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Petits conseils aux enseignants-chercheurs qui voudront réussir leur évaluation.

Un magnifique texte de Grégoire Chamaillou, en ligne sur le site Contretemps : http://contretemps.eu/interventions/petits-conseils-enseignants-chercheurs-qui-voudront-reussir-leur-evaluation

Extrait : « Nietzsche l’avait prédit : nous sommes entrés dans l’ère des marchands. Leur culture a triomphé. C’est essentiellement une culture de l’évaluation. Le triomphe d’un nouveau regard évaluateur, et avec lui d’une nouvelle question directrice, la « question des questions », posée plus haut que toutes les autres : « quels gens et combien de gens consomment cela ? ».
Muni de cette question, le marchand, poursuivait Nietzsche, « l’applique dès lors instinctivement et constamment à tout, et donc aussi aux productions des arts et des sciences, des penseurs, savants, artistes […] à propos de tout ce qui se crée, il s’informe de l’offre et de la demande, afin de fixer pour lui-même la valeur d’une chose »[1].La chose aujourd’hui, c’est vous. Quelle est votre valeur sur le marché académique ? Comment la calculera-t-on ? Et surtout – question vitale – que pouvez-vous faire pour l’accroître ?
Dans la nouvelle culture de l’évaluation académique, introduite en Europe par le processus de Bologne et stimulée par la prolifération des classements universitaires mondiaux, les règles ont changé, le jeu se joue différemment. Votre vieille connaissance localiste des rouages mandarinaux ne vous suffira plus. Si vous voulez réussir à maximiser votre valeur académique, il existe pourtant des règles simples et efficaces. Encore faut-il les connaître. » Lire la suite sur le site Contretemps

Pour vous inciter à lire ce texte, voici la liste des conseils qui y sont développés :

  • Augmentez votre productivité académique.
  • Cultivez votre « facteur h ».
  • Grimpez dans le classement ATP des chercheurs.
  • Investissez dans des activités académiquement rentables.
  • Devenez un killer.
  • Ne faites pas de la recherche : écrivez des papiers.
  • N’écrivez pas de livres, tronçonnez.
  • Achetez-vous une méthode Assimil.
  • Identifiez le « facteur d’impact » de vos publications potentielles.
  • Pensez servile : vendez-vous.
  • Renforcez votre capital citationnel.

Et quelques extraits de la conclusion de l’article :

  • « (…) Si vous voyez dans le décret de notre Ministre Madame Valérie Pécresse une « atteinte à votre indépendance et un alourdissement de votre charge de travail » c’est que vous n’avez pas compris que, comme l’écrit l’Observatoire Boivigny, « le passage à l’autonomie des universités qui est en train de se mettre en œuvre perdrait tout son sens si les établissements ne pouvaient pas gérer leurs ressources humaines, lesquelles constituent leur unique richesse. » C’est aussi que vous n’avez pas saisi le sens du concept d’autonomie tel que redéfini par la LRU : il ne s’est jamais agi de « l’autonomie » au sens des vieilles libertés académiques, mais de l’autonomie managériale des Présidents d’Universités, des instances d’évaluation et des agences de financement. Votre situation, à vous, est celle d’une hétéronomie accrue. (…) De même, si vous ne voyez pas l’intérêt des réformes actuelles de l’évaluation des enseignants-chercheurs, au prétexte que vous êtes déjà évalués, par vos pairs, de façon collégiale, lors de la publication de vos travaux et dans la progression de votre carrière, c’est que vous avez manqué un épisode. Comme l’a suggéré la conférence de Bergen en mai 2005, le « management de la qualité du corps enseignant » doit en effet désormais passer par de nouvelles procédures d’évaluation, et ce à l’échelle internationale. Qui veut un marché unifié et un espace de concurrence non faussée veut aussi des étalons de mesure communs, à base harmonisée. Telle est la motivation fondamentale des réformes institutionnelles en cours sur le front de l’évaluation. L’évaluation bibliométrique n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle n’est qu’un des instruments mis au service de la libéralisation de l’enseignement et de la recherche (…). »

AG de l’éducation nationale Samedi 14 Mars à Montpellier

Après la réussite de la mobilisation du 29 janvier contre les réformes Darcos du gouvernement, le mouvement de contestation s’amplifie dans la France entière, et gagne peu à peu tous les secteurs de l’Education: Enseignants du 1er et 2nd degré, parents, lycéens, personnels précaires, étudiants, enseignants-chercheurs, IUFM, etc…
Tous commencent à converger vers une mobilisation s’organisant contre les réformes de l’enseignement. Cette convergence marque donc une nouvelle étape dans la Résistance.
Il est nécessaire de faire le point sur les actions en cours, d’échanger des analyses, de coordonner massivement nos actions futures et objectifs communs, afin de construire une résistance solide, unifiée, à l’échelle du pays.
Les deux précédentes assemblées nationales de la coordination de l’éducation, qui se sont déroulées à Villeurbanne puis à Paris, ont permis la mise en place d’un mouvement de grande ampleur : une liste de revendications a été rédigée à Villeurbanne, amendée à Paris et votée dans les assemblées locales, disponibles sur le site : http://www.agnationale.org
La coordination est à l’initiative de la journée nationale d’action du 10 mars, votée lors de la première coordination à Villeurbanne.
Nous invitons des personnes mandatées (enseignants, parents, lycéens, précaires, étudiants, etc) de chaque département à venir à l’assemblée générale nationale pour travailler ensemble à l’élaboration de ce projet et rendre compte des décisions. Les observateurs sont les bienvenus.
Nous vous enverrons prochainement une proposition d’ordre du jour, que vous pourrez amender, et sur lequel les assemblées générales pourront se positionner.
Afin que cette rencontre soit une totale réussite, nous vous demandons de renseigner et de retourner le plus rapidement possible les fiches jointes :
– pour vous inscrire à l’Assemblée Générale / pour réserver votre repas du midi
– pour réserver votre hébergement gratuit
– ou vous inscrire en ligne sur le site : http://www.agnationale.org/
La prochaine Assemblée Générale Nationale de l’Education se tiendra le : Samedi 14 Mars  à Montpellier
Salon du Belvédère au Corum, proche place de la Comédie – de 9h30 à 18 h –

Déclarations de F. Fillon : les choses bougent ? Ben non.

Episode 1 : Dépêche AP, François Fillon annonce la réécriture du décret.

« François Fillon a demandé mercredi la réécriture complète du décret sur le statut des enseignants-chercheurs qui a suscité un vaste mouvement de protestation dans les universités. Il a aussi annoncé un gel des suppressions de postes pour 2010 et 2011. Le Premier ministre, qui a reçu les représentants de la Conférence des présidents d’université, « a demandé que le décret statutaire des enseignants-chercheurs soit entièrement réécrit sur la base des discussions conduites par (la ministre de l’Enseignement supérieur) Valérie Pécresse avec les organisations concernées », rapporte un communiqué de Matignon.
Le Premier ministre a aussi promis qu' »aucune suppression d’emploi d’enseignant-chercheur ne sera(it) effectuée en 2010 et 2011″. Il a confirmé les suppressions de postes prévues dans le budget de 2009, qui est également très contestée au sein des universités, mais a offert de reverser les crédits correspondant aux budgets des établissements concernés.
« Le Premier Ministre a indiqué que les discussions ouvertes sur les différents sujets et conduites par Valérie Pécresse devraient aboutir d’ici la mi-mars », conclut le communiqué. AP
 »

Episode 2 : un collègue démontre l’inanité de ces déclarations :

François Fillon a déclaré : « qu’aucune suppression d’emploi d’enseignant-chercheur ne sera(it) effectuée en 2010 et 2011″. Il a confirmé les suppressions de postes prévues dans le budget de 2009, qui est également très contestée au sein des universités, mais a offert de reverser les crédits correspondant aux budgets des établissements concernés. »
Or :

  • Il est impossible de promettre que les suppressions d’emploi ne concerneront pas des postes d’EC puisque les universités (autonomes !) rendent les postes qu’elles veulent (les moins chers, généralement) et font après une petite cuisine interne. La promesse de F. Fillon (V. Pécresse s’y était déjà aventurée) revient à garantir que seuls des postes de BIATOSS pourront être rendus. Tu parles d’un progrès…
  • « les crédits correspondant » aux suppressions de postes de cette année ont déjà été reversés aux universités (cela fait d’ailleurs partie de la fameuse « augmentation du budget ») : on te coupe la jambe et on te rembourse une chaussure… Soit il promet de les doubler, soit il ne connaît rien à son dossier et il ne sait pas que ce petit tour de passe-passe a déjà été pratiqué par le MESR.

Episode 3 : Le SNESUP publie un communiqué (ci-dessous)

« LE GOUVERNEMENT MANOEUVRE EN RECUL
Le SNESUP vient de prendre connaissance ce mercredi en fin d’après-midi des déclarations du premier ministre et de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ces déclarations témoignent de manœuvres en recul du gouvernement face à une mobilisation exceptionnelle du monde universitaire, qui se renforce malgré les vacances universitaires et qui touche tous les secteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Si le premier ministre ose plus clairement prononcer l’enterrement de la version actuelle du décret statutaire, il reste encore aux
universitaires à faire prendre en compte l’ensemble des principes que la mobilisation déterminée porte : refus de l’alourdissement des services d’enseignement,  prise en compte de l’ensemble des activités dans les services, reconnaissance du rôle du CNU dans la gestion des carrières, refus de l’arbitraire exercé par les présidents d’université -notamment en matière de promotions, de congés scientifiques. Les orientations gouvernementales persistent à s’inscrire dans une logique de primes, donc d’individualisation des conditions de travail et de rémunérations.
Le gouvernement est contraint de reconnaître les immenses besoins en personnels d’enseignement dans l’enseignement supérieur. Toutefois, le gel annoncé des suppressions d’emplois ne porte que sur les enseignants-chercheurs et ne marque donc aucune inflexion par rapport au budget 2009. De plus, le gouvernement ignore l’exigence d’un plan pluriannuel de recrutements.
Même s’il reconnaît la nécessité d’une formation complémentaire pendant l’année de stage, sans en préciser les modalités, le premier ministre s’obstine à ignorer la revendication majeure de retrait du projet actuel de dispositif de formation et de recrutement des enseignants (mastérisation). Les positions adoptées par plus de 85 % des universités en France, qui refusent de s’inscrire dans une logique de démantèlement de la formation et des concours, sont ignorées.
Aucune des déclarations du premier ministre ou de la ministre ne concerne les revendications essentielles portant sur les organismes de recherche et le contrat doctoral.
Le SNESUP mesure les quelques inflexions apportées aujourd’hui aux orientations gouvernementales. Elles ne lui semblent pas de nature à sortir de la crise. Le SNESUP précisera, après consultation de ses instances, sa participation éventuelle à la réunion prévue vendredi.
D’ici là, il appelle à poursuivre la mobilisation et au succès des manifestations prévues demain en France.
Paris, le 25 février 2009 »

Episode 4 : COmmuniqué de SLU

Voici le communiqué de presse de Sauvons l’Université! Relatif aux déclarations de F. Fillon hier soir : http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article1972
Après des mois de surdité et d’aveuglement, le communiqué de presse du premier Ministre en date du 25 février 2009 marque une reconnaissance, tardive et biaisée, de l’ampleur des revendications de la communauté universitaire. Nous attendons encore que ce nouveau discours donne un contenu explicite aux termes qu’il met en avant : « fonctionnement collégial », « transparence », « équilibre » demeurent pour l’instant des formules incantatoires.
Nous prenons acte de l’engagement de réécriture entière du décret statutaire des enseignants-chercheurs. Nous rappelons cependant que le cadre de négociation exigé par la communauté suppose le retrait de ce projet de décret et de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants ainsi que la restitution des postes supprimés en 2009 et le retrait du projet de contrat doctoral. Nous rappelons également que l’arrêt du démantèlement des organismes publics de recherche constitue une revendication impérative de la communauté. Nous rappelons enfin que l’adoption d’un nouveau cadre législatif pour l’enseignement supérieur et la recherche permettant un rééquilibrage des pouvoirs au sein des établissements est aujourd’hui une exigence unanime de tous les acteurs de la coordination nationale des universités.
La réforme de la formation et du recrutement des enseignants ne fait ici l’objet que de déclarations vagues : la mise en place d’un « comité de suivi » ne saurait satisfaire la demande réitérée de retrait de la réforme ; le « temps de formation complémentaire pendant l’année de stage » demeure pour l’instant dans le flou le plus total (articulation entre le temps d’enseignement et la « formation complémentaire », rémunération).
L’annonce du gel des suppressions de postes d’enseignants-chercheurs en 2010 et 2011 et de la compensation en heures supplémentaires des postes supprimés en 2009 ne résout pas le problème du sous-encadrement des universités en postes administratifs, techniques et d’enseignants-chercheurs. Bien plus, elle annonce la poursuite des suppressions de postes de chercheurs et d’ITA. Elle laisse entière la question du devenir des emplois et du statut des personnels administratifs et techniques. La mise à disposition de professeurs agrégés du second degré ne peut tenir lieu de plan pluriannuel de création de postes d’enseignants-chercheurs. La question d’un “statut étudiant” ne fait en outre l’objet d’aucune proposition.
Enfin, toute réflexion sur la recherche est absente du communiqué : ni les questions de structures (démantèlement des grands organismes), ni celles de statut (contrat doctoral), ni l’articulation entre enseignement et recherche à l’université dès le premier cycle ne sont mentionnées.
Cette timide ouverture engagée par le premier Ministre doit renforcer la vigueur de la mobilisation universitaire. SLU demande que soient abordées en bloc l’ensemble des revendications et que les négociations soient menées dans un cadre interministériel : c’est tout le service public d’enseignement et de recherche qui est concerné. Tant que ces conditions ne sont pas réunies, toute négociation n’est que simulacre : c’est pourquoi SLU ne se rendra pas au rendez-vous proposé par Valérie Pécresse vendredi 27 février. »

Toujours à propos des déclarations du premier Ministre, voir le billet de Sylvestre Huet : http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/02/fillon-amorce-u.html

Propositions pour le décret enseignants-chercheurs

Ce texte est issu des réflexions menées dans le cadre de la grève active de l’UFR de physique de l’université Denis Diderot (Paris 7)
« Une réforme nécessaire pour l’Université
Vous vous sentez concerné par l’avenir de l’Université et de la Recherche ? Vous considérez que l’Université est un bien public, au même titre, par exemple, que l’École ou l’Hôpital ? Vous êtes attaché à un accès au savoir pour tous et à une recherche publique pérenne et ouverte ? Nous vous invitons à soutenir ces propositions en signant cet appel.
Quel statut pour les universitaires ?
Le décret de 1984 qui régit le statut des enseignants-chercheurs n’est pas satisfaisant. De fait, les 192 heures statutaires ne recouvrent que le temps de cours devant les étudiants et ne comprennent donc pas l’ensemble du travail afférent à l’enseignement (préparation des cours, réunions pédagogiques, préparation des sujets d’examen et correction de copies, jurys d’examens et de concours, mais aussi administration de l’enseignement, suivi des étudiants sortant de l’Université, encadrement de stages). À cela s’ajoutent d’autres tâches d’administration et d’évaluation (participation aux conseils de l’université, comités d’évaluation, jurys de recrutement, expertises) ainsi que de gestion de la recherche (comptabilité, secrétariat, préparation des demandes de financement sur projet). En augmentation croissante, ces tâches réduisent d’autant l’activité de recherche proprement dite. Par ailleurs, un grand nombre d’entre elles ne relève pas de l’activité d’un universitaire, telle que nous la concevons. Par comparaison, dans la plupart des universités étrangères dont l’activité de recherche est unanimement reconnue, les universitaires effectuent statutairement un service équivalent à environ la moitié de celui en vigueur dans les universités françaises. Les tâches de gestion y incombent à un personnel qualifié et nombreux. Une telle organisation, demandée depuis des années par les universitaires français, est la condition nécessaire pour une recherche et un enseignement de la plus haute qualité.
Sur ces bases, nous demandons fermement, pour tous les universitaires, quels que soient leur établissement et leur grade, un nouveau statut de fonctionnaire d’État :
* qui réaffirme la liberté académique pour l’enseignement et la recherche (décret de 1984),
et qui stipule :
* un volume statutaire d’enseignement de 120 heures équivalent TD ;
* la liberté donnée aux enseignants-chercheurs de répartir collégialement leur temps d’enseignement sur quelques années ;
* la possibilité effective d’obtenir plusieurs congés sabbatiques de recherche au cours de leur carrière ;
* la prise en compte, dans les carrières, des tâches attenantes à l’enseignement.
Le temps libéré sera dévolu à l’activité de recherche. Il permettra également une amélioration qualitative de l’enseignement, d’autant qu’à l’Université, quel que soit le cycle de formation, l’enseignement et la recherche sont imbriqués. Le changement de statut s’accompagnera d’une rénovation en profondeur des pratiques pédagogiques et d’une réorganisation des cursus d’enseignement dans les différentes filières, menées collégialement par les universitaires.
Cette réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche doit nécessairement s’accompagner d’un plan pluriannuel comprenant deux volets :
* la création de postes statutaires permanents (fonctionnaires d’État) de BIATOS et d’enseignants-chercheurs pour assurer avec compétence l’ensemble des missions de l’Université ;
* l’amélioration des conditions d’accueil des étudiants (bibliothèques, salles de travail, logement) permettant le travail personnel nécessaire à l’acquisition d’une formation intellectuelle et professionnelle.
Cette réforme nécessaire est seule à même d’offrir au plus grand nombre une formation pertinente et d’en garantir les retombées sociétales. Les capacités de recherche et d’innovation s’en trouveront démultipliées, tant qualitativement que quantitativement. L’effort budgétaire public nécessaire à la mise en place de cette réforme permettra de rattraper le retard d’investissement dont souffrent l’enseignement supérieur et la recherche publics. Les fortes retombées économiques attendues à moyen terme achèvent d’en relativiser le coût.
Cet appel se veut une contre-proposition au projet du gouvernement sur le statut des enseignants-chercheurs. Il pourra alimenter la concertation que la Coordination Nationale des Universités réclame avec vigueur, en lieu et place des projets actuels. Il invite à lancer d’autres propositions concernant tous les points mis en avant par la Coordination.
 »

Il est possible de lire et de signer cet appel en ligne : http://universites.ouvaton.org/

Evaluation du discours de Valérie Pécresse sur France Inter

EVALUATION DE LA PERFORMANCE DE MME PECRESSE
MARDI 24 FEVRIER SUR FRANCE INTER (8h20 : L’INVITE D’INTER + INTERACTIV’)
Par Eric Dufour et Christophe Mileschi (Coordination Nationale des Universités)

Le premier ministre F. Fillon avait, sous l’impulsion du Président Sarkozy, évoqué l’idée d’une évaluation des ministres. Que cette idée soit restée lettre morte n’est guère étonnant. Nous tenons toutefois à la mettre en application. Etant donné que notre ministre se plaint de ce que nous ne serions pas évalués, alors que ce n’est pas le cas et que nous, enseignants, ne refusons nullement une évaluation à laquelle nous sommes de fait soumis (toute la question étant de savoir qui évalue et comment), nous nous proposons d’évaluer systématiquement les interventions de notre ministre, Mme Pécresse. Cette évaluation permet d’exercer un contre-pouvoir et de mettre en évidence la manière dont Mme Pécresse exerce son ministère.
On savait que Mme Pécresse se faisait rare depuis le chaleureux accueil qu’elle a reçu à Strasbourg le 5 février 2009. Elle a décommandé tous les débats publics qui devaient l’opposer à Roger Karoutchi pour les primaires en Ile-de-France, et a même préféré ne pas se rendre à la Cité des sciences lundi 23 février 2009 au matin, alors que sa présence était prévue et attendue au colloque sur les ANR blancs, sans doute par crainte des « preuves d’amour » que nous, personnels et étudiants de l’Université, pourrions lui témoigner…
C’est dire si la performance de Mme Pécresse ce matin, où elle s’est produite afin de se faire entendre mais sans toutefois être confrontée à un vrai public, était décisive.
* * *
On aurait pu attendre – on attendait de la part de Mme Pécresse un peu de clarté sur la situation. Face à une mobilisation sans aucun précédent dans l’histoire de l’Université française, qui dure depuis un mois et réunit autour d’un même but et au-delà des clivages politiques traditionnels (l’opposition droite-gauche) tous ceux qui travaillent à l’université (biatos, étudiants, enseignants), on attendait des réponses.
I. La question du décret sur le statut des enseignants chercheurs.
On attendait d’autant plus des réponses claires que le journaliste qui interviewe Mme Pécresse, Nicolas Demorand, essaie de poser des questions précises qui appellent des réponses qui le sont tout autant. Tel Socrate essayant de faire parler son interlocuteur, il aura toutefois de la peine à obtenir des réponses aux questions qu’il pose, et l’accouchement, pour Mme Pécresse, va être difficile et mettre au monde des « monstres morts nés » (comme on dit chez Platon).
Aux questions répétées et insistantes de N. Demorand sur le décret, Mme Pécresse finit par dire, mais avec quelle difficulté (et elle n’ira pas plus loin) que le décret sera soumis au Conseil d’Etat lorsque la médiatrice aura fini son travail de réécriture.
Elle insiste sur le fait que le débat sur l’autonomie est derrière nous, puisque déjà 20 universités jouissent de cette autonomie, laquelle est d’ailleurs ce vers quoi va l’université sur le plan mondial. C’est important car cette autonomie est ce qui donne aux universités la liberté, l’initiative, la responsabilité (sic). Bref, l’autonomie, c’est fait et on ne peut pas revenir en arrière : « allez leur dire [aux 20 universités déjà autonomes] que vous leur retirez leur nouvelle liberté ! » (c’est nous qui soulignons).
Comme d’habitude, Mme Pécresse assimile la loi sur l’autonomie des universités (dite LRU), donc l’autonomie au sens politique et économique du terme, avec la liberté au sens spirituel et métaphysique du terme (responsabilité, initiative, possibilité du choix). Or, c’est ce parti pris idéologique qui se trouve contesté par les membres de la communauté universitaire, qui pensent que le projet de décret, à titre d’application de la loi d’autonomie, au contraire, restreint les possibles de l’enseignant chercheur, donc une liberté qui fut jusqu’ici garantie par son statut de fonctionnaire c’est-à-dire par une gestion nationale des enseignants, pour le subordonner à un Président d’Université promu manager d’un établissement assimilé à une entreprise et où il est fort à craindre que la recherche désintéressée disparaisse sur l’hôtel de l’efficacité et de la rentabilité.
Bref, le décret qui sera présenté devant le Conseil d’Etat, s’il n’est certes pas le projet de décret actuel qui a suscité la protestation des enseignants, sera toutefois une réécriture du premier projet à l’aune des trois grands principes énoncés par le Président de la République : l’autonomie des universités, l’évaluation des enseignants chercheurs, mais aussi plus de souplesse, de transparence et d’équité (sic).
Ce qu’on ne sait toujours pas, du coup, c’est si ce nouveau texte est pensé comme radicalement différent du premier : Mme Pécresse a absolument refusé de répondre à la question de M. Demorand qui lui demande à la fin de l’émission : « alors, on efface le texte du décret et on repart à zéro ? » Lorsque Mme Pécresse répète : « on repart [elle refuse d’ajouter : à zéro, ou : à partir d’une page blanche] à partir des principes fondateurs : évaluation, autonomie, souplesse, transparence », répétant littéralement ce qu’elle avait dit 50 minutes auparavant, on peut craindre, puisqu’on ne sait proprement rien, que la réécriture du décret n’apporte que des modifications cosmétiques au texte existant.
Il y a bien l’indice d’un changement (du moins à notre sens) dans le discours de Mme Pécresse. Lorsqu’elle souligne que la situation actuelle est intenable, et qu’il faut donc réformer le statut des enseignants chercheurs (ce que personne ne conteste, toute la question étant de savoir comment), Mme Pécresse s’indigne du fait qu’« il y a 50% de promotion locale dans les universités ; où est la transparence, où est l’évaluation de cette décision ? » Une telle remarque est incompréhensible dans la bouche de Mme Pécresse : faut-il rappeler que le projet de décret que nous refusons proposait, dans sa première version, que toutes les promotions soient locales et qu’elles soient distribuées par le conseil d’administration ? Faut-il rappeler que, dans ce texte (et c’est ce qui a suscité l’indignation des enseignants), le rôle du C.N.U., la seule instance nationale qui puisse proprement évaluer l’activité de recherche d’une enseignant, n’était plus que consultatif ? A notre connaissance, toutes les modifications qui ont pour l’instant été apportées en reste à ce rôle consultatif du Conseil National des Universités (C.N.U.). Sur tous ces points, nous renvoyons à l’analyse par M. Beaud du texte du décret (sur le site de Sauvons l’Université). Bref, que veut donc dire Mme Pécresse qui semble ici souscrire à une thèse qu’elle refusait auparavant ? On sait bien que le projet du député U.M.P. Fasquelle, qui s’est opposé frontalement au projet de décret Pécresse et a proposé un contre-texte (ou un contre-projet), qu’on trouve également sur le net, propose que l’évaluation des chercheurs (contre le projet Pécresse) soit en partie nationale c’est-à-dire l’œuvre du C.N.U. S’agirait-il d’un ralliement par Pécresse aux propositions de Fasquelle ? La seule chose qu’on peut constater, c’est que le projet de décret sur le statut des enseignants chercheurs gagne de plus en plus en indétermination, et que Mme Pécresse semble ne plus savoir ce qu’il faut mettre derrière des mots qu’elle assène comme des slogans : « autonomie ! », « évaluation ! », « transparence ! ». Dire le mot tient lieu d’idée et de développement…
La seule chose que sait dire Mme Pécresse, ce sont des généralités plates qui constituent comme une petite ritournelle qu’elle connaît par cœur. Lorsque M. Demorand, qui y va bille en tête, lui demande pourquoi les chercheurs sont dans la rue puisqu’elle veut seulement leur donner la liberté, elle répond que toute réforme suscite des inquiétudes chez ceux dont on veut réformer le statut, se faisant passer pour une progressiste face à des affreux réactionnaires. Nous le répétons : nous voulons, nous souhaitons des réformes, mais des réformes pensées et concertées, non pas des projets informes qu’on nous impose en vertu du libéralisme et de la destruction des services publiques au nom d’une prétendue mondialisation.

II. Le CNRS
Mme Pécresse en appelle tout le temps au dialogue : « La seule issue, c’est le dialogue », dit-elle à M. Demorand qui lui demande si elle compte imposer ses réformes contre le personnel. Qu’est-ce que le dialogue pour Mme Pécresse ? Déjà son interview par Jean-Pierre Elkabbach le 3 février 2009 était remarquable à cet égard. Celle de Nicolas Demorand confirme que Mme Pécresse a une curieuse conception du dialogue. Lorsque l’auditrice Mireille, de Dordogne, demande si le but visé est de « démanteler le C.N.R.S », Mme Pécresse annonce : « Je crois que c’est une très bonne question qui me permet de faire une réponse très claire ». Mais la clarté attendue n’advient qu’à moitié : « Nous n’avons pas pour objectif de démanteler le C.N.R.S » (donc Mme Pécresse répond à la question : on a vu et on verra à nouveau que ce n’est pas souvent le cas), « il y a eu un plan stratégique du C.N.R.S. qui a été adopté en juin dernier » (c’est précisément ce que Mireille, de Dordogne, appelle le démantèlement du C.N.R.S.) ; « ce plan stratégique va être appliqué, c’est la volonté du gouvernement » (bref, on va démanteler le C.N.R.S.). Plus tard, Mme Pécresse dira : « j’ai écrit à tous les chercheurs du C.N.R.S. pour leur dire que le plan stratégique serait appliqué ». Ce qui est remarquable, ce n’est pas tant que Mme Pécresse ne cherche même pas à montrer que cette « stratégie » de réorganisation n’est pas un démantèlement, ce qui est pourtant ce que demandait Mireille. C’est sa manière d’insister, exactement comme M. Darcos le 12 février 2009 sur R.M.C. (« Je suis recruteur. Je définis les concours dont j’ai besoin (…). Après, chacun nous suit, ou pas »), sur le fait que ce sera comme ça et pas autrement. Bref, le dialogue, selon Mme Pécresse, c’est l’art de la pédagogie, comme elle l’a encore répété ce matin : c’est-à-dire l’explication à des demeurés sourds et aveugles (voir l’interview par Jean-Pierre Elkabbach) de quelque chose qu’ils ne peuvent contester que parce qu’ils n’ont pas compris que c’est bien pour eux. La réforme des concours ? « c’est une bonne réforme, et tout le monde le dit », affirme-t-elle sur un ton péremptoire : Nicolas Demorand remarque toutefois : « sauf ceux qui sont dans la rue… » Mais ceux-là, ils ne savent pas ce qu’ils font ! De même, elle affirme également que « tout le monde est pour l’autonomie » ! Bref, Mme Pécresse veut bien dialoguer, mais avec quelqu’un qui soit bienveillant c’est-à-dire prêt au dialogue. Donc, qui sont les interlocuteurs « prêts au dialogue » selon Mme Pécresse ? Tout simplement ceux qui soutiennent la légitimité des réformes qu’elle propose.
La curieuse conception du dialogue de Mme Pécresse apparaît également quand on lui pose les questions qui fâchent. Nicolas Demorand lui demande si le discours de M. Sarkozy sur les chercheurs qui ne cherchent pas et sont simplement dans leurs laboratoires « parce que c’est chauffé et qu’il y a de la lumière » n’a pas été une erreur. La question est claire, la réponse ne le sera pas : « je crois qu’on a fait dire à ce discours ce qu’il ne disait pas ». Nicolas Demorand souligne que le discours de M. Sarkozy est sur le net (Mme Pécresse, on reviendra sur ce point, ignore que les faits sont têtus). Nicolas Demorand répète sa question, littéralement. Et Mme Pécresse se met à parler d’autre chose : « dire que le Président de la République ne met pas au cœur du projet national l’enseignement supérieur et la recherche, c’est une accusation totalement injuste. Quel est le Président de la République qui a donné 5 milliards d’euros pour faire des campus ? » Nicolas Demorand pose pour la troisième fois sa question. Mme Pécresse de dire alors qu’il faut examiner les actes et non pas les paroles et que, en outre, « dans le discours du Président de la République, il y avait aussi un mea culpa vis-à-vis de la réforme du système », formule qui n’a aucun sens, et qui en a d’autant moins que le Président n’a fait aucun mea culpa d’aucun ordre que ce soit, ce qu’il faut donc camoufler dans un discours incompréhensible et donc inattaquable ! Mme Pécresse ajoute donc : « il y avait un mea culpa du Président sur le système que nous avons laissé perdurer, où ils [les chercheurs] n’avaient pas la liberté de prendre des initiatives, avec un système trop complexe, trop morcelé ». Avec Mme Pécresse, le dialogue n’est possible qu’à la condition de ne pas vouloir être entendu et de ne pas espérer de réponse.

III. La question des budgets.
Mme Pécresse a beau nier lorsqu’un auditeur aborde cette question et affirme que les budgets sont en baisse, elle a beau faire …, reste que les faits sont têtus. Les budgets sont bien en baisse, malgré ce que prétend Mme la ministre qui, ou bien ne connaît pas du tout son dossier, ou bien est de mauvaise foi. S’exclamer trois fois ( !) comme elle le fait dès qu’un auditeur aborde cette question « si j’avais su j’aurais amené mes tableaux de chiffre » relève en tout cas d’une suffisance et d’une négligence que la politique de son patron nous a certes rendues familières, mais dont on ne saurait admettre la pertinence et la légitimité.
Sur le site SLU (Sauvons l’Université), on trouve des copies de lettres de divers Présidents d’Université qui se plaignent de la baisse des budgets : la déclaration de l’équipe de direction de l’Université de Caen (12 décembre 2008), la lettre de D. Filâtre, Président de Toulouse le Mirail, à P. Hetzel, directeur général de l’Enseignement supérieur (16 décembre 2008), le communiqué des présidents d’université « en proximité » sur l’allocation de moyens 2009 (12 décembre 2008), etc. Citons pour montrer que nous, « nous venons avec nos chiffres et nos tableaux », le courrier de la Présidence de Paris 8 (mardi 9 décembre) :

« Chers collègues
La direction de l’université Paris 8 a reçu lundi 8 décembre à 20h la notification par le ministère de la dotation 2009 pour l’université.
La globalisation des crédits a conduit à inclure dans le budget des universités des dépenses jusqu’alors directement prises en charge par le ministère. Il est dès lors extrêmement difficile de comparer la dotation 2009 à la dotation 2008.
Pour autant, les premiers calculs montrent que cette dotation ne correspond nullement aux engagements du ministère.
Ainsi est-il écrit que Paris 8 bénéficiera de « moyens supplémentaires de 1 310 000 euros, ce qui représentera une première augmentation de 8,3% » par rapport à 2008. Or il est immédiatement précisé que ces moyens incluent entre autres :
– les crédits du plan réussir en licence (lesquels s’élèveront, selon le même document, à 1 578 000 euros) ;
– les crédits pour les primes d’encadrement doctoral et de recherche (actuellement 423 701 euros pris en charge par le ministère) ;
– les crédits correspondant à l’augmentation de l’enveloppe indemnitaire « destinée à promouvoir l’attractivité des carrières ».

Il n’est pas besoin d’être expert comptable pour constater que l’augmentation de 1.310.000 euros doit servir à financer des dépenses… qui seront supérieures à 2 000 000 euros !
A cela s’ajoute la suppression imposée de douze emplois de fonctionnaires dont six en 2009, et l’imputation des allocations de recherche sur le budget de l’université (plus de 2 000 000 euros également).
Au final, il semble que le budget de l’établissement, présenté comme étant en hausse, subira en fait une diminution conséquente.
Nous sommes extrêmement surpris de constater que l’université de Paris 8 est répertoriée parmi les universités sur dotées, alors même que tous les indicateurs témoignent du contraire. Nous sommes également surpris de constater l’application par le ministère de critères de performance qui conduisent à une pareille diminution budgétaire, alors même que l’évaluation de l’établissement est encore en cours et que nos équipes de recherche et notre offre de formation ont bénéficié de bonnes, voire très bonnes, évaluations.
En raison de l’insuffisance de nos moyens actuels et compte tenu des charges nouvelles qui grèveront notre budget, se pose naturellement la question de l’accomplissement de nos missions de service public, notamment dans la perspective de la mise en place de la nouvelle offre de formation. Face à cette situation d’une gravité extrême, nous convoquons en urgence jeudi 11 décembre à 14h 00 l’assemblée des trois conseils.
La direction de l’université
»
Nous soulignons les points suivants :
1) Les universités se plaignent systématiquement du nouveau calcul du budget qui, comme le disait ce matin l’auditeur Hervé, d’Orléans, à propos du budget de l’Université dans laquelle il travaille, peut faire croire que le budget est en hausse. Ce n’est toutefois pas le cas, contrairement à ce qu’affirmait Mme Pécresse – la version audiovisuelle, sur le site de France Inter, est beaucoup plus drôle : on y voir la mine et les gestes d’indignation qui accompagnent la première occurrence de « j’aurais dû venir avec mon tableau synoptique des budgets de chaque université ».
2) Les universités soulignent que, comme le remarquait à nouveau Hervé, d’Orléans, face à Mme Pécresse, le plan « Réussite Licence », qui, cette année universitaire 2008-2009, a été mis en place en étant directement financé par le ministère, sera à partir de l’année universitaire prochaine (2009-2010) financé par les universités et doit donc être comptabilisé dans le budget ! Il faut ici nous arrêter sur le moment où Hervé, d’Orléans, développe cette idée, pour mettre en lumière la manière proprement scandaleuse dont Mme Pécresse, pourtant reine autoproclamée du dialogue (« ma porte est toujours ouverte »), tourne, tord et déforme ce que dit Hervé. Lorsque celui-ci souligne que, cette année, le plan licence n’est pas payé par le budget de l’Université, ce qui en revanche sera le cas l’an prochain, et que si on retire le plan licence et l’entretien des bâtiments il ne reste plus grand-chose du budget, Mme Pécresse rétorque : « vous dites que si on enlève le plan licence et la mise en sécurité des bâtiments, il n’y a plus d’augmentation [du budget] ; mais attendez, le plan licence, c’est un plan qui est là pour permettre à tous les étudiants de réussir leur études ». Mais Hervé ne dit pas ça, il n’a pas dit le contraire, mais simplement il parle d’autre chose – une autre chose que Mme Pécresse, manifestement, ne veut pas entendre, lui prêtant avec une mauvaise foi manifeste une idée qu’il n’a jamais exprimée ! Hervé dit simplement que, cette année, le plan licence n’était pas payé par le budget de l’université, il ne veut pas nuire aux étudiants et supprimer le plan licence !
3) Les universités soulignent les suppressions d’emplois – suppressions d’emplois qui, contrairement encore à ce qu’affirmait ce matin Mme Pécresse (« on ne supprime aucun poste d’enseignant chercheur »), touchent les enseignants chercheurs : « C’est plus de 200 suppressions d’emplois (enseignants-chercheurs, enseignants, personnels biatoss) qui sont affichées sur l’ensemble des universités, avec, dans certains cas, une amplification des sous-dotations constatées ces dernières années (par exemple, l’université Paul Valéry de Montpellier perd 6 emplois, alors qu’elle était classée 70ème sur 84 dans les dotations globales en postes les plus favorables). Ces diminutions d’emplois semblent toucher en particulier les universités du secteur Lettres, Langues, Arts, Sciences Humaines et Sociales (Grenoble 3, Lille 3, Paris 3 …). » (Communiqué du SNESup du 9 décembre 2008). Par exemple, la déclaration de la direction de l’université de Caen du 12 décembre 2008 évoque elle « la suppression d’emplois, tant d’enseignants-chercheurs que de personnels administratifs, techniciens et de santé, qui tous contribuent à la qualité de l’encadrement des étudiants et à celle de leurs conditions d’études et de vie ». On pourrait multiplier les exemples…
Tout le monde peut consulter ces lettres et ces communiqués, qui figurent en accès libre sur le net, et s’apercevoir que Mme Pécresse ment quand elle dit que les budgets sont augmentation (« tous les budgets des universités augmentent de plus de 10% cette année en budget de fonctionnement »). Bref, si Mme Pécresse veut discuter des chiffres, tableaux en main, c’est quand elle veut et où elle veut. Qu’elle puisse affirmer avec un ton offensé (et une mine effarouchée dans la vidéo) « sur la question des moyens, le procès fait au gouvernement est un faux procès » est tout simplement un scandale de la raison.

IV. La transformation du capes en master
On notera que, dans cet entretien consacré aux problèmes de l’enseignement supérieur, il n’est jamais question de la réforme du doctorat (le nouveau contrat doctoral) : Mme Pécresse n’y a même pas fait allusion. Elle a en revanche évoqué la question dite de la « mastérisation » du capes. Outre que « c’est une bonne réforme ; et tout le monde le dit », Mme Pécresse a atteint le degré extrême de mauvaise foi (ou de charlatanerie) à propos des nouvelles modalités du concours. Elle n’a nullement évoqué les questions techniques de la fabrication d’un master qu’on impose aux universités à moyen constant, donc sans leur donner ne serait-ce qu’une heure supplémentaire de cours. Elle n’a nullement évoqué la question étrange d’un capes qui est à la fois un diplôme (donc un master qu’on obtient au bout de cinq ans), mais aussi un concours qu’on passe la cinquième année (deuxième année après la licence de trois ans). Et si on n’a pas le concours (ce qui sera le cas de la majeure partie des candidats), mais seulement le diplôme, on fait quoi, et on devient quoi, sinon un précaire que les lycées pourront employer sans les titulariser ? Avant, lorsqu’on réussissait au concours du capes, on avait une année de stage accompagné dans un lycée, avec un horaire réduit d’enseignement. Avec les nouvelles dispositions, tout cela disparaît : dès la première année, l’enseignant est jeté dans les classes avec un horaire complet d’enseignement, sans aucun accompagnement. Il faut rappeler que la question du stage n’était nullement dans le projet originaire, et que, suite aux pressions des universitaires, le ministère vient d’insérer à la va-vite quelques bribes d’apprentissage dont les modalités sont encore confuses, au cours de la cinquième année d’études. Reste que, pour celui qui a le concours, il n’y a nul stage en classe. Le stage d’un an devant des élèves, si formateur pour le jeune enseignant, est supprimé. Voilà ce que l’auditeur Eric, de Tours, fait remarquer à Mme Pécresse. Celle-ci répond : « j’ajoute qu’une fois recrutés ils [les candidats] auront un stage d’un an, puisqu’on est forcément fonctionnaire stagiaire quand on est recruté dans l’enseignement comme dans la fonction publique ». Mme Pécresse joue – délibérément ou par ignorance ? – sur l’ambiguïté du mot « stage », mais ce n’est pas de cela, c’est-à-dire du statut de tout fonctionnaire stagiaire avant titularisation, que parlait Eric ! Mais bel et bien du stage de formation, de l’année au cours de laquelle l’enseignant débutant apprend son métier : années d’apprentissage qui disparaît corps et âme dans cette réforme.

V. Le statut des biatoss et la question de l’externalisation.
Il y a des remarques qui montrent que Mme Pécresse ne connaît pas son dossier et qui, surtout, font mal, pour autant qu’elles témoignent d’un immense mépris.
Nous reprenons dans ce qui suit les termes de notre collègue M. Dressen. Mme Pécresse a précisé que les biatoss étaient des administratifs (les personnels des bibliothèques sont carrément passé à la trappe). Nos collègues techniciens, ingénieurs, ouvriers de service et personnels de la santé et des services sociaux apprécieront d’être ainsi réduits à une catégorie et à un « métier », certes respectable, mais qui n’est pas le leur.
Voilà qui nous renvoie à une autre question dont il fut question à ce moment-là. Mme Pécresse a évoqué l’abandon du gardiennage ou de l’entretien (ménage, maintenance des bâtiments) des universités (là où ce n’est pas complètement fait), ce qui relèverait du « bon sens » : « ce n’est pas au cœurs des missions de l’université ». Or il s’agit d’une rhétorique manageriale qui nous vient tout droit des Etats-Unis via les entreprises privées. Il s’agit bien d’un discours de légitimation de la précarisation et de la sortie du statut de la fonction publique de collègues situés au bas de la pyramide sociale. Ce que la ministre ne dit pas, c’est que les services de scolarité par exemple ou les secrétariats d’UFR sont aussi touchés par la sortie du statut de la fonction publique d’un nombre croissant de collègues. Le coup des jardiniers n’est qu’un artifice pour cacher la forêt et cette forêt est inacceptable : la précarisation d’un nombre croissant de biatoss, notamment. On peut voir une illustration du caractère rhétorique des propos de Mme Pécresse dans les évolutions des entreprises privées. Ainsi Air France a externalisé ou sous-traité des tas d’activité sous le prétexte qu’elles ne correspondaient pas à son métier de base, mais elle s’apprête à faire rouler des TGV avec Virgin…
Il est illusoire de s’imaginer que seuls les catégorie C sont et seront concernés par cette logique de précarisation, ce qui est pourtant ce que prétendait Mme Pécresse sur France Inter le 24 février au matin. Nombre de catégories B et A sont aussi sur des contrats précaires, précaires de manière si permanente d’ailleurs que le Code du travail interdit ce type de pratiques dans le secteur privé (où l’on ne peut légalement enfiler indéfiniment les CDD). Afficher une volonté de réduire les catégories C, comme le fait Mme Pécresse, est surtout une entreprise de division des biatoss. Il s’agit entre autres de répandre l’illusion chez les B et les A que le sacrifice des C leur offrira de meilleures carrières et de meilleurs salaires. C’est d’ailleurs ce que Mme Pécresse dit clairement. Ne nous imaginons pas que les enseignants (chercheurs ou non) pourraient échapper à cette logique…

* * *
On le comprend : Mme Pécresse, ce matin, a été pitoyable. L’évaluation de son discours ne peut qu’être très, très mauvaise. Son exposé n’a rien clarifié mais tout obscurci, elle ne sait absolument pas répondre aux questions qu’on lui pose et que, d’une manière tragiquement autiste, elle ne veut pas entendre. La prestation de Mme Pécresse est terriblement en deçà de l’enjeu et de son importance cruciale. Face à tant d’incompétence, d’approximations, de demi-vérités et de véritables mensonges, eu égard aux qualités qu’on est en droit d’exiger d’un Ministre de la République, notre avis, en tant qu’experts des questions traitées par Mme Pécresse, est très défavorable. En effet, de deux choses l’une : soit Mme Pécresse est incompétente et ne connaît pas son dossier (« si j’avais su j’aurais amené mes tableaux »), soit elle est de mauvaise foi, ce qui est sans doute pire : car cette mauvaise foi est alors un refus, de fait, du dialogue que pourtant elle prétend instaurer avec nous. Bref, la prestation de Mme Pécresse est si pitoyable que nous demandons sa démission.

Fait à Grenoble, le 24 février 2009

Les experts.

Lettre de la coordination nationale des universités à l’AERES

 » Madame, Monsieur la/le délégué(e) scientifique de l’Aeres,

Comme vous le savez, le projet de « mastérisation » de la formation des enseignants est en passe de faire l’unanimité contre lui. La précipitation irresponsable avec laquelle il est mené, en particulier le flou entretenu sur le contenu des concours ; la suppression de l’année de stage en alternance après le concours ; l’allongement d’un an de la durée d’études non financée pour les futurs professeurs ; toutes ces préoccupations, et bien d’autres, n’ont toujours fait l’objet d’aucune réponse de la part du gouvernement et ont conduit la coordination nationale des université et de nombreuses autres instances à condamner
ce projet. Même parmi ceux qui ont élaboré tant bien que mal des maquettes, beaucoup espèrent qu’il soit abandonné.
En conséquence, la coordination nationale des universités, qui rassemble des délégués de la plupart des universités françaises, vous appelle solennellement à refuser de conduire l’évaluation des quelques maquettes de master « enseignement » qui remonteront jusqu’à l’Aeres.
Merci de nous faire part de votre décision afin que nous puissions procéder à un recensement.
Veuillez agréer, madame, monsieur, nos salutations respectueuses.
La coordination nationale des universités. »