« Le triomphe de Sarkozy résulte d’une manipulation à grande échelle des imaginaires. »

Interview de Mona Chollet à lire dans Article XI.

Extraits :

« Ou situez-vous les origines de ce triomphe de l’imaginaire sarkozyste telle que vous le décrivez ?

Il faudrait être un historien pour répondre précisément à cette question. Mais c’était probablement en germe depuis l’après-guerre. A partir du moment où il y a eu un essor de la société de consommation et de l’audiovisuel, cet imaginaire a commencé à s’imposer. Et bien sûr, il a triomphé dans les années 1980, les années du fric-roi.
A ce sujet, il y a un texte de Pasolini qui m’a beaucoup marqué. C’est un texte sur la télévision publié dans les « Écrits Corsaires » : Pasolini en parle comme d’une espèce de bombe nucléaire culturelle. Pour lui, la télévision est une manière d’éradiquer complètement la culture propre des gens et de la remplacer par un imaginaire uniformisé et petit-bourgeois qui leur enlève toute estime d’eux-mêmes. C’est un texte très fort, surtout quand on pense à ce qui s’est passé ensuite en Italie avec Berlusconi. (…)

Comment s’impose cet imaginaire sarkozyste ?

Jusqu’à ce qu’il change un peu de stratégie, je pense que Sarkozy misait sur le fait que les gens s’identifiaient à lui, qu’il allait leur en mettre plein la vue. Qu’ils allaient rêver en contemplant sa vie à lui et oublier leur propre vie.
C’est aussi un discours très culpabilisant. Il y a une manière de dire : « Si je suis arrivé là où je suis, c’est uniquement grâce à mes propres efforts et mon travail ». Et donc : « Si vous n’y arrivez pas, c’est de votre faute. » Il y a chez Sarkozy une volonté de gommer tous les déterminants sociaux qui lui ont permis d’en arriver là ; c’est pourtant moins difficile de devenir président de la République si on vient de Neuilly que si on vient de Saint-Denis.
C’est la même chose avec ses ministres. Rachida Dati en est l’exemple parfait. En la nommant, l’idée était de donner l’impression d’une méritocratie parfaite, sans discriminations sociales ou culturelles. Le grand slogan étant « quand on veut on peut », ce qui est évidemment une escroquerie totale. C’est une manière de réduire au silence ceux qui auraient pu critiquer cette richesse insolente étalée par ailleurs. »

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