Le cercle des professeurs et des chercheurs disparus

Une initiative de la Revue du MAUSS, Mouvement Anti Utilitariste dans les Sciences Sociales

« Pour la création d’un Cercle des professeurs et des chercheurs disparus ».

« Le monde de l’Université et de la Recherche est en proie depuis quelques temps déjà à un processus de dégradation sans précédent en Occident depuis des siècles, et à de lourdes menaces non pas contre la liberté de pensée, apparemment portée au pinacle, au contraire, mais contre la pensée elle-même. Plus spécifiquement, ce que ces assauts menacent de faire disparaître, définitivement peut-être, c’est le rapport humaniste à la culture qui était au fondement de l’Université, ce mélange d’obligation et de plaisir pris à la connaissance désintéressée des œuvres d’art et de pensée, littéraire, philosophique ou scientifique. Dissipons d’entrée de jeu les soupçons que ne manqueront pas de faire naître ces affirmations liminaires : Notre objectif n’est pas de vitupérer l’époque, de déplorer la perte du bon vieux temps et de dénoncer l’inflation informatique ou la vulgarité télévisuelle. Chacun en pensera ce qu’il veut. Nous ne méconnaissons nullement que la définition de ce qui fait ou doit faire partie de la culture – la culture des femmes ou des hommes dits cultivés- est largement contingente et éminemment variable. Pourquoi l’histoire du rock ou de la dynastie Ming ne serait-elle pas aussi importante que celle de la poésie anglaise médiévale ou des guerres de Louis XI ? Il n’est pas davantage dans nos intentions de défendre par principe et contre toute réforme les institutions universitaires ou de recherche existantes. Leur incapacité à réagir contre les coups inouïs qui leur sont portés atteste assez, justement, de leur abandon, déjà ancien, des idéaux de la connaissance humaniste universitaire, qu’elles ne font même plus semblant d’honorer. Enfin, en parlant d’idéal de connaissance humaniste nous ne songeons pas particulièrement, on l’aura compris, à l’enseignement du grec, du latin ou des Belles Lettres. Il y a un rapport cultivé et humaniste à tout savoir, qu’il s’agisse de physique, de mathématiques, de philosophie, de sciences humaines ou sociales, de science économique, de gestion etc. Aussi bien, ce qui nous importe ici n’est pas d’énoncer ce qui doit faire partie des savoirs généraux légitimes mais d’affirmer l’absolue nécessité à la fois qu’il existe des savoirs généraux partagés, et de préserver et de faire revivre un certain type de rapport au savoir, à sa production et à sa transmission. L’Université, l’Universitas s’est définie en tant que telle par cette aspiration à une certaine universalité du savoir. N’hésitons pas à qualifier ce type de rapport au savoir, indispensable à la pensée et au fonctionnement d’une Université digne de ce nom, de « désintéressé ». Ce qui ne signifie évidemment pas : « sans intérêt ». Au contraire, les savoirs désintéressés sont ceux auxquels on désire accéder ou transmettre parce qu’ils sont source intrinsèque de plaisir, d’étonnement, de passion, d’excitation ou d’émerveillement. Les plus intéressants, donc. Ou bien ceux que l’on doit acquérir pour devenir pleinement citoyen de son époque, et acteur social à part entière. Dissipons une autre équivoque possible. Défendre un idéal du savoir désintéressé ne veut pas dire qu’il n’y aurait pas à se soucier des débouchés professionnels des études universitaires ou des usages sociaux et appliqués de la Recherche, et ne signifie pas non plus qu’il ne devrait pas être fait une place, même très importante, même la plus importante quantitativement pour des savoirs immédiatement utiles. En revanche, il convient de résister par tous les moyens à la résorption des savoirs désintéressés ou, plutôt, de la modalité et du moment désintéressé du savoir dans la formation professionnelle – ou pseudo professionnelle, – et dans les connaissances appliquées, ou pseudo pragmatiques.

Mais la menace principale qui pèse désormais sur la pensée ne réside pas au premier chef dans cette couse effrénée à la professionnalisation de l’enseignement universitaire. Elle tient, bien plus profondément, à une spécialisation-professionnalisation désormais délétère non pas tant de la transmission que de la production du savoir lui-même. Le monde de l’Université et de la Recherche est désormais entré résolument, inexorablement peut-il sembler, dans la troisième et peut-être ultime étape d’un processus de déculturation du savoir amorcé il y a une trentaine d’années et que l’on peut décrire sommairement comme suit :

  • 1. La séparation des savoirs. Dans un premier temps, il est devenu peu à peu possible, puis plus ou moins recommandé, d’entrer dans les divers champs disciplinaires en laissant au vestiaire la culture générale de base, littéraire, historique ou philosophique, en se contentant d’une maîtrise parfois approximative du français (ou de la langue maternelle de tel ou tel pays), et en ignorant superbement l’existence des autres disciplines. Ce fut le début de l’explosion des formalismes et des jargons disciplinaires.
  • 2. La fragmentation des savoirs. La deuxième période, toujours d’actualité, est celle de l’intensification des clivages disciplinaires. Ce ne sont plus désormais les disciplines qui se séparent en se déniant les unes aux autres tout substrat commun, mais les sous-disciplines ou les sous-sous disciplines (ainsi existe-t-il, par exemple, plusieurs écoles de mathématiques financières, inaccessibles à la quasi-totalité des économistes, avec les résultats que l’on sait).
  • 3. La parcellisation des savoirs. La troisième vague, amorcée depuis assez longtemps déjà dans les pays de langue anglaise mais qui touche maintenant la France de plein fouet est celle de la réduction des sous-savoirs à des parcelles de connaissance elles-mêmes réduites à leur dimension quantitative. La concurrence qui fait rage à l’échelle mondiale entre universités ou entre instituts de recherche les amène tous à se lancer dans une campagne d’affichage de leur valeur, mesurée par le nombre d’articles publiés – presque exclusivement en anglais- , dans des revues soigneusement hiérarchisées, également à l’échelle mondiale, et qui, presque mécaniquement, du seul fait qu’elles sont étalonnées par des experts qui jugent des experts qui jugent des experts etc. (et indépendamment de la forte opacité qui préside à leur hiérarchisation) tendent à ne valoriser que les formulations les plus spécialisées et les plus en accord avec le sous-jargon sous-disciplinaire en vigueur. Cette rationalisation, qui doit permettre d’automatiser l’évaluation des professeurs et des chercheurs par les financeurs privés ou publics est en train d’aboutir à ce quadruple résultat saisissant :
  • a) Il est préférable d’avoir écrit quelques lignes, même insipides, dans une revue bien cotée que plusieurs articles passionnants et novateurs dans des revues qui le sont moins bien. Quant à écrire des livres, c’est la preuve désormais d’une inaptitude avérée à la recherche, qui ne retire pas encore des points, mais presque, et en tout cas n’en ajoute guère.
  • b) Dans les commissions de recrutement ou de promotion, plus personne n’a besoin de lire la production des collègues puisque leur valeur a déjà été déterminée « objectivement ».
  • c) Cette évolution est étroitement liée à une dynamique de privatisation généralisée du savoir qui conduit, dans les sciences de la nature, à déposer des brevets sur toute parcelle de connaissance identifiable et, dans les sciences humaines et sociales à imposer aux bibliothèques, au détriment du livre, l’achat des revues les mieux classées dont les abonnements atteignent des tarifs tout à fait prohibitifs.
  • d) Cette dérive, déjà fort problématique dans les pays de langue et de culture anglaise l’est encore bien davantage dans tous ceux, et c’est particulièrement vrai en France, où la richesse de la pensée et de l’imagination théorique était fortement liée – à des degrés bien sûr variables selon les disciplines -, à la densité d’une tradition culturelle et à la maîtrise des finesses de la langue. L’obligation d’écrire en anglais se présente alors comme une injonction à l’abandon de tout esprit de finesse.

En bref, le monde du savoir est en train de devenir un champ dans lequel il n’est plus écrit à destination de personne, où ce qui est écrit n’est plus lu par personne (sauf les anonymes Referees des revues bien en cour) et dans lequel le savoir n’est plus vu comme un bien commun de l’humanité mais exclusivement comme une source de profit individuel, privé et/ou institutionnel. C’est donc bien d’une attaque frontale contre la pensée qu’il s’agit ici, si par pensée on n’entend pas seulement l’activité computationnelle, la dérivation plus ou moins mécanique des implications des axiomes admis au sein d’un champ de savoir bien délimité, mais à la fois l’imagination créatrice, la mise à l’épreuve des certitudes disciplinaires par leur confrontation avec d’autres régimes de discours, et la capacité à rapporter les connaissances nouvelles aux intuitions de sens commun inhérentes à une culture donnée.

Que faire ?

Précisons encore une fois : l’objectif de notre dénonciation de la situation actuelle du savoir n’est nullement de critiquer le principe de son organisation disciplinaire en tant que tel. Il n’est pas, non plus, d’en appeler à une improbable et introuvable transdisciplinarité. Mais, face au risque considérable d’affaissement de la pensée et de disparition de toute la tradition de la culture, berceau et vivier des valeurs démocratiques, le cercle des professeurs et chercheurs disparus (ou en voie de disparition) décide de s’organiser en un réseau de connivence humaniste international. Ses membres s’engagent à tout faire, là où ils le peuvent :

  • pour favoriser, à qualité disciplinaire ou sous-disciplinaire équivalente, le recrutement de professeurs ou de chercheurs qui ne se bornent pas à maîtriser le cœur formel de leur discipline mais qui sont également conscients et soucieux de son articulation au savoir général et, pourquoi pas, de ses enjeux humains et sociaux.
  • pour inciter à ce que dans chaque discipline, une part du recrutement soit institutionnellement et explicitement réservée à cette ouverture généraliste et/ou interdisciplinaire. Cette part pouvant varier selon les disciplines, par exemple d’un cinquième dans les sciences les plus dures à la moitié en sciences humanes et sociales.

Tous les professeurs et chercheurs qui se reconnaissant dans ce propos sont invités à se rassembler dans le Cercle des professeurs et chercheurs disparus (ou en voie de disparition) dont la principale ambition sera d’abord d’exister, et de permettre ainsi à ses membres de se connaître et de se reconnaître, à l’échelle internationale, et à travers toutes les disciplines, comme partageant la même conception du savoir. Il leur suffira, pour commencer, de se faire connaître sur une liste électronique publique. L’important sera d’abord, en effet, de se compter, de faire masse pour mesurer sur quelles forces il est possible de tabler. Dans un second temps, et si cette initiative rencontre le succès escompté, il sera possible de mettre en place des procédures de légitimation et d’habilitation des professeurs et des chercheurs à la fois complémentaire et concurrente des procédures officielles actuellement en vigueur.

Premiers signataires

  • Olivier BEAUD, Professeur des universités en droit public à l’Université Panthéon-Assas (Paris II)
  • Alain CAILLE, Professeur de sociologie à Paris X, Directeur de la Revue du MAUSS
  • Philippe CHANIAL, Maître de conférences en sociologie à l’université Paris Dauphine
  • Jean-Pierre DUPUY, Philosophe des sciences et professeur à l’Université de Stanford en Californie
  • Olivier FAVEREAU, Professeur d’économie à l’université Paris X Nanterre
  • Marcel GAUCHET, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, au Centre de recherches politiques Raymond-Aron et rédacteur en chef de la revue Le Débat
  • Jacques GENEREUX, Professeur d’économie, Institut d’Etudes Politiques de Paris
  • Jean-Claude GUILLEBAUD, Ecrivain, essayiste et journaliste
  • Bruno KARSENTI, Directeur d’études, EHESS
  • Philippe D’IRIBARNE, Directeur de recherche, CNRS
  • Dominique MEDA, Directrice de l’Unité de Recherche « Trajectoires, Institutions et Politiques d’Emploi » au Centre d’Etudes de l’Emploi
  • Edgar MORIN, Directeur de recherche émérite au CNRS
  • Pierre MUSSO, Professeur de Sciences de l’information et de la communication à l’université de Rennes II
  • Gérard POMMIER, Psychanalyste, Directeur de la revue La Clinique lacanienne
  • Philippe RAYNAUD, Professeur des universités en philosophie politique à l’Université de Paris-II Panthéon-Assas
  • Alain TOURAINE, Directeur d’études à l’EHESS
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Proposition de Daniel Fasquelle sur le décret EC

Daniel Fasquelle, Député UMP, Professeur des universités, Doyen de la Faculté de droit de Boulogne-sur-Mer demande à Valérie Pécresse d’entendre le message des enseignants-chercheurs et déposera une proposition de loi lundi sur le bureau de l’Assemblée.
« Le projet de Décret de Valérie Pécresse a ouvert un débat utile sur le statut des enseignants-chercheurs. Nul ne conteste, en effet, que les choses peuvent et doivent évoluer. Il n’est pas normal, par exemple, que les tâches administratives, accaparantes et souvent ingrates, ne soient pas mieux prises en compte. On peut également légitimement s’étonner de ce que la recherche ne soit pas mieux valorisée et de ce que certains universitaires, fort rares du reste, n’aient ni activité administrative, ni activité de recherche en plus de leurs enseignements. Il ne faudrait pas pour autant qu’à l’occasion de ce débat, on donne une image déformée de la réalité de l’université : les enseignants-chercheurs français sont dans leur immense majorité passionnés par ce qu’ils font. Ils ont appliqué sans rechigner un nombre incroyable de réformes au cours de la période récente dont certaines ont d’ailleurs considérablement accru les tâches d’examen et les charges administratives sans compensation – je pense, en particulier, à la semestrialisation et à la mise en place des masters. Il est également inexact de dire que les universitaires ne sont pas évalués.
Ils le sont, à titre personnel, au moment de l’accès à la maîtrise de conférences, à la HDR, au moment de devenir professeur ou pour passer dans un grade supérieur (passage à la première classe…). Ils le sont également à travers la formation ou le laboratoire qu’ils dirigent et qui n’est soutenu par l’université et par le ministère qu’après un examen approfondi du programme pédagoqique ou de recherche proposé. La modulation, dont on dit que les enseignants-chercheurs ne voudraient pas, existe également déjà puisqu’un universitaire qui accepte des responsabilités administratives peut bénéficier d’une décharge de service, certes insuffisante.
Mais, si évaluation et modulation existent déjà, d’où vient le malaise que l’on constate aujourd’hui dans les universités ? Il vient pour une grande part de ce que l’autonomie des universités, fondement de la loi que nous avons voté en 2007, si elle est souhaitable voire même indispensable à bien des égards, ne doit pas s’exercer au mépris des disciplines et de l’indépendance et de la liberté des universitaires. Au-delà des questions statutaires, c’est le modèle même de l’université qui est en cause, ce qui explique que des universités aussi sages que Paris 2, ou encore Strasbourg, Montpellier, Lyon 3 et bien d’autres, se mobilisent aujourd’hui comme rarement elles l’on fait dans leur histoire récente.
Pour sortir de l’impasse, deux voies sont possibles. La première, choisie par Valérie Pécresse, consiste à améliorer ce qui est proposé et à offrir des garanties supplémentaires à travers notamment une charte entourant la façon dont les présidents d’universités vont appliquer le décret. La seconde est plus ambitieuse et consiste à tout remettre à plat à partir d’un texte de loi qui offrira aux universitaires les garanties dont ils ont besoin.
La première piste d’amélioration, la plus modeste, si elle devait finalement être retenue doit, tout d’abord, aborder la question de l’évaluation. La Ministre prévoit l’intervention du CNU ce dont il faut se féliciter. Mais, pour fonctionner, l’évaluation suppose une réforme en profondeur de cette instance, y compris en ce qui concerne le nombre de sections. Cela implique également que celle-ci se voit confier de vrais moyens. La question est posée également des critères de l’évaluation, le danger existant d’une appréciation à partir de critères peu précis et peu efficaces (la quantité des travaux ne signifie pas leur qualité). Dans ces conditions, on comprend qu’il faille lier les deux réformes : celle du statut des enseignants chercheurs et celle du CNU tout en évitant des dispositions transitoires qui donneraient aux conseils scientifiques les pouvoirs du CNU avant que celui-ci soit en état de fonctionner dans sa nouvelle configuration.
Sur la promotion telle que prévue dans le décret, celle-ci doit être encadrée de plus de garanties : garanties pour les disciplines de se voir attribuer dans chaque université, sur le contingent pour lequel le CNU est saisi, des promotions en fonction de son poids dans l’établissement.
L’intervention du Conseil scientifique, au sein duquel les grandes disciplines sont représentées, me semble également indispensable afin qu’il puisse donner son avis sur tout projet de promotion ; garanties pour les enseignants qui passent par la saisine pour avis du directeur de la composante disciplinaire et par le contrôle du conseil d’administration sur le contingent non soumis au CNU.
Sur la modulation, il s’agit très certainement du point le plus délicat. En effet, le projet de décret prévoit d’imposer des enseignements supplémentaires au motif qu’un enseignant-chercheur ne fait pas de recherche ce qui est à la fois paradoxal et très certainement contraire au droit. Paradoxal car on va demander à celui qui est considéré comme un mauvais universitaire de passer plus de temps devant les étudiants ! Juridiquement contestable car il s’agit là d’une forme de sanction pour non respect des obligations sans que l’on ait respecté aucune des procédures normalement prévues dans ce genre de circonstances. Plutôt que de prendre ainsi le problème en aval, ne faudrait-il pas le prendre plutôt en amont et tant qu’à impliquer les acteurs locaux, n’est ce pas aux composantes et à leurs responsables de moduler, dans le dialogue avec l’universitaire, son service au début de chaque année tout en repensant le régime des primes pour inciter, par exemple, les meilleurs à choisir les amphithéâtres de première année, là où les étudiants sont les plus fragiles ?
On le voit, les questions posées ne sont pas des moindres. Ces questions ont fait l’objet de débats qui ont duré plus d’un an au Parlement quand, en 1896, au cœur de la 3ème République, il a été décidé que les universitaires ne seraient plus inspectés ni notés.
Partageant le constat fait par la Ministre et convaincu, comme elle, que les choses ne peuvent rester en l’état, je pense qu’une autre voie est possible pour améliorer le décret en projet qui offrirait plus de garanties qu’une  » charte » n’ayant pas de valeur juridiquement contraignante pour appliquer un décret qui, lui, s’imposera aux universitaires. Elle passe par le Parlement et par une loi qui, au visa du principe constitutionnel d’indépendance des professeurs d’université fixerait les grands principes auxquels la communauté universitaire est attachée. Je vais déposer lundi prochain (16 février) une proposition de loi en ce sens.
Sur la base de cette loi, il sera possible, ensuite, de préparer plusieurs décrets qui appliqueront ces principes à valeur constitutionnelle et législative dans la concertation avec la communauté universitaire qui n’est pas hostile au changement, loin s’en faut.
 »
Daniel Fasquelle. Professeur des Universités. Député du Pas-de-Calais
Lundi 9 février 2009

« Nous, professeurs formés en France, vivons par choix, en Amérique du Nord »

« Nous, professeurs formés en France, vivons par choix, en Amérique du Nord, dans ce monde universitaire qui sert de modèle à la réforme. Nos universités sont « autonomes ». Nous sommes évalués par des comités internes, où siègent nos pairs, qui décident, après six ans, de notre titularisation, la promotion la plus importante. Pour prendre cette décision, nos pairs évaluent la qualité de notre recherche en fonction de critères compréhensifs, entre autres par une collecte de jugements écrits envoyés par des universitaires du même domaine – c’est la fonction qu’est censée remplir le Conseil national des universités (CNU). Ils disposent aussi des évaluations que nos étudiants donnent chaque année. Nous ne craignons pas non plus de savoir que c’est le président de notre université qui décide en dernière instance de notre embauche et de notre progression de carrière, car ses décisions avalisent celles prises par les instances collégiales.
CRITÈRES PLUS BUREAUCRATIQUES
Pourquoi, alors que la réforme actuelle se propose d’aligner la France sur ce modèle, nos collègues français craignent-ils le pire ? C’est qu’entre le modèle et son application, il peut y avoir un gouffre selon les universités. Gouffre d’autant plus grand qu’il n’est pas précisé si les universités s’inspireront du modèle qui se diffuse de la Grande-Bretagne au reste de l’Europe, ou du modèle collégial nord-américain. Il est flagrant que le gouvernement méconnaît le modèle dont il prétend s’inspirer.
 » (…)

Lire la suite dans « Le Monde« .

Google soutient la lutte des universités

La preuve :
http://maps.google.com/?ie=UTF8&ll=43.253908,5.414414&spn=0,359.986546&t=h&z=16&layer=c&cbll=43.256311,5.404875&panoid=-2f1KwxnCZKUvfqXUeYInA&cbp=12,95.17870851193419,,2,2.669270775660319

Encore un peu de lecture …

« La loi sur les libertés et les responsabilités universitaires : le cadre juridique d’une rénovation de la gestion de ressources humaines dans les universités » Par Jean-Pascal BONHOTAL, Sous-directeur des affaires juridiques de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Télécharger le document : loilrugrh-v41-1.pdf

Extraits choisis :

  • « Les instruments à la disposition des universités pour influer sur la gestion de leurs personnels fonctionnaires de l’Etat.
  • Le premier instrument de cette stratégie est la réaffirmation des pouvoirs du président de l’université en matière de gestion des personnels (article 6 de la loi modifiant l’article L.712-2 du code de l’éducation). Son autorité sur l’ensemble des personnels de l’établissement est confirmée . Il ne dispose pas pour autant du pouvoir de choisir les personnels fonctionnaires qui seront affectés à l’établissement. Les règles de recrutement et de mobilité demeurent régies par des dispositions statutaire de portée nationale. Dans un seul domaine l’établissement va disposer d’une influence décisive sur le choix des personnels ; en matière de recrutement de personnels enseignants-chercheurs les propositions de recrutement transmises au ministre seront désormais établies par le conseil d’administration restreint de l’établissement après avis motivé d’un comité de sélection, qu’il aura nommé sur proposition du président (nouvel article L.952-6 du code de l’éducation). Toutefois la possibilité pour le chef d’établissement d’assurer une forte régulation des affectations des fonctionnaires dans son établissement est garantie par la nouvelle possibilité de faire obstacle à la nomination d’un agent dont il estimerait que les compétences ne sont pas adaptées aux besoins particuliers de l’établissement : « aucune affectation ne peut être prononcée si le président émet un avis défavorable motivé ». L’exercice de ce droit de « veto » doit permettre la conciliation entre une politique de GRH de chaque établissement et le maintien de corps nationaux de fonctionnaires de l’enseignement supérieur. Cette autorité renforcée est complétée par une gamme d’instruments nouveaux qui vont permettre aux établissements d’adapter les conditions de travail et de rémunérations des agents fonctionnaires relevant d’un statut national aux situations spécifiques de chaque université. Ainsi le conseil d’administration définira , dans le respect des dispositions statutaires applicables, les principes généraux de répartition des obligations de services des personnels d’enseignement et de recherche, qui ne dépendront donc plus exclusivement de textes nationaux (article L.954-1 du code de l’éducation). De même  si en matière de rémunération principale les personnels fonctionnaires continueront à dépendre des dispositions statutaires les régissant, deux innovations sont introduites en matière de régimes indemnitaires. Elles s’appliqueront à toutes les catégories de personnels enseignants comme personnels ingénieurs, techniciens administratifs ou des bibliothèques : c’est conseil d’administration qui définira les règles générales d’attribution des primes aux personnels et c’est le président qui prendra les décisions individuelles à cet égard (L.954-2, 1er alinéa ) . De surcroît est instituée la possibilité pour les établissements de créer par délibération de leur conseil d’administration « des dispositifs d’intéressements (…) » (…) Dès lors la possibilité des établissements d’utiliser le levier indemnitaire dans la politique de GRH s’avère importante : ils pourront ainsi alternativement ou cumulativement introduire de fortes modulations dans la répartition des primes encadrées par de textes nationaux et créer des primes propres à l’établissement. (…)
  • La création de nouvelles catégories d’agents contractuels
  • Fonctions : Le niveau des fonctions prévues pour les nouvelles catégories d’agents contractuels est obligatoirement celui de la catégorie A. (…) L’autre catégorie de fonctions prévues à l’article L.954-3 est celle des agents « recrutés (…) pour assurer des fonctions de recherche ou d’enseignement et de recherche ». Les personnels chargés de fonctions d’enseignement et/ou de recherche dans les établissements d’enseignement supérieur sont toujours de catégorie A.
    (…) Rémunération : Aucune disposition ne prévoit pour le moment un encadrement, plafond ou plancher, des rémunérations allouées à ces nouveaux agents. La rémunération principale qui leur sera servie sera donc déterminée dans le contrat lui même, avec éventuellement, sans que cela soit obligatoire, la fixation d’un cadre de référence interne à l’établissement. En matière de primes et indemnités, ces agents ne pourront bénéficier d’aucun dispositif existant puisqu’ils ne sont visés par aucun texte indemnitaire. En revanche ils pourraient bénéficier des dispositifs d’intéressement que les établissements sont autorisés à créer en application de l’article L.954-2 puisque cette disposition n’exclut de son champ aucune catégorie de personnels.« 
  • Une catégorie de contrats spécifiques pour recruter des étudiants :
  • une disposition nouvelle introduite à l’article L.811-3-1 du code l’éducation crée enfin une nouvelle possibilité de recrutement d’agents contractuels : elle concerne exclusivement les étudiants qui pourront, dans des conditions fixées dans un décret à venir, participer ainsi à des tâches périphériques à l’enseignement et à la vie des établissements. Ne correspondant à aucun des cas prévus par le statut général et reposant sur une base législative spéciale , ces contractuels « étudiants » constitueront un nouveau régime juridique sui generis. »

Un peu de lecture …

« La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes de stabilisation. En principe, elle est moins dangereuse politiquement que la hausse des prix à la consommation : elle suscite des grèves plutôt que des manifestations et elle touche les classes moyennes plutôt que les pauvres (il y a peu de fonctionnaires parmi les 40 pour cent les plus pauvres). Mais ce n’est pas parce que cette mesure peut se justifier du point de vue de l’équité qu’elle ne comporte pas de risque politique. En effet, il s’agit de secteurs où la proportion de salariés syndiqués est la plus élevée, où les salariés ne prennent pas de risque en faisant grève comme dans le secteur privé et, enfin, où la grève peut être une arme très efficace : l’économie est paralysée par une grève des transports ou de la production d’électricité ; et l’État est privé de recettes si les agents du fisc cessent de travailler. La grève des enseignants n’est pas, en tant que telle, une gêne pour le gouvernement mais elle est indirectement dangereuse, comme on l’a noté, puisqu’elle libère la jeunesse pour manifester. Ces grèves peuvent donc devenir des épreuves de force difficiles à gérer. Certes, le gouvernement peut toujours rétablir le calme en annulant les mesures qui ont déclenché la grève mais, ce faisant, il renonce à réduire le déficit budgétaire. »

Extraits du cahier 13 de l’OCDE (1996), « La Faisabilité politique de l’ajustement », par Christian Morrisson, Page 29. En ligne : http://www.oecd.org/dataoecd/24/23/1919068.pdf

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Comme en écho …

Comme en écho à la lecture de l’article « Hippocrate réveille-toi, l’hôpital est devenu fou » (Le Monde 13 Février), ces quelques réflexions d’un collègue qui valent aussi comme grille d’analyse.

« Cela éveille un écho, non ? On a l’impression que les évolutions sont assez parallèles, sans être identiques : on remplace le souci du travail vraiment bien fait (d’autant plus crucial quand ce travail concerne des patients humains, notez !) par le souci de maximiser certains indicateurs.
Par ailleurs, il y a un certain nombre d’axes de convergence clairement identifiables entre l’Éducation Nationale
(1er et 2nd degré) et l’enseignement supérieur et la recherche :

  • – la concentration ostensible de moyens sur certaines opérations « visibles » (immobilier) tandis que les moyens stagnent globalement ; sur certaines catégories d’élèves ou d’étudiants (cours de soutien, plans licence) alors que le taux d’encadrement stagne globalement ;
  • – la suppression massive de postes, accompagnée de l’antienne « on n’a pas besoin de plus pour faire mieux, c’est l’organisation qui est mauvaise » ;
  • – la tendance à la précarisation – plus précisément à la contractualisation – des métiers (CDD de 5 ans dans la recherche, découplage master/concours puis concours/postes dans le secondaire, etc.) ;
  • – l’accumulation des réformes, imposées sans tenir aucun compte des propositions émanant des professionnels eux-mêmes (EGR, Consultation Nationale sur l’École …) ;
  • – la substitution progressive d’une logique de service par une logique de rendement, qui passe par la mise en place d’indicateurs chiffrés incapables de rendre compte de la QUALITÉ (de l’enseignement, de la recherche …) mais seulement d’une certaine QUANTITÉ mesurable (nombre de publis pondéré par facteur d’impact des revues, nombre d’étudiants inscrits après le bac obtenant une licence, nombre d’élèves de CM2 par classe obtenant 70% aux tests d’évaluation nationale …) ;
  • – l’installation d’une logique de concurrence entre établissements, fondée sur le dogme que cela rend les meilleurs encore meilleurs (concurrence entre écoles, collèges ou lycées avec la suppression de la carte scolaire ; concurrence entre universités avec la LRU ; concurrence entre unités de recherche avec les appels d’offre concurrentiels type ANR, faits pour dresser les gens à plonger plus loin que les autres pour attraper les piécettes) ;
  • – le mépris des structures d’expertise et l’ingérence directe du pouvoir dans la définition des priorités, que ce soit dans la formation supérieure, la recherche, ou l’enseignement primaire et secondaire (où le comble a été atteint, rappelez-vous, avec les fusées intellectuelles de NS sur la lettre de Guy Môquet ou le parrainage mémoriel des enfants victimes de la Shoah ! – plus de programmes scolaires, court-circuit direct du président de la république à l’enseignant …) ;
  • – le démantèlement brutal, fondé sur des arguments de mauvaise foi, de structures qui avaient accumulé de l’expérience et des ressources pendant 20 (IUFMs) ou 50 (CNRS) ans ;
  • – la mise en place insidieuse d’un système de mise au pas des opinions divergentes, avec la complicité des directions (ex. « mise à la retraite » de la directrice du département SHS du CNRS) ;
  • – la désignation des fonctionnaires à la vindicte de l’opinion publique, sur le thème « ce sont des privilégiés qui se plaignent parce qu’on veut les forcer à travailler » ;
  • – etc. (la liste n’est sûrement pas exhaustive).

N.B. Cet ensemble d’évolutions est ancré sur le dogme central qui fonde les actions du gouvernement actuel, et qui est que tout service public COÛTE de la richesse à la société, alors que toute entreprise privée CRÉE de la richesse pour la société. Ce dogme est purement idéologique, et ne résiste pas cinq secondes à l’examen des faits s’il est explicité (un employé, qu’il soit dans le secteur public ou dans le secteur privé, perçoit un revenu et fournit un travail en échange … dans les deux cas donc il coûte d’un côté, et crée de la richesse de l’autre ; la différence fondamentale est que dans le cas du secteur public, la dépense est collectivisée, ce qui ne plaît évidemment pas à une certaine famille de pensée : qu’on arrête de dire que ce n’est pas une question d’idéologie !!! Par ailleurs, le mythe des entreprises privées qui créent forcément de la richesse mériterait d’être réexaminé sur la base d’exemples récents).  Le drame est que justement il n’est pas explicité (au sens de : soumis à discussion). Il est clairement présent – on peut le voir dans le choix des termes utilisés, ou des présupposés impliqués par les phrases prononcées – mais pas explicité, et l’on n’a généralement pas le temps, dans les débats publics, de remettre en cause les fondements qui ne sont pas explicités, ce qui nous conduit à réagir de manière défensive en contestant ce qui nous est reproché (ex. un
manque de productivité dans la recherche), sans penser à contester le bien fondé même du reproche.