Lettre ouverte des sociétés savantes au Ministre de l’Education nationale

Lettre ouverte des sociétés savantes au Ministre de l’Education nationale Paris, le jeudi 12 mars 2009 À Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale
Monsieur le Ministre,

Nous nous adressons solennellement à vous en tant que responsables élus et porte-parole de 30 sociétés savantes. Ces sociétés qui nous ont mandés pour vous écrire réunissent notamment une grande partie des universitaires spécialistes des principales matières enseignées dans les établissements dont vous avez la haute responsabilité. Toutes disciplines confondues, toutes tendances politiques confondues, nous voulons attirer votre attention sur les effets pervers de ce projet de réforme de formation des maîtres et des concours de recrutement qu’au mépris de tous les avertissements, vous voulez mettre en œuvre dès l’an prochain.

En dépit des propos que vous avez tenus le 12 février, dont nous voulons croire qu’ils n’étaient qu’un « dérapage », vous avez absolument besoin d’entendre les préparateurs à « vos » concours et de discuter avec eux pour mettre fin à la crise déjà trop longue qui secoue actuellement nos universités. Si vous craignez les « discussions sibyllines », soyez assuré que nous nous efforcerons d’être clairs.

Précisons d’abord que les enseignants, les préparateurs que nous représentons ne refusent pas toute réforme par principe. Bien au contraire, nous pensons nécessaire la réforme des concours et nous sommes favorables au principe de leur « mastérisation ». Aujourd’hui déjà la formation des professeurs s’effectue en 5 ans ; il est légitime que cette formation soit sanctionnée par un master. Une réforme plus ample du dispositif peut être envisagée, mais doit reposer sur un accord de la communauté scientifique, respecter les principes démocratiques qui sont les nôtres, et ne pas déboucher sur un affaiblissement du niveau des étudiants, un tarissement de la recherche et une mise en concurrence des universités. De surcroît, comment ne pas craindre, au vu de l’actuel projet, le risque que s’instaure à l’avenir un double régime entre les enseignants qui auront réussi le concours et seront donc « titulaires de plein droit », et ceux qui, n’ayant pas obtenu le concours mais étant néanmoins reçus au master, pourront être recrutés avec un statut différent ?

Nous réclamons depuis le printemps dernier une véritable concertation sur ce dossier. Des principes et des propositions ont été formulés par nos sociétés auprès de vous-même et de Mme la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Au lieu du débat constructif que nous espérions, vous avez tenté de nous imposer une réforme précipitée dont toute la communauté scientifique s’accorde à dénoncer les conséquences désastreuses pour l’enseignement et la recherche. Même la Conférence des Présidents d’Universités, dont on connaît la modération, reconnaît que « la question de la mastérisation (…) est aujourd’hui le principal point d’achoppement pour le rétablissement de la sérénité dans les universités. (…) Les présidents estiment toujours que les délais actuels de mise en oeuvre de la réforme sont incompatibles avec un travail de qualité et que le mieux serait de reporter d’un an l’organisation du nouveau concours. »

A notre tour, Monsieur le Ministre, nous vous lançons un appel solennel pour que vous débloquiez la situation, et que s’ouvre enfin la négociation que nous demandons. Voici sur quelles bases nous sommes prêts à collaborer et à préparer des « maquettes ».

1. En finir avec la précipitation
Vous devez maintenir en l’état pour 2010 tous les concours de recrutement de l’enseignement primaire et secondaire. En effet, le report de la réforme est désormais la seule solution permettant une remise à plat du dossier et une véritable concertation (quant au contenu du concours, dans un premier temps, puis quant à l’organisation des futurs masters dans un second temps). Aujourd’hui, la première étape du processus est loin d’être accomplie : sur les épreuves et les programmes des nouveaux concours, on en est encore au stade de « documents de travail » officieux, dont on ne sait au juste par qui et comment ils ont été élaborés, et qui ne tiennent aucun compte de nos demandes. Ils ne nous permettent pas d’élaborer des « maquettes » précises conformes à la vision que nous avons de notre mission.

2. Associer la communauté scientifique au débat
En tant que responsables élus des sociétés savantes, représentatives de la communauté scientifique dans toutes les disciplines du savoir, nous demandons à être partie prenante de véritables négociations. En raison de notre légitimité scientifique, de notre expérience pédagogique et de notre représentativité dans le monde universitaire, il est nécessaire que nous soyons des interlocuteurs à part entière, que nous soyons informés du calendrier, des étapes et des acteurs de la réforme, que nous participions en tant que spécialistes aux commissions qui auront à prendre les décisions.
Nous souhaitons aussi rencontrer conjointement des interlocuteurs des deux ministères dans les réunions, afin de n’être pas ballottés de l’un à l’autre.

3. Maintenir de vrais concours pluridisciplinaires débouchant sur la titularisation
Nous demandons des concours nationaux, qui fondent la sélection des candidats sur leurs connaissances disciplinaires, évaluées par des spécialistes universitaires et des enseignants des disciplines concernées. L’allongement de la phase de préparation du concours doit être l’occasion d’un renforcement des exigences disciplinaires et non de leur affaiblissement ou d’une restriction du champ des matières étudiées.

Une épreuve de « connaissance du système éducatif », portant sur un contenu purement administratif, initiation aux arcanes de la bureaucratie du Ministère de l’Education Nationale, ne nous paraît pas nécessaire.
La formation proprement pédagogique doit intervenir en aval, dans une année de stage pratique en alternance, dont on ne saurait faire l’économie.
Il faut aussi écarter explicitement le spectre d’un concours de recrutement établissant des listes d’aptitude, donc ne garantissant pas le recrutement et la titularisation en tant que fonctionnaires des candidats reçus au concours.

4. Maintenir l’année de stage pratique rémunéré
La pédagogie ne s’apprend ni dans les livres, ni en restant « en observation » au fond de la classe… Nous exigeons le maintien de l’année de stage rémunéré, permettant au professeur stagiaire encadré par un tuteur de prendre 8 heures par semaine la responsabilité d’une classe, tout en suivant l’indispensable formation d’accompagnement. C’est au cours de ce stage que pourra être approfondie et vérifiée si besoin la « connaissance du système éducatif ». C’est à l’issue de ce stage que seront titularisés les professeurs ayant fait la preuve de leur aptitude à l’enseignement.
La suppression du stage rémunéré pose en outre un grave problème social : en retardant d’un an le recrutement, la réforme annoncée pénalise les étudiants dont les moyens financiers sont fragiles ; elle aboutit à une sélection sociale des candidats ; elle entraînera aussi la baisse du nombre de candidats, et partant la baisse du niveau de recrutement.

5. Ne pas dissocier les « maquettes » des nouveaux masters et les concours
Selon les promoteurs de la réforme, les épreuves des concours ne sauraient influer sur les programmes des masters : ce seraient les masters, indépendants et complémentaires des concours, qui garantiraient la compétence disciplinaire des candidats. Nous récusons cette vision irréaliste, qui vide les concours de leur substance, comme s’il s’agissait, à terme, de les faire disparaître purement et simplement. Il nous paraît inacceptable et dangereux de séparer ainsi la délivrance d’un master qui atteste d’une compétence, et la question du recrutement. Au contraire, c’est sur la base de concours nationaux, aux exigences disciplinaires larges et clairement établies (par un programme spécifique plus exigeant que celui du baccalauréat ou de la licence), que pourra être rédigé le cahier des charges précis qui permettra ensuite à chaque université de préparer les « maquettes » du master enseignement, et au ministère de les valider. Il est indispensable d’articuler (et non de dissocier) la réflexion sur le contenu du concours (nombre d’épreuves, nature et programmes de celles-ci) et la réflexion portant sur le contenu des masters d’enseignement. C’est là la seule garantie du niveau national des compétences requises. Par ailleurs, comment concevoir, pour les mêmes étudiants, la maquette d’un master, sans être fixé sur le contenu précis du concours qu’ils prépareront ?

6. Articuler les différents masters d’une discipline
Un étudiant ne saurait préparer un concours exigeant à visée généraliste, et se consacrer dans le même temps à des stages de pratique pédagogique. Qui trop embrasse mal étreint. Un master défini comme un « parcours professionnalisant » vers les métiers de l’enseignement ne saurait en même temps « préparer les étudiants au doctorat ». Les étudiants devront-ils choisir dès la fin de leur licence, entre des cursus exclusifs les uns des autres, dirigés l’un vers la recherche, l’autre vers l’agrégation, et le troisième vers le CAPES ? Beaucoup de candidats à l’agrégation préparent en même temps et par sécurité le CAPES. Les moyens doivent être trouvés de maintenir cette possibilité, sous peine de voir s’effondrer le nombre de candidats au concours le plus difficile et aussi le nombre de futurs doctorants, donc de futurs chercheurs. De nombreux établissements ne pourront pas ouvrir deux ou trois masters dans un même domaine, le projet actuel aurait ainsi pour effet pervers que la plupart des universités se verraient rapidement privées de master recherche. Les répercussions se feraient sentir dès la licence, avec la fermeture induite de nombreuses filières en dehors des grands centres.
Il est indispensable, pour l’avenir de la recherche et de chaque université, d’offrir aux meilleurs étudiants, aux futurs enseignants-chercheurs, l’occasion de s’initier réellement à une recherche approfondie sans pour autant se couper de la profession enseignante. Dans cette perspective, le statut du « master recherche » préalable à l’agrégation reste à préciser. De nombreux agrégés visant le doctorat préparaient d’autre part un M2 recherche après la réussite au concours. Quelle formation sera appropriée pour ce type de projet avec la nouvelle donne?
La question des passerelles entre enseignement et recherche reste donc à repenser, de même que celle de l’itinéraire pédagogique entre l’obtention de la licence et la préparation de l’agrégation.

Il faut, Monsieur le Ministre, pour dissiper nos craintes légitimes et celles de nos étudiants, retirer le projet actuel, réaffirmer que le succès au concours donne accès à une titularisation et non à une liste d’aptitude, rétablir l’année de stage pratique en alternance rémunéré et pris en compte dans la carrière, et enfin décréter un moratoire d’une année afin de laisser à une commission représentative le temps de décider du contenu scientifique des concours, de la nature des épreuves disciplinaires, des conditions de préparation et des moyens matériels et humains qui soient à la hauteur des ambitions légitimes en matière d’enseignement et de recherche proclamées publiquement par vous-même et par les plus hautes autorités de l’Etat.

Dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous assurons, Monsieur le Ministre, de notre dévouement au service public de l’Education.

Premières sociétés signataires
Association des Etudes grecques
Association Française d’Etudes Américaines
Association Française de Mécanique
Association Guillaume Budé
Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur
Association des Historiens Contemporanéistes de l’Enseignement Supérieur
Association des Historiens Modernistes des Universités françaises
Association des Professeurs d’Archéologie et d’Histoire de l’Art de l’Université
Association des Professeurs de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur
Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public
Association des Professeurs de Musique et Musicologie de l’Enseignement Supérieur
Association des Sciences du Langage
Commission Française pour l’Enseignement des Mathématiques
Femmes et Mathématiques
Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur
Société d’Étude du Dix-septième Siècle
Société d’Étude de la Littérature Française du XXe siècle
Société des Etudes Latines
Société d’Etudes médio et néo-latines
Société des Études Romantiques et Dix-neuviémistes
Société des Hispanistes Français
Société Française d’Étude du Dix-huitième Siècle
Société Française d’Étude du Seizième Siècle
Société Française d’Histoire du Sport
Société Française de Littérature Générale et Comparée
Société Française de Physique
Société Française de Statistique
Société Francophone de Biologie Théorique
Société des Historiens Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public
Société des Italianistes de l’Enseignement Supérieur
Société de Langue et Littérature Médiévales d’Oc et d’Oïl
Société Mathématique de France
Société des Personnels Enseignants et Chercheurs en Informatique de France
Société des Professeurs d’Histoire Ancienne des Universités
Union des Professeurs de Physique et de Chimie

Merci d’adresser toute correspondance à :

Société Mathématique de France
IHP, 11 rue Pierre et Marie Curie
75231 Paris cedex 05
Tél : 01 44 27 67 96 – Fax : 01 40 4690 96 – email : smf@dma.ens.fr

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Collectif des enseignants mobilisés de Lille 2 suite à l’intervention des forces de l’ordre.

Collectif des enseignants mobilisés de Lille 2
– Communiqué –
Jeudi 12 mars 2009

Nous, enseignants-chercheurs de la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Lille, mobilisés depuis plusieurs mois sur la question des réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais également sur les problèmes locaux de sous-encadrement des étudiants et de détérioration de nos conditions de travail :
– dénonçons vigoureusement l’entrée, ce jeudi 12 mars 2009 en fin de matinée, des forces de l’ordre dans la Faculté alors qu’aucun élément ne le justifiait, ainsi que le manque de discernement des personnes responsables quant aux conséquences possibles d’une telle décision. Nous regrettons par ailleurs qu’aucune autorité universitaire n’ait eu le courage d’assumer cette décision ;
– jugeons scandaleuses les intimidations dont ont fait l’objet les étudiants et certains collègues mobilisés (menaces de procédure pénale, de traduction devant le conseil de discipline, agressions physiques de la part de certains membres du personnel), ainsi que les entraves à la liberté de la presse ;
– nous alarmons des propos diffamants tenus à l’encontre de certains enseignants qui ont pourtant joué, notamment depuis mardi 10 mars, un rôle de médiation et d’apaisement entre les étudiants, et affirmons qu’à l’avenir nous n’hésiterons pas à entamer les démarches judiciaires appropriées contre toute dénonciation calomnieuse de ce type ;
– regrettons l’absence de dialogue de la part de la direction de la Faculté, qui a conduit à cette situation conflictuelle ;
– rappelons que les enseignants mobilisés, organisés depuis plusieurs mois de manière autonome, avec leurs propres revendications et modes d’action, se félicitent de voir leurs étudiants, directement concernés par les effets néfastes de la loi LRU et des autres contre-réformes actuelles de l’université et de la recherche publique, entrer à leur tour dans la mobilisation, et affirment leur solidarité ;
– considérons que les étudiants, adultes et responsables, sont parfaitement capables de définir eux-mêmes leurs propres revendications et modes d’action ;
– appelons l’ensemble des personnels administratifs et enseignants de l’université Lille 2 à s’investir dans la mobilisation, d’ampleur nationale, pour une autre réforme des universités ;
– appelons, en particulier, les enseignants à assumer pleinement leur responsabilité pédagogique et administrative en étant présents à la faculté pour veiller au bon déroulement, dans un esprit de dialogue démocratique et de respect mutuel, des nécessaires débats  dans le cadre des mouvements actuels.

Le collectif d’enseignants mobilisés de l’Université Lille 2

Libérons la Sorbonne

La plus vieille université de France, la Sorbonne, n’existe pas. Partagée entre trois universités, Paris-I, Paris-III et Paris-IV, ainsi que l’EPHE, elle voit le quart de sa surface occupée par le Rectorat de Paris. Non seulement il l’occupe, mais il en gère l’accès et l’usage. Il en interdit même la libre circulation à l’intérieur – on ne peut plus rentrer depuis la rue des Écoles – et en gère en tout arbitraire les locaux. Il a fallu d’âpres négociations, précédées de quasi-émeutes, pour que le Grand Amphi, interdit de cours depuis 1968, soit rendu, avec parcimonie, aux seuls étudiants qui passent les concours. Le reste du temps, le Rectorat en garde le monopole et le loue à grand frais pour des opérations qui n’ont souvent rien à voir ni avec la Recherche ni avec l’enseignement. Faute de place, les étudiants des deux premières années de licence n’ont plus cours à la Sorbonne ; ceux de la troisième année suivront bientôt.

Mais il y a pire : non content de rendre la vie plus difficile à la communauté universitaire qui peut encore utiliser à la Sorbonne, non content de la priver d’une bonne part de la surface disponible, non content de faire de l’argent avec ce qu’il garde jalousement, le Rectorat transforme la Sorbonne en bunker. Étudiants, personnels administratif et enseignant se heurtent à la fermeture récurrente des accès, d’une porte sur deux, à la vérification humiliante des cartes et à la fouille des sacs, sans raison apparente. Malheur à celui qui a oublié sa carte ! Dans ces conditions, la Sorbonne, bien sûr, ne peut être visitée par les touristes. Les jeunes qui veulent se renseigner avant d’y étudier vivent un véritable parcours du combattant. Il devient même impossible pour les collègues extérieurs, d’autres universités françaises et étrangères, de venir y travailler : on les refoule désormais, même s’ils ont une carte professionnelle. Impossible de venir travailler à la bibliothèque, impossible de venir à un séminaire, impossible de venir voir des collègues, bientôt il sera impossible d’y organiser un colloque ou une soutenance de thèse.

Enfin, ces derniers jours, au moindre frémissement, le Rectorat ferme et ouvre la Sorbonne à l’envi, armé de vigiles privés et des forces de l’ordre ; on y empêche les entrées, on évacue sans ménagement ceux qui la fréquentent, on les y enferme et on accumule les humiliations. Nous sommes contrôlés, fouillés, refoulés, bousculés, évacués. La Sorbonne est armée et les universités en sont chassées.

Non, la Sorbonne n’existe pas : c’est une possession du Rectorat, qui y tolère à peine les membres des universités qui la composent et y travaillent. Le monde ne rentre pas dans ce bunker de plus en plus fermé.

Cette situation ne peut plus durer ! À l’heure où des travaux de mise en sécurité vont encore plus réduire les surfaces disponibles, il est temps de libérer la Sorbonne et de la rendre à ses seuls usagers légitimes, les universités. Nous demandons :
1) que cessent définitivement tous les inutiles contrôles de cartes et des sacs pour tous ceux qui y travaillent ;
2) que cessent les contrôles policiers et l’emploi de vigiles privés dans la Sorbonne ;
2) que les services du Rectorat de Paris cèdent tous les locaux qu’ils y occupent aux universités et aux autres établissements qui se partagent actuellement la Sorbonne. Ces locaux leur seront alors attribuées proportionnellement aux surfaces qu’ils occupent actuellement ou mutualisés. Le Rectorat pourra rassembler ses services dans un lieu unique – par exemple sur les espaces disponibles Porte de la Chapelle – qui sera plus fonctionnel et dans lequel il pourra se protéger sans dommage pour la communauté universitaire. Dans toutes les autres villes de France, Rectorat et universités ont des locaux totalement distincts : l’anomalie parisienne doit cesser. La Sorbonne, mondialement connue comme un lieu universitaire, doit le redevenir et doit pouvoir, enfin, être un lieu ouvert à tous ceux qui veulent y étudier et y travailler.

Nous appelons tous les membres de la communauté universitaire, quel que soit leur statut, à signer cette pétition (à l’adresse : http://www.shesp.lautre.net/spip.php?article56) et à la faire circuler.

Premiers signataires :
François Aubral, Pr. philosophie, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Bertrand Binoche, Pr de philosophie, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Ivan Birks, MCF Anglais, univ. Paris-III Sorbonne Nouvelle
Marie-Claude Blanc-Chaléard, MC hist. contemporaine, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Pierre Boilley, PR hist. contemporaine, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Bénédicte Milland-Bove, MC Littérature française du Moyen Age, univ. Paris III-Sorbonne Nouvelle
Catherine Brun, MC, univ. Paris III
Alain Cantillon, MC littérature française, univ. Paris III – Sorbonne nouvelle
Jean-Luc Chappey, MC histoire moderne, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Thomas Cutuil, Doctorant, Institut de Biologie Structurale de Grenoble,
Jean-Philippe Dedieu, docteur en sociologie
Yves Deloye, PR science politique, univ. Paris I Panthéon-Sorbonne, IUF
Vincent Denis, MC hist. moderne, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Eric Dime, Fonctionnaire, Lille (59)
Pascale Dubus, MC, histoire de l’art, UFR 04, univ. Paris I Panthéon-Sorbonne
Denis Ferraris, Pr UFR d’Etudes italiennes et roumaines, univ. Paris III Sorbonne Nouvelle
François Foronda, MC hist. médiévale, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Pierre Fröhlich, MC histoire ancienne, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Christophe Grellard, MC Philosophie, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Nathalie Griton, PRAG latin, univ. Paris-III Sorbonne Nouvelle
Antony Hostein, MC histoire ancienne, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Chantal Jaquet, Pr de philosophie, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Sophie Jallais, MC économie, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne Valériane Milloz, AM hist. Contemporaine, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Anne Mounic, univ. Paris III Sorbonne nouvelle
Nicolas Offenstadt, MC histoire médiévale, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Françoise Palleau, MC anglais, univ. Paris III Sorbonne nouvelle
Nathalie Peyrebonne, MCF UFR Etudes Ibériques, univ. Paris III Sorbonne Nouvelle,
Sophie Rabau, MC univ. Paris-III Sorbonne Nouvelle
Valérie Robert, MC Etudes germaniques, univ. Paris-III Sorbonne Nouvelle
Elise Tillet, juriste
Mathieu Tracol, AM hist. contemporaine, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Eric Vallet, MC hist. médiévale, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne
Jérôme Valluy, MC HDR sciences politiques, univ. Paris-I Panthéon-Sorbonne

Pour signer : http://www.shesp.lautre.net/spip.php?article56

Lettre aux étudiant(e)s

« Chères étudiantes, chers étudiants,
Dans une démocratie représentative, les élus sont par définition supposés être représentatifs : chaque élu représente ses électeurs.
Dans une démocratie, comme le dit l’étymologie, le pouvoir appartient au peuple. En réalité, le seul pouvoir du peuple est celui de voter une fois tous les cinq ans pour élire celui qui, pendant 5 ans, aura tout le pouvoir, y compris celui de mépriser le peuple, de ne tenir aucun compte des demandes légitimes qu’il exprime.
Dans le cas précis des mouvements à l’université, on en a un exemple flagrant. Depuis six mois, nous demandons (des conseils d’administration, des présidents d’université, des directeurs d’IUFM, des associations d’universitaires etc.) des choses raisonnables. Nous les avons demandées raisonnablement. Si nous en sommes arrivés à perturber le déroulement normal de la vie universitaire, c’est à cause du silence, de la surdité et des mensonges du gouvernement.
Celui qui demande légitimement à être entendu et qui ne l’est pas ne peut pas être tenu pour responsable de la colère qui le saisit. Le responsable, c’est celui qui, malgré mille tentatives pacifiques de dialogue, continue à agir comme s’il était le maître absolu, au mépris du sens même de sa fonction.
Bien cordialement »

CONFIDENTIEL. Masterisation : un projet de circulaire précise l’organisation des 108 heures de stage

CONFIDENTIEL. Masterisation : un projet de circulaire précise l’organisation des 108 heures de stage

Xavier Darcos devrait communiquer d’ici la fin de semaine sur le thème de la masterisation. Selon les informations recueillies par l’AEF, le ministère de l’Éducation nationale « discute » actuellement avec les syndicats enseignants du cadre d’une prochaine négociation. Cette dernière pourrait notamment porter sur la possibilité d’accorder une décharge de service aux enseignants stagiaires, sur l’organisation des 108 heures de stage, sur les missions de la commission de suivi de la masterisation ou sur le caractère transitoire de la réforme.

Un projet de circulaire relatif à l’ « offre de stages pour les étudiants en master se destinant aux métiers de l’enseignement », en
cours d’élaboration pourrait servir de base à ces négociations. Ce texte de travail, dont l’AEF a eu copie, devrait être adressé « aux recteurs de métropole, des DOM, aux IA-IPR ainsi qu’aux chefs d’établissements ».
Il réaffirme les annonces faites le 15 janvier par Xavier Darcos et Valérie Pécresse concernant les stages d’observation et de pratique accompagnée d’une part, et les stages en responsabilité d’autre part et précise leur organisation.

« Afin de mieux aider les futurs candidats dans leur préparation, les académies proposeront aux étudiants de master une offre de stage diversifiée », « dès l’année scolaire et universitaire 2009-2010 » « pour prendre en compte le caractère professionnalisant du concours », rappelle le texte en préambule.

STAGES D’OBSERVATION OU DE PRATIQUE ACCOMPAGNÉE. Au cours de ces stages, proposés aux étudiants de M1 et de M2, « les stagiaires seront présents par binôme dans chaque classe ». Le projet de circulaire précise qu’ « en M2, les stages d’observation et de pratique accompagnée seront proposés en priorité aux étudiants qui n’ont pas pu en bénéficier précédemment ». A travers ces stages, les étudiants pourront « participer à des situations concrètes d’enseignement mais aussi, plus généralement, [?] partager certains moments de la vie quotidienne d’un enseignant ou d’un conseiller principal d’éducation ».
« Le stagiaire pourra découvrir la manière dont un enseignant conçoit et met en ?uvre son enseignement », précise le document. « L’organisation du travail de la classe, la prise en compte de la diversité des élèves, la façon de les évaluer feront aussi l’objet d’une attention particulière. »
« Le stage pourra être l’occasion de travailler au sein de l’équipe éducative et avec le personnel de direction. Les relations avec les parents d’élèves feront également l’objet d’une initiation. »
« Chaque stage donnera lieu à une ou plusieurs mises en responsabilité concrète, telles que, par exemple, la préparation et la conduite d’un cours ou d’une séquence d’enseignement, le suivi d’un projet de classe, la préparation ou la conduite d’une évaluation, l’encadrement d’une partie de la classe, des remises à niveau, l’aide à la préparation d’un conseil de classe, etc. », indique le texte.

STAGES EN RESPONSABILITÉ. « Ces stages, groupés ou filés, d’une durée n’excédant pas 108 heures seront préférentiellement proposés aux étudiants de master 2, admissibles ou non, qui ont déjà pu suivre un stage de pratique accompagnée. »
Ces stages « présenteront des modalités différentes selon les niveaux d’enseignement. Dans le premier degré, ils pourront être utilisés pour compenser les décharges de directeurs d’école ou pour remplacer des enseignants en formation continue. Dans le second degré, ils serviront pour pourvoir aux remplacements prévisibles, en particulier la formation continue et aussi pour le renforcement de l’offre d’enseignement dans le cadre du projet d’établissement ».
Le texte prévoit que « les écoles ou établissements désigneront pour chaque stagiaire en responsabilité, un enseignant référent ».

MODALITÉS DE MISE EN OEUVRE. « Au moins 50 000 stages d’observation et de pratique accompagnée permettant d’accueillir un minimum de 100 000 étudiants de M1 et de M2 seront organisés ; au moins 50 000 stages en
responsabilité seront offerts aux étudiants de M2. »
« Un candidat ne pourra bénéficier que d’une seule offre de stage par an et par type de stage, même en cas de candidatures à plusieurs concours. À compter de l’année scolaire et universitaire 2010-2011, les candidats ayant déjà bénéficié des dispositifs ci-dessus se verront une nouvelle fois présenter une offre de stage, à condition de continuer à remplir les conditions universitaires requises, même s’ils inscrivent dans un autre concours que celui qu’ils ont déjà présenté. »
Les deux types de stages « feront l’objet de conventions entre les universités et le ministère de l’Éducation nationale ».
« Dans la mesure où ils participent pleinement au service public de l’éducation, les établissements privés sous contrat ont tout à fait vocation à accueillir des stagiaires. »

« LARGE CONCERTATION ». Enfin, le ministère demande aux destinataires du texte « de tout mettre en ?uvre pour assurer la plus large diffusion des informations contenues dans la présente note ». Ils devront, « avant le 20 mars », prendre contact avec « les présidents d’université pour envisager avec eux les modalités d’application de ces nouvelles dispositions ». Par ailleurs, devront « être associés », « dès à présent », « les chefs d’établissement et les corps d’inspection à l’organisation de l’accueil des étudiants stagiaires.

===========Ci-dessous une première analyse de ce projet de texte============

1. AUCUN CADRAGE VÉRITABLE. Les formulations n’ont rien de contraignant pour les concepteurs des formations : « une offre de stages sera proposée », « les étudiants pourront découvrir »… On pourrait donc très bien voir s’ouvrir des masters enseignement sans stage en responsabilité. Cette circulaire n’est pas un texte de cadrage national pour les stages, mais un protocole de rédaction de conventions entre les universités et l’éducation nationale. Sont confirmés le risque d’inégalité territoriale et d’éclatement des repères nationaux structurant l’identité professionnelle. Il y aura des profs modèle bourguignon, modèle picard,… et au sein d’une même région, des profs modèle Paris 10, modèle Paris 12, etc. qui se distingueront notamment par le poids très différent des stages dans leur master. Au bout du compte, certains PE auront eu un stage filé, d’autres un stage massé, d’autres rien du tout ! Il serait étonnant que les syndicats les plus représentatifs participent à de telles négociations, d’autant que la plupart demandent le report de la réforme (cf. encore aujourd’hui la position très claire de l’UNSA).

2. UN PLAN INGÉRABLE. Si la réforme est appliquée telle quelle, les étudiants préféreront concentrer leurs efforts sur l’essentiel, la réussite au concours en M2. Les étudiants salariés qui ne pourront pas abandonner leur travail pendant la durée des stages en seront-ils dispensés ? Dès lors, il est prévisible que certaines offres de stages seront délaissées… Mais avec aussi peu de visibilité, comment les IA ou les IPR pourront-ils préparer les plans de FC (assis sur ces stages) ou assurer de façon fiable les décharges des directeurs du premier degré ?

3. DES ENGAGEMENTS INTENABLES. Dans les académies où il y a le plus grand nombre d’étudiants qui préparent les concours, comment garantir que tous pourront avoir un stage en pratique accompagnée et un stage en responsabilité, alors qu’il faudrait pour cela multiplier le nombre de journées de stage par 5 ou 6 ! Faudra-t-il envoyer les étudiants des masters PE de Toulouse, tout frais payés, à Valenciennes ou à Longwy ? La solution adoptée, semble-t-il, est de fonctionner à offre constante : en M2, il y aura 50 000 stages en responsabilité, alors que le nombre de candidats aux concours est de 140 000  (chiffres de 2008). Au bas mot, il manque donc 90 000 stages !

4. UN CERCLE VICIEUX : « Combien voulez-vous de stages ?  Nous ne savons pas, car nous ignorons combien nous aurons d’étudiants et nous ne savons même pas si nos maquettes seront validées. » Le MEN demande aux recteurs de prendre contact avec les universités pour lancer la campagne de préparation des stages : « Ils devront, « avant le 20 mars », prendre contact avec « les présidents d’université pour envisager avec eux les modalités d’application de ces nouvelles dispositions» ». Mais les universités répondront qu’elles ne connaissent pas précisément le nombre d’étudiants qui s’inscriront dans leurs masters, car ceux-ci ne sont pas encore ouverts à l’inscription (soit ils ne sont pas remontés auprès de l’AERES, soit, s’ils sont remontés, ils ne sont pas prêts d’être évalués).

5. UNE CONCEPTION HYBRIDE. Un stage n’est pleinement utile que s’il donne lieu à des visites de formation, par des formateurs. Rien n’est prévu dans ce domaine (le texte n’utilise pas le mot « formateur »). Un stage de formation n’est pleinement formateur que s’il s’inscrit dans une dynamique : avant le stage on prépare la classe, après on exploite les observations et on traite les questions, pour pouvoir rebondir sur un autre terrain avec des compétences fortifiées. Mais il n’y aura qu’un seul stage en responsabilité et rien n’est dit sur sa préparation, rien non plus su son exploitation…

6. On retrouve la gratification de 3000 euros pour les 108 heures… On se demande toujours d’où sort cette somme, car c’est plus de deux fois le salaire d’un PE ou PLC-stagiaire. Peut-être le MEN veut-il ainsi se caler sur le salaire mensuel de 4500 euros du prof annoncé par Darcos en novembre ?

On a rarement vu une si grande improvisation. La « farce » (dixit la CPU en début d’année) continue. Il serait bon que les syndicats fassent des déclarations claires pour refuser ce marché de dupes.