Et si le décret anti-laïcité donnait le signal d’une insurrection pacifique ?

« Bonjour chers collègues

La diffusion du projet de décret sur la réforme du recrutement et de la formation des Professeurs des écoles maintient la réforme annoncée l’an dernier et signe la disparition des IUFM (si dans le modèle Darcos ils n’existent pas pour l’année cruciale après M2 ils disparaîtront très vite sans que le MEN ait besoin de les supprimer officiellement). Cela laisse perplexe : que cherche le gouvernement avec ce texte qui nous ramène à peu de choses près au 2 juin 2008 ?
(…) M. Darcos peut-il à la fois utiliser cette provocation et prétendre que l’ensemble des organisations syndicales et lui se sont mis d’accord (comme il l’a fait lors d’une émission de Canal +le 12 avril dernier) ? À quoi bon un « Groupe de travail » sur la place des concours quand il est déjà écrit qu’ils auront lieu après M1 (donc en M2) ? Quel espace de liberté auraient les participants à ce Groupe de travail si ce n’est au mieux de placer les épreuves d’admissibilité entre octobre et janvier ?
La CNFDE ne pourrait-elle pas demander aux syndicats de refuser de siéger et à la commission Marois-Filâtre de s’auto-suspendre tant que quatre conditions ne sont pas remplies :
a) Le MEN prend l’engagement de reconduire intégralement le dispositif actuel en 2009/2010 (les lauréats du concours sont immédiatement nommés fonctionnaires-stagiaires et bénéficient de la formation actuelle il ne leur est pas demandé de faire une année de M2 avant de devenir fonctionnaires-stagiaires).
b) Ce projet de décret PE inamendable n’est plus utilisé comme base de travail et est rangé aux musée des songes révolus le projet de réforme doit être intégralement remis à plat.
c) La DGES n’est plus saisie de l’évaluation des quelques masters que l’AERES n’a pas voulu évaluer (pour une moitié des masters de l’enseignement catholique).
d) Le gouvernement abroge le décret antilaïcité n°2009-427 du 16 avril 2009 qui a pour conséquence de reconnaitre à l’enseignement catholique (et par suite bientôt à toutes sortes de boîtes privées post-bac confessionnelles ou non) le pouvoir de former les enseignants du public*.

Voyons quel paysage se dessine avec ces diverses touches. Il y a le projet actuel de réforme de la FDE (formation des enseignants) dans laquelle l’État se dessaisirait de la formation et se retrancherait dans un rôle de « recruteur » et qui fabriquerait avec les reçus-collés une armée de précaires corvéables à merci. Il y a le décret anti laïcité du 16 avril 2009. Il y a la
suppression progressive de la carte scolaire et la mise en concurrence des établissements, etc. Quand on met en perspective toutes ces mesures une cohérence apparaît assez clairement : l’éclatement de l’école républicaine et de la fonction publique d’État dans l’EN.
Le 16 janvier 1994 à l’appel de 116 organisations des millions de citoyens ont marché à Paris pour défendre la laïcité. Leur mobilisation a contraint le gouvernement Balladur à reculer. Les mêmes organisations ne pourraient-elles pas se réunir sans délai et décider une riposte de même ampleur avant les congés d’été ?
La CNFDE ne pourrait-elle lancer un appel en ce sens (se réunir vite pour riposter ensemble avec force) avec l’aide des organisations qui sont les plus sensibles à ces dangers : la coordination nationale des universités, la FSU, l’UNSA, SLR, SLU, la FCPE, l’UNEF…
Nous avons de nombreux motifs de colère et il y a autant de fronts que de « réformes » mises en route (LRU, suppressions de postes RASED, école maternelle statut des EC, réforme des organismes de recherche réforme de la FDE etc.). Il se pourrait que le décret anti-laïcité donne le signal d’une insurrection pacifique qui rassemble tous ces fronts en un seul pour défendre l’école républicaine.
Le gouvernement montre qu’en dépit de mobilisations historiques il s’obstine à mettre en œuvre sa politique. Mais il n’est pas dit que nous soyons moins obstinés que lui.

Bien cordialement

* Cette dernière réforme me semble plus grave que celle du financement des écoles privées engagée en 1993 sous le ministère Balladur et contenue dans un amendement de la loi Falloux déposé par le député de droite Bruno Bourg-Broc en juillet 1993 (cf. « Main basse sur l’école »E. Khaldy et M. FitoussiDemopolisp. 136 à 142 http://www.main-basse-sur-ecole-publique.com). Caroline Fourest la dénonce avec vigueur dans Le Monde daté du 2 mai (http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/04/30/quand-le-pretre-formera-l-instituteur-par-caroline-fourest_1187425_3232.html). L’annulation de la conférence de presse de l’Enseignement catholique prévue pour le 5 mai sur la FDE et les « masters enseignement » pourrait avoir été concertée avec le cabinet Darcos pour éviter de jeter de l’huile sur le feu. C’est plausible quand on connait le rôle que Darcos a joué en faveur du lobby de l’école privée au sein du MEN notamment entre 1993 et 1995 (voir « Main basse… » op. cit.).

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