plateforme des revendications de la coordination nationale des BIATOSS/ITA.

* *
ACTIONS PROPOSEES PAR LA 10e CNU
* *
• Pétitions et motions
–         Motions (des comités de selection, des sections du CNU… ; appel à faire voter par les CA de toutes les universités des motions stipulant que la modulation des services ne sera pas mise en place non plus que les entretiens professionnels pour les personnels Biatoss).
• Elections européennes
–         Appel à s’emparer par différentes formes du contexte des élections européennes (signer la lettre ouverte aux formations politiques, débats avec les candidats…)
• Grève et obstruction administratives :
–    Blocage des notes de tous les concours CRPE
–    démission des responsabilités administrative, rétention des notes du premier et du second semestre et non-tenue des jurys, refus de surveiller les épreuves d’examen
–    adresse aux CEVU pour qu’ils refusent de faire remonter les plans quadriennaux et aux CA pour qu’ils refusent le passage aux compétences élargies
–         Boycott des jurys du bac
–         Refus des heures complémentaires à la rentrée
–         Dépôt de recours gracieux contre les décrets parus
• Actions tournées vers le grand public
–         Universités d’été
–    Campagne de tractage et d’affichage de la CNU
–         Mise en place de dispositifs d’accueil et d’information pour les nouveaux étudiants à la rentrée
–         Marathon des cours.

• Appels divers
–    Ronde intempestive
–    Meeting unitaire à la Sorbonne pour demander aux huit organisations syndicales de porter nos revendications
–    Refus de mentionner le nom de son université dans les publications scientifiques

*CALENDRIER*

Jeudi 14 mai : journée nationale Education-Hôpitaux : 3 rendez-vous sur Paris
–         11h30 Montparnasse (tractage)
–         12h : Ronde intempestive à la BNF
–         14h RDV Jussieu – Manifestation Enseignement Supérieur / Recherche (trajet vers Sèvres-Babylone)

samedi 16 mai :
– printemps des luttes à Stalingrad (Paris) de 11h à 16h
– Ronde des Obstinés : RDV à 17h dans la Cour carrée du Louvre pour parler de la Ronde à partir du 1er juin
– Ronde des Obstinés s’invite à la Nuit des Musées : RDV 19h autour de la Pyramide du Louvre.
– Coordination nationale des Biatoss (Nanterre, 9h)

18-19 mai : *« G7 des Universités » (contre-sommet du G 8 à Turin) : délégation mandatée par la CNU**

mercredi 20 mai *: journée d’actions locales avec actions « surprises »**

21-24 mai : *Marche des obstinés de Chartres à Paris**

mardi 26 mai :
– Appel à la grève interprofessionnelle. Manifestation (départ spécifique pour l’Université et la Recherche)
– Marche sonore pour la défense de l’Ecole (Paris). Depart à 18h dans les arrondissements ; convergence à 20h place de Stalingrad.

Lundi 1er juin : Ultimatum de la Ronde infinie des obstinées. 7 jours et 7 nuits de Ronde, jusqu’aux élections européennes.

Mercredi 3 juin : 11e CNU à Paris 13.

4 juin : Marche de tous les savoirs (Paris et province)

(Voir aussi les vidéos de la 10ème CNU :http://sorbonneengreve.revolublog.com/article-74902-465901-rue89-en-direct-de-la-xeme-cnu.html)

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6 présidents d’université en appellent au chef de l’état.

Monsieur le président de la République,

Si nous nous permettons de nous adresser à vous maintenant, c’est que la situation dans les universités est grave.

Quelle que soit la façon dont on vous présente les choses, aussi bien officiellement que dans les médias, la confusion règne : on vous dit à la fois qu’il ne se passe rien de considérable et que tout rentre dans l’ordre, et en même temps que l’année risque d’être perdue dans des troubles et des désordres intolérables. C’est là un tableau pour le moins contradictoire.

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La réalité est certes contrastée. Mais, dans certains établissements et dans certaines filières, il n’est pas sûr que les examens puissent se tenir dans des conditions correctes ni même simplement se tenir. Et la solution du décalage au début de l’été pas davantage le basculement en septembre ne constituent la moindre solution à ce type de problème. Il y a risque réel de non-validation du semestre, donc de l’année, ce qui est aussi catastrophique pour les étudiants qu’ingérable pour nos administrations – sauf à laisser les universités éventuellement concernées inventer, dans le cadre de leur autonomie, des modes de règlement du problème indépendants des contrôles strictement bureaucratiques des tutelles : à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

Quel est l’état d’esprit des acteurs de la communauté universitaire ? On peut le présenter sous deux aspects. L’un d’eux, que vous avez sans doute perçu dès le début de la crise, c’est l’opposition et la colère de la quasi-unanimité des parties prenantes (sociétés savantes, organes décisionnels professionnels de l’enseignement supérieur, structures académiques, syndicats de tous bords…) vis-à-vis des deux grands chantiers que vos ministères ont ouverts : la réforme des statuts des enseignants-chercheurs et l’ensemble du dispositif de la formation et du recrutement des professeurs des écoles et des lycées et collèges. Une telle union n’avait jamais été vue.

Le second aspect est davantage et durablement porteur de tensions. Comme le traitement du premier point reste ambigu, subsiste une impression diffuse et tenace d’une volonté ministérielle de passer systématiquement outre les avis de la communauté universitaire. Pour parler clair, beaucoup n’ont plus confiance.

Pourtant, toutes les raisons ont été largement, clairement et publiquement expliquées qui entraînent à voir dans les mesures prises un ensemble de réformes sans grand impact positif, voire aggravantes, menées dans la précipitation et sans réelle consultation d’une communauté universitaire habituée à la collégialité dans la prise de décisions et encouragée depuis des années dans l’idée et la pratique qu’elle doit s’investir dans le gouvernement de l’enseignement supérieur et de la recherche.

La sagesse consiste évidemment à décider un moratoire, de manière à favoriser une réflexion réelle, et collective, sur cette question qui déborde amplement le milieu universitaire, et qui touche, justement parce que nous sommes une démocratie, tous les enfants de toutes les familles du pays.

Or que constatons-nous ? Il n’y a ni suspension ni moratoire – mais une série de mesures, d’indications, de commissions, de projets, d’annonces, qui conduisent à faire entériner des dispositifs confus, peu lisibles et globalement nocifs. D’où un sentiment général d’amertume, de colère, de rancoeur, voire de désespoir, qui aboutit à un mélange de consternation et de radicalisation avec le risque de comportements de plus en plus incontrôlables. C’est miracle que l’on en ait jusqu’à maintenant limité la propagation.

Qu’en sera-t-il quand on sera conduit à envisager que, par suite de l’obstination ministérielle ou d’une démarche excessivement tatillonne de l’administration des tutelles, des milliers d’étudiants puissent perdre leur année ? La démarche actuelle génère, dans le milieu de la culture, de la recherche et de l’enseignement, très attaqué et moqué ces temps-ci, un malaise profond, durable, et aux effets lointains, très peu susceptible de donner de l’attractivité à notre enseignement supérieur et à notre recherche.

Il faut donc, vite, des gestes d’apaisement vigoureux, radicaux et clairs, que vous seul, Monsieur le président de la République, pouvez accomplir avec éclat et avec sagesse. C’est la confiance qu’exprime de la sorte notre profond respect.

Par

  • Pascal Binczak, président de l’université Vincennes-Saint-Denis (Paris-VIII),
  • Lise Dumasy, présidente de l’université Stendhal (Grenoble-III),
  • Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry (Montpellier-III),
  • Bernadette Madeuf, présidente de l’université Paris-Ouest (Paris-X),
  • Georges Molinié, président de l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV),
  • et Philippe Rollet, président de l’université Lille-I, sciences et technologies.

A lire en ligne sur le site du Monde : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/05/13/sept-presidents-d-universite-en-appellent-au-chef-de-l-etat_1192503_3232.html

Nouveau recul de Darcos sur la masterisation

« Les reçus aux concours de recrutement des enseignants en 2010 seront, l’année suivante, payés comme fonctionnaires stagiaires. Et titularisés ensuite sans avoir besoin de valider un master-2. Il cède ainsi à l’une des revendications des manifestants, il a annoncé aujourd’hui lors d’une réunion du groupe de travail sur la mastérisation avec les syndicats. »

Lire la suite ainsi que le communiqué du SNESUP sur le blog de Sylvestre Huet.

« Et d’ailleurs, au fond, que veulent-ils ? Encore deux ans de palabres… » Valérie Pécresse en « off ».

source : http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article2520

« Et d’ailleurs, au fond, que veulent-ils ? Encore deux ans de palabres… » Ou comment Valérie Pécresse évita de voir à Berkeley ce qu’il aurait été utile qu’elle contemplât – Déborah Blocker, Département d’études françaises, Université de Californie, Berkeley, 2 mai 2009

[NB : Seule cette version de ce texte a été validée par l’auteure]

Alors que les universités françaises poursuivent actuellement une grève qui, pour certaines d’entre elles, dure depuis près de quatre mois, leur ministre de tutelle, dont les projets de réforme sont causes de ce mécontentement général, a jugé opportun de faire une visite-éclair dans les universités californiennes. Le 16 et 17 avril 2009 – c’est-à-dire quelques jours seulement avant de faire adopter, lors du conseil des ministres du 22 avril, son décret sur le réforme du statut des enseignants chercheurs français – Valérie Pécresse a ainsi visité le campus de l’Université de Californie, Berkeley, puis celui de l’Université de Stanford, au sud de San Francisco. Elle y a été reçue par les plus hauts administrateurs des lieux, est entrée en coup de vent dans quelques laboratoires, et a même rencontré une poignée de chercheurs et d’étudiants. C’était, de son propre aveu, la première fois qu’elle mettait les pieds dans une université américaine.

Quoique le ministre ait ensuite tenu à présenter (dans Paris Match) cette escapade comme ayant été prévue depuis deux ans, sa visite semble avoir largement été organisée à la dernière minute. J’en ai moi-même été informée par l’un de mes collègues, un ingénieur français en poste à Berkeley, qui, quelques dix jours auparavant, a été invité par le cabinet du ministre à lui faire visiter son laboratoire. Cet ingénieur a aussi été chargé (tout autant par le consulat de France que par le chancelier de notre université) de trouver, sur le campus, quelques autres universitaires d’origine française qui accepteraient de déjeuner avec Valérie Pécresse lors de sa visite. Avec un statisticien français également en poste à Berkeley, j’ai accepté cette invitation. Mon acceptation reposait sur l’idée que nous tâcherions tous les trois d’utiliser cette étrange occasion pour porter à l’attention du ministre quelques-unes caractéristiques centrales des grandes universités publiques américaines, dans l’espoir de lui faire reconsidérer par là non seulement le contenu mais encore le mode d’élaboration des certaines des réformes qu’elle tentait d’imposer à l’université française. Comme on pouvait, hélas, s’y attendre, la rencontre, où chacun a néanmoins pu parler librement – puisque notre situation d’expatriés ôtait au ministre toute emprise sur nous, tout en nous délivrant de la tentation de la courtisanerie – fut largement un dialogue de sourds.

La journée de Valérie Pécresse sur le campus de Berkeley a commencé par une visite chez le chancelier, un professeur de physique passé maître dans l’art de faire l’éloge du savant mélange d’excellence académique et de méritocratie démocratique qui caractérise ce qui est sans doute (si du moins l’on en croit les classements existants) la meilleure des universités publiques au monde. Après cet entretien, Valérie Pécresse et les membres de son cabinet qui l’accompagnaient avaient rendez-vous dans le tout nouveau CITRIS Building, un bâtiment érigé pour accueillir le Center for Information Technology Research in the Interest of Society, un centre de recherche spécialisé dans l’informatique appliquée. Là, Valérie Pécresse et son cabinet ont visité un laboratoire qui développe actuellement un projet intitulé Mobile Millenium. Ce projet ne pouvait guère que séduire une ministre qui chante les vertus de la recherche appliquée, en prônant sans trop sourciller le financement de ces travaux par les industriels qui seraient le plus susceptibles d’en tirer profit. Il s’agit en effet d’un effort qui, quoique élaboré au sein de l’Université et très largement soutenu non seulement par l’État fédéral américain, mais encore par l’État de Californie, se présente pourtant comme un projet de nature « industrielle », sans doute avant tout au nom du fait que les compagnies privées (Nokia et Navteq) qui y participent pourtant de manière relativement marginale ont toutes les chances d’en être les premières bénéficiaires. Le but de l’entreprise est de mettre au point un système permettant de faciliter la circulation automobile sur le réseau routier. La finalité est de permettre aux usagers du réseau de visualiser en temps réel les conditions de circulation sur les routes et autoroutes à partir de leurs téléphones portables, en utilisant comme point d’appui les GPS dont ces mêmes téléphones sont maintenant généralement porteurs. La présentation, fort bien faite, enchanta Valérie Pécresse. Seul bémol de taille, que les organisateurs n’avaient apparemment pas pensé à anticiper : la ministre s’étonna beaucoup de trouver ce jeune laboratoire peuplé quasiment exclusivement de doctorants et post-doctorants français (polytechniciens de tous corps et autres normaliens formés à grands frais dans les grandes écoles françaises), dont fort peu, lorsque je leur posais incidemment la question, manifestèrent l’intention de rentrer sagement au pays une fois leurs recherches terminées. L’auteure de ces lignes avoue ne pas avoir été mécontente que la « fuite des cerveaux » ait ainsi, comme par inadvertance, sauté aux yeux du ministre.

Cette rapide visite fut suivie d’un déjeuner, dans le plus célèbre restaurant de la ville. À table, la ministre fut entourée des trois enseignants-chercheurs qu’elle avait indirectement demandé à rencontrer, au milieu desquels fut installé un très jeune journaliste de Paris Match, venu pour tirer d’elle le portrait convenu, mais toujours tellement flatteur, au moins en France, du ministre inflexible qui ne recule devant aucune contestation (voir encart de Paris Match ci-dessous). Quelques-uns des membres du cabinet du ministre complétaient la tablée, mais semblaient plus soucieux de se restaurer que d’engager la discussion. Notre marge de manœuvre était bien sûr mince, ayant reçu de la chancellerie de l’université la consigne plus ou moins claire de pas offenser Mme la Ministre. Nous avions donc mis au point une stratégie oblique, consistant à valoriser dans le système de Berkeley tout ce qui soulignerait clairement, mais sans le dire ouvertement, l’ineptie non seulement des réformes que la ministre était en train d’imposer aux universités françaises, mais encore des méthodes qu’elle prétendait employer pour y parvenir.

Pour ma part, j’avais concocté un petit couplet sur les pratiques de la faculty governance (c’est-à-dire du gouvernement de l’université par les enseignants-chercheurs), si prégnantes à Berkeley, suivi de quelques remarques plus générales sur la collégialité des décisions administratives en ces lieux, laquelle fait tant pour décupler les énergies de ce campus réputé si performant. L’ensemble était destiné à souligner tongue in cheek que les méthodes autoritaires de gestion des carrières et des institutions que le ministère tentait actuellement d’imposer aux universités françaises ne pourraient que les affaiblir davantage, notamment parce qu’elles démobiliseraient toujours plus ceux qui y travaillent. Un de mes compagnons d’infortune avait pour sa part l’intention de traiter des liens entre recherche et industrie sur le campus, en rappelant au ministre que, quoiqu’on en dise en France, la recherche scientifique reste très largement financée sur les campus américains par des fonds publics. Or, dans ce cadre, you get what you pay for, la puissance publique étant en réalité seule capable de permettre le financement pérenne d’un tel effort. Ce collègue avait aussi l’intention de parler, à partir de sa propre expérience, des méfaits de certaines formes de financement privé de la recherche scientifique sur les campus américains.

Peine perdue, néanmoins, puisque nous être préparés à décrire par le menu – jusque dans la production d’une petite note de synthèse, que l’un d’entre nous avait tenu à remettre au ministre – le fonctionnement de l’université de Berkeley ne nous servit en réalité pas à grand chose, Valérie Pécresse étant clairement plus soucieuse d’engager la conversation sur la situation française, comme si elle ne pouvait s’en détacher, fût-ce à l’autre bout du monde. La ministre en visite de terrain s’avoua même préoccupée seulement par la préparation du prochain conseil des ministres, lequel devait donc avaliser, comme nous allions l’apprendre quelques jours plus tard, le décret si contesté sur le statut des enseignants-chercheurs français. De ce point de vue, le déjeuner fut instructif, puisque celle qui cherche à se présenter en France en femme-forte – décidée à ne pas céder devant les excès de ces universitaires agités qu’elle aurait, au moins selon elle, mission d’administrer souverainement depuis son cabinet – s’y révéla en réalité assez déstabilisée par la contestation qu’elle-même et ses réformes doivent affronter en France depuis quatre mois. Dans une telle situation, on sourit de peu. Je fus donc amusée de voir que Valérie Pécresse ne savait comment qualifier devant nous ce qui lui arrivait. Seule avec les membres de son cabinet, elle aurait sans doute parlé de « cette bande de gauchistes excités » ou encore de ces pitoyables « petits profs » qui tentaient si misérablement de défendre leurs quelques privilèges. Mais là, devant leurs collègues installés aux Etats-Unis, les mots lui manquaient pour qualifier cette fronde dont les acteurs, toujours sans nom et sans visage, étaient désignés par des « on » et de non moins vagues « ils ».

Plutôt que de nous écouter parler de Berkeley, la ministre préféra donc jouer devant nous un numéro sans doute déjà bien rodé, dans lequel elle présenta la révolte que soulèvent les réformes en cours en France comme une sorte de quiproquo. Dans cette lecture des événements, une ministre moderne et éclairée, soucieuse seulement du rayonnement de la science française, du développement de universités du pays, de la prospérité de celui-ci à l’avenir et du bonheur de ses étudiants actuels et futurs, s’affronte courageusement à l’autisme incompréhensible d’universitaires rétrogrades, préoccupés principalement de leurs salaires, de leur avancement et de leurs conditions de travail. Exécuté avec charme et même intelligence, le numéro était si rondement mené, que, pour l’essentiel, il convainquit au moins momentanément – du moins, je crois – mes deux collègues. Pour ma part, je restais étonnée de tant d’audace ou d’inconscience. Pouvait-on réellement soutenir que nos collègues français, ulcérés par vingt-cinq ans de réformes ineptes, se révoltaient par simple plaisir de créer toujours plus de chaos dans le lieu même des activités auxquelles ils avaient consacré leur vie ? Pouvait-on vraiment insinuer que, de la vision de l’université et de la recherche que développent actuellement des associations ou collectifs comme Sauvons la recherche et Sauvons l’université, il ne se dégageait pas une vision très cohérente de ce que devait être l’université française pour servir au mieux l’intérêt général ? Que cette vision ne soit pas celle actuellement développée dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, personne ne le niera. Mais, du moins en démocratie, soutenir une conception de l’intérêt général qui n’est pas celle défendue par ceux que la voix publique a porté au pouvoir ne saurait vous disqualifier comme intervenant : l’articulation patiente (mais aussi insistante) de cette opinion dissidente est au contraire ce qui fait de vous un interlocuteur pleinement légitime. En cela, l’accusation de « corporatisme », qui fleure bon son jacobinisme primaire, ne semble guère recevable : non seulement tout intervenant dans l’espace public défend nécessairement des intérêts (quoique ce ne soit pas toujours les siens propres), mais encore l’intérêt public ne peut être défini que dans la conciliation de ces intérêts particuliers – laquelle passe évidemment leur expression préalable. C’est en quoi, la concertation – quoiqu’elle ne soit, hélas, guère dans les mœurs politiques françaises – est la clé non seulement de tout consensus acceptable, mais encore de toute démocratie véritable. Et il y a plus : si l’on tente de faire l’économie de la recherche d’un tel consensus, fût-il minimal, on précipite nécessairement l’émergence d’actions (plus ou moins) violentes et l’on s’expose, une fois une réforme imposée par la force, à toutes sortes d’entreprises de sabotage. Les actions de « blocage », dont de très nombreuses universités françaises ont été victimes ces derniers mois, en sont la preuve. Et les enseignants-chercheurs français ne se contenteront sans doute pas de saboter les examens de la présente session. Comme beaucoup de leurs étudiants, qui ne sont en général pas moins mobilisés, – notamment parce qu’il s’agit pour certains d’entre eux de l’avenir d’une profession dans laquelle ils aspirent eux-mêmes à entrer – certains de ces enseignants-chercheurs affûtent dès à présent leurs armes en prévision de la rentrée prochaine. J’entends déjà l’indignation convenue et hypocrite de Mme Pécresse (ou de son successeur ?) lorsqu’un groupe de « jeune gauchistes excités » aura fini – au cours d’un malencontreux « dérapage », probablement attribuable avant tout au désespoir de ne pas être entendu, ni même écouté – par mettre le feu à son université. Sera-t-il encore temps alors d’ouvrir de vraies négociations ?

Au dessert, je glissais donc au ministre une question goguenarde : « Si je vous comprends bien, Madame, la révolte que suscite vos réformes serait donc seulement le fruit d’un regrettable malentendu ? » La ministre, sans doute consciente que l’argument était somme toute un peu difficile à soutenir, fit un geste de dépit accompagné par quelques mots mal articulés qui accusaient « la gauche » d’attiser la fronde. N’ayant pas désespéré de placer enfin mon petit couplet sur les vertus d’une administration collégiale et démocratique, je lançais alors, comme nous nous levions de table : « Nos collègues français se plaignent souvent que vous ne les écoutez pas beaucoup. Peut-être cela peut-il expliquer leur mécontentement ? » À quoi Valérie Pécresse, visiblement peu consciente du fait qu’il revenait très évidemment au ministre qu’elle était de créer les conditions d’un large débat public sur l’avenir de université française, répliqua qu’elle avait toujours dit qu’elle recevrait tout le monde. Aux mécontents, donc, de réclamer obséquieusement audience. Puis elle ajouta : « Et d’ailleurs, au fond, que veulent-ils ? Encore de deux ans de palabres… ». Valérie Pécresse sous-entendait ainsi très clairement que sa réforme, bonne par essence, n’avait nul besoin d’être discutée par ceux qu’elle prétendait administrer, comme s’il aurait été tout à fait impossible, dans la concertation, d’en trouver une meilleure. Voyant qu’un des membres de son cabinet venait lui rappeler qu’il était temps de partir vers leur prochain rendez-vous, je me contentais de lui répondre que deux années de « palabres », pour aboutir à une réforme qui serait acceptable pour (et même acceptée par ?) tous les intéressés, ne pouvaient certainement qu’être bénéfiques. Et même, une telle négociation, fût-elle pénible, n’était-elle pas essentielle à l’avenir du pays ? La ministre fit une moue très évidemment gênée mais néanmoins dubitative et me sera hâtivement la main. Je lui souhaitais poliment bon voyage et la regardais monter précipitamment dans son bus, encore toute étonnée d’avoir eu l’occasion de croiser à douze mille kilomètres de Paris, par une si belle journée de printemps californien, une incarnation aussi consternante de l’arrogance technocratique à la française.

Pendant sa journée à Berkeley, Mme la Ministre ne manquerait certainement pas d’éviter de regarder ce qui s’étale pourtant à la vue de tous sur ce campus, à savoir que (quoiqu’on en dise parfois dans cette « gauche » française qui critique volontiers chez Valérie Pécresse la prétendue imitation d’un hypothétique « système universitaire américain », qui n’existe sans doute que dans leur imagination), les universités publiques américaines ne se gèrent pas comme se gèrent les banques, les administrations ou les industries dans la plupart des pays du monde, mais dans une forme de concertation soigneusement entretenue et, qui, à Berkeley, est particulièrement intéressante – voire exemplaire (voir sur ce point l’article de David A. Hollinger : , ainsi que cette mise au point administrative sur le Budget Committee, l’un des organes centraux du gouvernement collégial sur le campus de Berkeley ). La ministre éviterait ainsi une nouvelle fois de voir ce qui pourtant crève les yeux de nombre d’observateurs, tant français qu’étrangers, à savoir que pour réformer une institution aussi complexe que l’université et dynamiser une communauté d’enseignants et de chercheurs – afin de leur permettre de donner, avec et pour leurs étudiants, le meilleur d’eux-mêmes – encore faudrait-il penser à demander l’avis des principaux intéressés sur leur présent, comme sur leur avenir. Mais Valérie Pécresse, fermement décidée, comme le prouva le conseil des ministres du 22 avril suivant, à faire passer en force en France sa réforme de l’université, n’était visiblement pas venue pour voir ou entendre cette évidence.

Déborah Blocker

(Département d’études françaises, Université de Californie, Berkeley)