L’OCDE préconise l’augmentation des frais d’inscription

« Enseignement supérieur. Élargir l’autonomie des universités au-delà de ce qui a été réalisé en 2007, surtout pour la gestion budgétaire, le recrutement et la rémunération du personnel. De plus, bien qu’on ait facilité les donations de fondations privées aux universités, de nouvelles mesures sont nécessaires pour favoriser le financement privé des universités, notamment en ayant davantage recours aux droits de scolarité, cette mesure se doublant de prêts étudiants remboursables en fonction du revenu ultérieur. » Source : RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE 78 – ISBN 978-92-64-05279-6 – © OCDE 2009. En ligne : http://www.oecd.org/dataoecd/4/2/42263534.pdf

Le lien avec la proposition de loi présentée en janvier dernier relative aux prêts étudiants par 92 députés UMP

Lire également sur La Tribune : « Les remèdes très libéraux de l’OCDE pour la France.« 

« Sauver l’université, vite. »

Tribune de Ségolène Royal dans Libération.

A lire en ligne : http://www.liberation.fr/societe/0101559963-sauver-l-universite-vite

Extraits :

  • « Oui, le besoin de réformes est d’autant plus grand que des études récentes, notamment celle réalisée par Philippe Aghion pour l’institut Bruegel, confirment le lien entre enseignement supérieur et recherche d’un côté, croissance et innovation de l’autre. Tout montre que trois conditions sont nécessaires pour assurer de bonnes performances universitaires : des moyens financiers adéquats ; une gouvernance conçue autour d’universités autonomes et disposant de la liberté de choisir leurs enseignants ; un système de bourses pour encourager les meilleurs projets. Ce diagnostic est aujourd’hui largement partagé. Enseignants-chercheurs, professeurs et maîtres de conférences, étudiants et parents, personnel administratif des universités : tous sont lucides sur les forces et les carences de notre système supérieur, tous aspirent à des réformes justes et nécessaires. Mais ils attendent pour cela de l’impartialité dans les diagnostics, du respect dans le dialogue, de la justice dans les décisions. Par-dessus tout, ils souhaitent que le savoir et la recherche soient reconnus comme des biens publics, dégagés des contraintes du monde de l’entreprise. »
  • « Transformer l’enseignement en punition pour chercheurs jugés peu productifs et compenser ainsi la diminution des effectifs, il fallait y penser ! Le mépris pour la transmission du savoir, les contrevérités sur l’absence d’évaluation, tout indique la volonté de mettre au pas un monde où se forgent encore des esprits libres. Le coup de grâce donné aux IUFM, dont nul ne contestait la nécessaire évolution, en est le signe : derrière l’économie budgétaire, c’est un apprentissage fondamental que l’on supprime, comme si un master suffisait à former un professeur. »
  • « Combiner une augmentation des moyens, une autonomie véritable et un système d’évaluation collective. Pour nous hisser au niveau des pays scandinaves, une hausse d’environ 0,7 % des dépenses en faveur du supérieur est indispensable. Elle seule permettra d’améliorer le taux d’encadrement et donc la réussite des étudiants, deux sur trois échouant aujourd’hui en premier cycle. Il faut ensuite octroyer une véritable autonomie aux universités, sans oublier les contre-pouvoirs nécessaires pour évaluer et nommer les présidents. Enfin, un système d’évaluation collective des performances universitaires pourrait être créé, comme c’est le cas en Suède. Au terme d’un processus d’évaluation par les pairs, seraient alors récompensées les bonnes performances de recherche des départements, la qualité des enseignements et l’employabilité des étudiants formés. »

Communiqué de la CP-CNU et du C3N : « La recherche publique et l’enseignement supérieur public ne seront bientôt plus à même d’accomplir leurs missions. »

Communiqué CP-CNU C3N, 3 Avril. Accessible en ligne : http://c3n-recherche-scientifique.fr/spip.php?article139

« Devant la gravité des menaces visant la recherche et l’enseignement supérieur, les deux principales instances d’évaluation des chercheurs et enseignants-chercheurs de notre pays, le Conseil d’administration de la Conférence permanente du Conseil national des universités et le C3N, qui réunit les responsables des 3 composantes du Comité national de la recherche scientifique, ont adopté le 2 avril 2009 le communiqué commun suivant :
Evaluation
Le Conseil national des universités et le Comité national font remarquer que, contrairement aux affirmations présidentielles, ils
pratiquent l’évaluation depuis longtemps, et cela dans le respect des principes d’indépendance, de durée et de collégialité :

  • Indépendance : la composition (2 tiers d’élus par les pairs de la discipline, un tiers de nommés par la tutelle) et le caractère national des instances d’évaluation que constituent les sections du CNU et du Comité national garantissent la liberté des choix et des avis par rapport aux autorités politiques d’une part, aux groupes de pression locaux ou disciplinaires d’autre part.
  • Durée : le mandat pluriannuel garantit une mémoire des procédures et des avis, et construit sur plusieurs années une vision globale de l’activité nationale dans un domaine de la science.
  • Collégialité : le débat contradictoire sur la base des dossiers évalués par un ou plusieurs rapporteurs est essentiel. L’objectivité de l’évaluation requiert la confrontation des opinions.

Indépendance, durée et collégialité sont les conditions indissociables d’une évaluation équitable et efficace.
Le Conseil national des universités et le Comité national exigent une redéfinition des compétences en matière d’évaluation, passant notamment par une remise à plat des missions et des procédures de l’AERES. Ils réaffirment en outre avec vigueur les principes suivants :
• Pas d’évaluation des chercheurs ni des enseignantschercheurs sans évaluation simultanée, par les mêmes instances, des
structures au sein desquelles ils travaillent (UMR, Equipes d’accueil, UFR, etc). C’est pourquoi nous voulons coordonner les calendriers de nos deux instances afin que les personnels d’une même structure de recherche et d’enseignement soient évalués la même année.
• Pas d’évaluation des personnels ni des structures sur des bases bibliométriques. Cette vision statistique de l’évaluation ne peut
pas rendre compte de la réalité de la recherche : elle ne porte pas sur les contenus, elle est entachée de nombreux biais disciplinaires, linguistiques et économiques. La qualité n’est pas une propriété émergente de la quantité.

Emploi scientifique
La CP-CNU et le C3N s’alarment de la situation ingérable produite dans les laboratoires et les filières d’enseignement par la
raréfaction des recrutements et par la précarisation des emplois. La diminution des postes mis au concours des universités et des
organismes de recherche augmente considérablement le nombre de docteurs encore précaires dans la tranche d’âge 30-40 ans, organise le gâchis des compétences et de la créativité des jeunes collègues, met en danger l’attractivité des métiers de la science.
Les chaires mixtes université-organisme, aussi appelées « chaires d’excellence » et présentées comme l’instrument du rapprochement entre la recherche et l’enseignement supérieur, avaient pour premier effet d’immobiliser deux postes budgétaires pour un seul recrutement. L’annonce par la ministre le mardi 31 mars de la réaffectation au concours 2009 dans les organismes des 130 supports de postes détournés par ces chaires est positive, et marque un premier succès de la très large mobilisation de ces dernières semaines. Le rapprochement entre universités et organismes de recherche passe avant tout par la revitalisation du dispositif des délégations offertes par les organismes après consultation des instances scientifiques.
Simultanément, l’Agence Nationale de la Recherche, désormais principale source de financement de la recherche
scientifique, génère par des contrats à très court terme un personnel précaire dont le nombre est en passe de rattraper celui des chercheurs permanents. La recherche publique et l’enseignement supérieur public ne seront bientôt plus à même d’accomplir leurs missions. Dans ces conditions, notre expérience et notre représentativité en matière d’évaluation nous contraignent à dénoncer le mensonge d’État qui prétend faire de la recherche et de l’enseignement supérieur une priorité nationale.

Appel
C’est pourquoi le Conseil national des universités et le Comité national exigent une redéfinition des compétences en matière
d’évaluation, passant notamment par une remise à plat des missions et des procédures de l’AERES. Tant que cette exigence ne sera pas satisfaite et que des chaires resteront affichées en l’état au concours 2009, nous appelons les membres de nos instances à l’amplification du moratoire des expertises ANR et AERES dont nous sommes chargés à titre individuel, ainsi qu’au moratoire des évaluations confiées à nos instances.
La situation est aujourd’hui extrêmement confuse en ce qui concerne les chaires. A de nombreux niveaux (sections du CoNRS, du CNU, CA d’universités), des refus de participer au processus en cours se sont manifestés, dans un mouvement qui s’amplifie. Il est urgent que le ministère suspende la mise en place des chaires, et que le contenu en soit rediscuté, et comparé avec ce qui est préconisé par la communauté scientifique (généralisation du dispositif des délégations). Si rien n’est fait en ce sens, très rapidement, le Comité National et le Conseil National des Universités appelleront solennellement au boycott des jurys de chaires. »

Contacts :
C3N : contact@c3n-recherche-scientifique.fr
CPCNU : cpcnu@cpcnu.fr
Sites :
C3N : http://www.c3n-recherche-scientifique.fr/
CPCNU : http://www.cpcnu.fr/

Communiqué de la ronde infinie des obstinés, 3 avril 2009

Communiqué de la ronde infinie des obstinés 3 avril 2009

11 jours et trois heures, soit 267 heures que la ronde tourne.
Comme la manifestation du 2 avril l’a confirmé, l’obstination des universitaires demeure. Le découragement tant attendu par notre ministre n’est pas au rendez-vous,et le pourrissement qu’il espère encourager n’est pas de notre côté.
Les lézardes côté gouvernemental conservent un caractère un peu dérisoire tant au regard des enjeux que nous portons à travers ce conflit que de la crise économique et sociale que traverse le pays. A l’obstination dont nous continuons à faire preuve répond un enfermement obtus du gouvernement et de son président. A l’immobilisme idéologique, au mépris et la politique de courte vue, nous opposons la créativité, l’inventivité, le mouvement mené dans l’assurance de nos convictions, la richesse de nos
métiers que nous voulons préserver, l’idée du service public qui nous anime.
En ce sens, la portée de cette ronde dépasse celle des revendications qui l’ont fait naître et est ancrée dans ce principe  que l’Université n’est pas une entreprise ni le savoir une marchandise. Elle rentre parfaitement en résonance avec ce qui se passe dans l’ensemble des services publics comme en attestent les marcheurs qui se joignent à nous le temps d’une ronde ou quotidiennement.
Créativité, inventivité et résonance se retrouvent à chaque minute dans la ronde qui tourne depuis 267 heures.
Parce qu’elle est un mouvement permanent, elle change de forme tous les jours, toutes les nuits, elle se métamorphose tout en essaimant à Amiens, Poitiers, Nantes ou Fort de France.
Nous aurons le plaisir d’accueillir l’assemblée générale des trois conseils centraux de l’université de Paris VIII ce lundi 6 Avril à 14 heures.

Le SNESUP appelle à amplifier le mouvement et à un « tour de France des obstinés »

(nota-bene : les passages en gras sont le fait du Webmaster)

APPEL ADOPTE PAR LE CONGRES DU SNESUP-FSU LE 3 AVRIL 2009
Notre congrès s’est réuni au coeur d’un mouvement fédérateur de luttes, inédit tant dans sa nature, sa durée, sa détermination
que dans sa force. Depuis des mois, la communauté universitaire et les acteurs du monde de l’éducation sont mobilisés contre
l’offensive gouvernementale qui menace l’ensemble du service public de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de
la recherche. Comme les grandes actions interprofessionnelles du 19 janvier et du 19 mars, notre mouvement rencontre la
compréhension de l’opinion publique. Le congrès du SNESUP réaffirme les revendications solidaires de la communauté :

  • La restitution de tous les emplois supprimés en 2009, la création d’emplois statutaires dès cette année et la programmation d’un plan pluriannuel pour tous les métiers du supérieur et de la recherche.
  • Le retrait des projets de décrets « statut des enseignants-chercheurs », « CNU » et « doctorants » et l’abrogation du décret « comités de sélection ».
  • La revitalisation des organismes de recherche, le refus du démantèlement du CNRS et des autres organismes de recherche, le maintien des UMR (unités mixtes de recherche) associant les organismes et les universités, et l’exigence de financements stables récurrents nettement augmentés.
  • Le retrait du projet de réforme actuel de formation des enseignants et des concours de recrutement, et des logiques comptables et régressives qui sous-tendent ce dispositif et une augmentation conséquente du nombre de postes mis aux différents concours de recrutement des enseignants et conseillers d’éducation pédagogiques d’éducation.
  • Un financement à la hauteur des besoins du service public d’enseignement supérieur et de recherche et la révision complète du mode d’allocation des moyens (modèle dit SYMPA) pour un tout autre modèle régulé collégialement.

La mise en oeuvre de la loi LRU et du Pacte Recherche dans les établissements, et plus particulièrement ceux dotés des
compétences élargies, révèle chaque jour aux collègues leurs dangerosités. Les atteintes aux libertés scientifiques, à la
collégialité, la détérioration des conditions de travail et l’aggravation de la précarité des personnels sont maintenant largement
perçues et dénoncées par la communauté universitaire.
Plus que jamais, l’abrogation de la loi LRU et du Pacte Recherche et l’impulsion d’un nouveau cadre législatif doivent être mises à l’ordre du jour.
La puissante lame de fond portée par l’ensemble de la communauté universitaire et scientifique, et en particulier par le SNESUP,
met en difficulté le gouvernement. Le mur qu’il nous opposait jusque là se fissure. Le gouvernement est contraint à manoeuvrer en recul. Ces inflexions sont à mettre au crédit de la détermination des collègues et des initiatives de l’ensemble de la communauté universitaire.

Mais le compte n’y est pas. La journée de manifestations du 2 avril montre la poursuite de la dynamique du mouvement. La colère des enseignants-chercheurs, des enseignants, des chercheurs, des BIATOSS, des ITA et des étudiants, qui s’exprime dans les actions dont la grève, doit aboutir à faire céder le gouvernement, à lui faire retirer ses projets et à lui faire ouvrir de véritables négociations sur l’ensemble de nos revendications solidaires. Dans son refus d’entendre, le gouvernement porte la responsabilité de la poursuite du conflit. Les enseignants ne souhaitent pas pénaliser les étudiants. Une fois nos revendications entendues, nous appellerons la communauté universitaire dans son ensemble à tout mettre en oeuvre pour permettre la validation des diplômes.
Dans l’immédiat, le congrès du SNESUP appelle à participer massivement à une journée nationale de manifestations le 8 avril en convergence avec l’ensemble des personnels du système éducatif et de la recherche.
Il appelle à organiser, à partir du 13 avril, tout au long du mois d’avril et jusqu’au 6 mai, un tour de France des « obstinés » passant par les villes universitaires.
Il appelle d’ores et déjà à participer massivement au 1er mai 2009, exceptionnellement unitaire.
Le congrès du SNESUP appelle l’ensemble de la communauté universitaire et, au-delà, l’ensemble des acteurs du monde de
l’éducation et de la recherche, à amplifier le mouvement, à l’ancrer dans la durée, dans sa diversité tant dans sa nature que dans ses actions (grèves, grèves administratives, rétentions de notes, démissions des responsabilités administratives, manifestations, AG, actions spectaculaires…). Il appelle l’ensemble de ses syndiqués à être partie prenante et élément moteur, dans l’unité, de ce mouvement pour gagner.

Appel à témoignage : doctorant-moniteur arrêté par la police lors de la manifestation de la Sorbonne

Message de Clément Onirus, doctorant-moniteur, arrêté par la police lors de la manifestation de la Sorbonne :

Clément Onimus, doctorant-moniteur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et à l’Université Paris 4, a été interpellé lors d’une manifestation d’enseignants-chercheurs, jeudi 26 mars sur la place de la Sorbonne. Il est accusé à tort de « violences avec arme sur un CRS ». Malgré le caractère totalement saugrenu de ce chef d’accusation, les CRS étant des fonctionnaires assermentés, leur parole vaut pour preuve. C’est donc à l’accusé de prouver son innocence! Nous vous prions de bien vouloir diffuser largement ce message. Et d’entrer en contact avec nous par cette adresse mail: onimus.clement@orange.fr, si vous possédez des photos et des vidéos de cette manifestation.
TOUTES les images nous intéressent, y compris celles où Clément n’apparaît pas, y compris celles où seules les forces de l’ordre apparaissent.
Merci de nous aider et de diffuser ce texte.

Université : le point de non-retour

(article de Laurent Bouvet publié sur Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/blog/laurent-bouvet/010409/universite-le-point-de-non-retour)

Après deux mois de conflit entre le gouvernement et la communauté universitaire, le fossé de l’incompréhension s’est creusé. Aujourd’hui, le point de non retour semble atteint tant le gouvernement refuse de discuter, au fond, des revendications des universitaires et des chercheurs. Il se contente de concessions marginales, de façade, afin de tenter de mettre en difficulté un mouvement inédit par son ampleur et sa durée devant l’opinion publique. Face à ce refus du dialogue, le mouvement se radicalise, non seulement à travers ses modes d’action mais surtout l’approfondissement de ses revendications elles-mêmes : la remise à plat de l’ensemble du système universitaire et de recherche. A l’occasion de cette mobilisation, c’est toute l’université française qui s’est levée pour prendre, pour la première fois depuis bien longtemps, la parole et dire ses maux et ses difficultés. C’est l’université tout entière qui a porté sur la place publique ce qui est vécu depuis tant d’années à l’abri des murs des campus : le manque criant de moyens face à la massification de l’enseignement supérieur, la dégradation du statut d’universitaire dans la société, l’impossibilité de tenir décemment son rang face aux collègues et établissements étrangers, la surcharge croissante due à de tâches administratives en tout genre alors que les universitaires sont statutairement des « enseignants-chercheurs », etc.

Le pari hasardeux du gouvernement

Alors que le gouvernement parie désormais sur la conscience professionnelle des enseignants-chercheurs afin que l’année universitaire ne soit pas définitivement compromise à l’approche de la fin du second semestre de cours, la mobilisation ne faiblit pas malgré quelques apparences trompeuses que s’empressent de relayer les médias. La radicalisation du mouvement (occupation de plus en plus fréquente des bâtiments, allongement de la liste des revendications…) n’est finalement que le sommet émergé de l’iceberg de la détermination des universitaires et des chercheurs face au mépris et aux attaques dont ils ont fait l’objet depuis des semaines tant de la part du gouvernement que des médias qui ont complaisamment relayé son discours. Les quelques concessions mineures faites par les deux ministres en cause (Valérie Pécresse sur le statut des universitaires et Xavier Darcos sur la « mastérisation » de la formation des maîtres) n’ont pas permis d’éteindre l’incendie. Elles ont plutôt renforcé le sentiment de se trouver face à un pouvoir à la fois totalement dépassé par les événements et crispé sur son vade-mecum idéologique.

On mentionnera simplement ici, pour mémoire, car ce n’est déjà plus le sujet, la gestion calamiteuse de la crise par le gouvernement : refus d’ouvrir des discussions face aux premières contestations des mesures annoncées, provocations du Président de la République lui-même (discours du 22 janvier) alors que la tension montait, cafouillage ministériel (annonces contradictoires, nomination de médiateurs…), etc. Bref, tout semble avoir été fait pour laisser la situation se dégrader et la mobilisation se durcir, comme à dessein. Nombre d’universitaires, dont les témoignages abondent dans ce sens depuis deux mois, ont été frappés non seulement par le manque de considération à leur égard mais encore par le fait qu’on les traite à la manière d’une corporation égoïste, arc-boutée sur ses « privilèges », facilement achetable avec quelques colifichets (augmentation des primes individuelles, accélération de quelques échelons de leur carrière, élargissement des contingents de promotion…) ; rien en revanche sur la réalité du travail universitaire au quotidien, sur l’alourdissement des charges administratives et d’encadrement des étudiants par exemple. Le gouvernement a tenté d’imposer aux universitaires des réformes dont ils ne voulaient pas parce qu’elles ne correspondent tout simplement pas à la réalité de leur métier ; et il a refusé de répondre à leurs demandes concrètes et précises tant sur le financement que sur les réformes nécessaires et utiles du système actuel.

Les médias ont, dans leur grande majorité, adopté une posture crypto-poujadiste qui les déshonore en choisissant de stigmatiser universitaires et chercheurs sur leur prétendu refus d’être évalués ou encore en amplifiant l’antienne gouvernementale et présidentielle sur les fonctionnaires fainéants, surpayés et improductifs. Qu’il s’agisse d’un choix éditorial délibéré ou d’un réflexe de soumission au pouvoir, on peut considérer ce traitement médiatique comme tout à fait étonnant quand on sait la manière dont les journalistes sont considérés et traités par ce même pouvoir ! Le seul élément de consolation en la matière vient de ce que « l’opinion publique » – celle-là même que des médias aux ordres tentent visiblement d’amadouer – ne leur fait plus aucun crédit quand elle n’abandonne pas tout simplement leur fréquentation.

La prise de conscience du « corps universitaire »

Plus profondément, ce que ni les médias ni le gouvernement n’ont vu ou voulu voir à l’occasion du mouvement universitaire des dernières semaines, c’est que pour la première fois depuis bien longtemps – sans doute 1968 – l’université française s’interroge sur elle-même. Au travers des formes les plus variées de cette mobilisation, à travers le dialogue jamais rompu avec les étudiants dans les amphis et les salles de cours, c’est tout l’université qui débat de son rôle, de son utilité et de ses formes institutionnelles, et ce bien au-delà des revendications plus traditionnelles et légitimes sur les moyens dont elle est privée depuis des décennies ou sur le statut de tel ou tel. Pour la première fois dans la carrière de l’immense majorité du « corps universitaire » (Vincent Descombes), c’est l’occasion d’une prise de conscience. Pour la première fois aussi, une mise à plat de tout ce qui ne va pas est devenue possible.

C’est le gouvernement lui-même qui par son manque de vision d’ensemble, sa méconnaissance de la réalité universitaire et son aveuglement face à des revendications immédiatement disqualifiées comme corporatistes, a conduit à cette mise à jour à la fois collective et chez chacun des membres de ce corps commun auquel pour la première fois beaucoup ont pu se sentir pleinement appartenir. En cela, le gouvernement a à la fois réussi quelque chose d’inédit et totalement échoué par rapport à ses intentions.

C’est en raison de ce mouvement profond qu’aujourd’hui, ce n’est plus telle ou telle réforme qui est contestée dans son contenu mais l’inspiration générale de toutes les réformes imposées par le gouvernement. Ce ne sont plus seulement les modalités d’application de la loi LRU qui sont en cause mais la loi elle-même. Le gouvernement et les présidents d’université qui l’ont co-écrite n’ont finalement fait qu’aggraver la situation antérieure sans résoudre aucun des problèmes structurels posés à l’université. Ils ont construit cette loi sur deux erreurs fondamentales : prétendre donner l’autonomie aux universités alors que les pouvoirs ont été concentrés dans les mains des seuls présidents ; être dans son principe même la déclinaison d’une forme d’idéologie qui ne dit jamais son nom, celle de la « nouvelle gestion publique » (New Public Management). Bref, cette loi est née de la rencontre d’une volonté de concentration des pouvoirs qui ne peut conduire qu’à une forme d’autoritarisme bureaucratique et de l’aspiration à un managérialisme dont le seul propos est finalement de réduire à tout prix le coût du service rendu au public sans se préoccuper un seul instant de sa qualité.

Si la loi LRU avait bel et bien été dénoncée comme telle lors de son adoption au cœur de l’été 2007 – à l’abri des regards universitaires et étudiants… –, si certains ont immédiatement vu qu’elle entraînerait tout le système à la fois dans l’abîme bureaucratique et dans les affres du pouvoir personnel, il a néanmoins fallu attendre son entrée en vigueur début 2009 dans une vingtaine d’universités et surtout d’en mesurer les conséquences directes sur les universitaires (définition du métier, service d’enseignement, carrière, évaluation…) puis son accompagnement budgétaire pour que chacun prenne conscience de l’ampleur du changement qu’elle induit et des risques qu’elle comporte. Le cœur du problème soulevé par cette loi a pu enfin être mis à jour. La loi LRU est une conséquence directe, appliquée à l’université, de la mise en œuvre de nouvelles règles de gestion publique (LOLF, RGPP…) qui au prétexte d’une meilleure efficacité de l’administration et du service public suivant des principes issus du management privé, conduisent essentiellement à des économies d’emplois. Or, il y a là, concernant l’enseignement supérieur et la recherche, un paradoxe qui est à l’origine de l’incompréhension fondamentale entre gouvernement et universitaires : comment en effet prétendre d’un côté que l’on veut faire entrer la France dans la désormais fameuse « société de la connaissance et de la l’innovation » tant vantée par l’Union européenne tout en refusant de mettre les moyens suffisants – et de les mettre là où ceux qui connaissent leur métier le demande – susceptibles de répondre à l’exigence que l’on s’est ainsi soi-même fixée ?

Sortie de crise ?

Le seul débouché réel, c’est-à-dire politique et viable à long terme, de la crise actuelle, est d’accepter de remettre à plat l’ensemble des réformes entreprises ces dernières années pour ouvrir une discussion générale, un débat public devant l’ensemble des Français, sur l’enseignement supérieur et la recherche : quel système d’ensemble voulons-nous ? Pour quels objectifs ? Avec quels moyens ? A quelle échéance ? C’est le prix, élevé, que devra payer le gouvernement pour son incurie et sa dérive idéologique. Mais c’est aussi une chance incroyable pour la société française : pouvoir enfin débattre de son avenir et des conditions dans lesquelles elle veut l’aborder. La « sortie de crise » dont on parle tant aujourd’hui à propos de l’économie mondiale passe aussi par une place plus grande accordée en France à l’enseignement supérieur et la recherche.