Le discours de Nicolas Sarkozy évalué par la méthode critique historique

« Cher(e)s collègues,
Je me permets de vous transmettre le commentaire de texte du discours de N. Sarkozy du 22 janvier que j’ai élaboré à destination de mes étudiants de L3. Dans ce contexte de « grève active » cela pourra éventuellement vous rendre des services. Vous êtes, bien entendu, libres de le diffuser comme bon vous semblera. »

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AG des personnels de Rennes 1 (9 février)

COMPTE-RENDU DES DÉCISIONS DE L’AG DES PERSONNELS DE L’UNIVERSITÉ DE RENNES 1
09 FEVRIER 2009
250 participants. Les motions suivantes ont été adoptées à une très large majorité.
Motion 1 :
L’Assemblée Générale des personnels de l’Université Rennes 1 réunie le 9 février 2009 condamne le démantèlement de l’ensemble de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, la précarisation des personnels de toutes catégories notamment au travers de l’individualisation des carrières, la mise en place du nouveau contrat doctoral et les suppressions d’emplois notamment de BIATOSS. Elle exige le rétablissement des postes supprimés, un plan pluriannuel de création d’emplois statutaires dans les universités et les grands organismes de recherche. Elle soutient les mobilisations en cours.
Elle constate que les Ministères n’ont, à ce jour, pas retiré :
– le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs
– la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants des premier et second degrés.
En conséquence, l’Assemblée Générale des personnels de l’Université Rennes 1 se prononce pour la poursuite de la grève reconductible – commencée le 3 février – jusqu’à l’assemblée générale du VENDREDI 13 FEVRIER 9 H.
Motion 2 :
Considérant que, si la ministre ne recule pas après la journée du 10 février, il s’agit de porter mandat à la Coordination Nationale d’une volonté d’élargir la grève à l’ensemble des personnels de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en prenant en compte les revendications qui concernent aussi les personnels des EPST et les BIATOSS, à la motion 2 votée à l’AG du 03 février, ont été ajoutées un certain nombre de revendications.
Motion 2 votée à l’AG du 03 février :
Depuis près de deux ans, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a décidé et fait voter à la hussarde une série de « réformes » sans aucune négociation :
– la loi LRU ;
– la transformation radicale des organismes de recherche en agences de moyens ;
– le pilotage, par le pouvoir politique, de la Recherche et de l’Université ;
– la remise en cause des statuts nationaux ;
– le démantèlement des concours nationaux de recrutement des enseignants des premier et second degrés ;
– le projet de contrat doctoral.
Parallèlement, le Ministère a supprimé 1090 postes et développé la précarité des enseignants-chercheurs, des chercheurs et des personnels administratifs, techniques et de bibliothèque. Pour mettre fin à cet autoritarisme, l’Assemblée Générale des personnels de l’Université de Rennes 1 exige :
– le retrait du projet de décret sur les statuts des enseignants – chercheurs et la restauration des cadres nationaux des diplômes et des statuts ;
– le retrait de la « réforme » de la formation et du recrutement des enseignants des premier et second degrés ;
– le retrait du contrat doctoral ;
– l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche et de la fonction publique en général ;
– la restitution des postes supprimés et la résorption de la précarité chez les enseignants, les chercheurs, les BIATOSS et ITA par un plan pluriannuel de création de postes ;
– la titularisation des personnels contractuels.

L’Assemblée Générale des personnels de l’Université de Rennes 1 constate que toutes ces contreréformes résultent de la loi LRU. En conséquence, elle demande en urgence que la communauté universitaire et le monde de la Recherche soient consultés sur une nouvelle loi garantissant démocratie, collégialité, indépendance et liberté, car l’Université n’est pas une entreprise et le Savoir n’est pas une marchandise.
Ajouts du 09 février (22 P, 12 Abs, 12 NPPV) : L’AG se prononce en outre :
– pour l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche et la transformation des EPST en agences de moyens ;
– contre les suppressions de postes y compris de catégorie C
– pour le retrait du mode de calcul de la dotation des universités (SYMPA)
– pour le retrait de l’ensemble du PLAN CARRIERES
Election des délégués pour la prochaine Coordination Nationale universitaire qui se tiendra MERCREDI 11 FEVRIER A l’UNIVERSITE DE PARIS 8
Considérant que l’UFR Math, SVE et l’IUT sont massivement en grève et que les collègues les plus mobilisés doivent être représentés à la Coordination Nationale, considérant qu’il faut encourager la mobilisation des collègues ITA/BIATOSS, l’AG a mandaté pour sa représentation :
– 1 représentant de l’UFR Math
– 1 représentant de l’UFR SVE
– 1 représentant de l’IUT
– 1 représentant ITA/BIATOSS
et proposera aux étudiants, réunis en AG ce même jour à midi, de désigner un délégué étudiant, étant entendu que chaque représentant a participé à l’AG de ce lundi 09 février.
Vote : (30 P car fin d’AG)

Actions à suivre :
– MARDI 10 FEVRIER :
APRES-MIDI : 14H30 ; Amphi A, Bâtiment 2
Conférence/débat avec Annie Vinokur, Professeur émérite d’économie, Université Paris X sur
« Les enjeux du financement de l’enseignement et de la recherche »
APRES-MIDI : AG UFR SPM (16 H 30) ; Amphi A, Bâtiment 2
– MERCREDI 11 FEVRIER :
APRES-MIDI : 14H30 ; Amphi A, Bâtiment 2
Information/Débat autour de l’actuel PROJET DE RÉFORME DE LA FORMATION DES ENSEIGNANTS DU PRIMAIRE ET DU SECONDAIRE en présence de représentants de l’IUFM, des 1er et 2nd degrés.
– JEUDI 12 FEVRIER : CEVU prévu à 14 H
Un courrier est envoyé ce jour au nom de l’AG à notre Président d’Université pour lui demander de réunir en congrès extraordinaire les 3 conseils d’Université pour prendre position sur les maquettes de Master « Enseignement » et leur non-remontée au Ministère à l’image du conseil d’école de l’IUFM et de l’Université de Rennes 2.
APRES-MIDI RASSEMBLEMENT à 13 H 30 DEVANT LA PRESIDENCE RENNES 1
– VENDREDI 13 FEVRIER : ASSEMBLEE GENERALE DE RENNES 1 – AMPHI A
MATIN : 9 H : Ordre du jour : Reconduction de la grève ?

Petite mise au point sur l’évaluation

«  Au cœur des accusations qui justifieraient la nécessité de réformer le statut des enseignants-chercheurs, il y a l’absence prétendue de l’évaluation (contrevérité lancée par le Président de la République, et que l’on retrouve désormais, ça et là, sous la plume ou dans la bouche de certains éditorialistes, accompagnée de commentaires plus ou moins déplaisants). En juillet 2007, la promotion de la LRU (Loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités) avait reposé, elle aussi, sur la répétition en boucle de quelques affirmations erronées. Par exemple, nous disait-on, dorénavant, les universités pourraient nommer qui elles souhaitaient (comme si ce n’avait pas été auparavant le cas…), mais le lobbying en faveur de la LRU omettait soigneusement en revanche que les Présidents d’Université auraient désormais la dernière main sur ces mêmes recrutements, pouvoir qui constitue une véritable exception française. Il en est de même pour l’évaluation supposée inexistante. Une carrière d’enseignant-chercheur est au contraire ponctuée (…) »

Lire la suite sur le blog de Frédérique Matonti.

Les Cyranos de la recherche

A Paris 12, demain 11 Février, sur le parvis, 15 heures, en cas de beau temps, répétition publique d’une scène de la nouvelle pièce en création Cyrano avec nous, par la troupe des Nez rouges.
Cyrano avec nous!

« En variant le ton, par exemple tenez :
Agressif : Moi, Madame, j’aurais fait ces décrets, Il faudrait sur le champ que je les retirasse !
Pratique : votre réforme en loterie, Assurément, Madame, ce n’est pas le gros lot.
Gracieux : Aimez-vous à ce point les patrons Que maternellement vous vous préoccupâtes De tendre ce perchoir à leur petites pattes.
Campagnard : La Hèlèru ? c’est-i donc une loi ? Que non. Queuque méchant navet, un mauvais champignon.
Curieux : De quoi sert cette réforme amère? D’attrape-gros-nigauds ou de cache-misère !
Chirurgien : voulez-vous un sirop ? un clystère Pour avaler cette pilule amère? Nenni ! une ablation et des plus vivement !
Prévoyant : les milliards aux banquiers, c’est un pocker menteur ! La seule relance qui dure sera la formation !
Humaniste : professionnaliser certes ! Pourtant civiliser n’est pas mauvais non plus !
Culturel : La princesse de Clèves n’est pas Une danseuse, non plus qu’ une hôtesse bling-bling.
Juridiquement : Olivier Baud même a raison, Le droit est avec nous : mais le bon droit, s’entend.
Anti-réactionnaire, quand nous disons bien haut De cette loi très vite libérez le plancher! Cela ne veut pas dire , et vous vous en doutez: « Redonner aux élites leur université » !
Démocratiquement innovant et sans drame: Ouvrons tout grand les vannes et changeons les programmes !
Egalitairement : L’égalité des chances, C’est bien ! L’égalité tout court, c’est mieux.
Socialement : Contre la privatisation Des universités, défense de nos droits Et des acquis laïcs de la fonction publique !
Anticapitaliste : l’université n’est Pas une péhèmeu. Le savoir à la fac Ne se débite pas comme au supermarché
Les barquettes sous vide en tête des gondoles Nous voulons des élus et pas des pédégés, Enseignants et chercheurs, en chefs de vente zélés Refuseront toujours de se voir transformés.
Féministe : nettoyons la recherche ; Un bon coup de torchon pour l’infame AERES!
Etudiant : nous voulons des emplois et pas des CDD ! Des filières pour chacun/e/, des formations pour tout/e/s,
Syndicalement : Des stagiaires oui, mais payés ! Des formations longues, mais d’abord des emplois !
Militant : A la grève ! A la grève ! A la grève !
Militaire mêmement: A bas la loi traîtresse, et ses suites funestes Mobilisons, mobilisons, mobilisons.
Stratégique : Mais où donc est passé le micro-Bonaparte ? Il vous plante, il nous plante, il se plante. Qu’il respecte les facs !
Prévenant : Gardez-vous, votre tête entraînée Par ce poids, de tomber en arrière sur le sol. Simone ou Valérie, regardez le mouvement Retrouvez la raison, quand il est encore temps, De peur de lire bientôt, les cinq lettres qui forment
Le triste mot de Sotte ou le mot de Cambronne. »

Venez nombreux. Répétez votre réplique. Invitez les visiteurs de la journée portes ouvertes à former un jury et que la meilleure prestation reçoive un cyrano d’or.

Université: les fainéants et les mauvais chercheurs, au travail!

Université: les fainéants et les mauvais chercheurs, au travail!
Par Pierre Jourde (Écrivain et Professeur des Universités, Grenoble III)

Une poignée de mandarins nantis qui ne fichent rien de leurs journées et refusent d’être évalués sur leur travail, manifeste contre la réforme Pécresse pour défendre des privilèges corporatistes et une conception rétrograde de l’université. Au travail, fainéants!

L’ignorance et les préjugés sont tels que c’est à peu près l’image que certains journalistes donnent du mouvement des chercheurs, des universitaires et des étudiants qui se développe dans toute la France. Au Monde, Catherine Rollot se contente de faire du décalque de la communication ministérielle, en toute méconnaissance de cause. Le lundi 9 février, Sylvie Pierre-Brossolette, sur l’antenne de France Info, défendait l’idée brillante selon laquelle, comme un chercheur ne produit plus grand-chose d’intéressant après quarante ans («c’est génétique»!), on pourrait lui coller beaucoup plus d’heures d’enseignement, histoire qu’il se rende utile.

Il aurait fallu mettre Pasteur un peu plus souvent devant les étudiants, ça lui aurait évité de nous casser les pieds, à 63 ans, avec sa découverte du virus de la rage. Planck, les quantas à 41 ans, un peu juste, mon garçon! Darwin a publié L’Evolution des espèces à 50 ans, et Foucault La Volonté de savoir au même âge. Ce sont des livres génétiquement nuls. Aujourd’hui, on enverrait leurs auteurs alphabétiser les étudiants de première année, avec de grosses potées d’heures de cours, pour cause de rythme de publication insuffisant. Au charbon, papy Einstein! Et puis comme ça, on économise sur les heures supplémentaires, il n’y a pas de petits profits.

Mais que Sylvie Pierre-Brossolette se rassure: le déluge de réformes et de tâches administratives est tel que son vœu est déjà presque réalisé. On fait tout ce qu’il faut pour étouffer la recherche. Les chercheurs et les enseignants-chercheurs passent plus de temps dans la paperasse que dans la recherche et l’enseignement. Ils rédigent les projets de recherche qu’ils auraient le temps de réaliser s’ils n’étaient pas si occupés à rédiger leurs projets de recherche. La réforme Pécresse ne fera qu’accroître cela.

Les journalistes sont-ils suffisamment évalués au regard de leurs compétences et de leur sérieux? Est-ce que c’est génétique, de dire des bêtises sur les antennes du service public?

On enrage de cette ignorance persistante que l’on entretient sciemment, dans le public, sur ce que sont réellement la vie et le travail d’un universitaire. Rien de plus facile que de dénoncer les intellectuels comme des privilégiés et de les livrer à la vindicte des braves travailleurs, indignés qu’on puisse n’enseigner que 7 heures par semaine. Finissons-en avec ce ramassis de légendes populistes. Un pays qui méprise et maltraite à ce point ses intellectuels est mal parti.

La réforme Pécresse est fondée là-dessus: il y a des universitaires qui ne travaillent pas assez, il faut trouver le moyen de les rendre plus performants, par exemple en augmentant leurs heures d’enseignement s’ils ne publient pas assez. Il est temps de mettre les choses au point, l’entassement de stupidités finit par ne plus être tolérable.

a) l’universitaire ne travaille pas assez
En fait, un universitaire moyen travaille beaucoup trop. Il exerce trois métiers, enseignant, administrateur et chercheur. Autant dire qu’il n’est pas aux 35 heures, ni aux 40, ni aux 50. Donnons une idée rapide de la variété de ses tâches: cours. Préparation des cours. Examens. Correction des copies (par centaines). Direction de mémoires ou de thèses. Lectures de ces mémoires (en sciences humaines, une thèse, c’est entre 300 et 1000 pages). Rapports. Soutenances. Jurys d’examens. Réception et suivi des étudiants. Elaboration des maquettes d’enseignement. Cooptation et évaluation des collègues (dossiers, rapports, réunions). Direction d’année, de département, d’UFR le cas échéant. Réunions de toutes ces instances. Conseils d’UFR, conseils scientifiques, réunions de CEVU, rapports et réunions du CNU et du CNRS, animations et réunions de centres et de laboratoires de recherche, et d’une quantité de conseils, d’instituts et de machins divers.

Et puis, la recherche. Pendant les loisirs, s’il en reste. Là, c’est virtuellement infini: lectures innombrables, rédaction d’articles, de livres, de comptes rendus, direction de revues, de collections, conférences, colloques en France et à l’étranger. Quelle bande de fainéants, en effet. Certains cherchent un peu moins que les autres, et on s’étonne? Contrôlons mieux ces tire-au-flanc, c’est une excellente idée. Il y a une autre hypothèse: et si, pour changer, on fichait la paix aux chercheurs, est-ce qu’ils ne chercheraient pas plus? Depuis des lustres, la cadence infernale des réformes multiplie leurs tâches. Après quoi, on les accuse de ne pas chercher assez. C’est plutôt le fait qu’ils continuent à le faire, malgré les ministres successifs et leurs bonnes idées, malgré les humiliations et les obstacles en tous genres, qui devrait nous paraître étonnant.

Nicolas Sarkozy, dans son discours du 22 janvier, parle de recherche «médiocre» en France. Elle est tellement médiocre que les publications scientifiques françaises sont classées au 5e rang mondial, alors que la France se situe au 18e rang pour le financement de la recherche. Dans ces conditions, les chercheurs français sont des héros. Les voilà évalués, merci. Accessoirement, condamnons le président de la république à vingt ans de travaux forcés dans des campus pisseux, des locaux répugnants et sous-équipés, des facs, comme la Sorbonne, sans bureaux pour les professeurs, même pas équipées de toilettes dignes de ce nom.

b) l’universitaire n’est pas évalué
Pour mieux comprendre à quel point un universitaire n’est pas évalué, prenons le cas exemplaire (quoique fictif) de Mme B. Elle représente le parcours courant d’un professeur des universités aujourd’hui. L’auteur de cet article sait de quoi il parle. Elle est née en 1960. Elle habite Montpellier. Après plusieurs années d’études, mettons d’histoire, elle passe l’agrégation. Travail énorme, pour un très faible pourcentage d’admis. Elle s’y reprend à deux fois, elle est enfin reçue, elle a 25 ans. Elle est nommée dans un collège «sensible» du Havre. Comme elle est mariée à J, informaticien à Montpellier, elle fait le chemin toutes les semaines. Elle prépare sa thèse. Gros travail, elle s’y consacre la nuit et les week-ends. J. trouve enfin un poste au Havre, ils déménagent.

A 32 ans, elle soutient sa thèse. Il lui faut la mention maximale pour espérer entrer à l’université. Elle l’obtient. Elle doit ensuite se faire qualifier par le Conseil National des Universités. Une fois cette évaluation effectuée, elle présente son dossier dans les universités où un poste est disponible dans sa spécialité. Soit il n’y en a pas (les facs ne recrutent presque plus), soit il y a quarante candidats par poste. Quatre années de suite, rien. Elle doit se faire requalifier. Enfin, à 37 ans, sur son dossier et ses publications, elle est élue maître de conférences à l’université de Clermont-Ferrand, contre 34 candidats. C’est une évaluation, et terrible, 33 restent sur le carreau, avec leur agrégation et leur thèse sur les bras. Elle est heureuse, même si elle gagne un peu moins qu’avant. Environ 2000 Euros. Elle reprend le train toutes les semaines, ce qui est peu pratique pour l’éducation de ses enfants, et engloutit une partie de son salaire. Son mari trouve enfin un poste à Clermont, ils peuvent s’y installer et acheter un appartement. Mme B développe ses recherches sur l’histoire de la paysannerie française au XIXe siècle. Elle publie, donne des conférences, tout en assumant diverses responsabilités administratives qui l’occupent beaucoup.

Enfin, elle se décide, pour devenir professeur, à soutenir une habilitation à diriger des recherches, c’est-à-dire une deuxième thèse, plus une présentation générale de ses travaux de recherche. Elle y consacre ses loisirs, pendant des années. Heureusement, elle obtient six mois de congé pour recherches (sur évaluation, là encore). A 44 ans (génétiquement has been, donc) elle soutient son habilitation. Elle est à nouveau évaluée, et qualifiée, par le CNU. Elle se remet à chercher des postes, de professeur cette fois. N’en trouve pas. Est finalement élue (évaluation sur dossier), à 47 ans, à l’université de Créteil. A ce stade de sa carrière, elle gagne 3500 euros par mois.

Accaparée par les cours d’agrégation, l’élaboration des plans quadriennaux et la direction de thèses, et, il faut le dire, un peu épuisée, elle publie moins d’articles. Elle écrit, tout doucement, un gros ouvrage qu’il lui faudra des années pour achever. Mais ça n’est pas de la recherche visible. Pour obtenir une promotion, elle devra se soumettre à une nouvelle évaluation, qui risque d’être négative, surtout si le président de son université, à qui la réforme donne tous pouvoirs sur elle, veut favoriser d’autres chercheurs, pour des raisons de politique interne. Sa carrière va stagner.

Dans la réforme Pécresse, elle n’est plus une bonne chercheuse, il faut encore augmenter sa dose de cours, alors que son mari et ses enfants la voient à peine. (Par comparaison, un professeur italien donne deux fois moins d’heures de cours). Ou alors, il faudrait qu’elle publie à tour de bras des articles vides. Dans les repas de famille, son beau-frère, cadre commercial, qui gagne deux fois plus qu’elle avec dix fois moins d’études, se moque de ses sept heures d’enseignement hebdomadaires. Les profs, quels fainéants.

***
Personnellement, j’aurais une suggestion à l’adresse de Mme Pécresse, de M. Sarkozy et accessoirement des journalistes qui parlent si légèrement de la recherche. Et si on fichait la paix à Mme B? Elle a énormément travaillé, et elle travaille encore. Elle forme des instituteurs, des professeurs, des journalistes, des fonctionnaires. Son travail de recherche permet de mieux comprendre l’évolution de la société française. Elle assure une certaine continuité intellectuelle et culturelle dans ce pays. Elle a été sans cesse évaluée. Elle gagne un salaire qui n’a aucun rapport avec ses hautes qualifications. Elle travaille dans des lieux sordides. Quand elle va faire une conférence, on met six mois à lui rembourser 100 euros de train. Et elle doit en outre subir les insultes du président de la république et le mépris d’une certaine presse. En bien, ça suffit. Voilà pourquoi les enseignants-chercheurs manifestent aujourd’hui.

P.J.

Les CNU, les uns après les autres …

… s’engagent contre les réformes en cours. Au 9 février, 33 sections ont voté des motions de défiance et certaines (une quinzaine d’après l’inventaire de SLU) ont décidé de ne pas communiquer le résultat des qualifications au Ministère.

Message du président de Lyon 3 à ses personnels

« Profondément attachée aux valeurs qui fondent l’Université, la Présidence de l’Université Jean Moulin Lyon 3 comprend l’émotion suscitée par le projet de réforme du statut des enseignants chercheurs.
Elle réaffirme sa volonté de permettre l’expression d’un libre débat,dans le respect des opinions et des choix de chacun, des missions de l’ensemble des personnels de l’Université et de l’intérêt des étudiants.
Elle souhaite que, au-delà de la médiation, toutes les garanties soient apportées à l’indépendance des universitaires afin qu’ils puissent exercer sereinement leurs missions d’enseignants et de chercheurs.

Le Président Hugues Fulchiron »