LES UNIVERSITÉS DU TERRITOIRE sont les territoires de l’Université ! (Emmanuel Ethis)

(Article originellement publié sur le blog d’Emmanuel Ethis)

L’autonomie des universités est l’aboutissement d’un long processus de « décentralisation » des institutions du savoir. On y pense et parfois, on l’oublie. Bien sûr, cette décentralisation a un prix : c’est là la question politique majeure que pose concrètement la mise en œuvre de la loi pour les Libertés et Responsabilités des Universités.

En 1303, l’Université d’Avignon est fondée par privilège pontifical afin que s’installe en province un pendant à la Sorbonne entièrement soumise à l’autorité du roi de France Philippe le Bel. Le Pape Boniface VIII voulait que l’ensemble des facultés soit rassemblé à Avignon en une université qui, pour se différencier de l’établissement parisien, insiste pour que les étudiants de la Cité des Papes inscrivent dans leur parcours universitaire de multiples séjours dans les grandes capitales de l’Europe de l’époque. On ne parle certes pas à l’époque d’un « projet d’établissement » qui en est pourtant un, car, de fait, les principes qui fondent l’université d’Avignon sont bien ancrés dans la conscience d’une nécessité évidente et impérative de considérer que la pensée, la formation, la recherche, la science ont une pertinence dans l’aménagement du territoire et dans le rayonnement d’une province. L’université d’Avignon, l’une des plus anciennes de France, disparaîtra à la Révolution française pour renaître en 1963, portée une nouvelle fois par ses territoires, pour occuper pleinement son rang parmi les jeunes universités de la République tournée vers la modernité et les nouvelles branches du savoir.

1968 à Avignon, vient bousculer, certes le Festival de Vilar, mais va confirmer l’importance d’une université pour porter sciences, cultures et compétences dans un territoire perçu comme riche depuis la capitale alors même qu’il demeure pauvre et peu diplômé. Oui, depuis 1968, l’on affirme à Avignon et dans bon nombre de villes de province qu’une véritable décentralisation des institutions du savoir et de la recherche est porteuse de sens, que l’échelon local est bel et bien un échelon administratif pertinent. C’est cet échelon local pertinent dont il est question aussi aujourd’hui dans la réforme des universités et dans la poursuite d’une décentralisation entamée dans les années quatre-vingt pour que la France soit considérée via l’ensemble de ses territoires et pour qu’elle puisse enfin rayonner comme il se doit dans une Europe encore à construire à une échelle internationale.

C’est là le sens profond d’un service public de qualité qui est notre première force lorsqu’il permet à tout bachelier français d’être formé par des enseignants et des enseignants-chercheurs de renommée internationale dans des structures décentralisées gérées par des personnels et une administration performante. Les quatre-vingt trois universités françaises représentent aujourd’hui un maillage territorial exceptionnel qui aujourd’hui notre plus belle assurance pour nous projeter dans notre propre avenir. Le politique, de droite comme de gauche, porte la responsabilité de faire réussir, bien au delà de la durée de tout mandat électif, ce projet au service de la nation. Cela suppose que nous sommes tous animés par les valeurs et le désir d’avenir et de progrès, que nous partagions tous la volonté de consolider et de développer un service public au service de tous, mais surtout que nous retrouvions cette confiance en nous-mêmes, impérative et nécessaire qui ne suppose aucune économie, mais bien au contraire tous les investissements possibles.

La hauteur de l’investissement qu’un état met en place dans son enseignement supérieur et dans sa recherche exprime de facto la confiance qu’il place dans les structures en charge de former les générations futures, de penser l’innovation. Liberté et Responsabilité des universités ne peuvent qu’aller de pair avec une liberté et une responsabilité animées des principes d’égalité, de solidarité et de confiance fraternelle entre tous nos établissements et tous ceux qui en ont pris la responsabilité. De fait, la réforme des universités ne peut se contenter d’être une réforme de ses structures. Il n’y a pas de petites ou de grandes universités, il n’y a pas les universités et les « grandes écoles ». C’est aussi ce que doit affirmer le principe d’autonomie des établissements. Tous les spécialistes des organisations le savent bien : la taille d’un établissement n’est pas corrélée à sa performance, sa réussite, ou sa reconnaissance. La réussite d’une université est nécessairement inscrite dans son projet d’établissement défini à la fois par son territoire et par ceux qui font la font : équipes politiques, personnels BIATOSS, contractuels, étudiants, enseignants et enseignants-chercheurs.

Les universités sont fières de former sans distinction sociale l’ensemble de la population. Car le pari des universités est au cœur du contrat social implicite qu’elles portent et qui affirme que le talent, l’innovation, la création ne saurait être le privilège d’une élite qui n’aurait de cesse de se reproduire à l’identique. Le talent, l’innovation, la création peuvent naître de n’importe où, chez n’importe quel étudiant sans distinction d’origine sociale ou d’appartenance géographique : voilà ce que révèlent bien mieux que n’importe quelle autre institution, les universités de la République qui sont par excellence les institutions de la diversité. C’est pour relever ces défis-là qu’elles méritent une autonomie construite dans le respect et la dignité sachant qu’elles sont, par nature, habitées de l’esprit de réforme. Mais ne nous trompons pas d’équation : la reconnaissance des moyens qu’on donnera à chacune de nos universités pour accomplir cette réforme sera toujours l’exacte équivalence de la reconnaissance placée dans les générations futures dont elles ont la responsabilité.

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