Les professeurs, « Le Loup et Le Chien ».

Les professeurs, « Le Loup et Le Chien », par Philippe d’Iribarne
LE MONDE | 18.03.09 | 14h13
« Eux qui vivent dans d’autres univers sont étonné par la révolte des professeurs d’université. Pourquoi une telle réaction face à une tentative de réforme qui n’a pour objet que de répandre dans le monde universitaire des manières de faire – l’appel à la concurrence, l’évaluation systématique, la récompense du mérite – dont la vertu est largement reconnue ailleurs ?
(…) La fable Le Loup et Le Chien nous éclaire. Le loup mène une vie misérable. Mais il est libre. « Flatter ceux du logis, à son maître complaire » ne font pas partie de ses obligations. Nulle trace de collier sur sa nuque. Le chien est prospère, mais soumis. Le loup envie le chien à bien des égards, mais n’est pas prêt à payer le prix qu’exige l’accès à sa condition. Les professeurs lui ressemblent.
La situation matérielle des professeurs d’université est pitoyable. (…) Mais ils sont libres. Ils conçoivent leurs cours comme ils l’entendent, font les recherches qu’ils trouvent bon de faire. Et si quelques-uns (plutôt parmi les chercheurs) ne font pas grand-chose, le fait même qu’ils ne soient pas sanctionnés est la preuve que ceux qui, en grande majorité, travaillent dur, le font de leur plein gré, sans que rien les y contraigne.
Les évaluations ne manquent pas, mais les procédures mises en oeuvre font plus appel à l’estime des pairs, qu’il est honorable de rechercher, qu’à une forme d’esprit de cour. De plus, ce que l’on gagne à être bien évalué est tellement minime que celui qui n’en a cure n’en voit pas son existence significativement troublée.
C’est à cette condition que s’attaque la réforme du statut des universitaires. Il s’agit pour l’essentiel de laisser au loup la condition matérielle qui est la sienne tout en voulant lui imposer la forme de servitude qui est l’apanage du chien. Si la réforme passe, même amendée à la marge, il va y avoir beaucoup à gagner, à quémander, auprès des petits potentats que vont devenir les présidents d’université.
(…) Pourquoi les princes qui nous gouvernent et leur entourage ne sentent-ils rien de cela et se font-ils tellement tirer l’oreille pour revoir leur copie ? Peut-être l’esprit de cour est-il tellement devenu chez eux une seconde nature qu’ils ont du mal à comprendre que certains ont fait d’autres choix.
Philippe d’Iribarne est directeur de recherche au CNRS. »

Lire l’article complet sur le site du Monde :  LE MONDE | 18.03.09 | 14h13

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