Aux confins de Galaxie.

Témoignages :
  • « Bonjour, Voici le récit de mes déconvenues sur Galaxie, le serveur qui a remplacé ANTARES pour le recrutement des enseignants-chercheurs : hier le site donnait une liste des postes pré-publiés dont au moins une quinzaine en 11e section (avec les dates d’ouverture et de clôture des candidature enfin dans l’ordre, car initialement les deux colonnes « date d’ouverture » et « date de clôture » avaient été inversées…). Aujourd’hui, en consultant à nouveau le site, les postes qui étaient pré-publiés hier ont disparu sans pour autant apparaitre sur la liste des postes publiés ! Ce cafouillage est peut-être dû à la mise en place d’un « recrutement synchronisé » parallèlement au recrutement « au fil de l’eau ». Cette disparition, temporaire j’espère, est un élément supplémentaire dans la liste des dysfonctionnements liés à la mise en place d’une réforme dans la précipitation. »
  • voir également le site Fabula qui dès le premier février pointait de graves dysfonctionnements : http://www.fabula.org/actualites/article28628.php
  • voir aussi et surtout les nombreux témoignages pour pour si humoristiques qu’ils soient n’en sont pas moins dramatiques pour ceux qui les subissent : exemple , ou encore .
Ci-dessous le mail d’une collègue qui liste les raisons pour lesquelles la prochaine coordination pourrait rédiger une motion allant dans le sens d’un « gel des comités de sélection » :
« Dans le contexte :
– de la rétention des résultats des qualifications par une majorité de sections CNU ;
– des pertubations rencontrées par les candidats pour accéder aux informations sur Galaxie :
—–1/ problèmes d’accès à leurs résultats rencontrés par exemple par les candidats relevant de la 7e section (section qui avait pourtant rendu ses résultats le 22 janvier) ;
—–2/ informations sur les postes qui ont été publiés (et dont une grande partie n’a donc pu être connu que par les candidats 2008 ou antérieurs, et pas par les qualifiés 2009, puisqu’ils ignor(ai)ent leur qualification) depuis le début 2009 ;
– des reports de session de qualification (tel que celui voté en section 02 récemment) ;
les candidats susceptibles de se présenter sur les postes actuellement au concours ne pourront pas tous le faire, ce qui crée une rupture d’égalité, voire pénalise la promotion 2009 tout entière.
Par ailleurs, la non-publication des postes sur le JO et leur parution aléatoire (au fil de l’eau), leur effacement après la date limite d’envoi des dossiers (?), problèmes auxquels s’ajoute celui que je viens d’évoquer, du non-accès des candidats potentiels aux informations, ne vont pas dans le sens de la « transparence » et de la « visibilité » prônées par la Ministre comme des garanties efficaces face aux pleins pouvoirs des autorités locales (garanties selon nous déjà faibles, qui de surcroît ne sont pas en mesure d’être respectées). Le gel des réunions des comités de sélection doit être une exigence à faire porter par la coordination nationale et à faire valoir d’urgence dans les établissements.
Les recrutements qui se feraient sous le manteau et profiteraient d’une telle situation seraient déshonorants pour ceux qui s’en rendraient complices. »

La théorie des catastrophes (médiapart)

(Article publié le 28 février sur le site Médiapart)

Les raisons de mécontement des universitaires sont les pièces d’un puzzle, écrit Alain Abelhauser, professeur des universités.

En retirer une ne dégonflera en rien la contestation, car c’est l’image d’ensemble qui désormais la soude. Une image que les universitaires ne sont pas près d’oublier.

Question simple : ces universitaires en colère, en grève, que veulent-ils exactement ? Ou plutôt, que ne veulent-ils pas – que refusent-ils avec une telle détermination? D’avoir un nouveau statut, d’être évalués, de l’être par le président de leur université ? On le dit, on dit aussi que ce n’est pas ça du tout, et l’opinion n’y comprend plus grand chose, sinon que ce sont là des histoires de fonctionnaires, qui n’acceptent pas d’évoluer en même temps que le monde autour d’eux et se cramponnent de façon pathétique à leurs privilèges désuets.

Autre question simple : mettons que l’on comprenne bien ce que racontent ces gens (ce qui est déjà une preuve tant de bonne volonté que de perspicacité), comment se fait-il qu’ils ne réagissent qu’à présent ? N’avaient-ils pas déjà auparavant les mêmes raisons de protester – pléthore d’occasions pour se mobiliser contre ce qu’ils dénoncent à présent ? Pourquoi maintenant, en somme – pourquoi seulement maintenant ? N’est-ce pas là, de fait, démonstration d’apathie, de manque de réactivité, voire d’un soupçon de débilité ?

Jouons la carte pédagogique : imaginons un puzzle. Et disons-nous que chaque nouvelle réforme, chaque nouveau décret, chaque nouvel arrêté, constituent une pièce du puzzle bien particulier qui consiste à mettre en conformité la recherche, l’université, la culture, l’enseignement, avec cette logique néo-libérale dont on mesure pourtant actuellement tous les risques. Discuter la nature de chaque pièce de puzzle, prise séparément, n’a donc pas un intérêt maximal ; le débat public a même tendance à s’y embourber – pour le bénéfice de certains, évidemment. Insistons : ce n’est pas tant la pièce isolée qui compte comme telle ; c’est l’image d’ensemble qu’elle contribue à composer. Mettons donc en rapport ces pièces et voyons quelle image s’en dégage.

Prenons – exemple parmi d’autres, quoique loin d’être le moindre – la question de l’évaluation des enseignants – chercheurs. Tout le monde sait à présent que le projet de « décret modifiant celui du 6 juin 1984 relatif à leur statut » (le projet dont le retrait est instamment demandé) prévoit la possibilité de moduler leur service, c’est-à-dire de permettre aux uns de faire davantage de recherche que d’enseignement (ou uniquement de la recherche), et aux autres de faire l’inverse. Soit. Mais avec cette précision, quand même, que si l’activité de recherche d’un universitaire n’est pas jugée suffisante, il aura alors à assumer des tâches d’enseignement augmentées en proportion.

Après tout, quoi de plus normal, se dit Candide ; à chacun selon son mérite. Évidemment, Candide ne réalise pas qu’une telle solution emporte avec elle bien plus d’inconvénients que d’avantages : d’une part, un « mauvais » chercheur ne fait pas automatiquement un « bon » enseignant ; d’autre part, faire de l’enseignement une « punition » n’est pas la meilleure méthode ni pour le réhabiliter, ni pour remettre l’enseignant « puni » en capacité à mener de nouvelles recherches ; et enfin, Candide ne réalise pas que c’est le principe même de l’enseignement supérieur qui est mis ainsi en péril. Si ce dernier, en effet, consiste bien en ce que chaque enseignant s’appuie, non seulement sur la recherche en général, mais sur sa pratique de recherche propre (dont il transmet ce faisant autant l’esprit et les méthodes que les résultats et les incidences), alors vouloir dissocier les deux activités revient à terme à se donner toutes les chances de les stériliser.

Mais par dessus tout, Candide ne saisit pas que cette pièce du puzzle n’est pas à prendre en compte de façon isolée. Qu’il faut a minima la mettre en rapport avec une autre : la volonté, récemment mise en œuvre par l’AERES (l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur), de se doter d’instruments d’évaluation des chercheurs qui disqualifient d’entrée de jeu la plupart d’entre eux, en tout cas dès lors qu’ils donnent à leurs recherches certaines orientations.

Expliquons-nous. L’été 2008, l’AERES a convoqué les présidents de chaque section du CNU (Conseil National des Universités) pour établir avec eux les listes des revues scientifiques qui seraient désormais garantes, section par section, de la qualité des publications. On sait que pour être reconnu comme chercheur, un universitaire doit publier régulièrement un certain nombre d’articles, et que ceux-ci, pour lui être comptabilisés, ne peuvent avoir pour support que certaines revues scientifiques dûment référencées. Ne discutons même pas du bien fondé de cette procédure, ni de ses limites, qui sont notables. Et retenons-en simplement le principe : c’est la revue dans laquelle on publie qui détermine la qualité (et la recevabilité scientifique) de l’article ! Que l’on décide alors, pour chaque discipline scientifique, de réduire considérablement le nombre des revues « qualifiantes » en arrêtant le choix de ces dernières selon des critères – n’ayons pas peur du mot – idéologiques*; et le tour est joué : dans beaucoup de disciplines, la plupart des enseignants – chercheurs n’auront plus de publications reconnues, donc ne seront plus eux-mêmes reconnus comme chercheurs, donc seront priés de faire davantage d’enseignement. CQFD. Avec, bien entendu, ce corollaire peu négligeable : de très substantielles économies de postes d’enseignants, permises grâce à ce très joli tour de passe-passe.

L’opération est si limpide, si efficace, que l’on peut se demander pourquoi on n’y avait pas songé plus tôt. La réponse est tout aussi limpide : parce qu’elle n’a de sens que prise dans l’ensemble des réformes lancées pour rénover l’université et la recherche françaises. Sauf, on le comprend, qu’il ne s’agit là pas tant de les rénover que de l’annoncer et de paraître le faire en ne se préoccupant, en réalité, que d’organiser les conditions d’économies drastiques et de suppressions de postes censées pouvoir être ainsi, et désormais, justifiées.

Pourquoi les universitaires ne se sont-ils pas mobilisés plus tôt, nous demandions-nous? Tout bonnement parce que certains ne voyaient pas (encore) se dessiner l’image du puzzle ici décrite, parce que d’autres ne voulaient pas la voir malgré les incitations de leurs collègues (que l’on traitait alors de Cassandre), et que d’autres enfin ne voulaient pas y croire … Une telle chose, voyons, ce n’était pas possible …

Ce qui nous amène à notre dernière question simple : ce mouvement de contestation, de grève, va-t-il bientôt s’arrêter? Que l’on retire ce décret, ainsi que le projet de « masteurisation » des concours de l’enseignement, ou qu’on les corrige, les aménage, les toilette, et cela permettra-t-il que tout rentre dans l’ordre?

Je ne le crois pas trop, pour ma part. Pour une raison également fort simple, mais à laquelle on peut donner un statut respectable grâce à un beau modèle mathématique, à l’appellation très parlante, de surcroît : celui de la théorie des catastrophes.

[On se souvient que cette théorie, élaborée à la fin des années soixante par René Thom pour rendre compte de la réaction d’un système stable à des excitations externes, reposait entre autres – c’est là-dessus que j’entends porter l’accent – sur la « règle du retard » : le système reste en équilibre stable jusqu’à l’ultime moment où celui-ci disparaît. Mais – ajoutons-le – une fois cet équilibre rompu, la restauration de la stabilité exige un parcours beaucoup plus long que le seul retour au point de rupture précédemment dépassé.]

Si ces projets de décret, de « masteurisation », sont retirés, tout rentrera-t-il aussitôt dans l’ordre ? Je ne le crois pas trop, tant parce que le « retour au point d’équilibre » ne pourra nécessairement être que long et difficile, que parce que ce ne sont plus les pièces du puzzle (que ces projets représentent) qui sont, comme telles, importantes ; c’est bien l’image d’ensemble (que ce puzzle fait ainsi apparaître) qui l’est. Et cette image, décidément, les universitaires ne sont pas près de l’oublier ; là où certains s’attendaient peut-être à voir émerger – pourquoi pas ? – un délicat petit chaperon rouge, c’est bien l’image du grand méchant loup qu’ils réalisent maintenant se peindre sous leurs yeux.

À eux d’en tirer dorénavant les conséquences.

À eux de mesurer – et de faire savoir à l’opinion – l’ampleur de cette « catastrophe ».

Et à eux de ne plus méconnaître, désormais, les méthodes et les moyens par lesquels celle-ci entend passer, autant d’ailleurs que les fins qu’elle poursuit.

Alain Abelhauser. Professeur des Universités (psychopathologie clinique). Vice-président (CEVU) de l’Université Rennes II

————————

* Il s’agit des critères habituellement qualifiés de « bibliométriques » : en gros, ils consistent à classer les revues suivant l’estimation de leur « impact factor » : combien de fois tel article et telle revue sont-ils cités dans certains autres articles et certaines autres revues ?

Ces critères ont déjà été maintes fois dénoncés, sont considérés par de nombreux chercheurs comme une pure imposture, et sont purement et simplement rejetés dans de nombreuses disciplines parce qu’ils condamnent à court terme à une stérilité assurée (on ne publie finalement plus pour être lu et se mettre à l’épreuve de cette lecture, mais juste pour citer et être ensuite cité).

De surcroît, ces critères donnent une priorité absurde aux revues anglo-saxones et, dans certains domaines, favorisent très arbitrairement certaines orientations de recherche plutôt que d’autres.

Voir, à ce propos, Le Nouvel Âne, n° 8, L’Université sadisée par la police de l’évaluation, février 2008 ; le site « Publier ou mourir » ; ou l’article d’Abelhauser et Gori, L’imposture bibliométrique, in Mensuel du SNESup, n° 569, novembre 2008.

La coordination nationale étudiante appelle à poursuivre le mouvement

ANGERS (AFP) — La coordination nationale étudiante, qui a réuni près de 150 délégués représentant 57 universités samedi et dimanche à Angers, a appelé à poursuivre la mobilisation pour exiger l’abrogation de la loi sur l’autonomie des universités (LRU), selon un porte-parole.
La coordination a appelé à manifester les 5 et 10 mars. Une journée d’information à destination des lycéens, avec notamment des distributions de tracts, a été votée pour le mardi 3 mars afin de tenter de « mobiliser l’ensemble du secteur de l’éducation ».
Les récentes annonces du gouvernement « ne prennent absolument pas en compte les revendications de la coordination nationale étudiante et de la coordination nationale des universités qui réclament l’abrogation de la loi LRU », a déclaré à l’AFP un porte-parole des étudiants réunis à Angers, Nicolas Bescond.
La réécriture du décret sur le statut des enseignants-chercheurs annoncée cette semaine par Valérie Pécresse et l’engagement du Premier ministre François Fillon à ne supprimer aucun emploi dans les universités en 2010 et 2011 « sont des leurres », a-t-il ajouté, évoquant « une stratégie qui vise à brouiller les pistes de la part d’un gouvernement qui a peur du mouvement dans les universités ». Selon lui, « malgré ces annonces de retrait, les attaques contre le statut des chercheurs et contre l’emploi reviendront d’une autre façon car l’origine du problème c’est la loi LRU ».
La ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse a tenté vendredi d’accélérer la résolution du conflit dans les universités, en fixant une nouvelle réunion à mardi avec les syndicats de l’enseignement supérieur pour retravailler sur le décret touchant au statut des enseignants-chercheurs.

Section 02 (droit public) : surseoit et ajourne sa délibération …

CONSEIL NATIONAL DES UNIVERSITES SECTION 02 – DROIT PUBLIC

La Section de Droit public du CNU,
Demande à Madame le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche que le décret relatif au statut des enseignants chercheurs assure pleinement le respect des principes constitutionnels d’indépendance et d’égalité des enseignants chercheurs ;
Demande à Madame le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche que le décret relatif au CNU dote le CNU des moyens et des compétences qui sont nécessaires à l’exercice de l’ensemble de ses missions ;
Dans l’incertitude actuelle, la Section 02 décide de surseoir à statuer sur les listes de qualification aux fonctions de Maître de conférences et de Professeur et d’ajourner à une date ultérieure sa délibération.
Motion adoptée à Paris, le 27 février 2009.
Suffrages exprimés : 34 ; Oui : 32 Non : 2
Frédéric Sudre
Président de la Section 02 CNU

Section 01 (droit privé) : blocage des résultats jusqu’au 27 Mars !!

Madame, Monsieur le Doyen
Cher(e) Collègue,
La section « droit privé et sciences criminelles » du Conseil national des universités, décidant de s’unir aux divers mouvements de protestation contre certains projets de réforme du statut des enseignants des universités et pour exprimer, également, sa
préoccupation quant au devenir de ce même conseil a voté, à une très large majorité, le report de sa délibération finale relative aux procédures de qualification aux fonctions de maître de conférences.
Cette décision prise dès le début de la session, le lundi 23 février, a été réitérée en fin de semaine après examen des dossiers individuels.
Il s’ensuit, non seulement, qu’aucun procès-verbal ne sera transmis à l’administration centrale, mais encore que, dans l’attente de la délibération finale, aucun résultat ne peut être considéré comme définitif et officiel. La section ne diffusera, de ce fait, nul résultat à aucun candidat. Toute autre information doit être considérée comme n’ayant aucune portée juridique.
La section se réunira à nouveau le vendredi 27 mars. Au vu de l’évolution des négociations en cours, elle pourra reconsidérer sa
position et, alors, reprendre le cours de ses travaux et voter sur les propositions de qualification. Si la section exprime le vœu qu’il puisse en être ainsi, elle ne prend aucun engagement sur ce point.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur le Doyen et Cher(e) collègue l’expression de mes sentiments les plus cordiaux.
Bernard Beignier
Président de la section 01 du CNU

Réaction au texte de Bruno Latour dans Le Monde.

Ci-dessous le texte envoyé à la rédaction du « Monde » comme réaction à la prise de position récente de Bruno Latour sur l’autonomie universitaire et les enjeux de la LRU.

*L’Etat et la liberté de la recherche*

La liberté de la recherche par l’autonomie des Universités? Dans un article tout récent publié par « Le Monde » (26.2.09), Bruno Latour, Professeur à Sciences Po, connu pour ses  travaux d’une remarquable pertinence critique sur l’épistémologie des sciences de la nature et des savoirs sur l’homme, tente de montrer la contradiction flagrante qu’il y aurait à défendre l’autonomie de la science en refusant l’autonomie des Universités; ceci au nom d’une hétéronomie des savoirs qui en effet rend désormais (et par bonheur) perméables les domaines consacrés par des disciplines universitaires devenues caduques; mais aussi au nom de l’exercice d’une liberté qui serait incompatible avec la dépendance par rapport à l’Etat.

Qu’on veuille bien accorder à qui a suivi une formation extérieure à la France et exercé  un enseignement universitaire successivement en Italie (encore sociale-démocrate), en Helvétie (acquise au néo-libéralisme) et aux Etats-Unis (en passe de venir néo-conservateurs) de porter sur ce propos un regard oblique. D’emblée  une perspective comparative focalisée sur les différences fait apparaître, quant au pouvoir de l’État, les étrangetés institutionnelles du paysage universitaire français. Dans la seule mouvance des sciences humaines, que sont ces concours d’agrégation qui requièrent des université l’organisation de cours spécifiques et des étudiants un investissement énorme alors que les postes correspondant pourraient être attribués sur la base d’un dossier universitaire régulier et d’un entretien ouvert également à des candidats provenant d’Universités étrangères? Que dire des grandes écoles qui, à la suite d’autres longs bachotages, drainent les meilleurs étudiantes et étudiants alors que les cours d’excellence qui y sont donnés pourraient combler les lacunes et renforcer les enseignements de master de recherche et des écoles doctorales universitaires? Comment justifier la fonction sélective du CNU alors que les commissions de spécialistes sont parfaitement aptes à juger de la pertinnence des candidatures présentées aux concours des universités?  Et que penser des chercheuses et chercheurs au CNRS souvent enfermés dans leur spécialité alors qu’à travers un enseignement strictement limité, ils pourraient et devraient faire bénéficier étudiants et doctorants des savoirs déployés dans des équipes de recherche qui pourraient fort bien être intégrées dans les Universités? Quant à une haute école telle l’EHESS à laquelle j’appartiens désormais, elle est précisément en train d’opérer sa mutation en une Ecole internationale d’études doctorales/postdoctorales  et de recherche avancée en sciences humaines qui doit la libérer  de contingences par trop hexagonales.

Les motifs de réforme assurément ne manquent pas. Encore faut-il accorder les moyens de l’indispensable remodelage qu’elle implique. Envisageable si elle est gérée par des commissions mixtes et non par le seul président, la modulation du service des enseignants-chercheurs, par exemple, est une pure illusion quand elle s’inscrit dans une volonté de suppression de postes et de restrictions budgétaires. Car ce qui est fondamentalement en jeu dans ce que l’on veut faire passer pour des réformes, c’est la privatisation progressive et la marchandisation rampante des services publics. Par le jeu de la mise en concurrence, par l’idéologie de l’évaluation selon le critère de la rentabilité, par l’individualisation et  la flexibilité quand ce n’est pas la précarisation des fonctions, l’une et l’autre sont largement engagées non seulement en France, mais dans tous les pays d’Europe, sur le modèle états-unien. Par ce biais on retire aux acteurs des institutions universitaires l’esprit d’enquête et la liberté de recherche prônées par Bruno Latour qui oublie que les libertés démocratiques fondamentales sont désormais réduites à l’unique liberté du marché. Dans le domaine de la recherche, par la diminution drastique des financements  « récurrents » et par la multiplication des appels d’offre pour des projets fortement limités dans le temps, on contraint les enseignants et les chercheurs à consacrer à des montages de projet et à leur évaluation l’énergie qui devrait être dévolue à la liberté créative du savoir; pire, les contraintes de la sélection permettent l’élimination des projets les plus dérangeants et par conséquent les plus novateurs.

C’est parce que désormais l’Etat est devenu l’expression de l’idéologie de marché qu’on en vient à préférer, comme le pire des pis-aller, le statu quo. S’appuyant sur le Medef, le gouvernement Sarkozy est si réactionnaire, dans le sens néo-conservateur du terme, qu’il parvient à faire apparaître comme progressiste une situation que personne ne désire ni défendre, ni maintenir. Jusqu’ici c’étaient surtout différents groupes d’immigrés au statut précaire qui ont payé les coûts sociaux de la restauration; “liquider mai 68″… Désormais elle frappe différentes catégories de la population « intégrée ». À dénigrer l’État et la dépendance qu’il induirait chez enseignants et chercheurs, on oublie que l’État c’est aussi l’État de droit, garant pour toutes et pour tous des libertés fondamentales. C’est cet ensemble d’institutions et de services qui non seulement maintient un certaine égalité de traitement dans l’accès à leurs prestations, mais qui permet également aux citoyennes et aux citoyens d’exercer  un contrôle politique à l’égard des institutions que par ailleurs elles et ils financent; ceci pour autant qu’elles ne soient pas court-circuitées par une oligarchie de ploutocrates ou que les tâches n’en soient pas confiées au secteur privé.

Faire passer les enseignants-chercheurs pour des défenseurs du statu quo quand on connaît les innombrables propositions de réforme (au sens propre du terme) issues des états-généraux de la recherche en 2004, c’est tendre indirectement la main au gouvernement qui éprouve pour les universitaires le mépris que l’on sait. Le geste étonne de la part d’un intellectuel non seulement brillant, mais habituellement sagace et critique.

--
Claude Calame
Directeur d'études
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Calendrier Paris 1 (du 2 au 6 mars)

Calendrier de l’Université Paris 1 (2 mars-6 mars 2009)
Lundi 2 mars
PMF (Site Tolbiac)
9H30-11H30, amphi  I « Enseigner l’histoire aujourd’hui dans le secondaire » Conférence-débat animé par Virginie Martin, Matthieu Glaumaud, Laurent Tatarenko et Héloïse Bocher, avec Marc Deleplace (MCF de l’IUFM de Reims)
11H3O-14h, Amphi K  Réunion du comité étudiant de grève ???
11H30- 13, amphi I Christophe Ramaux L’Etat social : une alternative au libéralisme
12H-14H, amphi N La réforme italienne ou la rationalisation économique de l’éducation Federico Farragoni, Pr de sciences économiques et sociales Doctorant en sociologie Paris 7
14H30- 16H , Amphi N Débat étudiant : les moyens de la mobilisation.
16H-19H (amphi H) La philosophie des damnés : Franz Fanon et la question de la violence-« , Un atelier organisé par  Elsa Dorlin

SORBONNE, 10 h, Amphi Richelieu AG Sorbonne Paris-I et Paris-IV.
-13h-13h30 en Marc Bloch : « Alexandre le Grand: « un chef d’Etat conceptuel » (V. Giscard d’Estaing)? » Bernard Legras
17H-19h, salle Halbwachs Conférence-débat organisé par Sophie Poirot-Delpech et Alain Gras
Dans le cadre de la grève active : Ecologie et Politique Avec Ernest Garcia, PR à l’Université de Valencia.

SAINT CHARLES
11H-12 , Atelier de sculpture Banderoles expression urbaine. Performance

PARTOUT
16h, 9 rue Malher, Amphi Dupuis
En raison des grèves, les cours et les TD d’histoire de l’Afrique sont remplacés par la projection d’un film la projection sera commentée et suivie d’un débat.
16h- Assemblée générale à Saint Hyppolite

MARDI 3 MARS
PMF
8h30-9H30, Amphi K « Le maître ignorant » Atelier organisé par le Service Général des sciences sociales
8h-11h, A 802   « La crise de l’éducation » et « L’individualisme méthodologique et ses alternatives ».
Animé par Frédéric Fruteau de Laclos : 10H-11H, amphi H Conférence – Débat
« Démographie, société, vieillissement et immigration »
11h, Amphi N Assemblée générale des Etudiants
13h à 14h, salle A 802 « La parole et les médias: discussion autour de textes de Bourdieu ».Sarah Troche :
13H-16H, amphi N  (Après l’Assemble générale) Projection du film : « Adieu Bonaparte » de Y. Chahine
Histoire contemporaine
14H-, amphi K Projections et débats  organisés par les étudiants.

SORBONNE
Semaine Cinéma et Histoire :

9h – 12 h, salle  Marc Bloch  Projection-débat autour du film « La passion de Jeanne d’Arc » de Carl T. Dreyer (1928) (avec R. Falconetti) dans le cadre de la semaine Cinéma et histoire, présenté par Claude Gauvard et Nicolas Offenstadt.
10h-12h, salle Halbwachs « Quel avenir pour la philosophie? » débat organisé par Paul Rateau et Jean Salem.
12h – 14h, salle 1, Centre Panthéon  : ASSEMBLEE GENERALE DES PERSONNELS DE PARIS I
13h-14h, salle à préciser présentation du livre Le Quotidien municipal dans l’Occident romain (B.Rossignol)
14h-17h, RV près des petites salles Picard (3e étage) : Atelier performance : organisation du « procès public de VP, XD et NS »
15h-18h, Salle Picard, A. Marès et A. Soubigou
Cycle de conférences alternatives sur Les mouvements étudiants en Europe centrale aux XIXe & XXe siècles : « Les étudiants d’Europe centrale face au péril nazi en 1938-1939 »

MICHELET (3 rue Michelet, 75006)
10H, Michel POIVERT reçoit Alexis CORDESSE, photographe, à propos de l’œuvre réalisée avec Zoé VARIER : DU BEAU TRAVAIL !
12H, AG enseignants/étudiants/BIATOS commune à P1 et P4.

SAINT CHARLES

11H, Salle 350 Atelier Image, montage vidéo, labo son.
16H-19H, Amphi  Autour de la fusillade de Kent State University.
Partially Buried Woodshed, Robert Smithson
Kent state : the Day the war came home, Chris Triffo, 2000
Animé par Karen O’Rourke

Mercredi 4 mars
10h-11H30
11H30-13H, amphi L Atelier « L’enseignant en homo-donator ? » (3) (réflexion sur les relations entre enseignants et enseignés à partir de la théorie du don de Marcel Mauss et de ses interprètes contemporains). Animé par Valérie Souffron ,  Sophie Gravereau  Sociologues
13H30-15H30, amphi I De la petite section de maternelle au baccalauréat, le métier d’enseignant en danger.
Rencontre-débat animée par Marie Dejoux et Christelle Loubet
12H-14H, amphi N « La révolution en images » Avec Pierre Serna
15H-Conférence : « La commune de Paris de 1871 », amphi J
15h30-17h Amphi I « La crise de l’Université française: une longue histoire? »
Conférence par Thierry Kouamé

Et, comme toujours au 12e étage :
14h-17h Atelier Performance animé par François Foronda et Marie Dejoux
16 à 18 h, Amphi L « Crise financière et corruption » Jean Rivelois, chercheur à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement

SORBONNE Semaine Cinéma et Histoire
9h-12h, salle à préciser projection-débat autour du film « Alexandre »  d’Oliver Stone (2004) (avec Colin Farell et Angelina Jolie) présenté par Anne-Emmanuelle Veïsse et Pierre Fröhlich
10H-11H, amphi Turgot  “La peste antonine et les épidémies dans le monde romain (IIe-IIIe siècles)”, B.Rossignol
14 h à 16 h, lieu à préciser : « Etre doctorant aujourd’hui », rencontre et débat organisés par l’Association CLIOPEA (Doctorants en histoire de l’Université Paris I)
14h à 16h, Salle Halbwachs    Débat autour de la question « Qu’est-ce qu’une lutte? », animé par Bertrand Binoche, Christian Bonnet et Chantal Jaquet.

SAINT CHARLES
11H-14H, Amphi Jugement de goût et jugement de droit : de la protection à la censure des œuvres, quels critères ? Par Agnès Tricoire avocate et membre de la LDH Animé par Agnès Lontrade
14H-17H, Salle 440 Francisco de Goya et les problèmes d’attribution autour du Colosse (1808-1828)

PARTOUT
10h , Rendez-vous sur le parvis de l’Institut du Monde Arabe
Visite de l’exposition Bonaparte et l’Egypte
Trois enseignantes seront là pour encadrer des groupes (et permettre l’obtention du tarif de groupe)

Jeudi 5 mars
PMF

11h- AG unitaire (personnels et étudiants)
Après-midi Manifestation (heure et parcours à préciser)SORBONNE

SORBONNE Semaine Cinéma et Histoire
9h-12h, Salle Marc Bloch sous réserve  : projection-débat autour du film « Le retour de Martin Guerre »  de Daniel Vigne (1982) (avec Gérard Depardieu et Nathalie Baye) présenté par Nicole Lemaître, Thierry Amalou, Vincent Denis et Jean-Luc Chappey
9h-11h, salle Lalande  conférence-débat de Xavier Guchet : « les sociétés de contrôle ».
10h à 12h, salle Halbwachs    Bruno Haas : Atelier « Théorie et pratique de l’action artistique dans l’espace public ».

SAINT CHARLES
10h-11h, Amphi « Le portrait du roi » analyse comparative de deux portraits de Nicolas Sarkozy
Anna Guillo

Vendredi 6 Mars
PMF
8H-11h, salle C2108 La chorale Chansons de résistance (de toutes langues et à toutes les époques) Animée par T.Jacopini et A.Regamey
10H30-12H, Amphi K, Conférence-débat organisée par les étudiants sur la grève aux Antilles et en Guyane.
10H-12H, Amphi L «Colonisation et immigration » M-C Blanc Chaléard
10h-12h, Tolbiac, amphi N :  Sacrifices de chiens, sacrifices d’enfants -Jean-Claude Lacam, « Le sacrifice du chien dans l’Antiquité gréco-romaine (Grecs, Etrusques, Italiques et Romains) »
-Meriem Sebaï, “le « sacrifice des enfants » au Tophet : mythes et réalités”.
12H-13H30 Projection du film « Où va le monde M.Stiglitz » Chap. 3 : Le système financier international »
14h30-17h, amphi K
14H, amphi K- Conférence-débat organisée par les étudiants  : Pourquoi et comment lutter.
15H30, amphi K -Conférence-débat organisée par les étudiants : Education et société
L’éducation, tous en grève.. Que dire sur les réformes dans  l’éducation ? Avec des enseignants et des personnels Biatoss
15h30-17h30, salle T.405 (centre 17 rue de Tolbiac) ,« Autonomie scientifique et décision politique ». Conférence composée de deux parties:  « La science historique a-t-elle une fonction politique? » (Florence Hulak), « Quel rôle pour les sciences sociales en démocratie? » (Charles Girard).
17H-20H, amphi H Projection du film sur le planning familial organisée par les étudiants : Les bureaux de Dieu

SORBONNE Semaine Cinéma et histoire
9h-12h: projection-débat autour du film documentaire « La voix de son maître » de Gérard Mordillat et Nicolas Philibert (1978), présenté par Sébastien Lepajolec.
Et banquet

SAINT CHARLES
11H, Atelier de sculpture Atelier image, montage vidéo, labo son
15H, Salle350 Banderoles, expression urbaine, performance

PARTOUT
– Heure à préciser, Gare de Lyon, devant la voie F
Cours  atelier sur « Penser avec Foucault :  « Parce que vous le valez bien » – évaluation, capital humain et néolibéralisme »
Dans le cadre des activités de l’UFR 10.