L’OCDE préconise l’augmentation des frais d’inscription

« Enseignement supérieur. Élargir l’autonomie des universités au-delà de ce qui a été réalisé en 2007, surtout pour la gestion budgétaire, le recrutement et la rémunération du personnel. De plus, bien qu’on ait facilité les donations de fondations privées aux universités, de nouvelles mesures sont nécessaires pour favoriser le financement privé des universités, notamment en ayant davantage recours aux droits de scolarité, cette mesure se doublant de prêts étudiants remboursables en fonction du revenu ultérieur. » Source : RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE 78 – ISBN 978-92-64-05279-6 – © OCDE 2009. En ligne : http://www.oecd.org/dataoecd/4/2/42263534.pdf

Le lien avec la proposition de loi présentée en janvier dernier relative aux prêts étudiants par 92 députés UMP

Lire également sur La Tribune : « Les remèdes très libéraux de l’OCDE pour la France.« 

« Sauver l’université, vite. »

Tribune de Ségolène Royal dans Libération.

A lire en ligne : http://www.liberation.fr/societe/0101559963-sauver-l-universite-vite

Extraits :

  • « Oui, le besoin de réformes est d’autant plus grand que des études récentes, notamment celle réalisée par Philippe Aghion pour l’institut Bruegel, confirment le lien entre enseignement supérieur et recherche d’un côté, croissance et innovation de l’autre. Tout montre que trois conditions sont nécessaires pour assurer de bonnes performances universitaires : des moyens financiers adéquats ; une gouvernance conçue autour d’universités autonomes et disposant de la liberté de choisir leurs enseignants ; un système de bourses pour encourager les meilleurs projets. Ce diagnostic est aujourd’hui largement partagé. Enseignants-chercheurs, professeurs et maîtres de conférences, étudiants et parents, personnel administratif des universités : tous sont lucides sur les forces et les carences de notre système supérieur, tous aspirent à des réformes justes et nécessaires. Mais ils attendent pour cela de l’impartialité dans les diagnostics, du respect dans le dialogue, de la justice dans les décisions. Par-dessus tout, ils souhaitent que le savoir et la recherche soient reconnus comme des biens publics, dégagés des contraintes du monde de l’entreprise. »
  • « Transformer l’enseignement en punition pour chercheurs jugés peu productifs et compenser ainsi la diminution des effectifs, il fallait y penser ! Le mépris pour la transmission du savoir, les contrevérités sur l’absence d’évaluation, tout indique la volonté de mettre au pas un monde où se forgent encore des esprits libres. Le coup de grâce donné aux IUFM, dont nul ne contestait la nécessaire évolution, en est le signe : derrière l’économie budgétaire, c’est un apprentissage fondamental que l’on supprime, comme si un master suffisait à former un professeur. »
  • « Combiner une augmentation des moyens, une autonomie véritable et un système d’évaluation collective. Pour nous hisser au niveau des pays scandinaves, une hausse d’environ 0,7 % des dépenses en faveur du supérieur est indispensable. Elle seule permettra d’améliorer le taux d’encadrement et donc la réussite des étudiants, deux sur trois échouant aujourd’hui en premier cycle. Il faut ensuite octroyer une véritable autonomie aux universités, sans oublier les contre-pouvoirs nécessaires pour évaluer et nommer les présidents. Enfin, un système d’évaluation collective des performances universitaires pourrait être créé, comme c’est le cas en Suède. Au terme d’un processus d’évaluation par les pairs, seraient alors récompensées les bonnes performances de recherche des départements, la qualité des enseignements et l’employabilité des étudiants formés. »

Communiqué de la CP-CNU et du C3N : « La recherche publique et l’enseignement supérieur public ne seront bientôt plus à même d’accomplir leurs missions. »

Communiqué CP-CNU C3N, 3 Avril. Accessible en ligne : http://c3n-recherche-scientifique.fr/spip.php?article139

« Devant la gravité des menaces visant la recherche et l’enseignement supérieur, les deux principales instances d’évaluation des chercheurs et enseignants-chercheurs de notre pays, le Conseil d’administration de la Conférence permanente du Conseil national des universités et le C3N, qui réunit les responsables des 3 composantes du Comité national de la recherche scientifique, ont adopté le 2 avril 2009 le communiqué commun suivant :
Evaluation
Le Conseil national des universités et le Comité national font remarquer que, contrairement aux affirmations présidentielles, ils
pratiquent l’évaluation depuis longtemps, et cela dans le respect des principes d’indépendance, de durée et de collégialité :

  • Indépendance : la composition (2 tiers d’élus par les pairs de la discipline, un tiers de nommés par la tutelle) et le caractère national des instances d’évaluation que constituent les sections du CNU et du Comité national garantissent la liberté des choix et des avis par rapport aux autorités politiques d’une part, aux groupes de pression locaux ou disciplinaires d’autre part.
  • Durée : le mandat pluriannuel garantit une mémoire des procédures et des avis, et construit sur plusieurs années une vision globale de l’activité nationale dans un domaine de la science.
  • Collégialité : le débat contradictoire sur la base des dossiers évalués par un ou plusieurs rapporteurs est essentiel. L’objectivité de l’évaluation requiert la confrontation des opinions.

Indépendance, durée et collégialité sont les conditions indissociables d’une évaluation équitable et efficace.
Le Conseil national des universités et le Comité national exigent une redéfinition des compétences en matière d’évaluation, passant notamment par une remise à plat des missions et des procédures de l’AERES. Ils réaffirment en outre avec vigueur les principes suivants :
• Pas d’évaluation des chercheurs ni des enseignantschercheurs sans évaluation simultanée, par les mêmes instances, des
structures au sein desquelles ils travaillent (UMR, Equipes d’accueil, UFR, etc). C’est pourquoi nous voulons coordonner les calendriers de nos deux instances afin que les personnels d’une même structure de recherche et d’enseignement soient évalués la même année.
• Pas d’évaluation des personnels ni des structures sur des bases bibliométriques. Cette vision statistique de l’évaluation ne peut
pas rendre compte de la réalité de la recherche : elle ne porte pas sur les contenus, elle est entachée de nombreux biais disciplinaires, linguistiques et économiques. La qualité n’est pas une propriété émergente de la quantité.

Emploi scientifique
La CP-CNU et le C3N s’alarment de la situation ingérable produite dans les laboratoires et les filières d’enseignement par la
raréfaction des recrutements et par la précarisation des emplois. La diminution des postes mis au concours des universités et des
organismes de recherche augmente considérablement le nombre de docteurs encore précaires dans la tranche d’âge 30-40 ans, organise le gâchis des compétences et de la créativité des jeunes collègues, met en danger l’attractivité des métiers de la science.
Les chaires mixtes université-organisme, aussi appelées « chaires d’excellence » et présentées comme l’instrument du rapprochement entre la recherche et l’enseignement supérieur, avaient pour premier effet d’immobiliser deux postes budgétaires pour un seul recrutement. L’annonce par la ministre le mardi 31 mars de la réaffectation au concours 2009 dans les organismes des 130 supports de postes détournés par ces chaires est positive, et marque un premier succès de la très large mobilisation de ces dernières semaines. Le rapprochement entre universités et organismes de recherche passe avant tout par la revitalisation du dispositif des délégations offertes par les organismes après consultation des instances scientifiques.
Simultanément, l’Agence Nationale de la Recherche, désormais principale source de financement de la recherche
scientifique, génère par des contrats à très court terme un personnel précaire dont le nombre est en passe de rattraper celui des chercheurs permanents. La recherche publique et l’enseignement supérieur public ne seront bientôt plus à même d’accomplir leurs missions. Dans ces conditions, notre expérience et notre représentativité en matière d’évaluation nous contraignent à dénoncer le mensonge d’État qui prétend faire de la recherche et de l’enseignement supérieur une priorité nationale.

Appel
C’est pourquoi le Conseil national des universités et le Comité national exigent une redéfinition des compétences en matière
d’évaluation, passant notamment par une remise à plat des missions et des procédures de l’AERES. Tant que cette exigence ne sera pas satisfaite et que des chaires resteront affichées en l’état au concours 2009, nous appelons les membres de nos instances à l’amplification du moratoire des expertises ANR et AERES dont nous sommes chargés à titre individuel, ainsi qu’au moratoire des évaluations confiées à nos instances.
La situation est aujourd’hui extrêmement confuse en ce qui concerne les chaires. A de nombreux niveaux (sections du CoNRS, du CNU, CA d’universités), des refus de participer au processus en cours se sont manifestés, dans un mouvement qui s’amplifie. Il est urgent que le ministère suspende la mise en place des chaires, et que le contenu en soit rediscuté, et comparé avec ce qui est préconisé par la communauté scientifique (généralisation du dispositif des délégations). Si rien n’est fait en ce sens, très rapidement, le Comité National et le Conseil National des Universités appelleront solennellement au boycott des jurys de chaires. »

Contacts :
C3N : contact@c3n-recherche-scientifique.fr
CPCNU : cpcnu@cpcnu.fr
Sites :
C3N : http://www.c3n-recherche-scientifique.fr/
CPCNU : http://www.cpcnu.fr/

Communiqué de la ronde infinie des obstinés, 3 avril 2009

Communiqué de la ronde infinie des obstinés 3 avril 2009

11 jours et trois heures, soit 267 heures que la ronde tourne.
Comme la manifestation du 2 avril l’a confirmé, l’obstination des universitaires demeure. Le découragement tant attendu par notre ministre n’est pas au rendez-vous,et le pourrissement qu’il espère encourager n’est pas de notre côté.
Les lézardes côté gouvernemental conservent un caractère un peu dérisoire tant au regard des enjeux que nous portons à travers ce conflit que de la crise économique et sociale que traverse le pays. A l’obstination dont nous continuons à faire preuve répond un enfermement obtus du gouvernement et de son président. A l’immobilisme idéologique, au mépris et la politique de courte vue, nous opposons la créativité, l’inventivité, le mouvement mené dans l’assurance de nos convictions, la richesse de nos
métiers que nous voulons préserver, l’idée du service public qui nous anime.
En ce sens, la portée de cette ronde dépasse celle des revendications qui l’ont fait naître et est ancrée dans ce principe  que l’Université n’est pas une entreprise ni le savoir une marchandise. Elle rentre parfaitement en résonance avec ce qui se passe dans l’ensemble des services publics comme en attestent les marcheurs qui se joignent à nous le temps d’une ronde ou quotidiennement.
Créativité, inventivité et résonance se retrouvent à chaque minute dans la ronde qui tourne depuis 267 heures.
Parce qu’elle est un mouvement permanent, elle change de forme tous les jours, toutes les nuits, elle se métamorphose tout en essaimant à Amiens, Poitiers, Nantes ou Fort de France.
Nous aurons le plaisir d’accueillir l’assemblée générale des trois conseils centraux de l’université de Paris VIII ce lundi 6 Avril à 14 heures.

Le SNESUP appelle à amplifier le mouvement et à un « tour de France des obstinés »

(nota-bene : les passages en gras sont le fait du Webmaster)

APPEL ADOPTE PAR LE CONGRES DU SNESUP-FSU LE 3 AVRIL 2009
Notre congrès s’est réuni au coeur d’un mouvement fédérateur de luttes, inédit tant dans sa nature, sa durée, sa détermination
que dans sa force. Depuis des mois, la communauté universitaire et les acteurs du monde de l’éducation sont mobilisés contre
l’offensive gouvernementale qui menace l’ensemble du service public de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de
la recherche. Comme les grandes actions interprofessionnelles du 19 janvier et du 19 mars, notre mouvement rencontre la
compréhension de l’opinion publique. Le congrès du SNESUP réaffirme les revendications solidaires de la communauté :

  • La restitution de tous les emplois supprimés en 2009, la création d’emplois statutaires dès cette année et la programmation d’un plan pluriannuel pour tous les métiers du supérieur et de la recherche.
  • Le retrait des projets de décrets « statut des enseignants-chercheurs », « CNU » et « doctorants » et l’abrogation du décret « comités de sélection ».
  • La revitalisation des organismes de recherche, le refus du démantèlement du CNRS et des autres organismes de recherche, le maintien des UMR (unités mixtes de recherche) associant les organismes et les universités, et l’exigence de financements stables récurrents nettement augmentés.
  • Le retrait du projet de réforme actuel de formation des enseignants et des concours de recrutement, et des logiques comptables et régressives qui sous-tendent ce dispositif et une augmentation conséquente du nombre de postes mis aux différents concours de recrutement des enseignants et conseillers d’éducation pédagogiques d’éducation.
  • Un financement à la hauteur des besoins du service public d’enseignement supérieur et de recherche et la révision complète du mode d’allocation des moyens (modèle dit SYMPA) pour un tout autre modèle régulé collégialement.

La mise en oeuvre de la loi LRU et du Pacte Recherche dans les établissements, et plus particulièrement ceux dotés des
compétences élargies, révèle chaque jour aux collègues leurs dangerosités. Les atteintes aux libertés scientifiques, à la
collégialité, la détérioration des conditions de travail et l’aggravation de la précarité des personnels sont maintenant largement
perçues et dénoncées par la communauté universitaire.
Plus que jamais, l’abrogation de la loi LRU et du Pacte Recherche et l’impulsion d’un nouveau cadre législatif doivent être mises à l’ordre du jour.
La puissante lame de fond portée par l’ensemble de la communauté universitaire et scientifique, et en particulier par le SNESUP,
met en difficulté le gouvernement. Le mur qu’il nous opposait jusque là se fissure. Le gouvernement est contraint à manoeuvrer en recul. Ces inflexions sont à mettre au crédit de la détermination des collègues et des initiatives de l’ensemble de la communauté universitaire.

Mais le compte n’y est pas. La journée de manifestations du 2 avril montre la poursuite de la dynamique du mouvement. La colère des enseignants-chercheurs, des enseignants, des chercheurs, des BIATOSS, des ITA et des étudiants, qui s’exprime dans les actions dont la grève, doit aboutir à faire céder le gouvernement, à lui faire retirer ses projets et à lui faire ouvrir de véritables négociations sur l’ensemble de nos revendications solidaires. Dans son refus d’entendre, le gouvernement porte la responsabilité de la poursuite du conflit. Les enseignants ne souhaitent pas pénaliser les étudiants. Une fois nos revendications entendues, nous appellerons la communauté universitaire dans son ensemble à tout mettre en oeuvre pour permettre la validation des diplômes.
Dans l’immédiat, le congrès du SNESUP appelle à participer massivement à une journée nationale de manifestations le 8 avril en convergence avec l’ensemble des personnels du système éducatif et de la recherche.
Il appelle à organiser, à partir du 13 avril, tout au long du mois d’avril et jusqu’au 6 mai, un tour de France des « obstinés » passant par les villes universitaires.
Il appelle d’ores et déjà à participer massivement au 1er mai 2009, exceptionnellement unitaire.
Le congrès du SNESUP appelle l’ensemble de la communauté universitaire et, au-delà, l’ensemble des acteurs du monde de
l’éducation et de la recherche, à amplifier le mouvement, à l’ancrer dans la durée, dans sa diversité tant dans sa nature que dans ses actions (grèves, grèves administratives, rétentions de notes, démissions des responsabilités administratives, manifestations, AG, actions spectaculaires…). Il appelle l’ensemble de ses syndiqués à être partie prenante et élément moteur, dans l’unité, de ce mouvement pour gagner.

Appel à témoignage : doctorant-moniteur arrêté par la police lors de la manifestation de la Sorbonne

Message de Clément Onirus, doctorant-moniteur, arrêté par la police lors de la manifestation de la Sorbonne :

Clément Onimus, doctorant-moniteur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et à l’Université Paris 4, a été interpellé lors d’une manifestation d’enseignants-chercheurs, jeudi 26 mars sur la place de la Sorbonne. Il est accusé à tort de « violences avec arme sur un CRS ». Malgré le caractère totalement saugrenu de ce chef d’accusation, les CRS étant des fonctionnaires assermentés, leur parole vaut pour preuve. C’est donc à l’accusé de prouver son innocence! Nous vous prions de bien vouloir diffuser largement ce message. Et d’entrer en contact avec nous par cette adresse mail: onimus.clement@orange.fr, si vous possédez des photos et des vidéos de cette manifestation.
TOUTES les images nous intéressent, y compris celles où Clément n’apparaît pas, y compris celles où seules les forces de l’ordre apparaissent.
Merci de nous aider et de diffuser ce texte.

Université : le point de non-retour

(article de Laurent Bouvet publié sur Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/blog/laurent-bouvet/010409/universite-le-point-de-non-retour)

Après deux mois de conflit entre le gouvernement et la communauté universitaire, le fossé de l’incompréhension s’est creusé. Aujourd’hui, le point de non retour semble atteint tant le gouvernement refuse de discuter, au fond, des revendications des universitaires et des chercheurs. Il se contente de concessions marginales, de façade, afin de tenter de mettre en difficulté un mouvement inédit par son ampleur et sa durée devant l’opinion publique. Face à ce refus du dialogue, le mouvement se radicalise, non seulement à travers ses modes d’action mais surtout l’approfondissement de ses revendications elles-mêmes : la remise à plat de l’ensemble du système universitaire et de recherche. A l’occasion de cette mobilisation, c’est toute l’université française qui s’est levée pour prendre, pour la première fois depuis bien longtemps, la parole et dire ses maux et ses difficultés. C’est l’université tout entière qui a porté sur la place publique ce qui est vécu depuis tant d’années à l’abri des murs des campus : le manque criant de moyens face à la massification de l’enseignement supérieur, la dégradation du statut d’universitaire dans la société, l’impossibilité de tenir décemment son rang face aux collègues et établissements étrangers, la surcharge croissante due à de tâches administratives en tout genre alors que les universitaires sont statutairement des « enseignants-chercheurs », etc.

Le pari hasardeux du gouvernement

Alors que le gouvernement parie désormais sur la conscience professionnelle des enseignants-chercheurs afin que l’année universitaire ne soit pas définitivement compromise à l’approche de la fin du second semestre de cours, la mobilisation ne faiblit pas malgré quelques apparences trompeuses que s’empressent de relayer les médias. La radicalisation du mouvement (occupation de plus en plus fréquente des bâtiments, allongement de la liste des revendications…) n’est finalement que le sommet émergé de l’iceberg de la détermination des universitaires et des chercheurs face au mépris et aux attaques dont ils ont fait l’objet depuis des semaines tant de la part du gouvernement que des médias qui ont complaisamment relayé son discours. Les quelques concessions mineures faites par les deux ministres en cause (Valérie Pécresse sur le statut des universitaires et Xavier Darcos sur la « mastérisation » de la formation des maîtres) n’ont pas permis d’éteindre l’incendie. Elles ont plutôt renforcé le sentiment de se trouver face à un pouvoir à la fois totalement dépassé par les événements et crispé sur son vade-mecum idéologique.

On mentionnera simplement ici, pour mémoire, car ce n’est déjà plus le sujet, la gestion calamiteuse de la crise par le gouvernement : refus d’ouvrir des discussions face aux premières contestations des mesures annoncées, provocations du Président de la République lui-même (discours du 22 janvier) alors que la tension montait, cafouillage ministériel (annonces contradictoires, nomination de médiateurs…), etc. Bref, tout semble avoir été fait pour laisser la situation se dégrader et la mobilisation se durcir, comme à dessein. Nombre d’universitaires, dont les témoignages abondent dans ce sens depuis deux mois, ont été frappés non seulement par le manque de considération à leur égard mais encore par le fait qu’on les traite à la manière d’une corporation égoïste, arc-boutée sur ses « privilèges », facilement achetable avec quelques colifichets (augmentation des primes individuelles, accélération de quelques échelons de leur carrière, élargissement des contingents de promotion…) ; rien en revanche sur la réalité du travail universitaire au quotidien, sur l’alourdissement des charges administratives et d’encadrement des étudiants par exemple. Le gouvernement a tenté d’imposer aux universitaires des réformes dont ils ne voulaient pas parce qu’elles ne correspondent tout simplement pas à la réalité de leur métier ; et il a refusé de répondre à leurs demandes concrètes et précises tant sur le financement que sur les réformes nécessaires et utiles du système actuel.

Les médias ont, dans leur grande majorité, adopté une posture crypto-poujadiste qui les déshonore en choisissant de stigmatiser universitaires et chercheurs sur leur prétendu refus d’être évalués ou encore en amplifiant l’antienne gouvernementale et présidentielle sur les fonctionnaires fainéants, surpayés et improductifs. Qu’il s’agisse d’un choix éditorial délibéré ou d’un réflexe de soumission au pouvoir, on peut considérer ce traitement médiatique comme tout à fait étonnant quand on sait la manière dont les journalistes sont considérés et traités par ce même pouvoir ! Le seul élément de consolation en la matière vient de ce que « l’opinion publique » – celle-là même que des médias aux ordres tentent visiblement d’amadouer – ne leur fait plus aucun crédit quand elle n’abandonne pas tout simplement leur fréquentation.

La prise de conscience du « corps universitaire »

Plus profondément, ce que ni les médias ni le gouvernement n’ont vu ou voulu voir à l’occasion du mouvement universitaire des dernières semaines, c’est que pour la première fois depuis bien longtemps – sans doute 1968 – l’université française s’interroge sur elle-même. Au travers des formes les plus variées de cette mobilisation, à travers le dialogue jamais rompu avec les étudiants dans les amphis et les salles de cours, c’est tout l’université qui débat de son rôle, de son utilité et de ses formes institutionnelles, et ce bien au-delà des revendications plus traditionnelles et légitimes sur les moyens dont elle est privée depuis des décennies ou sur le statut de tel ou tel. Pour la première fois dans la carrière de l’immense majorité du « corps universitaire » (Vincent Descombes), c’est l’occasion d’une prise de conscience. Pour la première fois aussi, une mise à plat de tout ce qui ne va pas est devenue possible.

C’est le gouvernement lui-même qui par son manque de vision d’ensemble, sa méconnaissance de la réalité universitaire et son aveuglement face à des revendications immédiatement disqualifiées comme corporatistes, a conduit à cette mise à jour à la fois collective et chez chacun des membres de ce corps commun auquel pour la première fois beaucoup ont pu se sentir pleinement appartenir. En cela, le gouvernement a à la fois réussi quelque chose d’inédit et totalement échoué par rapport à ses intentions.

C’est en raison de ce mouvement profond qu’aujourd’hui, ce n’est plus telle ou telle réforme qui est contestée dans son contenu mais l’inspiration générale de toutes les réformes imposées par le gouvernement. Ce ne sont plus seulement les modalités d’application de la loi LRU qui sont en cause mais la loi elle-même. Le gouvernement et les présidents d’université qui l’ont co-écrite n’ont finalement fait qu’aggraver la situation antérieure sans résoudre aucun des problèmes structurels posés à l’université. Ils ont construit cette loi sur deux erreurs fondamentales : prétendre donner l’autonomie aux universités alors que les pouvoirs ont été concentrés dans les mains des seuls présidents ; être dans son principe même la déclinaison d’une forme d’idéologie qui ne dit jamais son nom, celle de la « nouvelle gestion publique » (New Public Management). Bref, cette loi est née de la rencontre d’une volonté de concentration des pouvoirs qui ne peut conduire qu’à une forme d’autoritarisme bureaucratique et de l’aspiration à un managérialisme dont le seul propos est finalement de réduire à tout prix le coût du service rendu au public sans se préoccuper un seul instant de sa qualité.

Si la loi LRU avait bel et bien été dénoncée comme telle lors de son adoption au cœur de l’été 2007 – à l’abri des regards universitaires et étudiants… –, si certains ont immédiatement vu qu’elle entraînerait tout le système à la fois dans l’abîme bureaucratique et dans les affres du pouvoir personnel, il a néanmoins fallu attendre son entrée en vigueur début 2009 dans une vingtaine d’universités et surtout d’en mesurer les conséquences directes sur les universitaires (définition du métier, service d’enseignement, carrière, évaluation…) puis son accompagnement budgétaire pour que chacun prenne conscience de l’ampleur du changement qu’elle induit et des risques qu’elle comporte. Le cœur du problème soulevé par cette loi a pu enfin être mis à jour. La loi LRU est une conséquence directe, appliquée à l’université, de la mise en œuvre de nouvelles règles de gestion publique (LOLF, RGPP…) qui au prétexte d’une meilleure efficacité de l’administration et du service public suivant des principes issus du management privé, conduisent essentiellement à des économies d’emplois. Or, il y a là, concernant l’enseignement supérieur et la recherche, un paradoxe qui est à l’origine de l’incompréhension fondamentale entre gouvernement et universitaires : comment en effet prétendre d’un côté que l’on veut faire entrer la France dans la désormais fameuse « société de la connaissance et de la l’innovation » tant vantée par l’Union européenne tout en refusant de mettre les moyens suffisants – et de les mettre là où ceux qui connaissent leur métier le demande – susceptibles de répondre à l’exigence que l’on s’est ainsi soi-même fixée ?

Sortie de crise ?

Le seul débouché réel, c’est-à-dire politique et viable à long terme, de la crise actuelle, est d’accepter de remettre à plat l’ensemble des réformes entreprises ces dernières années pour ouvrir une discussion générale, un débat public devant l’ensemble des Français, sur l’enseignement supérieur et la recherche : quel système d’ensemble voulons-nous ? Pour quels objectifs ? Avec quels moyens ? A quelle échéance ? C’est le prix, élevé, que devra payer le gouvernement pour son incurie et sa dérive idéologique. Mais c’est aussi une chance incroyable pour la société française : pouvoir enfin débattre de son avenir et des conditions dans lesquelles elle veut l’aborder. La « sortie de crise » dont on parle tant aujourd’hui à propos de l’économie mondiale passe aussi par une place plus grande accordée en France à l’enseignement supérieur et la recherche.

76 démissions à Amiens

Article du courrier Picard : http://www.courrier-picard.fr/courrier/Picardie-Express/Les-profs-remettent-leur-demission

« Soixante-seize enseignants-chercheurs ont symboliquement démissionné hier matin de leurs fonctions administratives. Ces démissions concernent les directeurs de départements, les directeurs des études, les présidents des jurys d’examens etc, et risquent de paralyser à terme, le fonctionnement de l’UPJV. Lancée au niveau national, cette initiative a été particulièrement suivie à Amiens (plus de détail dans notre édition de demain). »

Mobilisation intacte à l’ENS LSH de Lyon

L’ENS LSH de Lyon reste très mobilisée : les cours n’ont toujours pas repris.
L’AG mardi matin a rassemblé une centaine de personnes, étudiants, enseignants et personnels administratifs.
Elle a voté la reconduite de la grève, le blocage administratif (effectif depuis jeudi 2 avril au matin) et la motion suivante :

« Les étudiants, personnels et enseignants de l’ENS LSH, réunis en Assemblée Générale ce mardi 31 mars 2009, s’élèvent contre le nombre croissant de cas de répression à l’égard du mouvement universitaire, condamnent les violences policières et les interpellations dont nombre de nos camarades ont été victimes, et demandent l’annulation des poursuites judiciaires. »

Le blocage a été bien reçu par les personnels administratifs et techniques. La participation à la manifestation de jeudi a été massive.

Lettre à X. Darcos de la Coordination Concours Lettres

Coordination Concours Lettres

  • Société de Langue et Littérature Médiévales d’Oc et d’Oïl
  • Société Française d’Étude du Seizième Siècle
  • Société d’Étude du Dix-septième Siècle
  • Société Française d’Étude du Dix-huitième Siècle
  • Société des Études romantiques et dix-neuviémistes
  • Société d’Étude de la littérature française du XXe siècle
  • Société Française de Littérature Générale et Comparée

Paris, le mercredi 1er avril 2009
À Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale

Monsieur le Ministre,
Bien que vous n’ayez pas encore répondu à notre lettre ouverte du 12 mars, à nouveau, nous nous adressons solennellement à vous en réaction à votre communiqué d’hier. Comme vous le savez, nos sociétés réunissent la plus grande partie des enseignants de littérature française et comparée dans les universités dont vous avez la haute responsabilité. Nous sommes les préparateurs de « vos » concours. Avec nos collègues de toutes les autres disciplines, toutes tendances politiques confondues, nous avons déjà attiré votre attention dans notre lettre du 12 mars sur les effets pervers du projet de réforme de formation des maîtres et des concours de recrutement qu’au mépris de tous les avertissements, vous voulez mettre en œuvre dès septembre prochain. Nous ne reprendrons pas ici notre argumentaire : vous le connaissez.

Après avoir longtemps refusé toute discussion sur le sujet, le 18 mars, vous avez enfin admis la nécessité de ce « dialogue raisonnable » et de cette « controverse argumentée », que nous réclamions vainement depuis des mois. Puis vous avez enfin accepté de maintenir les concours en l’état pour 2010. Nous prenons acte de ce geste de bonne volonté. Il est vrai qu’il n’y avait guère d’autre solution pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle votre Ministère s’était engagé. Mais il est évident que cette demi-mesure ne résout rien, à la fois parce qu’elle arrive trop tard, parce qu’elle laisse ouverts nombre de problèmes insolubles, parce qu’elle ajoute à la confusion. Avec la meilleure volonté du monde, le dispositif prévu pour l’année à venir est impossible à appliquer, et il est étonnant que vous ne vous en rendiez pas compte. Les Présidents de nos universités vous ont pourtant dit, par l’intermédiaire de la CPU, que « les délais actuels de mise en œuvre de la réforme sont incompatibles avec un travail de qualité » (déclaration du 5 mars), et que « la réforme ne peut aujourd’hui être mise en place qu’à partir de la rentrée 2010-2011 et les concours en 2011 » (déclaration du 17 mars). Plus le temps passe, et plus cette évidence s’impose à tous les acteurs potentiels de la réforme, y compris les mieux disposés. Le communiqué très précis et argumenté de la Coordination nationale de la Formation des Maîtres publié le 21 mars met parfaitement en évidence les nombreux aspects techniques qui rendent absolument irréalisable le projet.

Si nous acceptions le dispositif rendu public dans votre communiqué du 31 mars, le processus de mastérisation serait lancé, avec notre complicité, dans des conditions d’improvisation et de confusion inacceptables, dommageables à nos étudiants et au service public. Et tous les risques de la réforme déjà maintes fois rappelés subsisteraient : mise en concurrence des universités, objectifs inconciliables au sein du master, disparition de la 5e année de formation rémunérée, etc. Si nous avons demandé le maintien des concours dans leur format actuel en 2010, ce n’est évidemment pas pour voir la réforme se mettre en place dès 2009 en dépit de toutes les difficultés qui ont été soulevées !

Nous réitérons donc avec plus de force la demande instante que nous vous avons déjà adressée le 12 mars : le report de la réforme dans son ensemble est la seule solution permettant une remise à plat du dossier et une véritable concertation, à laquelle nous devrons être associés (quant au contenu des futurs concours dans un premier temps, puis quant à l’organisation des futurs masters dans un second temps).

Il faut, Monsieur le Ministre, pour dissiper nos craintes et celles de nos étudiants, retirer le projet actuel, rétablir l’année de stage pratique en alternance rémunéré et pris en compte dans la carrière, et avant tout décréter un  moratoire d’une année afin de laisser à une commission représentative le temps de décider du contenu scientifique des concours, de la nature des épreuves disciplinaires, des conditions de préparation et des moyens matériels et humains à prévoir pour assurer aux enseignants de demain une formation digne de ce nom, à la hauteur des ambitions légitimes que vous-même mettez en avant..

Dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous assurons, Monsieur le Ministre, de notre dévouement au service public de l’Education nationale.

  • Joëlle Ducos Présidente de la SLLMOO Professeur de philologie et linguistique médiévales à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
  • Jean Vignes Président de la SFDES Professeur de littérature française de la Renaissance à l’Université de Paris Diderot (Paris 7)
  • Béatrice Guion Secrétaire de la SEDS Professeur de littérature française du XVIIe siècle à l’Université de Strasbourg
  • Catriona Seth Secrétaire générale de la SFEDS Professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’Université de Nancy II
  • José-Luis Diaz Secrétaire général de la SERD Professeur de littérature française du XIXe siècle à l’Université de Paris Diderot (Paris 7)
  • Didier Alexandre Président de la SELFXX Professeur de littérature française du XXe siècle à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
  • Anne Tomiche Présidente de la SFLGC Professeur de littérature comparée à l’Université de Paris Nord (Paris 13)

Merci d’adresser tout courrier à :
M. Jean VIGNES, Professeur à l’Université de Paris 7, 1 quai d’Austerlitz, 75013 Paris jePOINTvignesATfreePOINTfr

« Le choix politique de la rédaction du Monde »

Lettre à Messieurs Laurent Greilsamer et Philippe Jacqué
Copie :
1) Mesdames et Messieurs les journalistes du journal Le Monde ;
2) listes de discussions [Diffparis1], [PROFS-SUP], [Prep.Coord.Nat], [Débats SLR], [Forum-superieur], [ancmsp]

Le choix politique de la rédaction du Monde
La Rédaction du journal Le Monde a fait le choix politique depuis trois mois de se construire comme un adversaire résolu du mouvement universitaire, d’occulter systématiquement aux yeux de ses lecteurs les raisons légitimes de cette défense de l’université et de la recherche : la liberté de production et de diffusion des savoirs ; l’indispensable pluralisme paradigmatique dans les sciences humaines, économiques et sociales ; les besoins de notre pays d’investissement en recherche fondamentale ; la démocratisation de l’accès aux savoirs. Vous avez au contraire constamment réduit ce mouvement, par vos choix d’agenda et de cadrage, à des revendications corporatistes, à un conservatisme larvé de résistance à tout changement, à des réflexes irrationnels de frondes et des contestations perpétuelles voir à des problèmes psychologiques d’inquiétude ou des phénomènes sociaux de rumeurs.
Par effet d’osmose avec les pouvoirs politiques et économiques, vous avez masqué l’ampleur, sans précédent historique, de cette résistance universitaire qui va bien au-delà de celle de 1968 tant du point de vue de l’unanimisme sur l’axe gauche-droite que du nombre d’enseignants et chercheurs mobilisés. Et vous avez relayé avec constance les rhétoriques gouvernementales d’évaluation et de modulation utilisées aux seules fins d’économie budgétaire et de subordination politique de la pensée. Vous avez relayé avec plus de constance que les chargés de communication des Cabinets ministériels toutes les manœuvres de diversion et d’intoxication conduites par les ministres sans couvrir les rencontres de la coordination nationale des universités, sans rendre compte du modèle d’enseignement supérieur et de recherche qu’elle défend, à travers ses motions, pour les étudiants, pour les français et pour la démocratie. Vous n’avez rien voulu dire des enjeux hautement politiques qui sous-tendent la technicité des réformes du statut des enseignants-chercheurs, de la formation des enseignants, du classement des revues scientifiques, de l’évaluation des carrières, de la précarisation des personnels et doctorants, des restrictions budgétaires imposées à l’éducation nationale…
Monsieur Greilsamer se plaint de cette époque où « la presse tente d’esquiver bien des coups », mais ne semble pas avoir la moindre conscience des coups portés au service public de l’enseignement qui a pourtant plus d’importance encore pour la santé de notre espace public et de notre culture démocratique. Et la rédaction du journal a-t-elle conscience des coups répétés que le journal Le Monde, par les articles de Catherine Rollot a porté aux quatre-vingt mille enseignants du supérieur, aux dizaines de milliers de chercheurs, aux centaines de milliers d’étudiants dont nous avons la responsabilité chaque année ? Ces coups, nous les avons comptés et nous les avons encaissés depuis trois mois, chaque fois en les accueillant par des tollés d’indignations et de protestations. Les avez-vous entendues ?
Le dernier coup en date fut un coup de trop : « Les Facs mobilisées voient leur image se dégrader ! » par Christian Bonrepaux, Benoît Floc’h et Catherine Rollot. Cet article pourra être utilisé pendant des années en TD de Méthodes et techniques des sciences sociales, pour introduire nos étudiants aux rigueurs les plus élémentaires de la recherche et leur illustrer les fautes à ne pas commettre.

« Les facs mobilisées voient leur image se dégrader »
Par son titre « Les facs mobilisées voient leur image se dégrader » (au présent) et les premières phrases des deux premiers paragraphes – « Toutes trois sont des universités éruptives » (au présent) puis « Cette année, elles sont à la pointe de la contestation contre les réformes de l’enseignement supérieur. »(au présent) – l’article énonce une thèse centrale qui oriente le développement : celle d’une corrélation entre la mobilisation actuelle (l’actualité donne sens à la publication de l’article) et les variations d’effectifs de trois universités. Or cette corrélation est actuellement inobservable puisqu’elle ne pourra être observée (sauf à disposer d’une boule de cristal) qu’à partir de la prochaine vague d’inscriptions à l’automne 2009.
Comme l’expression d’une telle corrélation inobservable est absurde et que les journalistes le savent, ils introduisent un recul historique de quelques années qui créé chez le lecteur l’illusion d’un fondement empirique à la thèse centrale. La supercherie tient en deux points : [1] aucune mobilisation dans les années précédentes ne peut être mise sur le même plan que celle qui se déroule depuis trois mois ; l’amalgame est  sociologiquement faux, pour ne pas dire frauduleux, mais il permet aux journalistes de relier le passé au présent et d’induire une validation rétrospective d’une thèse qui, elle, est prospective ce qui est méthodologiquement inacceptable  ; [2] dans l’examen des années passées, ils reconnaissent bien l’existence d’autres variables susceptibles d’expliquer ces baisses d’effectifs (démographie locale,  attaques symboliques du gouvernement contre certaines matières, structure disciplinaire de l’offre de formation…) mais c’est seulement pour mieux réaffirmer leur thèse (… « Au fil des mobilisations, l’image de l’université se dégrade bien pourtant. » « …les grèves ont tendance à aggraver l’hémorragie d’étudiants. ») qui est celle de la prévalence du facteur « mobilisation » sur tous les autres… et cela sans aucun contrôle de cette inférence.

Il y a en effet de multiples raisons sociologiques qui peuvent expliquer des variations d’effectifs sur telle ou telle université :

  • 1) la demande de formation est en baisse sur certaines disciplines plus que sur d’autres – notamment en raison des attaques gouvernementales contre les sciences humaines et sociales – et, par suite, les variations d’inscriptions dans chaque université dépendent nécessairement de la structure disciplinaire de son offre de formation.
  • 2) l’inscription dans les universités, en province particulièrement, dépend de l’évolution démographique dans leurs zones géographiques respectives de recrutement : il suffit de variations locales de la pyramide des âges dans un territoire pour que varient les effectifs de classes d’âge susceptibles de s’inscrire dans l’université de proximité.
  • 3) les choix d’inscription ne dépendent pas seulement de la proximité géographique ou de la « réputation » de telle ou telle université mais aussi  de choix personnels de la part d’étudiants souvent désireux d’aller dans une ville éloignée de leur territoire familial pour s’affranchir de leurs univers d’origine, familiaux, sociaux ou géographiques.
  • 4) les réputations des universités ne procèdent pas de rationalités analytiques – quand bien même les idéologies du moment sur les classements diffusent de telles croyances –  mais de processus sociaux de constructions de réputations dans lesquels s’entremêlent les données objectives, les propagandes politiques ou journalistiques et les phénomènes de rumeurs.
  • 5)… et de bien d’autres facteurs encore…

De tout cela les journalistes du journal Le Monde sont parfaitement conscients mais ils jouent sur les ambiguïtés chronologiques de leurs corrélations sans fondements pour habiller l’expression de leur conviction politique : la mobilisation loin de défendre l’université porte atteinte à ses intérêts. Or cela est faux si l’on considère l’université principalement comme une institution de production et de diffusion de savoirs.
En raison de leur conviction aveuglante, ces journalistes ne parviennent même pas à imaginer la corrélation inverse entre mobilisation et effectifs : la radicalisation politique actuellement observable chez les 18 / 25 ans, qui gonflent aujourd’hui les effectifs électoraux et militants de la gauche critique, sous l’effet des politiques gouvernementales, suscite parfois un attrait particulier dans ce public en faveur des universités réputées les plus attachées à la liberté des savoirs et au développement de l’esprit critique… Cela tient au fait, qu’entre 18 et 25 ans, et pour certains beaucoup plus tard encore, les gens n’ont pas tous les goûts économiques et les aspirations existentielles de N.Sarkozy, A.Minc, X. Darcos, C.Rollot ou V. Pécresse.

Viennent ensuite une sélection orientée de témoignages savamment choisis : les Présidents d’Université qui ont d’abord soutenu ces réformes renforçant leurs propres pouvoirs et ne s’en sont distanciés que sous la menace de l’ensemble de leurs collègues ; les étudiants étrangers qui sont de passage dans un système universitaire dont il n’attendent que la validation du semestre en cours et qu’ils n’auront pas assumer ultérieurement comme citoyens du pays ; les chefs d’entreprise que les journalistes font parler de trois universités dont l’offre de formation est massivement orientée vers des sciences humaines et sociales dont les principaux débouchés ne sont pas ces entreprises. Trois types d’acteurs marginaux dans l’univers social de référence mais qui ont tous en commun d’avoir de bonnes raisons d’être indifférents ou hostiles au mouvement de défense de l’université.
La seule chose dont on peut être certain en lisant cet article, c’est que les réputations des trois universités souffriront effectivement de la publication d’un tel article dont l’audience locale risque d’être beaucoup plus importante que la couverture médiatique des mobilisations. En raison même des fautes commises par les journalistes ces trois universités pourraient valablement attaquer en justice Le Monde et lui réclamer des dommages et intérêts.

Un tournant dans l’histoire du Monde
Ce dernier article en date de C. Rollot est seulement emblématique de ce qui s’est passé depuis trois mois : je pourrais, si j’en avais le temps, produire des analyses de ce type pour la totalité de ses publications relatives aux réformes et au mouvement en cours.
Les analyses de votre couverture du mouvement par nos collègues Henri Maler et Olivier Poche (http://www.acrimed.org/article3102.html) démontrent ce que tous les enseignants et chercheurs avaient perçus au fil des derniers mois : les articles de Catherine Rollot, les choix par d’autres journalistes qu’elle de tribunes et témoignages, les choix d’agenda et de cadrage, les omissions aussi ont reflété un effarant aveuglement lié au parti pris initial.
Des dizaines de collègues, à ma connaissance, et peut être beaucoup plus, vous ont écrit pour corriger vos erreurs, vous expliquer ce que vous sembliez ne pas comprendre, vous apporter des informations, vous suggérer d’autres cadrages et d’autres hiérarchisations d’informations. Ils l’ont fait souvent, pour ce que j’ai lu, avec politesse, bienveillance en raison d’un sentiment d’attachement néanmoins troublé par votre parti pris.
Il y a quelques semaines, au moment où commençait à se développer spontanément, comme par rumeur, une campagne de désabonnements, nous avons perçu un léger infléchissement dans la ligne éditoriale, à travers quelques articles moins hostiles et des choix de tribunes plus diversifiées. Mais cela n’a pas duré et le bilan des trois mois écoulés est aujourd’hui très lourd. Le temps des efforts d’explication est révolu : c’est aujourd’hui celui de la rupture.

Le journal Le Monde a creusé, ou simplement révélé, en quelques semaines un véritable fossé entre lui et la communauté des enseignants et chercheurs, un fossé dont la profondeur est proportionnelle au consensus, parmi eux, contre ces réformes. La Charte de bonne conduite vis-à-vis du journal Le Monde et surtout le succès qu’elle rencontre ne sont que le reflet de ce phénomène dont la rédaction du journal porte seule la responsabilité.
Dans les années 1980 je fus un lecteur assidu de journal, incité en cela par mes enseignants du collège, du lycée et de l’université. Dans les années 1990, j’ai continué de le lire de manière plus distanciée en raison de son  évolution un peu décevante. Dans les années 2000 vint le temps de l’exaspération puis finalement, en 2009, du mépris et du dégoût, l’année d’une rupture probablement irréversible.
Ce sont là, les raisons pour lesquelles je crois juste et nécessaire de publier cette charte rappelée ci-dessous afin qu’elle soit diffusée le plus largement possible parmi les enseignants du primaire au supérieur et parmi les générations d’étudiants qui se succéderont dans les universités que vous avez aussi ouvertement desservies

Jérôme Valluy
Enseignant-chercheurs en sociologie politique de l’action publique à l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1) et au Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne (UMR CNRS-Paris1), co-fondateur du réseau scientifique TERRA, dernier livre : Rejet des exilés – Le grand retournement du droit de l’asile, Editions Du Croquant, janvier 2009 : http://www.reseau-terra.eu/article876.html
Charte de bonne conduite vis à vis du journal Le Monde :
1) Ne jamais acheter d’exemplaire papier d’une production provenant du quotidien Le Monde ;
2) Se désabonner de tout service payant, papier ou numérique, du quotidien ;
3) En cas de passage sur le site web ne jamais cliquer sur les liens commerciaux ;
3) Se désabonner de sa lettre de diffusion gratuite pour réduire l’argument commercial du nombre d’abonnés à cette lettre ;
4) Eviter de visiter le site web, afin de faire chuter les statistiques de visites dont dépend en partie la valeur des encarts publicitaires sur le site.
5) Ne pas diffuser sur les blogs, les forums et les listes de diffusion ou de discussions des liens hypertextes ou d’adresses d’URL conduisant au site web (rediffuser, si nécessaire, les articles par copier-coller intégral mais sans liens ou adresses) ;
6) Ne dupliquer aucun article provenant du quotidien Le Monde dans les instruments pédagogiques ; éviter de conseiller ces références aux élèves et étudiants.
7) Eviter de citer les articles du quotidien Le Monde en références bibliographiques dans les travaux de recherche ;
8) Multiplier les analyses sociologiques critiques des choix d’agenda, de cadrage et  de couverture qui fassent apparaître la partialité du journal. A défaut, lire par exemple celles de l’observatoire des médias Acrimed : http://www.acrimed.org/article3102.html
9) Corriger systématiquement, dans les écrits et les paroles, cette croyances encore présente sur la page de Wikipedia –  « D’une façon générale, sa ligne éditoriale lorgne plutôt vers le centre-gauche. » – en expliquant que cette impression provient d’un léger strabisme mais que la ligne aujourd’hui regarde franchement à droite.
10) En raison des risques de confusion liés à ce strabisme, rechercher les sources ou les exemples de positions conservatrices ou réactionnaires, lorsque cela est nécessaire pour une analyse, une illustration ou une présentation contradictoire, plutôt dans Le Figaro (qui ne trompe personne) que dans Le Monde.
11) Eviter d’envoyer des propositions de tribunes pleines de raison, d’humanisme et de bon sens à ce journal ; essayer d’abord dans les autres quotidiens.
12) Soutenir systématiquement les quotidiens Libération, Médiapart, Rue89, L’Humanité : * acheter ces journaux ; * s’y abonner ; * s’abonner à leurs lettres de diffusion gratuite ; * visiter fréquemment leurs sites web ; * cliquer le plus souvent possible sur les encarts publicitaires ; * rediffuser sur les listes des diffusion/discussion leurs articles avec les liens pointant vers leurs sites ; * insérer systématiquement des liens hypertextes dans les blogs en direction de ces journaux ; * multiplier leur présentation aux élèves et étudiants et les faire travailler sur ces articles ; * multiplier les références bibliographiques à ces journaux ; etc…

Démenti de l’AG de Toulouse sur la validation automatique du semestre.

Démenti de l’AG de Toulouse sur la validation automatique du semestre

« Les examens ne sont pas des cadeaux ». Réponse de l’AG de l’UTM aux mensonges proférés ici et là.

Le teneur des discussions qui ont eu lieu entre enseignants de l’UTM le mercredi 1er avril a été scandaleusement transformée par un article de La Dépêche, de même qu’elle est pour le moins déformée par le « communiqué de la direction » de l’université du 2 avril. Voici le « droit de réponse » voté en AG commune des étudiants et des personnels ce jeudi 2 avril.

Communiqué de l’Assemblée générale des personnels et étudiants, Université du Mirail, 3 avril 2009 « Les examens ne sont pas des cadeaux »

Les personnels et étudiants de l’Université de Toulouse le Mirail, mobilisés contre les « réformes » de l’Université et de la Recherche qui dévalorisent massivement l’enseignement et instrumentalisent la recherche, tiennent à rectifier les informations données dans la Dépêche du 2 avril 2009.

Etant donnée la mobilisation exceptionnelle des personnels et des étudiants dans toute la France et étant donnée la durée du mouvement face à un gouvernement qui refuse d’entendre les revendications communes, la tenue des examens dans des conditions qui permettraient d¹assurer une véritable validation des contenus et la mission de l’université, est compromise.

Un groupe de travail d’enseignants de Toulouse-Le Mirail, une centaine, réunis le 1er avril, attachés à leur mission et inquiets du sens donné aux diplômes, ont signifié leur refus d’un simulacre d’examen. Au lieu de cela, ils ont proposé de reprendre les cours dès que le gouvernement aura donné satisfaction à leurs revendications. Ces cours se tiendraient sans interruption jusqu’à la fin du mois de juin, afin de transmettre les contenus et savoirs nécessaires à la poursuite des études des étudiants et afin de résister à la dévalorisation programmée des savoirs. Cette proposition, déjà formulée par d’autres universités, sera transmise pour discussion à la coordination nationale des universités qui se tient dans les prochains jours.

L¹Assemblée des personnels et étudiants de Toulouse le Mirail.