Cherche toujours : pourquoi un chercheur cherche-t-il ?

Mercredi 25 février 13h-15 h, 105 Bd Raspail, Amphithéâtre, Colline Henry et al., projection du documentaire : « Cherche toujours. Pourquoi un chercheur cherche-t-il ? » en présence de Mathias Théry, réalisateur du documentaire, Francis Chateauraynaud, enseignant-chercheur en sociologie (EHESS), Etienne Couturier, doctorant en physique (ENS), Josquin Debaz, historien des sciences (EHESS), Stephane Douady, enseignant – chercheur en physique (ENS),

*Grand prix du festival science et cinéma de Oullins**Prix du jury jeune du festival science et cinéma de Oullins**Mention spéciale du festival du film d’éducation de Evreux*

  • « Ce qui ne sert à rien est utile pour l’avenir » Cherche Toujours est un film jubilatoire sur ce qu’est le travail du chercheur. Il est une veritable leçon face à des discours qui aimeraient que la science soit imméditament utilitariste. Pouvoir investir sur ce qui aujourd’hui ne sert à rien, c’est investir sur ce qui sera au coeur de la science demain. » Jean-Pierre Thorn, réalisateur et président du jury en 2008
  • « Le film rend toute sa dimension intellectuelle au travail de chercheur par des rapprochements incongrus, par le recours à la poésie et au rêve. Il défend l’idée que devant la connaissance, on est à égalité les uns avec les autres. » Isabelle Mallon, sociologue et membre du jury en 2008
  • « Je prendrais ici une citation du philosophe William James : « Que vaut une vérité scientifique si elle ne rend pas le monde plus interessant ». Le contenu du film et sa mise en scène reussissent à rendre le travail des chercheurs beau, interessant et surprenant, comme les scientifiques réussissent à rendre le monde plus beau, interessant et surprenant. » Vincianne Despret, philosophe et membre du jury en 2008
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Communiqué de presse SNESUP (21 février)

A Mesdames et Messieurs les Journalistes
AMPLIFIER L’EMBARRAS DU POUVOIR, CONFORTER NOS REVENDICATIONS

Le gouvernement comme le président de la République manoeuvrent aujourd’hui en recul, sous la pression des luttes, sur nombre de questions sociales notamment à la Guadeloupe.
Dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, où les textes et dispositifs contestés ont engendré une crise sans précédent, des déclarations  (V. Pecresse, des parlementaires UMP,…), démontrent l’impact indéniable des revendications portées par la grève et par les puissantes manifestations des 5, 10 et 19 février. La « charte de bonne conduite » censée accompagner le décret contesté n’est plus de mise, la « médiation » chargée de retravailler le projet de décret modifiant le statut des EC n’est, dans le mandat  que lui a donné la ministre, qu’un simulacre récusé par les  collègues et les organisations engagés dans la lutte. L’embarras croissant d’un pouvoir affaibli (il fait publier le maigre  soutien à la ministre de seuls 75 universitaires !), se refusant à officialiser le retrait du projet de décret statutaire, comme de la  réforme de la formation des enseignants et à annuler les suppressions d’emplois est à porter au crédit de notre détermination.
Aujourd’hui s’annonce l’écriture d’un nouveau texte de décret dont rien n’indique qu’il pourrait s’affranchir des principes à l’œuvre dans les versions précédentes, principes  réprouvés par la très grande majorité de la communauté universitaire. Cette annonce n’est pas exempte de manœuvres en particulier parce qu’elle ignore les autres revendications. Le rétablissement des postes supprimés au budget 2009 s’impose ; une revitalisation des organismes de recherche, de leurs missions, est elle aussi indispensable et passe par des changements nets du gouvernement dans ses orientations. En matière de formation des enseignants, le mépris persistant affiché par Xavier Darcos, qui continue de faire croire qu’il conviendrait seulement d’améliorer la pédagogie de ses intentions, appelle la poursuite du blocage des maquettes et des convergences dans les luttes avec les enseignants du premier et du second degré.
Quant au décret statutaire, il s’agit d’abord, de faire reconnaître au gouvernement les principes et garanties que nous voulons voir reconnus : liberté scientifique, respect des champs disciplinaires, rôle de gestion des carrières par le CNU conforté par un mode de désignation très largement électif, détermination claire d’un maximum de 150 h de service d’enseignement, prise en compte de l’ensemble des activités pédagogiques, des taches collectives et de  la recherche, refus des pleins pouvoirs accordés aux présidents en matière de promotions, de congés scientifiques et de services, refus de la logique des primes.
Ce sont bien ces valeurs et ces principes que le SNESUP entend porter, en lien avec les organisations et collectifs qui s’y retrouvent. C’est sur de telles bases que le SNESUP mesurera toutes les avancées. En convergence avec la coordination des universités et l’Intersyndicale, le SNESUP entend continuer à peser dès les prochains jours pour faire entendre et aboutir toutes les revendications. En ce sens il appelle à poursuivre et enraciner la mobilisation pour assurer le succès des initiatives unitaires prévues les semaines prochaines.

Retour vers le futur.

Anna Crawnique, « Faire l’histoire de l’université. A propos de deux ouvrages récents. » in Journal des sciences critiques, exactes, presque exactes et inexactes, vol. 2, n°3, juin 2018.

« Un ouvrage vient de paraître aux éditions Bolloré, écrit par M. Nicolas Sarkozy, ancien président de la République (2007-2012), aujourd’hui magnat de la presse et des sociétés d’assurance. Son Histoire des universités autonomes en France est un plaidoyer en faveur des réformes qu’il a mises en place durant son quinquennat, complétées par les gouvernements suivants. Curieux exercice auquel se livre ce descendant mal assumé de Mac Mahon et Agathon, sur deux cents pages de délire: il explique comment, en cinq années, les pouvoirs publics ont «permis de rendre à la recherche et à l’université tout leur standing, leur liberté et leur responsabilité». Qu’un homme politique s’exprime sur ses choix, ses mesures et ses mensonges, quoi de plus normal? Mais que cet homme, connu surtout pour ses faveurs à l’égard d’entreprises amies, pour son détournement des esprits vers la peur et l’intox, vers la Rolex plutôt que le Temps, que cet homme ose dire ceci à ceux qui se retrouvent aujourd’hui dans des conditions de vie et de travail misérables, cela relève non seulement de l’affront mais … » Lire la suite sur le site SLRU-EHESS.

Contre-cours à Michelet (UFR 03 de Paris 1)

Dans le cadre de la grève active, nous vous informons d’une journée de projections-débats, le mercredi 25 février, dans l’amphi de la rue Michelet. En espérant vous y voir nombreux.

MERCREDI 25 FEVRIER – 10h-21h – Amphi du centre Michelet
• 10h Film Universités, le grand soir (2008), en présence du réalisateur Thomas Lacoste, cinéaste, éditeur, directeur et fondateur de la Bande Passante. Avec ses invités : Daniel Bensaïd, Keith Dixon, Elsa Dorlin et Toni Negri
• Casse-croûte de grève
• 14h Débat « la culture sens dessus dessous – quels moyens, quels possibles et quels lieux pour la création et la réflexion ? »
Avec la participation de :
– Nicolas Frize, compositeur
– Vincent Krier, représentant de l’USPAC-CGT
– Sylvie Fanchon, artiste et professeure à l’Ensb-a, Paris
– Didier Alaine, bibliothèques
– Valérie Renault, archéologie (Inrap)
– Mathilde Priolet, Université Paris 8
– Thomas Lacoste, cinéaste
• 17h :  Rencontre avec Eric Hazan, écrivain et éditeur (La Fabrique)
• 18h30 : Film Il s’agit de ne pas se rendre, en présence des réalisateurs Naïma Bouferkas et Nicolas Potin

Amphi du centre Michelet –3 rue Michelet, 75006 Paris (Stations Luxembourg/Vavin)

« Le primaire et les universitaires : même combat ? » (Médiapart)

(Texte initialement publié sur le site Mediapart)

Le SNUipp-FSU, principal syndicat des enseignants du primaire, a appelé à manifester avec les universitaires ce jeudi 19 février. Et c’est sans précédent. C’est la première fois que ce syndicat se joint à une mobilisation des universitaires. Ces manifestations ont pour objectifs déclarés le retrait de la réforme du statut des enseignants–chercheurs, le rétablissement des postes supprimés, le refus du démantèlement des grands organismes de recherche, et le retrait de la réforme de la formation des enseignants.

Le SNUipp demande le report de cette dernière réforme et l’ouverture de négociations à ce sujet en précisant ( contre les propos de Xavier Darcos d’il y a une semaine jugés  » méprisants  » ) que l’actuel temps de formation des futurs professeurs des écoles en IUFM se divise à 40% en stages devant des classes et 60% en cours à l’IUFM ( Institut universitaire de formation des maîtres ).

Le  » grand frère  » du SNUipp dans la FSU ( à savoir le SNES, principal syndicat des enseignants du secondaire ) ne l’a pas suivi dans cette démarche, et s’est contenté dans un communiqué de fustiger les propos inacceptables de Xavier Darcos et de demander un report de sa réforme de 2010 à 2011.

En juillet 2008, lorsqu’il a été question de lancer des Etats-Généraux de la formation des enseignants ( qui ont eu lieu le 4 octobre ), la direction du SNUipp s’était déjà distinguée du SNES en demandant un moratoire de la réforme ( afin de la refonder sur d’autres bases ), revendication de moratoire qui a été refusée par le SNES ( à l’instar de Xavier Darcos qui s’était prononcé en juin contre tout  » moratoire  » de ses réformes engagées ).

Cette différence d’appréciation, d’engagement et de détermination sur cette question entre ces deux syndicats d’enseignants appartenant pourtant à la même fédération syndicale ( la FSU ) tient sans doute au fait que les enseignants du secondaire trouvent leur identité ( et leur distinction ) dans la discipline qu’ils enseignent, alors que ceux du primaire ( qui doivent enseigner toutes les disciplines du primaire) trouvent plutôt leur identité ( et leur distinction ) dans le fait qu’ils doivent être ( et sont ) en quelque sorte des  » spécialistes des apprentissages  » ( de l’apprentissage, de la pédagogie ).

Quoiqu’il en soit, on voit le caractère paradoxal de la situation : alors que les professeurs du secondaire ( ‘’spécialistes de spécialités’’ ) sont en principe en continuité avec les universitaires ( eux aussi, a fortiori, ‘’spécialistes de spécialité’’), ce ne sont pas eux qui se trouvent aux côtés des universitaires en lutte, mais des enseignants du primaire.

Qu’adviendra-t-il de cette situation singulière ( et historiquement inédite ) ? Dieu seul le sait. Mais pas Sarkozy. Ni sans doute quiconque, à terme. » (…)

Lire l’article intégral sur Médiapart.

Note de conjoncture politique sur le mouvement des universités

Note de conjoncture politique sur le mouvement des universités
Sixième version
Date : 23.02.09 – 12 h 13
Auteur : JV


1. Croissance du mouvement universitaire

La conjoncture est bonne. Même si certains enseignants-chercheurs commencent à fatiguer un peu, après deux, trois voire quatre semaines de grève suivant les configurations locales, et qu’ils espèrent légitimement un prompte retrait des projets gouvernementaux pour remettre les universités en marche, d’autres aspects plus essentiels du mouvement montrent que la détermination de tous est intacte et que, surtout, le mouvement dans son ensemble, continue de croître.

1) Tout d’abord l’entrée en masse des étudiants dans la mobilisation à compter de leur coordination nationale de Rennes le week-end dernier (14-15 février) a profondément modifié le mouvement universitaire cette semaine. D’une part, la mobilisation étudiante produit un effet relais, notamment dans les manifestations, lorsque les enseignants s’essoufflent ; d’autre part cela induit un élargissement des revendications qui contribue à faire monter la pression sur le gouvernement. Les étudiants demandaient à la coordination nationale des universités un ralliement à leur revendication centrale : « abrogation de la LRU ». Ils ont obtenu satisfaction, avant-hier, lors de la quatrième coordination nationale : http://www.shesp.lautre.net

2) Ensuite, la météorologie médiatique s’est nettement améliorée, depuis le week-end dernier aussi, avec l’édito (13 février) du journal Le Monde (qui exerce une certaine influence sur les autres médias) sur la « Faute lourde » de Nicolas Sarkozy insultant le monde de l’enseignement et de la recherche (Discours du 22 janvier 2009). On peut y voir soit un effet des campagnes de désabonnement lancées dans le monde universitaire soit un sursaut de lucidité du journal face à l’ampleur prise par le mouvement. Quoi qu’il en soit, sa ligne éditoriale s’est retournée à 180° et, même si le nombre d’articles consacrés au mouvement reste faible, ils ne sont plus systématiquement opposés au mouvement universitaire comme cela était le cas avant. Le nombre de dépêches AFP par jour a sensiblement augmenté. Les radios commencent aussi à évoluer. Dans l’ensemble, les journalistes ont maintenant eu le temps de prendre connaissance de ces dossiers techniques et complexes, mais qui sous-tendent des enjeux majeurs pour la société française toute entière.

3) Les manifestations partout en France, jeudi 19 février, ont donné un bon indicateur de la croissance du mouvement même en tenant compte de l’effet relais étudiants / enseignants évoqué précédemment. Les journalistes qui font leur travail correctement ne s’y sont pas trompés : en tenant compte de l’impact des vacances scolaires dans deux zones sur trois et en comparant l’ampleur des manifestations non pas à la manifestation nationale du 10 février mais aux manifestations antérieures similaires, c’est-à-dire locales, ils observent une croissance spectaculaire du nombre de manifestants (Libération, France Info, AFP).

4) La quatrième coordination nationale des universités, vendredi 20 février, a été, à tous égards, l’une des plus réussies des quatre rencontres organisées depuis le 22 janvier. L’organisation logistique assurée par le comité de Nanterre était impeccable. La qualité des débats – collectivement beaucoup mieux maîtrisés que par le passé – très supérieure à celle des précédentes rencontres. Les communiqué, motions et calendrier votés par la coordination nationale sont mieux que jamais adaptés à la conjoncture du moment. Ils reconduisent évidemment la grève reconductible, totale et illimitée dans l’ensemble du monde de l’université et de la recherche. Ils impulsent et organisent les convergences de la maternelle au supérieur. Ils confirment la parfaite et harmonieuse articulation entre la coordination nationale et les syndicats organisés en intersyndicale. Ils exigent l’abrogation de la loi LRU comme préalable à une reconstruction sur ce champ de ruines que le gouvernement actuel a créé.

2. Le recul annoncé du gouvernement

Cette croissance du mouvement universitaire prolonge celle des trois semaines précédentes et explique la stratégie de recul du gouvernement amorcée après le Conseil des Ministres du mercredi 11 février. Le Canard enchaîné (18.02.09), nous apprend que la ministre Valérie Pécresse s’est vue signifier le vendredi 13 février par le Secrétaire Général de l’Elysée la nouvelle position du Président de la République : retrait du projet de statut sur les enseignants-chercheurs. Le Premier Ministre la lui a confirmée quelques heures plus tard. Dans le sillage du Chef de l’Etat et du Premier Ministre, une partie des députés du Groupe UMP considèrent depuis lors qu’il y a urgence à retirer ce décret. Valérie Pécresse a ensuite « perdu » son Directeur-ajoint de Cabinet en charge de l’évaluation, Jean-Philippe de Saint-Martin ex-Secrétaire général de l’Agence nationale de la recherche (ANR) dont la nomination fut annoncée en mai 2007 (Les Echos, 24 mai 2007) et effective à compter du 7 juillet 2007 et qui avait donc préparé la LRU. Ce genre de démission (JO 17 février 2009) de conseiller ministériel « sur sa demande », peut parfaitement, dans les traditions gouvernementales, être décidée par l’Elysée et Matignon sans l’accord de l’intéressé ni même de la ministre concernée.

D’autre part, la Direction de l’UMP avait annoncé le 7 février l’annulation de l’ensemble des rencontres publiques de Valérie Pécresse face Roger Karoutchi par crainte des interpellations universitaires / étudiantes durant ces rencontres. Une seule rencontre sur les huit initialement prévues a pu avoir lieu. Une émission de face à face Pécresse / Karoutchi est certes programmée le 7 mars pour diffusion publique le 13 mars sur France 3 Paris Ile-de-France (AFP hier) mais Valérie Pécresse, considère elle-même avoir déjà perdu la primaire interne à l’UMP pour la candidature aux élections régionales : « Si les militants votent dans ce climat, je suis foutue. Mais si je recule (sur le décret) je suis aussi foutue.  » (Le Canard enchaîné 18.02.09).

Dans cette situation d’isolement au sein de sa majorité, Valérie Pécresse craint donc en cas de « retrait sec » du décret enseignant-chercheur, de devoir défaire l’ensemble de sa loi et par suite de voir sa carrière politique ressembler à celle de Devaquet après le retrait de son projet universitaire en novembre 1986 : une disparition définitive de la scène politique. Cette situation d’isolement de la Ministre qui lutte maintenant pour sa survie politique explique sa réticence et sa résistance à annoncer purement et simplement un / des retrait(s) de projets en cours. Combien de temps tiendra-t-elle ? La réponse tenant à la fois de sa psychologie personnelle, des relations internes à son Cabinet, nécessairement opaque, et aux faibles soutiens qu’elle peut trouver à l’extérieur… est difficile à faire, même en estimation.

3. Le dernier espoir de Pécresse : les propositions Fasquelle

Cependant, une chose est certaine aujourd’hui : ses marges de manœuvre sont très étroites et, en ce qui concerne le statut des enseignants-chercheurs, elle ne dispose plus d’autre voie de passage que celle que le député Daniel Fasquelle (Doyen de la Faculté de droit à L’Université du Littoral Côte d’Opale – ULCO, Boulogne) a tenté d’ouvrir, depuis plusieurs semaines, sous la forme de propositions rendue à la Ministre et à la médiatrice ce lundi 16 février (texte diffusé publiquement mercredi 15 février). L’un des enjeux intermédiaires et actuels pour le mouvement universitaire est donc de faire obstacle aux propositions Fasquelles à la fois parce que ces propositions sont absurdes au regard des réalités professionnelles des enseignants chercheurs et aussi pour enlever tout espoir d’échappatoire à Valérie Pécresse..

Cet espoir c’est l’acceptation par les universitaires d’une évaluation-(modulation ?) des enseignants-chercheurs sous contrôle des CNU. Sur cette option « évaluation-(modulation ?)-CNU » convergent aujourd’hui la Ministre, une partie (probablement petite) du groupe parlementaire UMP, une partie (nettement décroissante) de la Conférence des Doyens de Droit dont le Président est aujourd’hui contesté, une partie faiblissante de la Conférence des Présidents d’Université, et probablement une partie des collègues élus aux CNU au moins pour ce qui concerne le renforcement des pouvoirs du CNU qui en résulterait. Or, la mise en œuvre d’une telle option ne peut pas se passer du classement des revues tel que réalisé par l’AERES : c’est en effet la seule solution concrète pour produire une évaluation de 60 000 enseignants-chercheurs sans croissance vertigineuse (et impensable dans le contexte budgétaire actuel) du budget du CNU : une quantification sociométrique de la valeur de chaque publication scientifique pour aboutir à une notation objectiviste de chaque chercheur et enseignant-chercheur qui affectera ensuite ses conditions de travail.

Les juristes (sections 01, 02 et 03 du CNU) sont parvenus à s’opposer au principe même de la bibliométrie. Les politistes (Section 04 du CNU) à faire retirer le classement A, B, C même si cela n’apparaît pas encore sur le site de l’AERES. Les risques de la bibliométrie sur les autres sciences sont également importants et inquiètent notamment les mathématiciens, mais aussi les astrophysiciens. De nombreuses critiques se sont exprimées également dans d’autres disciplines. 3954 chercheurs ont demandé le retrait complet et définitif des listes de revues classées par l’AERES. Plusieurs projets de texte sont en préparation pour signature par les revues critiquant le classement voire demandant leur propre retrait du classement.

En ce qui concerne plus spécifiquement les sciences humaines et sociales, une évaluation sociométrique de nos travaux articulée à un système de décision centralisé sur nos activités produira un laminage intellectuel de la production scientifique : le filtre technocratique de l’AERES (un conseil mandarinal = sans MCF ni Chargés de Recherche ; des « groupes de travail » non élus mais nommés par l’administration ; des critères d’évaluation inexistants laissant place à tous les manipulations clientèlistes…) associé aux inévitables dominances paradigmatiques, idéologiques ou clientélistes qui structurent le fonctionnement des sections du CNU conduira inéluctablement à laminer les formes de pensées décalées, marginales, dissidentes… mais surtout les formes de pensées nouvelles, émergentes, qui font tout l’intérêt de la recherche scientifique. Ce sera une formidable machinerie à produire de la pensée unique et du conservatisme intellectuel… quels que soient les pensées uniques et les conservatismes de chaque époque et de chaque discipline.

Il est donc urgent, à titre d’objectif intermédiaire, d’ouvrir deux débats essentiels : veut-on (et si oui, sous quelles conditions ?) d’une évaluation par les CNU ? Peut-on accepter le classement actuel des revues scientifiques par l’AERES et son usage probable dans l’évaluation des enseignants-chercheurs ?

4. Le problème Darcos

La suspension de la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants des premier et second degrés est également un enjeu intermédiaire majeur de la mobilisation avec une forte probabilité de victoire à court terme. En effet, le très petit nombre d’universités ayant accepté de renvoyer les « maquettes » (projets de diplômes) au Ministère a contraint les autorités à repousser pour la deuxième fois la date limite de remise des documents, cette fois-ci jusqu’au 31 mars. Il n’y a évidemment aucune raison pour que les universités ayant refusé ce jeu de dupes en février l’acceptent en mars. Et le calendrier universitaire avançant… la probabilité d’une rentrée universitaire en septembre 2009 dans les conditions espérées par le ministère est proche de zéro.

Cette réforme vise à démanteler les concours nationaux de recrutement des enseignants des premier et deuxième degrés et à produire une masse d’enseignants diplômés mais non recrutés qui seront alors employables tant par le secteur privé que sur des contrats à durée déterminée dans le secteur public. Ce mode de production d’enseignants diplômés précaires ou chômeurs devrait peser à long terme sur les négociations relatives au maintien du pouvoir d’achat des grilles indiciaires en ce qui concerne les enseignants statutaires actuels. C’est pourquoi, la mobilisation des enseignants des premiers et deuxième cycles, si elle peine à s’amorcer durant ces périodes de congés, devrait démarrer au retour des vacances notamment à partir du 2 mars et surtout du 9 mars. En attendant la pétition demandant la démission de Xavier Darcos, qui est à l’origine de cette réforme et de propos outranciers révélant sa conception mercantile de l’Education Nationale bat des records de popularité en réunissant près de 10 000 signatures en moins d’une semaine.

A la date échéance du 5 mars, la coordination nationale appelle à la démission de toutes les charges administratives non électives et au refus de participation aux jurys (bac, BTS, DUT, Capes-Agreg, session de printemps…) et à pratiquer l’obstruction dans le cadre des mandats électifs. La prochaine rencontre de la coordination nationale fixée au 6 mars à l’Université Paris 12 permettra alors de tirer les conclusions qui s’imposeront.

5. Conclusion

La conjoncture pour atteindre l’objectif de la coordination nationale des universités d’abrogation de la LRU n’a donc jamais été aussi bonne depuis deux ans. On peut entendre cette demande d’abrogation de différentes manières : pas forcément au sens juridique du terme, une loi pouvant parfaitement être de facto abrogée en étant tout simplement vidée de son contenu et impossible à mettre en œuvre.

A cette fin, l’enjeu central pour le mouvement universitaire est maintenant de durer et de continuer à croître en favorisant les convergences étudiants / enseignants et les convergences de la maternelle au supérieur. La semaine qui vient sera difficile : deux zones sont encore en vacances scolaires et l’essoufflement chez certains enseignants-chercheurs devrait s’accentuer. Il faut donc encore une fois « densifier » la grève active en développant les programmes de conférences publiques intra muros mais surtout, mardi 24 février, hors de l’université. Les manifestations de jeudi 26 février aideront également à passer cette semaine difficile. A partir de la semaine suivante, une seule zone restera en congés et la dynamique des mobilisations intersyndicales en vue de la grande journée nationale du 19 mars favorisera de nouveau le mouvement universitaire comme cela s’est passé en amont de la précédente journée nationale du 29 janvier.

Neuf jours avant les convergences intersyndicales du 19 mars, la grande manifestation nationale à Paris « De la maternelle à l’université » , le 10 mars, sera donc à la fois une date relai et la journée essentielle pour toute l’Education Nationale.

Président réformateur en lutte (contre la grève)

sarkoantigreve

A voir sur LePost.