Comme en écho …

Comme en écho à la lecture de l’article « Hippocrate réveille-toi, l’hôpital est devenu fou » (Le Monde 13 Février), ces quelques réflexions d’un collègue qui valent aussi comme grille d’analyse.

« Cela éveille un écho, non ? On a l’impression que les évolutions sont assez parallèles, sans être identiques : on remplace le souci du travail vraiment bien fait (d’autant plus crucial quand ce travail concerne des patients humains, notez !) par le souci de maximiser certains indicateurs.
Par ailleurs, il y a un certain nombre d’axes de convergence clairement identifiables entre l’Éducation Nationale
(1er et 2nd degré) et l’enseignement supérieur et la recherche :

  • – la concentration ostensible de moyens sur certaines opérations « visibles » (immobilier) tandis que les moyens stagnent globalement ; sur certaines catégories d’élèves ou d’étudiants (cours de soutien, plans licence) alors que le taux d’encadrement stagne globalement ;
  • – la suppression massive de postes, accompagnée de l’antienne « on n’a pas besoin de plus pour faire mieux, c’est l’organisation qui est mauvaise » ;
  • – la tendance à la précarisation – plus précisément à la contractualisation – des métiers (CDD de 5 ans dans la recherche, découplage master/concours puis concours/postes dans le secondaire, etc.) ;
  • – l’accumulation des réformes, imposées sans tenir aucun compte des propositions émanant des professionnels eux-mêmes (EGR, Consultation Nationale sur l’École …) ;
  • – la substitution progressive d’une logique de service par une logique de rendement, qui passe par la mise en place d’indicateurs chiffrés incapables de rendre compte de la QUALITÉ (de l’enseignement, de la recherche …) mais seulement d’une certaine QUANTITÉ mesurable (nombre de publis pondéré par facteur d’impact des revues, nombre d’étudiants inscrits après le bac obtenant une licence, nombre d’élèves de CM2 par classe obtenant 70% aux tests d’évaluation nationale …) ;
  • – l’installation d’une logique de concurrence entre établissements, fondée sur le dogme que cela rend les meilleurs encore meilleurs (concurrence entre écoles, collèges ou lycées avec la suppression de la carte scolaire ; concurrence entre universités avec la LRU ; concurrence entre unités de recherche avec les appels d’offre concurrentiels type ANR, faits pour dresser les gens à plonger plus loin que les autres pour attraper les piécettes) ;
  • – le mépris des structures d’expertise et l’ingérence directe du pouvoir dans la définition des priorités, que ce soit dans la formation supérieure, la recherche, ou l’enseignement primaire et secondaire (où le comble a été atteint, rappelez-vous, avec les fusées intellectuelles de NS sur la lettre de Guy Môquet ou le parrainage mémoriel des enfants victimes de la Shoah ! – plus de programmes scolaires, court-circuit direct du président de la république à l’enseignant …) ;
  • – le démantèlement brutal, fondé sur des arguments de mauvaise foi, de structures qui avaient accumulé de l’expérience et des ressources pendant 20 (IUFMs) ou 50 (CNRS) ans ;
  • – la mise en place insidieuse d’un système de mise au pas des opinions divergentes, avec la complicité des directions (ex. « mise à la retraite » de la directrice du département SHS du CNRS) ;
  • – la désignation des fonctionnaires à la vindicte de l’opinion publique, sur le thème « ce sont des privilégiés qui se plaignent parce qu’on veut les forcer à travailler » ;
  • – etc. (la liste n’est sûrement pas exhaustive).

N.B. Cet ensemble d’évolutions est ancré sur le dogme central qui fonde les actions du gouvernement actuel, et qui est que tout service public COÛTE de la richesse à la société, alors que toute entreprise privée CRÉE de la richesse pour la société. Ce dogme est purement idéologique, et ne résiste pas cinq secondes à l’examen des faits s’il est explicité (un employé, qu’il soit dans le secteur public ou dans le secteur privé, perçoit un revenu et fournit un travail en échange … dans les deux cas donc il coûte d’un côté, et crée de la richesse de l’autre ; la différence fondamentale est que dans le cas du secteur public, la dépense est collectivisée, ce qui ne plaît évidemment pas à une certaine famille de pensée : qu’on arrête de dire que ce n’est pas une question d’idéologie !!! Par ailleurs, le mythe des entreprises privées qui créent forcément de la richesse mériterait d’être réexaminé sur la base d’exemples récents).  Le drame est que justement il n’est pas explicité (au sens de : soumis à discussion). Il est clairement présent – on peut le voir dans le choix des termes utilisés, ou des présupposés impliqués par les phrases prononcées – mais pas explicité, et l’on n’a généralement pas le temps, dans les débats publics, de remettre en cause les fondements qui ne sont pas explicités, ce qui nous conduit à réagir de manière défensive en contestant ce qui nous est reproché (ex. un
manque de productivité dans la recherche), sans penser à contester le bien fondé même du reproche.

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