Qu’attendez-vous Madame la ministre ?!

(lien vers la pétition en ligne)

Madame la Ministre,

Qu’attendez-vous ?
Depuis cinq semaines les universités françaises sont en grève, et de plus en plus nombreuses sont les universités bloquées. Chaque semaine les manifestations ne désemplissent pas. Cela fait des mois que la totalité (ou presque) de la communauté universitaire exprime son rejet des réformes que vous voulez imposer et des pseudo accords et des pseudo négociations que vous médiatisez à outrance. L’absence de prise en compte par vous-même de la légitimité de ce mécontentement quasi unanime et global, votre stratégie de la division, du découragement et de la désinformation ne font qu’exacerber la colère et accroître l’amertume et la défiance à votre égard.
Qu’attendez-vous ?
Que la tension soit à son comble et que des dérapages surviennent de plus en plus nombreux ? Qu’il y ait des dégradations, des blessés, si ce n’est pire ? Que ce semestre universitaire soit encore plus gâché qu’il ne l’est ? Que la communauté universitaire finisse par se déchirer ? C’est vous qui portez la responsabilité de ce chaos grandissant et des risques graves qui l’accompagnent, car c’est vous qui voulez imposer dans la précipitation des réformes inadaptées et rejetées à la quasi unanimité par les universitaires, quelles que soient leurs sensibilités politiques. Ce faisant, vous ne respectez même plus les principes démocratiques : l’immense majorité refuse vos réformes !
Qu’attendez-vous ?
Que la communauté universitaire (pourtant habituée à se réformer) soit tellement exaspérée par votre refus de réelle négociation que toute réforme ultérieure soit compromise ? Car l’université est réformable : n’avons-nous pas appliqué la réforme « LMD » il y a trois ans, puis, cette année, sans même que ses effets soient évalués par le ministère, la réforme du LMD ? Ne nous sommes-nous pas très vite (trop ?) engagés dans la mastérisation de la formation des enseignants du 1er et du 2nd degré malgré un manque incroyable d’informations (sur les concours par exemple), des inquiétudes sans réponse (sur les stages, les rémunérations…) et des délais incroyablement courts ? N’avons nous pas œuvré dés la rentrée 2008 à l’application du plan réussite en licence – dont les moyens promis sont d’ailleurs fondus dans les budgets globaux contrairement à vos engagements – ? N’avons-nous pas accepté – et ce fut probablement une erreur vu la situation actuelle – la loi LRU réformant en profondeur les universités ? N’y a-t-il pas eu 100 propositions émanant des Etats généraux de la recherche en 2004 dont vos réformes ne tiennent aucun compte ? Ne gâchez pas ce potentiel de changement ! Il faut maintenant ouvrir de véritables négociations avec toute la communauté universitaire (et pas seulement avec quelques syndicats non représentatifs de l’ensemble de la communauté universitaire) pour construire ensemble de véritables réformes adaptées à une Université publique moderne, ce qu’attendent depuis trop longtemps les universitaires et plus largement vos concitoyens.
Pourquoi attendez-vous ?
Ne voyez-vous pas que dans le contexte de baisse des budgets que vous tentez de faire passer pour une hausse, et de baisse des effectifs d’enseignants chercheur et de personnels BIATOSS en 2009, vos réformes ne seraient même pas applicables faute de moyens nécessaires ? Comment envisager par exemple l’équivalence TP=TD et des modulations des services à la baisse qui imposent des postes supplémentaires alors même que nos postes et nos moyens, déjà insuffisants, vont encore diminuer dès cette année ? Et comment vos réformes pourraient-elles être appliquées dans un tel contexte de rejet par les universitaires ? Pourquoi dans ces conditions persister dans la voie de l’autoritarisme masqué (imposer en faisant semblant de négocier) ?
La seule voie raisonnable est de réformer l’université avec les universitaires et non contre eux. Retirez vos projets et ouvrez de vraies négociations, non pas sur tel ou tel aspect de notre statut, mais sur l’université publique, ses missions, son organisation, ses moyens et son avenir. Nous n’avons pas besoin d’amour Madame la Ministre, nous avons besoin de réformes ambitieuses portées par une communauté universitaire respectée et au service de la jeunesse de notre pays.

Depuis longtemps l’attachement fort que nous portons à nos missions de service public nous encourage à supporter la faiblesse chronique de nos salaires à laquelle s’ajoutent les centaines d’heures de travail non comptabilisées dans nos services chaque année et dédiées au bon fonctionnement de nos universités, à supporter que ce soit en partie à nos frais que nous travaillons chaque jour, tant pour l’enseignement que pour la recherche, faute de locaux et de budget de fonctionnement dignes de ce nom ; à supporter les conditions d’études très difficiles de nos étudiants dont la majorité travaille pour payer ses études ; à supporter la précarité galopante de nos collègues BIATOSS. Faudra-t-il encore longtemps que nous supportions ce manque de moyens indigne d’un pays comme la France pour les universités et pour la recherche ? D’évidence, vos projets de réforme et les restrictions qui les accompagnent vont aggraver encore plus cette situation !

Madame la Ministre nous nous passerions d’excuses publiques pour la façon dont nous avons été honteusement traités par le Président de la République le 22 janvier 2009 et nous trouverions sûrement le moyen de supporter le mépris, exprimé publiquement par certains de ceux qui aujourd’hui nous dirigent, de la pensée, de la culture et de la science qui participent pourtant de la grandeur de l’humanité, nous supporterions tout cela si nous avions l’espoir qu’enfin la communauté universitaire soit associée en toute sincérité, à la construction des réformes qui la concernent. Ne brisez plus cet espoir. Arrêtez le gâchis en cours, n’attendez plus ! Retirez vos réformes et prenez le temps (votre ministère en a les moyens) de créer une véritable concertation avec l’ensemble des représentants de la communauté universitaire française.

50 enseignants chercheurs de l’université Paris Ouest – Nanterre la Défense qui croient à l’université publique française : Véréna Aebischer, Patricia Attigui, Nathalie Béguin, Eric Boeda, Barbara Bonnefoy, Dalila Bovet, Cyrille Bouvet, Jean-Pierre Bruckert, Nathalie Camart, Véronique Champeil-Desplats, Peggy Chekroun, Franck Collard, Frédérique Cuisinier, Marianne Desmets, Sarah Devogue, Yvette Dorey, Olivier Douville, Frédéric Dufaux, Géraldine Espiau, Dominique Fablet, Damien Fouques, Maya Gratier, Marie-Anne Hugon, Michel Imberty, Sylvain Kahane, Jean-Baptiste Legal, Cendrine Marro, Pascal Mallet, Corinne Maze, Jean-Luc Mogenet, Laure Moguerou, Laurent Nagle, Ahogni N’gbala, Valérie Nicolas-Dherbécourt, Colette Noyau, Christian Lazzeri, Samuel Lepastier, Hubert Lissandre, Marie-Louise Le Rouzo, James McCabe, François Metayer, Christine Pauleau, Nicolas Prevost, Liliane Rioux, Lucia Romo, Christine Sanguin-Bruckert, Marie-Adeline Schmelck , Olivier Vecho, Berta Vega Fernandez, Jean-François Verlhiac.

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