Communiqué de « Reconstruire l’école »

L’Association Reconstruire l’Ecole condamne vigoureusement les propos tenus le 12 février par M. Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, à propos de la formation des enseignants.
Il est faux de dire que l’actuelle année de stage se réduit à « quelques remplacements de professeurs absents ». Outre des enseignements de didactique et de pédagogie, assurés dans les IUFM et dont Reconstruire l’Ecole a toujours contesté le bien-fondé, cette année comporte aussi des stages de pratique accompagnée et des stages en responsabilité dont l’utilité est évidente. La rayer d’un trait de plume pour des raisons budgétaires ne saurait être une solution.
Depuis le printemps dernier toutes les Associations de spécialistes, Sociétés savantes, UFR des universités et de nombreuses associations – dont la nôtre – protestent contre la façon dont a été conçue la « mastérisation des concours ». Cette réforme hâtive et irrationnelle aboutirait à une dégradation considérable du niveau disciplinaire et de la formation professionnelle des futurs enseignants. Il est inadmissible que le Ministre qualifie ces critiques unanimes, et souvent longuement argumentées, de
« discussions sibyllines ».
Il est normal que les universités refusent de consacrer la deuxième année de master à la préparation de concours dont le niveau officiel serait celui d’un premier cycle universitaire. Une telle hypothèse impliquerait la dévalorisation totale des masters, qu’aucune université étrangère ne voudrait ni ne pourrait reconnaître : c’est la crédibilité internationale de l’université française qui est en jeu.  Il est par ailleurs utopique de vouloir organiser les stages prévus au cours d’un tel master puisque le
Ministère en « offre » 40 000 pour près de 150 000 candidats et qu’il lui est matériellement impossible d’en fournir davantage. En outre, l’université ne pourrait rien proposer de sérieux au second semestre de master aux non-admissibles – sauf à les accepter dans un master-recherche, ce qui est contraire au bon sens le plus élémentaire. Quant aux très nombreux reçus-collés qu’un tel système engendrerait, ils quitteraient l’université après cinq ans d’études au minimum avec pour tout diplôme un « master d’enseignement » ne permettant pas d’accéder à … un poste d’enseignant !
M. Xavier Darcos argue du fait que la moitié des lauréats actuels n’a pas suivi de préparation dans les IUFM et les universités. Depuis longtemps dénoncé par Reconstruire l’Ecole, ce phénomène est dû à ce que les IUFM ne sont pas en mesure d’accueillir la totalité des candidats aux concours, surtout en ce qui concerne l’enseignement primaire. Il s’agit là d’un effet pervers, inhérent à la façon aberrante dont furent conçus les IUFM. Au lieu de réparer une injustice dont sont victimes de très nombreux
candidats ainsi privés de préparation, M. Darcos prétend la généraliser. S’ils veulent avoir quelque chance de réussir aux concours, tous devront désormais avoir recours aux officines privées qui ont proliféré à cause des dysfonctionnements des IUFM. Et, comble d’injustice et d’absurdité, seuls ceux qui n’auront pas fait confiance aux promesses du Ministère et auront consacré l’année 2008-2009 à la préparation d’un master auront la possibilité de présenter les concours en 2010.
Reconstruire l’Ecole constate que le prérequis du CAPES n’a pas évolué entre 1950, date de création de ce concours, et 2009. Or en plus d’un demi-siècle les licences, devenus diplômes de premier cycle, ont subi une dégradation considérable. C’est pourquoi notre association ne s’oppose pas à ce que les candidats aux concours du secondaire soient titulaires d’un master disciplinaire. De tels masters n’existent pas aujourd’hui dans la grande majorité des universités. Leur mise en place exige une refonte totale
des cursus – qui ne peut être menée à bien en quelques mois – et des moyens supplémentaires, qui sont refusés aux universités. Tant que ces deux problèmes n’auront pas été résolus, il est impossible d’envisager un recrutement « au niveau master ».
Reconstruire l’Ecole constate aussi que la formation et le recrutement des maîtres du primaire a été l’objet, au cours des dernières décennies, d’une fuite en avant insensée. Les anciennes Ecoles normales recrutaient au niveau de la troisième et offraient aux reçus une véritable formation en alternance. On est passé ensuite au baccalauréat, puis au DEUG, à la licence depuis la mise en place des IUFM et au master dans la réforme prévue. Or cette évolution ne s’est pas accompagnée d’une meilleure formation des maîtres du primaire : les actuels professeurs des écoles sont, au contraire, beaucoup moins bien préparés aux exigences de leur métier que les anciens instituteurs. C’est pourquoi notre association considère que la formation des maîtres du primaire doit être revue de fond en comble. Cette réforme exigera encore plus d’efforts, de réflexion et de temps que celle des CAPES.
Incohérente et brouillonne, la réforme que M. Darcos entend imposer de façon dictatoriale – et en traitant la communauté universitaire avec un invraisemblable mépris – ne résout aucun des problèmes que pose aujourd’hui la formation des maîtres. Elle ne fait que les aggraver. Déjà signataire de l’Appel du 8 novembre, l’association Reconstruire l’Ecole s’associe aux revendications de la Coordination nationale des universités. Seul un retrait des textes les plus contestés permettra d’entreprendre, dans le calme nécessaire, des réformes très profondes dont nul ne conteste la nécessité.

Site web Reconstruire l’école : http://www.r-lecole.freesurf.fr/

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