Comment fait-on la grève ailleurs ? Syndicalisme et piquetage à l’UQAM

ci-dessous le texte d’un ami français sur le déroulement de la grève des EC à l’UQAM

—-  Mais que font ces bonshommes et dames figés, piétinant par –10°C dans le centre de Montréal ? Intrigué, on s’approche : « spuq » est leur devise, « on n’est pas coupable » leur cri de guerre. La gentille province du Québec renouerait-elle avec le pilori, en condamnant ses repris de justice à se transformer en glaçons ? Nenni. Seulement des profs qui piquètent avec ferveur –au passage, inutile d’aller chiper quelque picketing au perfide voisin, le piquetage est un mot bien présent dans la « trousse de francisation » que l’on remet aux nouveaux arrivants. Un professeur explique : « Fait qu’là, c’est ça, on piquette, on fait le piquet de grève, là. C’est ça. » Tout est dit. Les professeurs de l’Uqàm (on tient beaucoup à l’accent), Université du Québec à Montréal, sont en conflit ouvert avec la direction, pour des questions de contrats (qui nous échappent un peu). Ils ne sont pas coupables, comprenez, ils ne veulent pas qu’on « coupe » leurs postes. Autre objet de grogne, on menace de leur attribuer un « cinquième cours » pour le même salaire. Les problèmes d’eux aut’ ne seront pas sans rappeler certaine situation chez les « Frinçais d’ Frince ».  Pourquoi, pour une fois, ne pas s’inspirer des pratiques de nos cousins américains plutôt que de leur donner des leçons ? La technique a l’avantage de la visibilité : devant chacune des nombreuses entrées de chacune des nombreuses « bâtisses » de l’université, un bon groupe d’une vingtaine de professeurs piquette depuis maintenant deux semaines sans relâche, de 8h du matin à 18h. Ça consiste à être icit’, taper dans les mains, faire sonner les trompes (d’où de jolis concours de trompes d’un côté à l’autre de la rue), distribuer des tracts, et brandir des pancartes –à peu près une par personne, soit un joli porc-épic de revendications. Avec leurs bonnets noirs estampillés « spuq », le Syndicat des Professeurs de l’UQàm, et leurs écharpes oranges façon révolution ukrainienne, ils ont un petit air de dés de melon au bout d’un cure-dent. Ça fait bien rire en tout cas, c’est un moment convivial, les fumeurs crapotent à tout va, les autres parlent de la poutine qu’ils iront bouffer une fois leur shift terminé –car évidemment, on se relaie, pas question de rester la journée à se frigorifier. Avec 1000 professeurs grévistes, ce n’est pas difficile. Il faut dire que les conditions ne sont pas du tout les nôtres. Au Québec, lorsqu’un syndicat (unique) s’introduit dans une entreprise, l’affiliation de tous les employés est obligatoire. Elle est assez onéreuse. De la même façon, la grève est unitaire : on a le droit de s’entredéchirer à l’envi lors des réunions syndicales pour décider si l’on fera ou non grève, mais une fois celle-ci votée, elle est obligatoire pour tous. Autrement dit, 1000 professeurs, 1000 syndiqués, 1000 grévistes, 1000 piqueteurs. Egalement, 1000 bonnets noirs spuq, 999 écharpes oranges (j’en ai vu une emportée par le vent) – accessoires offerts par le syndicat, c’est le moins.

Pas de manifestations ponctuelles, donc, pas de défilés, mais une présence constante le temps de la grève –votée pour cinq jours, soit une semaine, reconductible en fonction des propositions de déblocage du recteur ou du ministre. La visibilité est certes garantie par le fait que l’Uqàm n’a pas vraiment de campus, et que ses locaux sont en plein centre-ville. La fonction du piquetage est en fait surtout d’empêcher l’accès aux bâtiments, car 60% de l’enseignement est dispensé par des chargés de cours, qui eux, en tant que contractuels, n’ont pas le droit de grève (et ne sont pas concernés par les mesures visant les professeurs). C’est donc professeurs contre chargés de cours et surtout contre étudiants –ceux-ci un peu rancuniers de ce que l’an passé les professeurs n’aient pas soutenu leur grève à eux (et là, on songe derechef qu’à 6000 km de distance il en allait un peu de même il y a un an). Les professeurs n’ont évidemment pas le droit d’interdire l’accès aux bâtisses, mais discutent, tentent de convaincre, drapent les portes d’une banderole suppliant de « respecte(r ) notre piquetage svp ».

Que retenir de ce modèle ? Que le orange est la couleur des révolutions, qu’il fait meilleur manifester au printemps à Paris que l’hiver au Québec, que l’occupation des entrées de locaux est légale (à quelques mètres), non-violente et dissuasive pour les éventuels briseurs de grève (traités d’un nom infâme et québécois). A bons entendeurs !

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2 Réponses

  1. Simplement merci pour votre écho, ce regard «extérieur» qui réchauffe le coeur de piqueteurs et piqueteuses (parce qu’on féminise au Québec!). ;-)

  2. Voici une vidéo fraîchement élaborée sur la grève de l’UQAM afin de mieux comprendre la situation.

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