Plaidoyer pour la non-tenue des examens

(texte transmis par un doctorant)
Appel à la non tenue des examens.

Comme vous l’aurez constaté à travers sa motion, la Coordination appelle solennellement à la non tenue des examens.
Il s’agit d’une mesure essentielle, et qui ravive un débat difficile mais crucial.
Concernant les étudiants, des solutions existent (évoquées en nombre lors de la CNU, et pouvant être rapidement mises en oeuvre après satisfaction).
Concernant le mouvement, après 3 mois de lutte infructueuse, il n’y en a qu’une.
Il s’agit, certes, d’une mesure d’équité au niveau national, entre les étudiants des centres universitaires mobilisés et les autres, entre les consentants et ceux chez qui la tenue d’examens, devant le peu de cours réellement assurés, serait une simple mascarade.
Mais pas seulement.
Pour notre mouvement, comme cela a été maintes fois illustré dans l’assemblée, il s’agit avant tout d’une mesure de survie. Tenons les examens, et demain nos étudiants rentrent chez eux, en vacances, après des jours de révisions et d’épreuves qui sont autant de moments arrachés à la lutte. Tenons les examens, et c’est l’essoufflement réel, l’éparpillement prévisible de notre mouvement.
Au delà, la question est éminemment plus profonde, plus symbolique : à quoi accordez-vous la primauté ? A l’évaluation, à cette composante annexe et contextuelle de l’enseignement, ou à la transmission des savoirs, votre métier ? Sommes-nous déjà dans une culture du résultat visible, ou souhaitons nous nous attacher à l’essence même de notre vocation, l’éveil du sens critique et de la pensée scientifique chez nos élèves ?
Cette semaine d’examens, nous pouvons la récupérer pour des cours, des rattrapages, et réaffirmer ainsi fermement, dans cette société qui réduit l’individu à une série d’indicateurs, que l’Université française s’inscrit en faux, et fera le choix de la Connaissance et de la Qualité contre les zélateurs de la Quantification et de la Catégorisation.
Toutes les autres formes de lutte ont échouées. Elles sont nécessaires, elles sont mobilisatrices, mais elles échouent. Elles ont démontré, en 13 semaines de lutte, leur impuissance à infléchir le gouvernement, et même souvent à percer le brouillard des médias. Elles ne sont pas suffisantes.
Face à la véritable crise que nous vivons, plus qu’au mépris, à la négation même de notre révolte, il ne nous reste plus que ce moyen fort pour nous faire entendre et prendre en compte.
Nous ne sommes pas paysans, avec des tracteurs pouvant bloquer les autoroutes. Nous ne sommes pas cheminots, avec la capacité à immobiliser le pays ou la capitale ; et nous ne sommes même pas employés, à cesser une production de biens impactant le dividende des amis de nos dirigeants.
Mais nous sommes l’Université, et nous pouvons cesser, temporairement, jusqu’à satisfaction, le rôle d’étiquetage et de certification de la masse laborieuse qui nous est seul reconnu par nos dirigeants. Nous pouvons immobiliser, à notre tour, la machine libérale, en la frappant dans son idéologie même de trie et de pesage des individus. Aujourd’hui, disons NON, l’Université s’arrête, et par votre faute, l’Université vous laisse vous débrouiller sans elle. Elle formera consciencieusement ses étudiants, leur communiquera de son mieux ses connaissances et son éthique scientifique, et pour le reste… bonne chance.
En fait la question est : maintenant que le moyen principal de la résistance a ainsi été clairement défini par le Coordination même, votre université va-t-elle rester « en lutte » ?
En l’espoir qu’EC ne devienne pas le sigle d’Evaluateurs-Chercheurs,

XXXXX XXXXXX, doctorant.

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Une Réponse

  1. Ce plaidoyer est de moi, et j’invite les administrateurs à remplacer les « X » par mon nom, revendiquant pleinement les idées qui y sont exprimées.

    Vous le trouverez notamment également sur http://www.orsayenlutte.info/?p=2813.

    Je remercie ceux qui en ont trouvé les arguments suffisamment dignes d’attention pour le transmettre à Universités en lutte et l’y publier, dans un anonymat dont je n’ai pas encore l’usage, fort heureusement !

    Bien à vous,

    M. V.

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