Action Francilienne ce mardi 24 février

Action Francilienne ce mardi 24.02, en accord avec l’appel de la coordination nationale des universités appelant à une journée de mobilisation ce mardi.
Le but de cette journée est de rejoindre les facs qui ne sont pas en vacances pour aider à la mobilisation dans la matinée, informer/débrayer suivant les indications des comités de mobilisation locaux, puis se rejoindre à 14h place de la Sorbonne pour un vaste rassemblement et une diffusion massive de tracts auprès du grand public.
Chaque universitaire est donc libre de rejoindre le comité de mobilisation d’une des facs suivantes qui ne sont pas en vacances pour participer à cette journée : présentez vous au comité local qui organisera la matinée dans la fac:
-Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) : 2 rue de Lille (métro 12 sortie St-germain des prés et remonter vers la Seine par la rue des Saints-Pères ; RER C sortie quai d’Orsay, remonter la Seine par le quai Anatole France puis le Quai Voltaire).
-Paris XII Créteil : 85 avenue du général de Gaulle (métro 8, à 100m de la sortie Créteil l’Echat).
-Paris VIII St-Denis : métro 13 sortie St-Denis université, en face de la station. Les étudiants de Nanterre se sont accordés pour se rejoindre à 9h30 devant l’université, merci de venir nombreux.
-A Paris VII certains UFR ont encore cours et peuvent être mobilisés.
Pour ceux qui ne pourraient venir dans la matinée, le rendez-vous de l’après midi est fixé à 14h place de la Sorbonne pour une diffusion massive de tracts : parlez-en autour de vous, diffusez largement le message à tous vos contacts; il faut que tout le monde qui ne soit pas parti en vacances puisse venir.

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MOTIONS DE LA 4ème COORDINATION NATIONALE (20 février)

Communiqué du matin
La journée de manifestations du 19 février a rassemblé 50 000 enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs, BIATOSS, ITA, précaires, post-doctorants, doctorants, étudiants, et des personnels de l’Education Nationale dans toute la France. Aujourd’hui, le 20 février 2009, la 4ème Coordination nationale des universités se tient à Nanterre.
Elle exprime son exaspération face au mépris sans précédent manifesté par le gouvernement et par le président de la République vis-à-vis de son mouvement et de ses revendications, vis-à-vis de l’ensemble de la communauté universitaire.
Elle constate que les revendications posées par les Coordinations précédentes n’ont pas été satisfaites et que les réformes contestées n’ont pas été retirées.
En conséquence, elle maintient le mot d’ordre de grève, reconductible, totale et illimitée lancé le 22 janvier : « L’Université et la Recherche s’arrêtent ».

Motion 1 : « De la maternelle au supérieur »
Les délégués à la Coordination nationale des universités réunie à Nanterre le 20 février 2009 constatent qu’un projet cohérent est en train d’être mis en place de la maternelle à l’université : casse des services publics et des statuts des personnels et des établissements de la fonction publique, éducation à deux vitesses, mise en concurrence des établissements, crédits insuffisants, suppressions de postes, précarisation. Nombre de nos revendications concernent les collègues de la maternelle, du primaire et du secondaire, et au-delà l’ensemble de la société. Leurs revendications sont les nôtres. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne l’emploi, la réforme des concours de recrutement et de la formation des enseignant-e-s, mais aussi la remise en cause des disciplines et des statuts nationaux.
La coordination appelle à la multiplication des actions communes partout sur le mot d’ordre « De la maternelle à l’université : retrait des contre-réformes Darcos/Pécresse ».
Elle reprend la proposition que soit organisée une grande journée de mobilisation sur ce mot d’ordre début mars.
Dans cette perspective, elle mandate une délégation pour prendre contact avec les organisations syndicales et l’Intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle appelle nos collègues à aller discuter dans les écoles, collèges et lycées. Elle appelle les IUFM à rejoindre massivement le mouvement et à le relayer auprès des maîtres formateurs. Elle mandate une délégation à la coordination parents-enseignants du 14 mars à Montpellier.

Motion 2 : « Pour une nouvelle loi »
La coordination nationale exige l’abrogation de la loi LRU et du Pacte pour la Recherche et l’arrêt immédiat de leur mise en œuvre. Elle exige l’adoption d’une nouvelle loi. Cette loi doit instituer un véritable équilibre des pouvoirs au sein de l’Université et de la Recherche dans le respect du Statut Général de la Fonction publique. La nouvelle loi doit être conforme aux aspirations exprimées par les universitaires, les chercheurs, les BIATOSS, les ITA et les Etudiants. Il est impératif que cette nouvelle loi soit élaborée après consultation et de véritables négociations.

Motion 3
La 4ème Coordination nationale des universités réunie à Nanterre le 20 février 2009 reprend à son compte les motions votées dans les Coordinations précédentes, avec l’ensemble des revendications qu’elles contiennent, et l’appel du CNRS voté le 12 février. Nous continuons à exiger :

  • le retrait de la réforme du mode d’allocation des moyens (dit modèle SYMPA)
  • la résorption totale de la précarité et l’augmentation des salaires des personnels (revalorisation du point d’indice et intégration des primes dans les salaires)
  • le réinvestissement de l’Etat dans les CROUS et dans l’aide sociale aux étudiants
  • la fin du processus d’externalisation des tâches, et le maintien de la filière bibliothèque.

La coordination nationale des universités appelle à intensifier la mobilisation et les luttes en cours. Elle soutient les revendications de la Coordination étudiante du 14-15 février. Elle soutient les « désobéissants » qui refusent dans les écoles de mettre en place le soutien individualisé, et demande l’arrêt immédiat des sanctions contre les enseignants du primaire.
Dans l’immédiat, la coordination nationale exige le retrait des trois réformes contestées (projet de réforme du statut, masterisation des concours, projet de contrat doctoral unique), la fin du démantèlement des organismes publics de recherche ainsi que la restitution des 1030 postes supprimés, et un plan pluriannuel de création d’emplois .


Motion 4 : Solidarité avec les étudiants
La Coordination nationale des universités réunie à Nanterre le 20 février 2009 déclare son soutien au mouvement des étudiants et à leurs revendications telles qu’exprimées dans la plateforme de leur première coordination nationale de Rennes.
Elle mandate une délégation pour prendre contact avec le comité d’organisation de leur prochaine coordination nationale : samedi 28 et dimanche 29 février (université d’ Angers).

Calendrier national

  • 24 février : multiplier les actions en direction du public.
  • 26 février : journée nationale de manifestations.
  • 5 mars : journée nationale de manifestations. Par ailleurs, si nos exigences ne sont pas satisfaites à cette date, nous appelons à la démission de toutes les charges administratives non électives et au refus de participation aux jurys (bac, BTS, DUT, Capes-Agreg, session de printemps…) et à pratiquer l’obstruction dans le cadre des mandats électifs.
  • 6 mars : Prochaine AG de la Coordination nationale à Paris 12 (peut-être avec Marne-La-Vallée).
  • 7 mars ? : Rassemblement de la maternelle à l’université
  • 10 mars : Grande manifestation nationale “de la maternelle à l’université” à Paris.
  • 12 mars : Appel à soutenir et à participer à la coordination nationale des laboratoires.
  • 19 mars : Appel à la journée de mobilisation nationale intersyndicale et interprofessionnelle.
Et aussi

  • Développer la grève active, des cours alternatifs, les interventions dans les lieux publics, voir leur occupation.
  • Boycott des expertises AERES et ANR, boycott des audits des Universités pour le passage à l’autonomie. Envoi d’une lettre de la coordination.
  • Blocage des conseils centraux qui prévoient de remonter les maquettes.
  • Participation aux Journées en mars à Bruxelles en relation avec la stratégie de Lisbonne et de Bologne.
  • Voter le principe d’une caisse de grève avec les BIATOSS et les ITA, le primaire et le secondaire.
  • Appel aux chefs de service administratifs pour ne pas remonter le recensement des grévistes.
  • Délégation à la coordination étudiante à Angers.

Universités et établissements représentés

  • Universités : Angers / Antilles-Guyane / Avignon / Artois / Aix-Marseille I / Aix-Marseille III / Bordeaux I / Bordeaux II / Bordeaux III / Bourgogne / Brest Bretagne Sud Bretagne occidentale Caen Cergy Clermont II Compiègne Evry Franche-Comté Grenoble 1 Haute Bretagne Le Havre Le Mans Lille 1 Lille 3 Limoges Littoral Lyon 1 Marne-la-Vallée Metz Montpellier II Montpellier III Mulhouse-Colmar (Haute Alsace) Nancy 1 Nancy 2 Nantes Orléans Paris 1 Paris 3 Paris 4 Paris 5 Paris 6 Paris 7 Paris 8 Paris 9 Paris 10 Paris 11 Paris 12 Paris 13 Pau Picardie Poitiers Reims Rennes 1 Rennes 2 Rouen Saint-Etienne Strasbourg Toulon Toulouse 2 Toulouse 3 Tours Valenciennes Versailles Saint Quentin
  • Autres établissements et organismes CNAM Ecole française de Rome EHESS ENS Cachan ENS LSH ENS Paris ENS Lyon IEP Paris IEP Rennes IEP Toulouse INALCO IUFM Paris IUT Troyes Museum Observatoire de Paris

Syndicats, associations et sociétés savantes
APMESU ASES Défense de l’université FERC-CGT FO Intersyndicale Intersyndicale de l’administration centrale Papera Reconstruire l’école SF études 18ème SFLG SFS SLR SLU SMF SNCS-FSU SNESup-FSU Sud Education Sud Recherche

Les chercheurs-inventeurs d’avenirs

ART PARIS 19 février 2009 NEWShebdo #266
Les chercheurs-inventeurs d’avenirs

Le mouvement des enseignants-chercheurs, en particulier ceux de sciences humaines, de lettres et philosophie, et de toutes les disciplines de la culture et de l’art, vient de loin. Il répond au mépris qui s’est répandu en France de façon sourde et continue, dans une société pourtant héritière d’un brillant passé. Et cela, autre paradoxe, à un moment où l’économie de l’intelligence et du savoir apparaît comme la meilleure voie pour surmonter l’actuelle crise systémique du capitalisme.
La dernière élection présidentielle a considérablement accrû le mépris voué, aux plus hauts niveaux de l’État
Le mouvement des enseignants-chercheurs, en particulier ceux de sciences humaines, de lettres et philosophie, et de toutes les disciplines de la culture et de l’art, vient de loin. Il répond au mépris qui s’est répandu en France de façon sourde et continue, dans une société pourtant héritière d’un brillant passé. Et cela, autre paradoxe, à un moment où l’économie de l’intelligence et du savoir apparaît comme la meilleure voie pour surmonter l’actuelle crise systémique du capitalisme.
La dernière élection présidentielle a considérablement accrû le mépris voué, aux plus hauts niveaux de l’État, à la culture et à l’éducation, comme en témoignent une arrogance inouïe et des atteintes majeures portées aux conditions matérielles et statutaires concrètes d’étude, d’enseignement et de recherche.

Une série de lois et de projets de lois vise à enfermer la culture, l’éducation et la recherche dans un carcan idéologique et économique fait d’autonomie, de concurrence, de compétitivité, de caporalisme d’entreprise, de privatisation et de rentabilisation. Toutes des grandes activités de la société française semblent ainsi vouées à être pliées à ce schéma binaire aux principes éculés, dénoncés en ce moment même par la crise mondiale. C’est au tour de l’université et de l’hôpital, heureusement non sans résistance…

La situation est si préoccupante pour l’avenir du pays, de la pensée et de la culture que les motifs du mouvement des enseignants-chercheurs et des étudiants sont plus culturels que strictement corporatistes. Le mouvement n’est évidemment pas opposé aux indispensables réformes, mais à celles qui, aujourd’hui, aggravent des situations déjà très difficiles; il est opposé aux menaces qui pèsent sur des pans entiers de l’art, de la culture et du savoir en France ; il est opposé à la baisse vertigineuse des moyens et des postes, à la fermeture des sections, des écoles d’art, etc.
Dans son discours du 22 janvier 2009 sur «l’innovation et la recherche», le Président de la République n’a parlé que de recherche scientifique, en ignorant tous les autres domaines de la recherche, comme il a, quelques jours après à la télévision, passé la Guadeloupe sous silence.
Devant tant d’adversité, d’indifférence, de mépris ; face à la précarisation et la paupérisation croissantes ; et en dépit des mises au pas et des restrictions qui s’accumulent, une question se pose: pourquoi s’obstiner à vouloir étudier et enseigner la philosophie, les arts, la photographie, la danse, le théâtre, le cinéma, la littérature? Tout simplement parce que, n’en déplaise à ces ignorants qui nous gouvernent, c’est par passion de la culture, de la création, de la pensée, qui sont des outils exceptionnels pour aborder et comprendre le monde nouveau.
Les chercheurs sont, dans leur domaine, des passeurs d’héritage situés à l’interface des savoirs d’hier, qu’ils ont assimilés, et de ceux de demain, qu’ils tentent d’inventer. Ce ne sont pas des conservateurs qui gèlent, sacralisent et réifient, mais des intercesseurs d’avenir grâce à l’expérience qu’ils ont acquise dans l’épaisseur historique de leur matière.
Autant les enseignants-chercheurs ont besoin des meilleures conditions de travail possibles, autant ils ont ce privilège immense, dans le monde tel qu’il va, d’être passionnés par leur recherche plus que motivés par leur salaire. Leur recherche déborde largement les cadres d’un travail pour habiter toute leur vie, car on n’est pas chercheur par intermittence ou à durée déterminée.
On est chercheur lorsque l’on est animé par la passion d’inventer, de défricher, de découvrir plus que par le plaisir d’appliquer et de transmettre.
Transmettre est plus du côté de l’enseignement qui ne requiert pas les mêmes talents que la recherche. Que les deux activités soient plus différentes que complémentaires explique la force du rejet que les enseignants-chercheurs opposent au projet de loi brandissant un accroissement des heures d’enseignement comme une sanction qui serait imposée aux chercheurs jugés insuffisamment productifs.
Alors que l’enseignement est une activité de transmission de savoirs constitués, la recherche est, elle, une activité de création, d’invention, d’élaboration de manières nouvelles de penser, de voir, de considérer le monde et les choses. C’est pourquoi ses résultats sont toujours incertains, le fruit d’itinéraires souvent sinueux et d’importance variable.
A l’inverse des activités de production qui, elles, sont planifiables et mesurables, la recherche échappe largement à la mesure.
Rétive à la rentabilité, elle est, en quelque sorte, une exception au système en son propre sein — ce que ne peut tolérer un pouvoir aveugle et sourd à toute différence, aussi féconde soit-elle.
En ces temps de pragmatisme, d’utilitarisme, et de pensée comptable, seule trouve grâce auprès du pouvoir la «recherche appliquée» en raison de sa plus grande proximité avec la production et la marchandise que la «recherche fondamentale».
Quant à la recherche en art, lettres, sciences humaines ou philosophie, de quel poids pèse-t-elle désormais? Faute d’utilité immédiate, faute de perspectives commerciales, faute de potentiels sociaux évidents, elle est totalement marginalisée et méprisée. Affamée. Laminée par la suppression de postes d’enseignants, par la baisse drastique des financements et des bourses d’études, par la difficile professionnalisation des diplômes acquis en ces domaines.
Les grandes figures qui ont fait rayonner la France dans le monde au cours des dernières décennies — Deleuze, Foucault, Derrida, Lyotard, Barthes, Bourdieu, etc. — auraient-ils pu s’épanouir dans les conditions actuelles ? Sans doute pas, ou beaucoup plus difficilement. Les chercheurs ne sont pas de purs esprits. Comme les grands sportifs, ils ont besoin d’infrastructures, de cadres de travail en équipe (laboratoires) et de logistiques, de contacts et de rencontres (colloques), d’institutions de diffusion (universités, instituts, revues, éditeurs, etc.). Ils ont aussi besoin de temps, de confort et de moyens, c’est-à-dire d’un contexte favorable de considération et de stimulation.
Combien de philosophes, d’esthéticiens, de sémioticiens, d’artistes, de romanciers, etc., ont d’ores et déjà manqué à naître et grandir dans ces circonstances défavorables? Combien d’œuvres, de livres, de concepts, n’ont pas vu le jour ? On ne le saura jamais.
Le dépérissement de la culture et de l’art a ceci de dramatique qu’il s’opère en silence, de façon indolore, sans que l’on ne s’en aperçoive vraiment, puisque des œuvres non produites, des concepts non forgés, des théories non formées ne manquent pas. Sans que nous le sachions, leur absence nous prive de manières restées inédites — insoupçonnées  et inconcevables — de dire, de voir, de ressentir et de comprendre le monde.
Il était un temps, de triste mémoire, où les livres étaient brûlés, et éliminés les artistes «dégénérés» et les intellectuels. Les temps et les méthodes ont heureusement changé. Il suffit aujourd’hui de soumettre la recherche et l’université à la logique comptable et concurrentielle de l’entreprise, à l’autorité d’un «patron», pour asphyxier des pans entiers de la pensée vivante d’une nation.
La recherche, la pensée, la création, c’est pourtant ce qui manque le plus dans le monde troublé d’aujourd’hui. Non pour en simplifier et aplatir la complexité, mais au contraire pour l’affronter et l’expliciter.
Face à la dictature des plates et lisses apparences, de l’immédiateté, et de l’uniformité, la recherche, la pensée, la création esquissent d’autres voies qui redonnent de l’épaisseur aux choses, en activant la perspective temporelle du passé et de la mémoire, et en opposant à l’hégémonie de la marchandise la profondeur de valeurs éthiques et humaines…
Seuls les imbéciles, les démagogues, et ceux qui confondent penser avec compter, se défient des chercheurs, ces porteurs de passé, éclaireurs du présent et inventeurs d’avenirs.
André Rouillé.

De la maternelle à l’université : non aux contre-réformes Darcos/Pécresse !

De la maternelle à l’université : non aux contre-réformes Darcos/Pécresse !

La communauté universitaire tout entière a commencé et continue avec encore plus de détermination à lutter contre la précarisation de masse qui sera favorisée par les nouveaux concours de recrutement, contre les possibles dérives autoritaires de l’administration des établissements et des rectorats recruteurs, contre le sous-financement chronique de l’enseignement et de la
recherche, contre la remise en question d’une formation disciplinaire et professionnelle de qualité, contre les suppressions de postes à tous les niveaux et dans tous les corps de l’éducation nationale.

Il est de plus en plus clair qu’un projet cohérent est en train d’être mis en place de la maternelle à l’université qui promeut dans les programmes un type de transmission des savoirs réductrice, qui organise une défonctionnarisation de masse de l’éducation nationale, qui soumet à de simples impératifs budgétaires les décisions pédagogiques et scientifiques, qui recrée à tous les niveaux de petites ou grandes féodalités fondées sur la concentration du pouvoir dans les mains de quelques-uns, qui considère que l’on peut transposer tels quels les modes d’administration du secteur privé dans le secteur public. On fait ainsi bon marché à la fois des ravages que ces principes causent chez les salariés du privé et du fait que le secteur public ne peut et ne doit pas répondre aux mêmes critères que le privé, dans la mesure où l’enseignement et la recherche ne sauraient être considérés comme des marchandises.

Tout le monde est d’accord pour proclamer que l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche sont des priorités nationales. Mais le gouvernement le dit sans rien faire pour traduire en actes ces priorités. Il en va pourtant de la responsabilité et de la solidarité entre générations. Pour rappeler le gouvernement à ses devoirs, faisons monter tous ensemble une voix des écoles, des collèges, des lycées, des laboratoires et des universités, une voix qu’il devra entendre.

Les réformes actuellement en cours dans l’université participent aussi d’une attaque globale contre les services publics. Dans le contexte actuel de crise économique et alors que la politique du gouvernement consiste essentiellement à mettre les moyens de l’Etat à disposition des intérêts privés, cette politique est particulièrement insupportable et appelle une réponse globale.

la destruction de nos statuts : le décret réformant le statut des enseignants chercheurs n’est que la dernière en date des réformes qui attaquent les statuts de toutes les catégories de personnels de la fonction publique : individualisation des rémunérations et des carrières pour les personnels administratifs et techniques, bientôt rémunération au mérite des professeurs des écoles… Le projet de réforme de la formation et du recrutement des enseignants (dite mastérisation des concours) participe de la même logique d’accroissement des inégalités et de fragilisation des personnels. Elle signifie la suppression de fait de la formation pédagogique des enseignants du secondaire et du primaire par la disparition de l’année de stage rémunéré qui suit l’obtention du concours. A terme, elle risque de déboucher sur la suppression même des concours.
les suppressions de postes et les restrictions budgétaires : 1 090 suppressions de postes cette année dans le secteur enseignement supérieur/recherche, 13 500 dans le secondaire, 30 000 annoncées pour l’ensemble de la fonction publique. C’est un plan social de grande ampleur que le gouvernement met en œuvre, alors même que l’augmentation dramatique du
chômage sur le dernier trimestre et la crise économique rendent l’accomplissement de nos missions tout à la fois plus difficile et plus indispensable que jamais et exigeraient au contraire un plan ambitieux de création de postes. Le nombre de fonctionnaires ne peut devenir une variable d’adaptation du budget de l’état.
L’extension de la précarité et de l’externalisation des fonctions : dans l’enseignement supérieur, ce sont 1/3 des personnels enseignants ou BIATOSS qui sont en statuts précaires.  La mastérisation des concours pousse au recrutement d’enseignants de plus en plus précaires par la mise  en place d’un volant de reçus au master et collés au concours. L’externalisation forcée
d’une part croissante de nos tâches et la disparition annoncée des catégories C conduisent à une situation qui allie le gâchis des deniers publics ainsi distribués au privé, l’aggravation des conditions de travail et la dégradation
des services publics.
La communauté universitaire tout entière, enseignants-chercheurs, personnels administratifs et techniques, étudiants est entrée en lutte contre cette politique. Nous invitons nos collègues de l’enseignement primaire et secondaire, de la fonction publique et au delà tous les citoyens à débattre de l’opportunité et des moyens à mettre en œuvre pour mener ensemble ce combat indispensable à la survie d’un service public digne de ce nom.
Nous invitons toute la communauté universitaire mobilisée à agir pour créer les conditions de ce débat en allant dès la rentrée scolaire massivement à la rencontre de nos collègues dans les écoles, les collèges et les lycées, à organiser partout discussions et actions communes sur le mot d’ordre « De la maternelle à l’université : non aux contre-réformes Darcos/Pécresse ».

  • Alexis Grélois, Université de Rouen, SLU
  • Alice Béja, Allocataire Monitrice, UFR du monde anglophone, Université Paris 3
  • Anne Mounic, MCF, UFR monde anglophone, Université Paris 3, SNESup-FSU
  • Annliese Nef, Université de Paris4, SLU
  • Aude Leblond, AMN LLFL, Université Paris 3
  • Christilla Vasserot, MCF, Etudes ibériques et latino-américaines, Université Paris 3
  • Christine Baron, MCF, LGC, Université Paris 3
  • Christophe Giudicelli, MCF, Université Paris 3
  • Christophe Pébarthe, Université de Bordeaux 3, Snesup, SLU
  • Clément Duyck, ATER, UFR LLFL, Université Paris 3
  • Denis Ferraris, Prof, UFR Italien, Université Paris III, Snesup-FSU
  • Emilie Née, ATER, SYLED/CLF, Université Paris 3
  • Evelyne Variéras, MCF, UFR monde anglophone, Université Paris 3, SNESup-FSU
  • François Niney, MCF, UFR cinéma, Université Paris 3
  • Gabriel Fondet, Bibliothèque Sainte Geneviève, SNASUB-FSU
  • Hélène Conjeaud, CNRS, SLU
  • Hervé Naveau, Magasinier, Bibliothèque des Langues Orientales, CNT
  • Ilda Mendes dos Santos, MCF, Université Paris 3
  • Isabelle Gadoin, UFR monde anglophone, Université Paris3
  • Isabelle Génin, MCF, Monde Anglophone, Université Paris 3, SNESup-FSU
  • Ivan Birks, MCF, UFR Monde Anglophone, Université Paris3, SNESup-FSU
  • Jeanne Aptekman, ATER, CLF, LLFL, Université Paris 3
  • Jeanne Aptekman, ATER, LLFL (CLF), Université Paris3
  • Laurence Giavarini, Université de Dijon, SLU
  • Maryse Vassevière, MCF, SNESUP-FSU, Université Paris 3
  • Mathieu Brunet, Université Aix-Marseille I, SLU
  • Mathilde Bernard, ATER, UFR LLFL, Université Paris 3
  • Michel Bernard, professeur, LLFL, Université Paris 3, SNESup-FSU
  • Nathalie Sebbane, Prag, UFR du Monde Anglophone, Université Paris 3
  • Pascal Levy, IE ITRF, Université Paris 3, SNASUB-FSU
  • Patricia Tutoy, Université Paris 13, SLU
  • Sophie Rabau, MCF, LGC, Université Paris 3
  • Stéphanie Boudet, BU, Université Paris 3
  • Sylvie ROLLET, MCF, UFR Cinéma & Audiovisuel, Université Paris3
  • Valerie Robert, MCF, UFR d’allemand, Université Paris 3, SLU
  • Véronique Abbruzzetti, MCF Etudes italiennes et roumaines, Université Paris 3
  • Yann Philippe, Université de Reims, SLU

« Monsieur le président, vous ne mesurez peut-être pas la défiance … »

Article publié dans Le Monde du 18 Février 2009

Je ne pensais pas un jour me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd’hui, à savoir écrire une lettre ouverte au président de la République française : ce qui m’intéresse avant tout, et ce à quoi j’ai choisi de consacrer ma vie professionnelle, c’est de réfléchir à des structures mathématiques, d’en parler avec mes collègues en France et à l’étranger et d’enseigner à mes étudiants. J’ai eu le privilège de voir mes travaux aboutir et récompensés par un prix important. Cela me donne une certaine responsabilité vis-à-vis de ma communauté et me permet aussi d’être un peu plus écouté par les médias et le pouvoir politique.
Comme le montre le sociologue allemand Max Weber dans son diptyque Le Savant et le Politique, auquel Barack Obama s’est d’ailleurs implicitement référé dans son discours d’investiture, nous devons partager une même éthique de la responsabilité. C’est au nom de celle-ci que je m’adresse aujourd’hui à vous.
Vous ne mesurez peut-être pas la défiance quasi unanime à votre égard qui s’installe dans notre communauté scientifique. L’unique fois où nous avons pu échanger quelques mots, vous m’avez dit qu’il était important d’arriver à se parler franchement, au-delà des divergences, car cela fait avancer les choses. Permettez-moi donc de nouveau de m’exprimer, mais de manière publique cette fois.
Je m’y sens aussi autorisé par l’extrait suivant du discours que vous aviez prononcé il y a un an lors de votre venue à Orsay pour célébrer le prix Nobel d’Albert Fert : « La tâche est complexe, et c’est pourquoi j’ai voulu m’entourer des plus grands chercheurs français, dont vous faites partie, pour voir comment on pouvait reconfigurer notre dispositif scientifique et lui rendre le pilotage le plus efficace possible. Je les consulterai régulièrement, ces grands chercheurs, et je veux entendre leurs avis. » Je vous donne donc mon avis, sans crainte et en toute franchise.
Votre discours du 22 janvier a, en l’espace de quelques minutes, réduit à néant la fragile confiance qui pouvait encore exister entre le milieu scientifique et le pouvoir politique. Il existait certes, déjà, une réaction hostile d’une partie importante de notre communauté aux différents projets mis en place par votre gouvernement et leur motivation idéologique. Mais c’est uniquement de votre discours et de ses conséquences dont je veux parler ici.
Tous les collègues qui l’ont entendu, en direct ou sur Internet, qu’ils soient de droite ou de gauche, en France ou à l’étranger (voir la réaction de la revue Nature), sont unanimement catastrophés et choqués. De nombreuses personnes présentes à l’Elysée ce jour-là m’ont dit qu’elles avaient hésité à sortir ostensiblement de la salle, et les réactions indignées fleurissent depuis.
Rappelons que vous vous êtes adressé à un public comprenant de nombreux scientifiques dans le cadre solennel du palais de l’Elysée. Je passerai sur le ton familier et la syntaxe approximative qui sont de nature anecdotique et ont été suffisamment commentés par ailleurs. Lorsque l’on me demande à quoi peut servir une éducation mathématique au lycée pour quelqu’un dont le métier ne nécessitera en fait aucune connaissance scientifique, l’une de mes réponses est que la science permet de former un bon citoyen : sa pratique apprend à discerner un raisonnement juste, motivé et construit d’un semblant de raisonnement fallacieux et erroné.
La rigueur et le questionnement nécessaires, la détermination de la vérité scientifique sont utiles de manière plus large. Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique. Vous parlez de l’importance de l’évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter.
Nous sommes, croyez-moi, très nombreux à ne pas en avoir cru nos oreilles. Vous, qui êtes un homme politique habile, et vos conseillers, qui connaissent bien le monde universitaire, deviez forcément prévoir les conséquences de votre discours. Je n’arrive pas à comprendre ce qui a bien pu motiver cette brutalité et ce mépris (pour reprendre les termes de Danièle Hervieu-Léger, la présidente du comité que vous avez mis en place ce jour-là), dont l’effet immédiat a été de crisper totalement la situation et de rendre impossible tout échange serein et constructif. De nombreux étudiants ou collègues de premier plan, écoeurés, m’ont informé durant ces quinze derniers jours de leur désir nouveau de partir à l’étranger. J’avoue que cela m’a aussi, un très court instant, traversé l’esprit en écoutant votre intervention sur Internet.
Le peu de considération que vous semblez accorder aux valeurs du métier de scientifique, qui ne se réduisent pas à la caricature que vous en avez faite – compétition et appât du gain -, n’est pas fait pour inciter nos jeunes et brillants étudiants à s’engager dans cette voie. La ministre et vos conseillers nous assurent depuis plus d’un an que vous souhaitez authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française. Mais vous n’y parviendrez pas en l’humiliant et en la touchant en son principe moteur : l’éthique scientifique.
Comme vous l’expliquez vous-même, la recherche scientifique doit être une priorité pour un pays comme la France. En l’état actuel des choses, il ne semble plus possible à votre gouvernement de demander à la communauté scientifique de lui faire confiance.
De nombreux collègues modérés et conciliants expriment maintenant leur crainte d’être instrumentalisés s’ils acceptent de participer à une discussion ou à une commission. Les cabinets de la ministre de la recherche et du premier ministre ont certainement conscience de l’impasse dans laquelle vous les avez conduits. J’ai essayé de réfléchir ces derniers jours à ce qui serait envisageable pour sauver ce qui peut encore l’être et sortir de l’enlisement actuel.
Un début de solution pourrait être de vous séparer des conseillers qui vous ont aidé à écrire ce discours ainsi que de ceux qui ne vous ont pas alerté sur les conséquences de telles paroles. Ils sont aussi responsables de la situation de défiance massive dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, et que votre intervention du 22 janvier a cristallisée.
Ils ont commis, à mon sens, une faute grave et c’est votre propre dogme que toute faute mérite évaluation et sanction appropriée. Cela permettrait à notre communauté de reprendre quelque espoir et de travailler à améliorer notre système dans un climat apaisé, de manière moins idéologique et plus transparente.
Il est, pour moi, indispensable de recréer les conditions d’un véritable dialogue. L’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur est certes un chantier urgent mais, comme vous l’aviez noté il y a un an, il est d’une extrême complexité. Sa réforme demande de l’intelligence et de la sérénité. Il n’appartient qu’à vous de corriger le tir.

Wendelin Werner, professeur de mathématiques, université Paris-Sud et Ecole normale supérieure
Médaille Fields 2006 et membre de l’Académie des sciences

LES UNIVERSITÉS DU TERRITOIRE sont les territoires de l’Université ! (Emmanuel Ethis)

(Article originellement publié sur le blog d’Emmanuel Ethis)

L’autonomie des universités est l’aboutissement d’un long processus de « décentralisation » des institutions du savoir. On y pense et parfois, on l’oublie. Bien sûr, cette décentralisation a un prix : c’est là la question politique majeure que pose concrètement la mise en œuvre de la loi pour les Libertés et Responsabilités des Universités.

En 1303, l’Université d’Avignon est fondée par privilège pontifical afin que s’installe en province un pendant à la Sorbonne entièrement soumise à l’autorité du roi de France Philippe le Bel. Le Pape Boniface VIII voulait que l’ensemble des facultés soit rassemblé à Avignon en une université qui, pour se différencier de l’établissement parisien, insiste pour que les étudiants de la Cité des Papes inscrivent dans leur parcours universitaire de multiples séjours dans les grandes capitales de l’Europe de l’époque. On ne parle certes pas à l’époque d’un « projet d’établissement » qui en est pourtant un, car, de fait, les principes qui fondent l’université d’Avignon sont bien ancrés dans la conscience d’une nécessité évidente et impérative de considérer que la pensée, la formation, la recherche, la science ont une pertinence dans l’aménagement du territoire et dans le rayonnement d’une province. L’université d’Avignon, l’une des plus anciennes de France, disparaîtra à la Révolution française pour renaître en 1963, portée une nouvelle fois par ses territoires, pour occuper pleinement son rang parmi les jeunes universités de la République tournée vers la modernité et les nouvelles branches du savoir.

1968 à Avignon, vient bousculer, certes le Festival de Vilar, mais va confirmer l’importance d’une université pour porter sciences, cultures et compétences dans un territoire perçu comme riche depuis la capitale alors même qu’il demeure pauvre et peu diplômé. Oui, depuis 1968, l’on affirme à Avignon et dans bon nombre de villes de province qu’une véritable décentralisation des institutions du savoir et de la recherche est porteuse de sens, que l’échelon local est bel et bien un échelon administratif pertinent. C’est cet échelon local pertinent dont il est question aussi aujourd’hui dans la réforme des universités et dans la poursuite d’une décentralisation entamée dans les années quatre-vingt pour que la France soit considérée via l’ensemble de ses territoires et pour qu’elle puisse enfin rayonner comme il se doit dans une Europe encore à construire à une échelle internationale.

C’est là le sens profond d’un service public de qualité qui est notre première force lorsqu’il permet à tout bachelier français d’être formé par des enseignants et des enseignants-chercheurs de renommée internationale dans des structures décentralisées gérées par des personnels et une administration performante. Les quatre-vingt trois universités françaises représentent aujourd’hui un maillage territorial exceptionnel qui aujourd’hui notre plus belle assurance pour nous projeter dans notre propre avenir. Le politique, de droite comme de gauche, porte la responsabilité de faire réussir, bien au delà de la durée de tout mandat électif, ce projet au service de la nation. Cela suppose que nous sommes tous animés par les valeurs et le désir d’avenir et de progrès, que nous partagions tous la volonté de consolider et de développer un service public au service de tous, mais surtout que nous retrouvions cette confiance en nous-mêmes, impérative et nécessaire qui ne suppose aucune économie, mais bien au contraire tous les investissements possibles.

La hauteur de l’investissement qu’un état met en place dans son enseignement supérieur et dans sa recherche exprime de facto la confiance qu’il place dans les structures en charge de former les générations futures, de penser l’innovation. Liberté et Responsabilité des universités ne peuvent qu’aller de pair avec une liberté et une responsabilité animées des principes d’égalité, de solidarité et de confiance fraternelle entre tous nos établissements et tous ceux qui en ont pris la responsabilité. De fait, la réforme des universités ne peut se contenter d’être une réforme de ses structures. Il n’y a pas de petites ou de grandes universités, il n’y a pas les universités et les « grandes écoles ». C’est aussi ce que doit affirmer le principe d’autonomie des établissements. Tous les spécialistes des organisations le savent bien : la taille d’un établissement n’est pas corrélée à sa performance, sa réussite, ou sa reconnaissance. La réussite d’une université est nécessairement inscrite dans son projet d’établissement défini à la fois par son territoire et par ceux qui font la font : équipes politiques, personnels BIATOSS, contractuels, étudiants, enseignants et enseignants-chercheurs.

Les universités sont fières de former sans distinction sociale l’ensemble de la population. Car le pari des universités est au cœur du contrat social implicite qu’elles portent et qui affirme que le talent, l’innovation, la création ne saurait être le privilège d’une élite qui n’aurait de cesse de se reproduire à l’identique. Le talent, l’innovation, la création peuvent naître de n’importe où, chez n’importe quel étudiant sans distinction d’origine sociale ou d’appartenance géographique : voilà ce que révèlent bien mieux que n’importe quelle autre institution, les universités de la République qui sont par excellence les institutions de la diversité. C’est pour relever ces défis-là qu’elles méritent une autonomie construite dans le respect et la dignité sachant qu’elles sont, par nature, habitées de l’esprit de réforme. Mais ne nous trompons pas d’équation : la reconnaissance des moyens qu’on donnera à chacune de nos universités pour accomplir cette réforme sera toujours l’exacte équivalence de la reconnaissance placée dans les générations futures dont elles ont la responsabilité.

Sur la radicalisation des luttes universitaires (Igor Babou)

Article originellement publié sur le site Indiscipline

« La quasi-totalité des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et leurs représentants (syndicats, coordinations, groupes informels), et ce de manière assez inédite depuis 1968, luttent actuellement ensemble contre des réformes catastrophiques et régressives. Face à ce front uni, ce qui caractérise la réponse gouvernementale face à ces remises en cause des “réformes” de l’université et de la recherche, c’est son autisme : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire à part des inepties ou des mensonges, et surtout  – mais ça, on le savait déjà –  ne rien penser. Dans ce contexte tendu de blocage du débat public, il est évident que la question de la radicalisation des formes d’action va se poser. Elle se pose d’ailleurs déjà, comme en témoigne le retour des occupations de bâtiments universitaires, encore assez sporadiques pour le moment, mais qui pourraient se multiplier si cet autisme perdure.

On risque alors de voir réapparaître de vieilles querelles au sein du front uni contre les réformes : quid de l’utilité et de la légitimité des blocages de bâtiments ?  Partisans et opposants au blocage pourraient, comme lors de la lutte contre la LRU ou le CPE, se renvoyer à leurs conceptions opposées de la légitimité des actions. Quel est donc le sens de ce qu’on appelle “radicalisation” dans ce contexte ?

Ce qu’il serait important de comprendre d’un point de vue tactique, c’est que la “radicalité” ne se résume pas à l’utilisation de la force pour bloquer physiquement un bâtiment universitaire ou de recherche. Il y a une radicalité de l’imagination, de l’inventivité, qui ne passe pas forcément par la violence. La théâtralisation des luttes (flash mobs, freeze in, etc.) ou la recherche de dispositifs alternatifs pour faire son travail (cours hors les murs, recherches hors financement et hors institution, dépôt systématique des résultats d’une recherche sous licence science commons au lieu d’une prise de brevet, etc.), ou encore la désobéissance civile (refus de remontée des maquettes de masters, grèves administratives, grève des signatures d’articles) sont des modes d’action au moins aussi radicaux que le blocage physique d’un bâtiment.

En effet, vous pouvez bloquer un bâtiment universitaire durant des semaines, ça n’empêchera pas les flux d’information ou les flux financiers, ainsi que les principales décisions stratégiques, d’en partir ou d’y parvenir. Car tout cela passe par internet aujourd’hui et le travail à domicile est une réalité déjà ancienne dans les modes de fonctionnement de l’université et de la recherche. En revanche, si vous refusez de répondre aux mails de votre administration, vous la bloquez aussi surement (et peut-être plus) qu’en bloquant physiquement sa porte d’entrée. Si vous refusez de faire apparaître le nom de votre établissement quand vous signez un papier scientifique, comme je le suggérais début 2008 dans un article paru dans la revue Alliage, vous lui faites perdre un point qu’il pourrait utiliser dans les processus d’évaluation de la recherche que nous contestons.

A partir du XIXème siècle, les ouvriers luttant pour l’amélioration de leurs salaires ou de leurs conditions de vie, ont pratiqué le blocage de la “production”, fournissant un modèle romantique et héroïque à toute une série de formes de lutte contemporaines. Mais une université n’est pas une usine : on y échange des idées, mais on n’y produit pas des objets. N’imaginer comme forme d’action  “radicale” que le blocage des universités, c’est se condamner, au nom d’une hypothèse hasardeuse sur l’efficacité médiatique de telles actions, à ne plus concevoir le travail de l’enseignement supérieur et de la recherche que comme, justement, un “travail”. C’est donc se priver d’une critique et d’une revendication de notre fonction sociale d’enseignants et de chercheurs au nom de valeurs, valeurs qui ont pourtant conduit historiquement à la fondation de nos pratiques : valeurs démocratiques, valeurs humanistes, valeur du savoir, valeur de la critique et de l’échange rationnel, valeur de la réflexivité de la société sur elle-même, etc.

Je ne dis pas que le blocage serait illégitime ou totalement inefficace : je crois simplement qu’on ne saurait dire que les seules actions “radicales” consisteraient à bloquer des bâtiments, et que ça serait la seule manière d’intervenir et de peser dans le débat public autour des réformes en cours. Il faut imaginer, développer, et diffuser largement des formes d’action qui bloquent vraiment le système que nous critiquons (système de la science en voie de privatisation, système bureaucratique, pratiques autocratiques, etc.) au lieu de se tirer des balles dans le pied avec des actions souvent inefficaces et impopulaires, et qui, de plus, n’apportent rien de nouveau ni de créatif. Or, s’il y a quelque chose à sauvegarder, c’est tout de même ça : notre capacité à mettre en cohérence nos actions avec nos analyses et nos valeurs. Sinon, on ferait la révolution pour que rien ne change. Penser d’autres formes d’investissement dans l’action politique, et ne pas surévaluer la radicalité de l’action physique, c’est aussi rester ouverts à une certaine “écologie” des idées et des revendications en laissant à ceux que l’action physique rebute ou ne convainc pas de son efficacité, la possibilité de légitimer d’autres actions appuyées sur d’autres analyses de la situation.

Et surtout, nous n’avons pas à naturaliser l’idéologie libérale et conservatrice du “travail”, de “l’efficacité”, et du “rendement” dans nos propres contestations du travail, de l’efficacité et du rendement !

J’avais suggéré, toujours dans l’article de la revue Alliage, quelques pistes d’actions revendicatives : il y en existe évidemment bien d’autres, mais toutes n’auront d’efficacité que si elles sont pratiquées à grande échelle, et légitimées et soutenues publiquement par les coordinations, au même titre que les motions et autres mots d’ordre de grève et appels à manifestation. »