Mémoire courte et inversion des rôles. (comm. de la CNU)

Communiqué et argumentaire des porte-parole de la 9e CNU.
Mémoire courte et inversion des rôles.

Apres avoir couvert le monde universitaire de son mépris pendant des mois, madame Valérie Pecresse se découvre, à la veille des examens, une vocation protectrice pour les étudiants et leur diplôme (JDD, 3 mai). Tant de postures compassionnelles et moralisatrices rendent plusieurs rappels nécessaires :

1/ Nous n’oublions pas que la touchante prise en compte du point de vue étudiant est celui de cette même ministre qui, dès la rentrée 2007, n’a pas hésité à envoyer  CRS, gardes mobiles, agences de sécurité privées et chiens contre la très large contestation étudiante de la Loi LRU dont découle toutes les réformes actuelles.

2/ Ajoutons que cette sollicitude envers les étudiants et celle d’une ministre dont le ministère est directement responsable de la destruction concertée et planifiée de dizaines de milliers d’emplois publics utiles et indispensables qui devraient être autant de débouchés professionnels pour la jeunesse au moment où le chômage connaît une augmentation sans précédent.

3/ Sur ce même registre, oui, une très large proportion d’étudiants est empêchée d’étudier dans de bonnes conditions : pauvreté massive, problème endémique de logement, généralisation des petits boulots allant jusqu’à 15h ou 20h par semaine, (et pour ne rien dire des conditions matérielles qui prévalent dans nombre d’établissements). Ces problèmes n’ont pas commencé il y a trois mois. La jeunesse étudiante y  fait face depuis longtemps. Tenter de les faire disparaître derrière la mobilisation universitaire que l’on veut rendre responsable de tout, voilà un autre tour de passe-passe, en vérité, bien grossier.

4/ Toutefois, le sous-financement chronique des universités et de la vie étudiante, ou la destruction volontariste de l’emploi public, ne semblent pas devoir suffire. La famille politique madame Pecresse envisage aujourd’hui de favoriser l’endettement des étudiants, de les livrer à l’humanisme bancaire dont on reconnaît aujourd’hui toutes les vertus, et ainsi, les enfoncer un peu plus encore dans cette même logique qui a conduit à la profonde crise actuelle, sociale, économique, et morale.

5/ Enfin, nous ne pouvons pas ignorer le fait que, à la candidate en Ile-de-France aux futures élections régionales, il faut une « grande réforme ». Soit. Nous ne saurions nous résoudre cependant à ce que les besoins très particuliers d’une carrière politique exigent le sacrifice de l’université et de la recherche françaises pour quelques lignes de CV et une bonne « com » de campagne.

Chacun peut donc juger de cette bienveillance ministérielle à l’égard des étudiants mêlant préoccupations carriéristes toutes personnelles, répression policière, promesses de chômage, de pauvreté et d’endettement. La mobilisation universitaire a intégralement vocation à défendre la valeur des diplômes. Contrairement à Madame la ministre, les personnels universitaires connaissent et se soucient de cette jeunesse qu’ils côtoient tous les jours. Un motif central de la mobilisation est, précisément, la défense de la valeur des diplômes universitaires publics et de la démocratisation du savoir face aux obscurantismes de tous bords. Défendre la valeur des diplômes, c’est défendre entre autres : (i) des contenus d’enseignement (adossés à la recherche), (ii) des conditions d’études (sans lesquelles la transmission est difficile, voire impossible), (iii) leur reconnaissance  (qui doit apporter des garanties sur le marché du travail) et (iv) leur égalité d’accès territoriale et financière (sans laquelle, ce qui doit rester un droit tend à devenir un privilège).

Les réformes sont une remise en cause directe et profonde de tous ces fondements. Elles accroissent des inégalités (sociales, territoriales, financières, statutaires),  qu’en outre, elles institutionnalisent de manière inédite dans ce pays.

Dans ces conditions, une annonce pure et simple de mise en œuvre des examens est inenvisageable parce qu’elle (i) tendrait à nier une mobilisation d’ampleur excpetionnelle ; (ii) impliquerait que les étudiant-es en grève reprennent en catastrophe des enseignements formels et « bachotent »,  tout en s’exposant à des traitements très inéquitables  au bout du compte ; (iii) elle reviendrait à nous faire devancer, de fait, le projet ministériel de déqualification des disciplines, de diplômes au rabais, hors de tout cadre national commun.

Pour finir. On s’inquiète des obstacles que pourraient opposer les rectorats en cette fin de semestre. On se posera alors la question de savoir si cette « ultime rempart » juridique de la validité des diplômes est finalement si regardant que cela : chaque année, nombre d’académies, en cours de premier semestre, en sont réduites à débaucher les étudiants bouche-trous qui leur permettront de pallier le manque chronique d’enseignants statutaires dans les établissements du secondaire. L’institution elle-même favorise donc l’interruption d’études en contrôle continu, dévalorise des diplômes rendus, de fait, non nécessaires à l’exercice du métier d’enseignant, remet en cause les statuts et les garanties de droit qui l’encadrent. Or, nous n’avons jamais eu vent d’une quelconque indignation rectorale en la matière ; nul rempart juridique réputé infranchissable ici. Comme quoi « la règle de droit » que l’on voudrait nous opposer reste, elle aussi, toute politique. Pensons-y.

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