« chaque année, 100 000 étudiants s’engagent dans des formations professionnelles sans réussir le concours. »

(texte rédigé par un collègue enseignant-chercheur à destination des étudiants)
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Xavier Darcos vient de faire une déclaration à l’Assemblée nationale, qui a été très peu commentée. Un passage, à première vue assez énigmatique, mérite cependant une grande attention. Le voici :

« Par ailleurs, nous voulons rompre avec le système qui a prévalu jusqu’à ce jour, qui pousse un grand nombre d’étudiants à s’inscrire dans ces filières de formation, certains avec très peu de chances d’aboutir, au point que, chaque année, 100 000 d’entre eux s’engagent dans des formations professionnelles sans réussir le concours. »

Pour ne pas changer, il y a d’abord une inexactitude : les 100 000 en question ne s’engagent pas dans une formation professionnelle, ils s’inscrivent dans une année de préparation au concours. Qu’ils ne réussissent pas fait partie de la logique des concours. Dura lex sed lex : la loi est dure mais c’est la loi, comme disaient les anciens Romains. Le taux de réussite aux concours administratifs est, en règle générale, encore plus bas que celui des concours de l’Education nationale. Le gouvernement pense-t-il changer les règles du jeu pour l’ensemble des concours de la fonction publique ?

Darcos affirme donc que le nouveau dispositif – celui de la « mastérisation » –  va « rompre avec l’ancien système ». Comment compte-t-il s’y prendre pour supprimer le problème d’un nombre important d’échecs aux concours ? Ce qu’il veut, c’est forcément diminuer le nombre de candidats. C’est la seul façon d’augmenter les taux de réussite et de rentabiliser ainsi l’argent investi dans la préparation et l’organisation des concours. Moins il y a de candidats et moins cher ça coûte. La logique est donc très claire : le nombre de stages prévus par le Ministère, notoirement insuffisant pour tous les préparationnaires actuels, nécessitera une sélection à l’entrée du « master d’enseignement », à la charge des universités. Cela permettra de faire baisser le nombre de candidats aux concours. Si on admet qu’il y a actuellement 150 000 candidats et qu’il y aura 50 000 stages proposés, on est bien dans l’estimation du ministre : 100 000 candidats de trop. On demandera donc aux Universités d’interdire l’entrée en « master d’enseignement » à deux candidats sur trois. Certes tous les étudiants ne veulent pas passer les concours. Eliminons-les de notre calcul. Il en reste approximativement un sur deux au lieu de deux sur trois.  Regardez maintenant votre voisin ou votre voisine dans l’amphi : c’est lui ou vous, statistiquement l’un des deux restera sur le carreau, il n’aura pas le droit de s’inscrire en « master d’enseignement ».

Un tel système est profondément injuste. Les concours, je l’ai dit, sont très sélectifs. Mais cette sélection essaie d’être le plus juste possible.  La sélection à l’entrée en master, elle, ne va pas reposer sur des critères objectifs. Car on sait bien que la très grande majorité des licenciés ont leur diplôme avec 10 de moyenne. Comment pourrait-on les départager ?  Le concours permet un classement parce que tous les candidats sont sur un pied d’égalité : ils ont travaillé avec acharnement pendant un an et à la fin on les juge sur leurs performances le jour du concours. S’ils ont échoué, ils peuvent recommencer. Certains, qui avaient au départ un niveau très faible par rapport aux exigences des concours, peuvent en y consacrant des efforts et du temps combler leurs lacunes et finissent par réussir. Cela ne sera plus possible. Car dans le nouveau système, on va demander aux enseignants de préjuger de ce que les candidats pourraient faire. Il s’agira d’une sélection à partir d’hypothèses et non pas de résultats. Il faudra en plus faire très vite. La correction des épreuves écrites du concours et les oraux prennent beaucoup de temps. Dans la nouvelle formule de sélection à l’entrée en master, il faudra décider en quelques secondes : on lira les noms des licenciés, on regardera leur moyenne (qui sera généralement de 10 sur 20), on demandera aux professeurs qui les connaissent de dire quelques mots en faveur ou contre leur candidature et on mettre leur fiche dans l’un des deux tas : accepté ou refusé. Un tel système doit être vigoureusement combattu à la fois par les étudiants et par les professeurs. Car il instaure le règne de l’arbitraire à l’Université.

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