Le monde des bibliothécaires a-t-il abdiqué toute fonction tribunicienne ?

Le monde des bibliothécaires a-t-il abdiqué toute fonction tribunicienne ? Ou s’agit-il, plus généralement, de la résignation à l’air du temps, qui frappe groupes et individus ? Tout de même, quel curieux silence ! La formation initiale des bibliothécaires territoriaux passe à la trappe. Quelles réactions ? La Direction du livre est menacée de disparition. Quelle mobilisation ?
La mise à disposition de conservateurs d’Etat dans les bibliothèques municipales est considérée comme trop onéreuse, des restrictions drastiques sont envisagées. Qui s’émeut ? La Sous-direction des bibliothèques va disparaître. Quelles protestations? L’application de la loi LRU risque de fragiliser les SCD. Quelles prises de position ?

Quelle différence avec les années 1970 ! En 1973, l’ABF fait paraître « le livre noir des bibliothèques universitaires ». La disparition (le « démantèlement », disait-on alors) de la DBLP en 1975 suscite grèves et manifestations – et, même, un rassemblement de bibliobus dans la cour de la BN ! – et les protestations d’élus locaux. A la fin des années 1970, la diminution des budgets publics (la « courbe de Giscard ») mobilise associations et partis politiques.
Aujourd’hui, on est dans l’entre-soi, les discussions sont internes à chaque corporation, toute solidarité active semble avoir disparu, aucun débat public ne s’esquisse. Comme si l’on (l’enseignement supérieur, la Culture, les territoriaux, la BnF…) vivait chacun dans son pré carré (là où l’herbe est plus verte !). Et comme si les bibliothèques étaient les victimes désignées et résignées des réformes, la variable d’ajustement qui permet d’afficher des économies.
Le moment ne serait-il pas venu, au contraire, de profiter de la conjoncture pour traiter enfin (après l’occasion ratée des BMVR) la question de l’aménagement du territoire en bibliothèques, la question d’une politique documentaire nationale ? Avec des établissements forts et structurants qui travaillent aussi au bénéfice des plus petits (le système d’écluses suggéré par Michel Melot il y a plus de vingt ans !), des outils collectifs, des objectifs communs. Des discussions, des débats, une concertation. Une ambition. Ou bien les bibliothèques sont-elles entrées dans la lutte de tous contre tous ?

Editorial d’Anne Marie Bertrand, directrice de l’ENSSIB.

Consultable en ligne : http://www.enssib.fr/npds/sections.php?op=listarticles&secid=17

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2 Réponses

  1. Mme Bertrand, vous parlez de « division interne à chaque corporation ». N’en êtes vous pas en partie responsable lorsqu’à l’ENSSIB vous refusez des cours communs entre bibliothécaires et conservateurs? Lorsque tout dans votre attitude trahit le mépris envers les élèves de masters et les stagiaires bibliothécaires?

    Quand une école comme l’enssib passe plus de temps à enseigner aux futurs bibliothécaires l’ISBD qu’à présenter les grands enjeux de demain?

    Venez voir ce qui se fait dans nos bibliothèques? Les protestation en cours? Il semblent que les bibliothécaires soient les pus mobilisés et actifs des BIATOSS.

  2. […] que dans cette période assez difficile pour les bibliothèques (quand on lit ça par exemple …), ce tour de France du 2.0 m’a un peu donné de beaume au […]

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