Lettre ouverte de 130 EC de Paris Ouest

Lettre ouverte de 130 Enseignants-chercheurs de l’Université Paris-Ouest Nanterre,
à Valérie Pécresse et à Xavier Darcos.
Nanterre, le 12 juin 2009

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

Parce que nous sommes des chercheurs et des professeurs responsables, des humanistes, des parents et des citoyens, nous refusons de faire payer à nos étudiants le prix de votre incompétence et de votre despotisme. Nous ferons donc en sorte que, malgré des mois de grèves douloureuses et de perturbations multiples, nos étudiants aient un diplôme de qualité cette année, comme chaque année. Nous avons pris cette décision la mort dans l’âme, sachant que vos médias s’empresseront d’en déduire que nous reculons devant vos menaces insultantes et que « tout rentre dans l’ordre ». Mais nous restons solidaires de nos collègues qui, en divers points du territoire et dans des conditions particulières, ont pu prendre des décisions plus radicales, plus difficiles à tenir, sans doute, mais peut-être plus courageuses que la nôtre, pour vous résister avec plus de fracas. Nous le montrerons en continuant à manifester avec nos étudiants, et en résistant avec force à vos basses manoeuvres politiques. La crise des universités ne fait peut-être que commencer, car votre attitude actuelle qui consiste à imposer des décrets scélérats rejetés par tous, à la veille des vacances, ne fait que renforcer notre défiance à l’égard de votre administration.

Après 8 mois de motions unanimes, de tribunes publiques et de pétitions qui ne nous valurent pas même l’honneur d’une réponse ; après 4 mois de protestation vigoureuse ponctués de grèves diverses, d’actions symboliques et de manifestations rassemblant chaque semaine des dizaines de milliers de personnes dans le respect de l’ordre républicain, nous devons constater que vous avez, en apparence, gagné la bataille sur la question des examens si facile à mettre en musique médiatique. Vous avez eu raison de parier sur notre bonne nature : nous ne sacrifierons pas sur l’autel de vos vanités, l’avenir de nos étudiants.
Vous avez l’impression d’avoir gagné, pour quelques semaines, face au monde du savoir, face à l’innovation, face au dynamisme, face aux plus grands noms des sciences et des sciences humaines françaises qui, chaque jour, portent par leur travail, malgré vous, notre pays au rang des premières puissances culturelles et intellectuelles de la planète — face à tous ceux, prix Nobel compris, dont vous n’avez pas su entendre les appels raisonnables et argumentés. En vous appuyant sur des médias aux ordres, sur des mensonges éhontés, des chiffres ouvertement truqués, des intimidations policières et des lieux communs populistes, vous pouvez donner l’impression d’avoir gagné, pour un temps, mais pour un temps seulement, contre l’Université de la République.

Nous dénonçons la violence de votre gouvernance, qui préfère nous mettre en concurrence pour gérer une pénurie de moyens volontairement entretenue, au lieu de nous aider à unir nos forces dans une dynamique de réformes stimulantes et partagées. Nous dénonçons la violence et la cynique duplicité de vos discours, qui parlent d’ « autonomie » pour décrire la vente à la découpe des universités, de « milliards mis sur la table » pour mieux dissimuler des suppressions de postes, d’ « effort sans précédent » pour masquer le désengagement de l’Etat, la hausse des frais universitaires et l’endettement des étudiants. Nous dénonçons votre plan de destruction massive de l’école publique, laïque et ouverte à tous, que vous attaquez en portant gravement atteinte à la formation des maîtres, et en détruisant des postes indispensables — pour les pourvoir, dans le meilleur des cas, par des vacataires sans formation, voire pour les remplacer par des portiques de sécurité, encore moins coûteux. Dans le même temps, vous confiez des missions de service public à des universités catholiques privées, soumises à l’autorité du Vatican, avec l’espoir qu’elles drainent vers elles, moyennant des droits d’inscription considérables, des étudiants en butte aux pénuries orchestrées de l’université publique.

Alors oui, peut-être plions-nous aujourd’hui, Madame la ministre, Monsieur le ministre, devant tant de mépris pour l’avenir de nos étudiants, devant tant de sourde incompétence.
Mais nous ne rompons pas.

Nous refusons plus que jamais vos « preuves d’amour » qui ne sont que des mots pour couvrir d’un voile blanc le viol en réunion de la Princesse de Clèves et de l’Ecole de la République.
Et nous restons debout, aux côtés de nos étudiants, pour continuer à leur donner le meilleur de nous-mêmes dans les conditions de misère que vous promettez aux universités sous couvert d’illusoires libéralités.
Nous restons debout, aux côtés de nos collègues du secondaire et du primaire qui, comme nous, continuent à donner le meilleur d’eux-mêmes à tous les enfants de ce pays, malgré le harcèlement moral qu’ils subissent depuis des années.
Nous restons debout, aux côtés de tous les défenseurs des services publics en voie de marchandisation et d’appauvrissement, et aux côtés de tous les citoyens porteurs des valeurs républicaines de solidarité, d’ouverture aux autres, de laïcité, de progrès partagé et d’esprit critique.
Nous restons debout dans la rue, dans les tribunes des journaux, et partout où cela sera nécessaire, pour appeler les Français à prendre conscience du désastre qui se joue aujourd’hui, sous leurs yeux, sans qu’ils n’en sachent rien.
En brisant un à un les liens qui unissent entre eux les Français ; en rompant une à une les amarres de notre histoire et de notre identité ; en privant tant de citoyens du droit à être entendus et du droit à penser différemment les relations humaines, vous n’avez, semble-t-il, qu’une ambition : faire de la rentabilité immédiate et de la concurrence sauvage les seules références morales dignes de respect dans notre société. Cette servilité, ce cynisme et cette étroitesse d’esprit, auront un prix, que vous paierez un jour.

Vous aspirez maintenant, paraît-il, à d’autres fonctions, trouvant dans la fuite vers d’autres ambitions politiciennes et carriéristes, le moyen, croyez-vous, de sortir la tête haute du gâchis monstre dont vous portez l’écrasante responsabilité. Votre bilan est pathétique.
Vous pouvez partir. Nous, nous restons. Vous avez détruit, nous reconstruirons.

Veuillez croire, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, à notre profond respect pour les fonctions que vous exercez.

Liste des signataires :

Verena Aebischer, MCF, psychologie ; Gianni Albergoni, MCF, Sociologie ; Anne-Claude Ambroise-Rendu, MCF, Histoire contemporaine ; Estelle Amy de la Bretèque, ATER, Ethnomusicologie ; Patricia Attigui, Professeur des Universités, Psychologie ; Sylvie Bauer, MCF, Anglais ; Annette Becker, Professeur des Universités, Histoire contemporaine ; Anna Bellavitis, MCF, Histoire moderne ;Cécile Birks, MCF, Anglais ; Hélène Blais, MCF, Histoire contemporaine ; Michel Blanc, MCF, Sociologie ; Chrystèle Blondeau, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Barbara Bonnefoy, MCF, Psychologie ; François Bost, MCF, Géographie ; Myriam Boucharenc, Professeur des Universités, Lettres ; Véronique Boucherat, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Michel Boutillier, Professeur des Universités, Economie bancaire et financière ; Cyrille Bouvet, MCF, Psychologie ; Jean-Albert Bron, PRAG, Arts du spectacle ; Jean-Pierre Bruckert, MCF, Psychologie ; Sylvaine Camelin, MCF, Ethnologie ; Jean-Marc Chamot, MCF, Civilisation américaine ; Jean-Luc Chassel,
MCF, Histoire du droit ; Serge Chauvin, MCF, Etudes anglo-américaines ; Nathalie Cheze, MCF, Mathématiques ; Miguel Chueca, MCF, Langue et civilisation espagnoles ; Céline Clavel, Post-doctorante chargée de cours, Psychologie ; Céline Clément, MCF, Sociologie ; Michèle Cohen-Halimi, MCF, Philosophie ; Franck Collard, Professeur des Universités, Histoire médiévale ; Sylvaine Conord, MCF, Sociologie ; Marcel Cori, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Flore Coulouma, MCF, Anglais ; Laurence Croq, MCF, Histoire moderne ; Bernard Cros, MCF, Civilisation britannique ; Vincent Cuche, ATER, Histoire ancienne ; Frédérique Cuisinier, MCF, Psychologie ; Elizabeth Deniaux, Professeur des Universités, Histoire ancienne ; Henri Desbois, MCF, Géographie ; Marianne Desmets, MCF, Sciences du langage ; Sylvia Dobyinsky, MCF, Mathématiques-Informatique ; Claude Dorey, MCF anglais ; Yvette Dorey, MCF, Psychopathologie ; Aude-Marie Doucet, ATER, Histoire médiévale ; Frédéric Dufaux, MCF, Géographie ; Stéphane Dufoix, MCF, Sociologie ; Jean Duma, Professeur des Universités, Histoire moderne ; Annie Duprat, Professeur des Universités, IUFM Versailles, Responsable agrégation interne d’Histoire et de Géographie à l’Université Paris Ouest Nanterre, Histoire moderne ; Brigitte Dussart, MCF, Sociologie ; Nicole Edelman, MCF, Histoire contemporaine ; Anne Fabre, PRAG, Economie-Gestion ; Alexandra Filhon, MCF, Sociologie ; Fabrice Flahutez, MCF, Histoire de l’art contemporain ; Arnaud Fossier, AMN, Histoire médiévale ; Bernard Friot, Professeur des Universités, Sociologie ; Danièle Frison, Professeur émérite, Anglais ; Marie-Pierre Gervais, Professeur des Universités, Informatique ; Elisabeth Gontier, ATER, Psychopathologie ; Justine Gourbière, Monitrice, Histoire de l’art médiéval ; Maya Gratier, MCF, Psychologie ; Claude Grimal, Professeur des Universités, Littérature américaine ; Jean-Marie Guillaume, I.E.R., Philosophie ; Matthieu Hély, MCF, Sociologie ; Olivier Hochedez, Moniteur, Sociologie ; Nicolas Jonas, ATER, Sociologie ; Sylvain Kahane, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Karine Kray-Baschung, MCF, Sciences du langage ; Emilie Kurdziel, AMN, Histoire médiévale ; Evelyne Labbé, Professeur des Universités, Littérature américaine ; Thierry Labica, MCF, Anglais ; Anne Lacheret, Professeur des Universités, Linguistique ; Frédéric Landy, Professeur des Universités, Géographie ; Frédérique Leblanc, MCF, Sociologie ; Marie Leca-Tsiomis, Professeur des Universités, Littérature française ; Samuel Lepastier, Professeur associé à l’Université Paris Ouest, Psychopathologie ; Claude Leroy, Professeur émérite, Littérature française ; Despina Liolios, MCF, Ethnologie ; Hubert Lisandre, MCF, Psychopathologie ; Julien Magnier, Doctorant, chargé de cours en psychologie ; Aliocha Maldavsky, MCF, Histoire moderne ; Luca Marsi, MCF, Italien ; Christophe Martin, Professeur des Universités, Littérature française du XVIIIe siècle ; Jacques Martineau, MCF, Littérature française ; Corinne Mazé, MCF, Sciences psychologiques ; Caroline Mellet, MCF, Sciences du langage ; Béatrice Ménard, MCF, Littérature latino-américaine ; Vincent Meyzie, MCF, Histoire moderne ; Christophe Mileschi, Professeur des Université, Etudes italiennes ; Virginie Milliot, MCF, Ethnologie ; Laure Moguerou, MCF, Sciences de l’éducation ; Annie Mollié, MCF, Mathématiques et Statistiques ; Jean-Pierre Morelou, MCF, Droit public ; Isabelle Moret-Lespinet, MCF, Histoire contemporaine ; Emmanuelle Mortgat-Longuet, MCF, Littérature française du XVIIe siècle ; Colette Noyau, Professeur des Universités, Sciences du langage ; Christine Ollivier, MCF, Psychologie ; Florence Paravy, MCF, Lettres modernes ; Nicolas Patin, AMN, Histoire contemporaine ; Christine Pauleau, MCF, Sciences du langage ; Richard Pedot, Professeur des Universités, Littérature anglaise ; Sylvie Pédron Colombani, MCF, Sociologie ; Marie Personnaz, MCF, Psychologie sociale ; Liliane Picciola, Professeur, Littérature française ; Patrick Pion, MCF, Archéologie pré et protohistorique ; Nicolas Prévôt, MCF, Ethnomusicologie ; Pierre Ragon, Professeur des Universités, Histoire moderne ; Véronique Rauline, MCF, Anglais ; Hélène Raymond, Professeur des Universités, Science économique ; François Regourd, MCF, Histoire moderne ; Rosine Réveillé, MCF, Statistiques ; Simone Rinzler, MCF, Anglais ; Nicolas Sallée, Moniteur, Sociologie ; Danielle Schütz, PRAG, Lettres modernes ; Pascal Sebille, MCF, Sociologie ; Gabriel Segré, MCF, Sociologie ; Christine Sellin-Catta, Assistante en Histoire contemporaine ; Alexis Sierra, MCF, Géographie ; Frédérique Sitri, MCF, Sciences du langage ; Amandine Spire, Monitrice, Géographie ; Jean-Fabien Steck, MCF, Géographie ; Anne Steiner, MCF, Sociologie ; Emmanuelle Tixier, MCF, Histoire médiévale ; Anne Trévise, Professeur des Universités, Anglais ; Delphine Tribout, ATER, Sciences du langage ; Laurence Vanoflen, MCF, Littérature du XVIIIe siècle ; Olivier Vecho, MCF, Psychologie ; Sarah de Vogué, MCF, Sciences du langage ; Christophe Voilliot, MCF, Sciences politiques ; Panayota Volti, MCF, Histoire de l’art médiéval ; Claudine Wolikow, MCF, Histoire moderne.

COLLECTIF POUR LA SAUVEGARDE DE LA LIBERTÉ,INTELLECTUELLE DES CHERCHEURS ET ENSEIGNANTSCHERCHEURS,DE LA FONCTION PUBLIQUE

LETTRE OUVERTE A MME VALÉRIE PÉCRESSE,
MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE


L
’influence des savants et des intellectuels est certes quelque peu en déclin dans notre nouveau modèle de société. Chercheurs, universitaires et intellectuels n’en continuent pas moins de creuser leur sillon, faisant fi du bruit et de la fureur extérieurs. Ce qui ne signifie pas qu’ils vivent dans des bulles hors du monde. Au contraire, ils sont plus investis que jamais dans la mission qui est la leur : contribuer avec d’autres à apporter à leurs concitoyens cet élément de pensée critique indispensable à la préservation de la démocratie. Grâce aux réseaux qu’ils tissent par la circulation de leur pensée et de leur parole, au-delà des préjugés, des mythes ou des frayeurs en vogue et de leur instrumentalisation, ils n’ont de cesse d’agir au nom de la liberté et de l’impartialité, quelles que puissent être par ailleurs leurs éventuelles appartenances religieuses ou affinités politiques. Nos sociétés, trop souvent soumises aux diktats des médias et de l’internet, ont besoin de cette parole libre, au seul service des principes de la démocratie, évoluant sans entraves et produisant du savoir, de la connaissance et de la réflexion. Il se trouve que dans notre pays la majorité des intellectuels appartient à la fonction publique, ce qui ne signifie pas qu’ils soient de quelque façon inféodés à des institutions ou au pouvoir politique, même s’il existe certes parmi eux des intellectuels organiques. Si la liberté est nécessaire pour penser et écrire, il va de soi que l’obligation de réserve qui s’applique en général à certaines catégories de fonctionnaires ne peut aucunement s’appliquer à leur cas, sauf à n’attendre d’eux que la reproduction d’une doctrine officielle et stérile. Aujourd’hui, la convocation devant une commission disciplinaire, de notre collègue Vincent Geisser, chercheur au CNRS, accusé de n’avoir pas respecté cette « obligation », constitue un signe supplémentaire et particulièrement alarmant de l’idée que les institutions de notre pays semblent désormais se faire de notre rôle. Devrons-nous donc soumettre nos articles, nos livres, nos prises de position publiques à l’approbation de leur censure, alors qu’aucune consigne ne devrait émaner d’elles si ce n’est celle de la rigueur intellectuelle et de la créativité qui accompagne toute recherche ? Quels compromis honteux devrons-nous accepter pour échapper à l’humiliation d’un conseil de discipline ? La France, pays des droits de l’homme et de la liberté d’expression, est-elle en train de perdre son âme ? Comment continuer à faire notre travail, à assumer pleinement notre vocation, sous la menace constante de la sanction ? Que sommes-nous ? De simples courroies de transmission des idées qui ont l’agrément de nos dirigeants et des institutions qui nous emploient, ou des hommes et des femmes autonomes exerçant leur métier librement, en toute responsabilité, en toute honnêteté, et au service d’une recherche, d’une pensée et d’un savoir libres de tout carcan idéologique, n’ayant d’autre limite que la considération du bien commun ? L’obligation de réserve ne peut en aucun cas valoir pour les intellectuels, y compris lorsqu’ils sont fonctionnaires. Les y soumettre revient purement et simplement à les faire disparaître comme intellectuels, c’est ruiner la liberté dont ils ont besoin pour continuer leur oeuvre salutaire, indispensable à la vie normale d’un pays politiquement sain, et qui a besoin d’eux pour son équilibre. Ce qui arrive à notre collègue Vincent Geisser, qui a le malheur de travailler sur l’islam, sujet brûlant s’il en est, est d’une extrême gravité et interpelle tous les citoyens de ce pays. Le traitement indigne auquel il est soumis est une honte pour la profession et pour la France.

Pour signer : http://petition.liberteintellectuelle.net/

COLLECTIF POUR LA SAUVEGARDE DE LA LIBERTÉ
INTELLECTUELLE DES CHERCHEURS ET ENSEIGNANTSCHERCHEURS
DE LA FONCTION PUBLIQUE

COMITÉ DE LANCEMENT

1. Ghislaine ALLEAUME, directrice de recherches au CNRS, directrice de l’IREMAM
2. Jean-Christophe ATTIAS, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études
3. Etienne BALIBAR, professeur émérite à l’Université de Paris 10 Nanterre
4. Nicolas BANCEL, professeur à l’Université de Strasbourg, détaché à l’Université de Lausanne
5. Jean BAUBEROT, professeur émérite de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études
6. Esther BENBASSA, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études
7. Daniel BENSAÏD, professeur de philosophie à l’Université de Paris 8
8. Pascal BONIFACE, géopolitologue, Université de Paris 8
9. Marie-Françoise COUREL, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études,présidente honoraire de l’EPHE, ancienne directrice scientifique du département SHS du CNRS
10. Denis CROUZET, professeur à l’Université Paris-Sorbonne (Paris 4)
11. Alain DE LIBERA, professeur d’histoire de la philosophie médiévale à l’Université de Genève, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études
12. Christine DELPHY, directrice de recherche émérite au CNRS
13. Éric FASSIN, enseignant-chercheur à l’École Normale Supérieure
14. Nacira GUENIF, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris Nord
15. Edgar MORIN, directeur de recherche émérite au CNRS
16. Laurent MUCCHIELLI, directeur de recherche au CNRS
17. Denis PESCHANSKI, directeur de recherche au CNRS, ancien directeur adjoint du département SHS du CNRS
18. Roshdi RASHED, directeur de recherche émérite au CNRS, professeur honoraire à l’Université de Tokyo
19. Olivier ROY, directeur de recherche au CNRS
20. Vincent TIBERJ, chercheur au Centre d’Etudes Européennes de Sciences Po et maître de conférence à Sciences Po
21. Tzvetan TODOROV, directeur de recherche honoraire au CNRS
22. Jérôme VALLUY, enseignant-chercheur, science politique, Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1, CRPS, TERRA)

PREMIERS SIGNATAIRES

23. Amin ALLAL, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), Tunis
24. Françoise ASSO, écrivain, maître de conférences de littérature française à l’Université de Lille 3, membre du collectif “UNIvers.Cité”
25. Francis BAILLEAU, sociologue, directeur de recherche au CNRS
26. Hélène BELLOSTA, directeur de recherche honoraire, CNRS
27. Maïté BOUYSSY, maître de conférences (HDR) en histoire contemporaine à l’Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne
28. Noëlle BURGI, chercheure CNRS
29. Hélène CLAUDOT-HAWAD, directrice de recherche au CNRS
30. Albano CORDEIRO, retraité, CNRS
31. Michèle CREMOUX, Toulouse
32. Catherine CURRAN VIGIER, maître de conférences d’anglais, Université de Rouen
33. Laurence DE COCK, professeur agrégée d’histoire, formatrice à l’IUFM de Versailles
34. François DESPLANQUES, maître assistant retraité de l’Université de Nice Sophia Antipolis
35. Fabrice DHUME, sociologue, chercheur à l’ISCRA
36. Maryse ESTERLE HEDIBEL, enseignante-chercheure à l’IUFM Nord Pas de Calais, Université d’Artois, chercheure CESDIP
37. Colin FALCONER, formateur d’anglais à la retraite, actuellement intervenant à l’université de Paris 3 (Département de la Formation Continue)
38. VINCENT FOUCHER, CR1 CNRS – CENTRE D’ETUDE D’AFRIQUE NOIRE 39. Yvan GASTAUT, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Nice
40. Charles GIRARD, allocataire-moniteur en philosophie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
41. Jean-François HAVARD, maître de conférences en science politique, Université de Haute Alsace – Mulhouse
42. Christine HUGUET, maître de conférences en littérature anglaise à l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3
43. Florence HULAK, ATER en philosophie à l’Université Paris 1
44. Moritz HUNSMANN, doctorant en Recherches Comparatives sur le Développement, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, Albert-Ludwigs-Universität Freiburg, Allemagne
45. Rada IVEKOVIC, professeure des universités, Université de Saint-Étienne & Collège international de philosophie, Paris
46. Liêm-Khê LUGUERN, professeur d’histoire-géographie, doctorante EHESS-IRIS
47. Sami MAHBOULI, doctorant, Université Montpellier 1, CEPEL
48. Antoine MATH, chercheur à l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES)
49. Gilbert MEYNIER, professeur émérite à l’Université de Nancy 2
50. Soulé NGAIDE, Cimade
51. Olivier NOËL, sociologue, ISCRA-INED
52. Alexandre PIETTRE, doctorant "sociologie du pouvoir" – CSPRP, Université de Paris 7, Ater science politique – DCS, Université de Nantes
53. Gildas RENOU, Université Rennes-1
54. Alain RUSCIO, chercheur indépendant
55. Jean SALEM, philosophe, professeur à l’Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne)
56. Pierre SALY, maître de conférences honoraire en histoire contemporaine à l’Université de Paris 1
57. Aude SIGNOLES, maitre de conférences en science politique, Université de Galatasaray, Đstanbul (Turquie)
58. Bahram SOLTANI, Maître de conférences, directeur de recherche, Université de Paris 1 Sorbonne
59. Sylvie THENAULT, chargée de recherche, CNRS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle, UMR 80 58)
60. Claire VISIER, maître de conférences en science politique

Pour signer : http://petition.liberteintellectuelle.net/

C’est reparti pour un tour !

C’est reparti pour un tour !
La Ronde des obstinés lance un appel aux candidats aux européennes.

Depuis plus de quatre mois, l’université française connaît un mouvement d’une force et d’une durée sans précédent.
Non seulement le gouvernement refuse de nous entendre, mais il s’est efforcé, durant ces dernières semaines, de dépolitiser le débat, de le réduire à la question des validations d’examens, alors qu’il ignore avec constance  la totalité de nos revendications, multipliant pressions, menaces, et parfois même actions répressives.

La Ronde infinie des obstinés lance donc un appel aux candidats aux élections européennes.

Rejoignez nous nombreux du 2 au 6 juin, de 12h à minuit devant le Panthéon !
Nous sommes obstinés et notre vigilance, infinie.
Inscriptions sur : http://www.doodle.com/kcsdy84bb2tup5as
rondeinfinie@gmail.com
http://rondeinfinie.canalblog.com/

Lettre aux candidats :

100 heures pour faire de l’enseignement et de la recherche un débat de campagne.
« Il est plus que temps…»
À Mesdames et Messieurs les candidats aux élections européennes du 7 juin 2009, Pendant près de quatre mois, l’université française a vécu un mouvement de grève, de manifestations, d’occupations, de rondes infinies des obstinés. Nous, qui faisons, pensons, et rêvons l’université, nous, enseignants, chercheurs, personnels et étudiants, affirmons que les réformes actuelles qui atteignent l’université sont permises par la soumission du politique au champ économique.
Pendant près de quatre mois, nous avons fait face à une entreprise gouvernementale de propagande et de dénigrement délibéré de l’université, des hommes et des femmes qui la font vivre, une entreprise de destruction de son image et de sa fonction dans la société. Pourtant, pendant près de quatre mois, le mouvement de rejet des conséquences de la loi « Libertés et responsabilités des universités » (LRU) s’est renforcé parce que nous en mesurons tous aujourd’hui les vices profonds et le danger mortel qu’elle fait peser sur l’université : présidence toute-puissante, gestion managériale, marginalisation des critères scientifiques dans les prises de décisions, précarisation généralisée des personnels, explosion à terme des droits d’inscription. Cette loi produira en France ce qu’elle a produit partout où les mêmes principes sont déjà à l’oeuvre : gestion arbitraire des carrières et des équipes de
recherche, dépendance aux bailleurs de fonds privés, cloisonnement des savoirs, destruction de pans entiers de l’enseignement, injustice sociale croissante. Est-ce donc ainsi que l’Europe conçoit l’université et la recherche ?
En effet, à la fois bureaucratique dans son principe, autoritaire dans sa mise en oeuvre, et liberticide pour le monde universitaire dans ses effets, cette loi LRU n’est que la caricature française d’un processus qui confronte le système universitaire européen à une transformation et un reformatage, le volet académique de la soumission de l’ensemble de la société à la « main invisible du marché ». Les promoteurs de cette société et leurs artificiers nationaux ont associé à cette opération de destruction le nom de deux des plus anciennes universités européennes, celles de la Sorbonne (déclaration du 25 mai 1998) et de Bologne (déclaration du 19 juin 1999). Or, ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « processus de Bologne » et qui est au coeur de la politique universitaire européenne n’a jamais été discuté publiquement. Son inscription dans la Stratégie de Lisbonne (2000) a été suivie d’une série de conférences ministérielles et de sommets qui ont renforcé la soumission des acteurs de l’université à des objectifs utilitaristes à court terme. Ces orientations détruisent l’université comme lieu de formation de citoyens éclairés et pensants, elles
entendent forclore les valeurs d’élaboration et de transmission des savoirs sur lesquelles doivent reposer les universités européennes. En faisant mine de valoriser les missions de l’université, elles les nient. En imposant à l’université et à la recherche des règles managériales et des critères de gestion qui ne peuvent lui être appliquées, elles détruisent l’université comme lieu d’élaboration et de transmission d’un savoir libre et non contraint. Enfin, en s’appuyant sur la théorie du « capital humain », ces orientations conduisent désormais à faire payer aux étudiants le prix du désengagement public.
Il est donc temps d’affirmer que le processus de Bologne et la stratégie de Lisbonne ont pour fonction d’introduire dans les universités une concurrence généralisée placée sous les auspices de la rentabilité économique. Il est temps d’affirmer que la notion d’ « employabilité » n’est qu’un outil de destruction des savoirs humanistes qui sont au coeur de notre civilisation. Il est temps d’affirmer que la notion d’ « économie de la connaissance » dissimule la transformation de la connaissance en bien économique. Il est temps d’affirmer que le slogan d’ « adaptation de l’université à la société » ne dit pas que cette société est réduite à sa seule finalité économique. Aujourd’hui, nous affirmons que l’adaptation de l’université européenne ne passe pas nécessairement par sa réduction utilitariste à l’employabilité de ses diplômés. Nous refusons la soumission de l’université à
une logique marchande qui réduit le rationnel à ce qui est utile et calcule l’utilité à l’aune du profit.
L’université n’est pas le lieu du pur utilitarisme calculé en termes exclusivement économiques.
L’acquisition et l’invention des savoirs est un droit pour tous et ne peut être limité. Le savoir, la création et la recherche ne sont pas des marchandises, mais le bien de tous : ils ne sont pas à vendre.
Dans la dernière semaine de cette campagne, nous, citoyens obstinés qui ne demandons qu’à être éclairés sur vos ambitions pour l’université et la recherche, vous soumettons les interrogations suivantes :
1/ L’université a-t-elle vocation à être « gouvernée » comme une entreprise ? Le mariage systématique entre recherche et rentabilité est-il possible et même souhaitable ?
2/ Les personnels sont-ils les variables d’ajustement du nouveau modèle de « bonne gouvernance » ? Devront-ils désormais exercer leur métier sous la menace des retraits de financement pour hétérodoxie ou au premier coup de blizzard boursier ?
3/ La multiplication des structures bureaucratiques et administratives d’évaluation est-elle la « Nouvelle frontière » de la « qualité » universitaire ? L’émulation académique est-elle d’ailleurs réductible à la « concurrence non faussée » ?
4/ L’université doit-elle former des citoyens libres et pensants ou des salariés prêts à l’emploi ? Les étudiants devront-ils pallier le déficit d’investissement public dont nos universités ont souffert depuis près de trois décennies et qu’ils paient d’ores et déjà lourdement ?

En d’autres termes, à l’instar de l’association « Sauvons l’Université » (SLU) dont nous partageons les valeurs et les analyses, nous vous demandons aujourd’hui à vous, candidats à la députation européenne, une formulation claire de votre vision de l’université de demain. Nous vous demandons également de vous saisir du sujet fondamental qu’est la formation des générations futures de citoyens éclairés et libres. Il est encore temps de faire de la question de l’université et de la recherche, de la formation et de l’éducation un thème majeur de la campagne européenne et d’assumer devant le pays ou de rejeter avec force la soumission complète de l’université, de la recherche et du système d’éducation à la logique marchande et aux intérêts purement économiques.
Nous vous demandons d’affirmer avec la plus grande fermeté que l’éducation, l’université et la recherche sont un service public et non pas des « services », qu’elles ne peuvent en aucun cas être régies par les règles du marché, et d’en tirer toutes les conséquences. Nous ferons connaître les réponses que vous voudrez bien apporter à nos questions. Nous sommes obstinés et notre vigilance, infinie.

Veuillez croire, Mesdames et Messieurs les candidats, en l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.
Paris, le 29 mai 2009.
La Ronde infinie des obstinés

Masterisation : les 4 directeurs des Ecoles Normales Supérieures écrivent à Xavier Darcos

(la même lettre a été envoyée à Valérie Pécresse)

lettre_4ENS_25mai09.pdf

Réponse de JL Mélenchon à la lettre aux parlementaires européens

Réponse du sénateur Jean-Luc Mélenchon à notre courrier aux parlementaires. C’est la troisième réponse reçue, avec celle -laconique- de  Louis Mermaz et celle -à côté de la plaque- de Dominique Voynet pour les groupes K et L.

Message de Jean-Luc Mélenchon à la Coordination Nationale Formation des Enseignants

Mesdames, messieurs,
Je vous remercie pour vos différents courriers que j’ai lus avec attention.
Suivant de très près le mouvement de résistance générale dans lequel notre peuple est entré, il me semble que vous en êtes une des pointes significatives. Totalement solidaire et en accord avec  votre combat contre la destruction du système public d’Education, de Recherche et de Formation des enseignants, je tiens à saluer votre courageux et « obstiné » combat. Les attaques globales contre l’Ecole de la République puisent, comme vous le savez, leur inspiration dans la stratégie de Lisbonne et le processus de Bologne engagés par l’Union européenne. Celles-ci sont emblématiques de la construction libérale de l’Europe. Après que vous ayez vécu des semaines de mobilisation comme jamais la France n’en avait connue et sous des formes
particulièrement originales dont vous êtes à l’initiative,  le temps presse désormais. Engagé dans la constitution d’un front politique, le Front de Gauche, contre les ravages du libéralisme, je constate le lien qui unit nos démarches. Je salue donc la politique de front uni de la coordination nationale. C’est tous ensemble que nous devons désormais dire « la casse de l’Ecole de la République, de l’Université, de la recherche et de la Formation des enseignants, ça suffit comme ça ! »
Il est indispensable que des mesures d’intérêt général soient prises pour permettre aux futurs enseignants de se former efficacement. Cela implique le retrait immédiat du projet gouvernemental.  Je me prononce donc pour le maintien des dispositifs en vigueur de recrutement et de formation, donc des IUFM tant qu’un cadre plus performant n’a pas été défini  dans  une consultation démocratique. Parlementaire, je ne manquerai pas de porter votre légitime revendication face au gouvernement à chaque fois que l’occasion le permettra. Il y a urgence à imposer un véritable débat public et parlementaire sur l’avenir de l’Education Nationale. On ne compte plus en effet les fronts sur lesquels elle est malmenée, de la liquidation des IUFM qui compromet la formation des enseignants à l’enseignement professionnel fragilisé par le bac pro en trois ans en passant par les
menaces sur l’école maternelle.

Président du Parti de Gauche, j’encourage par ailleurs mes camarades, militants de ce parti et souvent acteurs de votre mouvement, à relayer partout où ils le peuvent votre combat."

Lettre ouverte aux 16 présidents d’universités auteurs de l’article Moderniser l’Université

A lire en ligne sur Marianne 2 : "Trente profs répondent aux présidents d’université".

Lettre ouverte aux 16 présidents d’universités auteurs de l’article Moderniser l’Université (Le Monde, 22 Avril)

Nous avons lu et relu, avec beaucoup d’attention, ce texte que vous avez cosigné dans Le Monde du 23 avril 2009. Il nous a surpris et déçus par sa faiblesse argumentative. La première raison du malaise réside dans la tentative maladroite de convaincre que les motifs de la mobilisation auraient disparu.
Le jour même où les lecteurs de votre texte découvraient que « l’ampleur du mouvement a permis l’ouverture de négociations qui ont abouti à un retrait de fait des textes incriminés », le Conseil des ministres validait le texte de décret de modification du statut des enseignants-chercheurs pourtant si unanimement rejeté.
Au même moment, les rares maquettes de masters d’enseignement prétendument bloquées étaient avalisées par le ministère, avec mise en oeuvre possible dés la rentrée de septembre. On apprenait aussi la publication au Journal Officiel du décret portant sur la reconnaissance des grades et diplômes de l’enseignement supérieur délivrés par les institutions canoniques dont vous demandiez vous-mêmes explicitement la modification (lettre de la CPU du 5/01/09 à N. Sarkozy).

Votre affirmation de « sortie de crise » est donc fausse, vous le savez. Vous tentez aussi de laisser croire à une quelconque concertation existante ou ayant existé entre les acteurs de la mobilisation et les représentants du gouvernement, ce qui est faux. Ce texte qui comporte de graves inexactitudes donne l’impression d’un assemblage, plus ou moins bancal, de phrases défendant « l’Université » et d’autres défendant « nos universités ». Les premières semblent exprimer, mais à mots prudents, une sorte de souci incantatoire pour le service public que tout le monde partage ou, plus exactement, affirme et qui n’engage pas beaucoup, comme chaque parole lénifiante. Les secondes expriment, cette fois clairement, l’assimilation de « vos » universités à des entreprises que vous auriez à faire prospérer, machines à produire du savoir (s’il le faut) et surtout des diplômes (remplacez « nos universités » par « nos entreprises », l’effet est saisissant). Entreprises exposées à des revendications sociales qui les perturbent, les menacent, nuisent à leur pouvoir attractif.

Ce sont précisément ces phrases-là qui reflètent l’idéologie entrepreneuriale (plutôt qu’un « idéal ») qui a envahi le discours des « responsables », le plus souvent à leur insu, idéologie à laquelle notre métier nous apprend à être sensibles.
Ces « universités » qui sont « vôtres » ne sont que des fictions, des modèles «prêts à penser» bien pratiques pour raisonner de façon réflexe, ce qui témoigne précisément d’un aveuglement idéologique, le même que celui que dénoncent aujourd’hui les médecins. C’est l’ensemble des enseignants et des étudiants auxquels ils transmettent un savoir qu’ils élaborent dans leurs recherches qui sont l’Université.

Ainsi, ce ne sont pas « vos universités » qui ont l’impératif besoin d’autonomie, ce sont les enseignants et les chercheurs : votre autonomie est gestionnaire uniquement, notre autonomie est intellectuelle uniquement. Et la première doit être au service de la seconde : votre autonomie gestionnaire est destinée à nous permettre d’enseigner et de faire de la recherche ; notre autonomie intellectuelle n’est pas destinée à moderniser votre gestion.

Les conséquences que vous tirez des attendus de votre texte révèlent elles aussi que vos signatures ont été assemblées aux forceps : on lit d’une part une charge forte vis-à-vis du pouvoir politique. Ainsi à côté des protestations de la communauté dont vous reconnaissez la légitimité, au moins pour certaines (sans du reste préciser lesquelles sont légitimes), vous associez très explicitement l’origine de la «déstabilisation» des universités du côté des ministères, voire de la Présidence de la République : « des projets de réformes empilés, lancés le plus souvent dans la précipitation, et sans dialogue préalable suffisamment large (…), des suppressions de postes et la mise en cause des organismes de recherche ». Un peu plus loin, vous fustigez « la cacophonie institutionnelle et la confusion politique » qui empêchent l’université de progresser, ou encore l’impact négatif probable qu’il y a à faire de l’université « le champ clos de conflits politiques et sociaux qui, pour réels qu’ils soient, lui sont en partie extérieurs ».

On trouve aussi comme grief à nos gouvernants actuels que l’Etat n’assure pas « l’égalité sur tout le territoire  entre les citoyens, et entre les fonctionnaires », ou en tout cas, qu’il est nécessaire qu’il le fasse « mieux qu’il ne l’a fait jusqu’à présent ». Si nous ne pouvons que souscrire à cette indignation, la suite a de quoi consterner, et étonner, parce qu’elle n’est pas de la même eau : « il est impératif que d’autres formes d’action (…) succèdent [à la mobilisation] » ; lesquelles ? Que proposez-vous ? Il faut « que soit respecté le droit d’étudier et de travailler dans les universités »… Nous nous en chargions bien avant que vous ne soyez présidents et continuerons après : c’estnotre métier. Il est impératif « qu’une validation claire garantisse la qualité des diplômes délivrés ». Et qu’est-ce qui va garantir alors que ces diplômes seront délivrés par des enseignants qualifiés, c’est-à-dire par des enseignants qui font activement de la recherche et non par ceux que vous enverrez enseigner plus parce qu’ils ne font pas ou pas assez de recherche, conformément aux droits que vous confère le décret dont nous ne voulons pas et que vous avez laissé publier ?

Madame et Messieurs les présidents, nous sommes mobilisés et allons le rester parce que nous savons lire et que nous savons que les « textes incriminés » n’ont pas été retirés. Certes les ministres, et la cour qui les entoure, font courir le bruit qu’ils l’ont été car ils ont l’urgent besoin d’étouffer ce conflit.  Cette crise est leur échec et le vôtre, qu’on tente d’effacer de l’actualité à grand renfort de campagne de communication.

Mais est-ce bien la fonction de présidents d’université de participer à la diffusion de cet écran de fumée ? Vous, qui affirmez haut et fort dans ce texte que vous ne pouvez « imaginer que le fonctionnement démocratique de nos universités soit mis au seul service des ordres d’un ministère ou de quelque instance nationale que ce soit », qu’avez-vous fait des intérêts de l’Université que vous servez ?
Pourquoi les bradez-vous contre vos intérêts et les pouvoirs qu’on vous donne de gérer des « ressources humaines » ?
Comment n’avez-vous pas compris que cette gestion qu’on vous abandonne est indigne de l’Université à laquelle vous devez vous dévouer ?
Sans moyens pour mener à bien une politique scientifique, un président aussi bien intentionné soit-il se verra contraint d’augmenter la charge d’enseignement de ses collègues les moins armés pour enseigner. Vous prendrez la main sur notre emploi du temps, pourrez exercer tous les moyens de pouvoir, démocratiques ou moins démocratiques, pour contraindre de fait à moduler à la hausse l’emploi du temps de tels ou tels collègues.

Cette besogne est-elle si attrayante ? Le fond du problème est que nous ne reconnaissons pas à ceux qui gèrent, même au mieux, le fonctionnement d’une université, la légitimité d’intervenir de cette façon sur notre travail : sans nous, pas d’université et d’ailleurs, nous en faisons la démonstration. Sans président, un gestionnaire éclairé permettrait l’exercice de notre fonction, sans s’y immiscer.

Madame et Messieurs les présidents, nous assumons nos responsabilités devant nos étudiants, et devant eux seulement. Nous défendons leurs droits, nous pesons pour que prochainement leurs situations ne s’aggravent pas encore, pour que les droits d’inscription ne deviennent pas prohibitifs pour « les étudiants les plus démunis » (qui soucient ceux qui tournent autour du pouvoir uniquement lorsque cela s’avère bienvenu pour leur argumentation). Nous défendons la nécessité d’une formation libre de tout contrôle autre que celui de la rigueur de la connaissance scientifique.

Nous nous faisons confiance les uns aux autres, Madame et Messieurs les présidents, car nous nous savons responsables et consciencieux. Nous n’avons nul besoin qu’on nous rappelle à l’ordre du haut d’une hiérarchie que nous ne reconnaissons pas.

Nous sommes des agents de l’Etat, non ceux de « vos établissements ». C’est pourquoi nous considérons vos prises de position comme un abandon de vos fonctions de représentants élus par la communauté de vos universités. Croyez bien qu’aujourd’hui, comme demain, vous pouvez compter sur nous, nous ne lâcherons pas. Nous sommes déterminés et nombreux à l’être. La modernité n’est pas un idéal, c’est une réalité en perpétuelle évolution et la présenter comme un but à atteindre, outre que c’est encore une fiction, dissimuleces temps-ci une idéologie que les enseignants, les médecins, les journalistes, les psychologues, les magistrats, les chercheurs (qui tous savent lire aussi entre les lignes) et demain d’autres estiment calamiteuse. Ils estiment aussi que c’est de leur devoir de la combattre, obstinément.

Bonnot Virginie, MC*
Burkhardt Jean-Marie, MC
Caroff Xavier, MC
Chabert Catherine, PR**
Chaby Laurence, MC
Chagnon Jean-Yves, MC
Charvillat Agnès, MC
Cohen-De-Lara Aline, MC
Cornillot Michèle, MC
Coudin Geneviève, MC
Delgoulet Catherine, MC
Devouche Emmanuel, MC
Doré-Mazars Karine, MC
Duchet Clara, MC
Dufoyer Jean-Pierre, MC
Emmanuelli Michèle, PR
Estellon Vincent, MC
Girault-Lidvan Noëlle, MC
Granier-Deferre Carolyn, MC, HDR
Gueniche Karinne, MC
Gyselinck Valerie, MC
Houssier Florian, MC
Krauth-Gruber Silvia, MC
Missonnier Sylvain, PR
Mouchiroud Christophe, MC
Mouras, Marie-Josée, MC
Nicolas Serge, PR
Parot Françoise, PR
Plaza Monique, CR1, CNRS, HDR
Robert Philippe, MC
Verdon Benoit, MC
Vergilino-Perez Dorine, MC

* Maître de Conférence
** Professeurs d’université

Lettre ouverte aux formations politiques pour les élections européennes.

Voici la dernière version amendée et corrigée d’un projet de Lettre Ouverte aux formations politiques.

Ce texte sera mis en ligne sous cette forme sur "Mediapart", puis envoyé à d’autres organes de presse et aux diverses formations politiques françaises. Nous espérons qu’il recevra le soutien de la 10e Coordination Nationale des Universités mercredi prochain.
Merci à toutes et tous!
Pierre Dubois (Tours)
Sarah Hatchuel (Le Havre)
Monica Michlin (Paris 4)
Nathalie Vienne-Guerrin (Montpellier 3)

A ce jour la liste des signataires comportes plus de 170 noms.Vous pouvez continuer à soutenir individuellement ce texte en envoyant un message à lettreouverte.europeennes@gmail.com (en précisant vos noms, prénoms, profession, lieu d’exercice).
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Madame, Monsieur,
Voici plus d’un an et demi que les chercheurs sont mobilisés pour sauver la recherche française dangereusement menacée, notamment par le démantèlement des Établissements Publics à caractère Scientifique et Technologique. Depuis plus de quatorze semaines, l’université française est à son tour secouée par la plus grave crise qu’elle ait traversée depuis des décennies. D’innombrables pétitions, articles, motions, explications, requêtes, argumentaires en tout genre ont été écrits, envoyés et publiés pour dénoncer les projets du gouvernement visant à briser le pacte républicain autour de l’université et de la recherche et à livrer celles-ci aux lois de la concurrence interne, de la privatisation des moyens, de la précarité des emplois, de la mise sous tutelle des chercheurs, de la dénaturation des concours nationaux de recrutement des enseignants, etc. Des dizaines de manifestations, de rondes d’obstinés, d’actions de sensibilisation, de cours hors les murs, d’actions de toute sorte ont été organisées dans tout l’Hexagone. Au bout de toutes ces semaines de protestation argumentée et légitime, aucune réponse crédible n’a été apportée par le ministre de l’Éducation Nationale ni la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Le mensonge, le déni de la réalité, l’obstination idéologique – sans parler de trop nombreux cas de répression policière et de chantage administratif – ont été les seules réactions enregistrées. Aujourd’hui, la question de la validation du semestre se pose et l’on essaie de faire reprendre les cours aux enseignants en lutte à n’importe quel prix et n’importe comment.

Cela a assez duré. Au-delà des nombreuses lâchetés, des arrangements, des compromissions et de la lassitude, entraînés par la stratégie de pourrissement menée par le gouvernement, l’une des raisons majeures de cette situation invraisemblable est le désintérêt d’une grande partie de la classe politique pour cette question de l’université et de la recherche, trop aisément rejetée comme simplement « corporatiste ». Or, elle ne l’est pas : nous nous battons pour des principes républicains, pour la défense de la fonction publique, pour la qualité de l’enseignement et de la recherche en France, pour la formation de la jeunesse d’aujourd’hui et de demain. Notre combat s’inscrit au cœur de la question des orientations que notre pays s’apprête à suivre.

Il est plus que temps que les responsables politiques fassent de cette question une priorité. Il faut faire obstacle à cette politique de destruction de l’enseignement et de la recherche qui risque, si elle est menée à son terme, de faire régresser la France de façon radicale pour de nombreuses années à venir.

Nous en appelons donc solennellement à la représentation politique de ce pays au moment où vont avoir lieu de nouvelles élections pour le parlement européen. Nous engageons les partis qui présentent des candidats à se prononcer clairement et à se battre haut et fort et sans relâche, à nos côtés, jusqu’à obtention de l’abrogation des décrets incriminés. Nous attendons qu’ils dénoncent avec nous la loi L.R.U et le Pacte pour la Recherche et remettent explicitement en cause la stratégie de Lisbonne qui est la base, à l’échelle européenne, du démantèlement programmé de l’Université. En aucun cas nous ne donnerons nos voix aux partis en lice qui n’auront pas apporté leur soutien public et effectif à nos revendications. Le temps presse.

Le 7 mai 2009.

La lettre de l’IUFM Livry-Gargan

LETTRE OUVERTE à Mme PECRESSE, MM DARCOS ET SARKOZY

Madame, Messieurs, Aujourd’hui, en raison de votre acharnement, des correcteurs issus de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur retiennent des notes du concours de recrutement des professeurs des écoles. Ayant répondu à l’appel à la rétention des notes que nous avons lancé après avoir bloqué le centre de corrections de Livry-Gargan, ils empêchent ainsi dans l’académie de Paris que soit établie la liste des candidats admissibles. D’autres académies vont vraisemblablement être touchées par ce mouvement ces prochains jours ou lors des épreuves d’admission.

Vous portez l’entière responsabilité de cette situation.

Depuis trois mois, par la grève, les manifestations, la non-remontée des maquettes de master, la ronde infinie des obstinés …, le monde universitaire vous a démontré son opposition à vos projets de casse de la recherche et de l’enseignement publics. A cette contestation, vous avez répondu d’abord par le mépris puis par des passages en force (décret des enseignants-chercheurs passé pendant les vacances scolaires), des effets d’annonce (prétendu report de la réforme alors que les lauréats du prochain concours devront obtenir un master pour être titularisés) et des manœuvres dilatoires (commission Filâtre – Marois qui rendra ses conclusions … le 15 juillet !)

Vos projets ne visent ni à améliorer le niveau de formation des enseignants ni leurs rémunérations. Les enseignants sont déjà recrutés à bac + 5, leur cursus pourrait dès maintenant être sanctionné par l’attribution d’un master professionnel, comme c’est le cas pour les sages-femmes et, si augmentation de traitement il y avait, celle-ci ne concernerait pas toute la profession mais seulement les toutes premières années d’exercice des futurs enseignants dont le début de carrière et donc les premiers salaires seraient différés d’un an. En supprimant l’année de formation professionnelle en alternance rémunérée située après le concours, vous vous apprêtez à envoyer devant les élèves de jeunes enseignants non formés. Vous comptez réaliser ainsi d’importantes économies budgétaires à leur détriment et au détriment des élèves.
De surcroît, en voulant créer des masters « métiers de l’enseignement », vous souhaitez créer les conditions d’un recrutement d’enseignants hors concours, non fonctionnaires. Compte tenu de la réduction des postes de fonctionnaires, cette nouvelle voie d’accès aux métiers d’enseignants éliminera rapidement celle, sur concours, que nous connaissons aujourd’hui.

Soucieux de l’intérêt des candidats au concours, nous n’avons ni empêché le déroulement des épreuves ni porté atteinte à leurs copies. Nous ne voulons pas annuler la session 2009 des concours. Le concours peut reprendre à tout moment, il suffit pour cela que vous retiriez vos réformes. Conscients pareillement de nos responsabilités à l’égard des futures générations d’élèves et d’enseignants, nous continuerons à défendre le caractère national de l’Education, l’appartenance des futurs enseignants à la fonction publique d’Etat, les idéaux républicains d’égalité. C’est pourquoi ni les examens, ni les concours ni les vacances scolaires ne mettront de terme à ce mouvement de résistance. Notre détermination se renforce à mesure que vous vous obstinez.

Dans l’attente de l’annonce rapide du retrait de vos réformes destructrices, nous vous prions d’agréer, Madame, Messieurs l’expression de nos salutations distinguées.

Livry-Gargan, le 7 mai 2009,

Il s’agit d’un conflit social Madame la ministre : il n’y aura pas d’année universitaire 2008-2009.

Madame la ministre,

Je lis dans la presse qu’au bout de onze semaines de grève dans les universités, vous vous préoccupez de ce qui va arriver aux étudiants en fin de semestre. Pour illustrer ce qu’est l’« autonomie » des universités, vous nous donnez des ordres : vous ne validerez pas « des semestres sans cours », nous devons rattraper nos enseignements, étaler les examens, utiliser les vacances de Pâques. Peut-être estimez-vous que, tout à notre mouvement, nous avions oublié « de penser aux étudiants et aux diplômes »…

Mais rassurez-vous, Madame la ministre : nous n’entendons pas « valider des semestres sans cours ». Nous sommes en grève : pas de cours, pas d’examens ; pas d’examens, pas de diplômes. Les conséquences ? Nous les connaissons autant que vous : les étudiants de cette année, victimes de votre obstination, ne pourront pas valider leur année. Ils devront redoubler l’année prochaine. Par conséquent, il nous sera impossible d’inscrire de nouveaux étudiants. Nous ne présiderons pas les jurys du baccalauréat. Quelques centaines de milliers d’étudiants et de bacheliers vont se souvenir avec émotion de votre passage au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, Madame la ministre.

Il est fini le temps des « voies de passage », des réécritures, des petits reculs, des petites astuces, des petits arrangements avec de petits syndicats. Votre mépris de notre enseignement est tel que vous ne vous êtes pas vraiment préoccupée, jusqu’à maintenant, de l’arrêt des cours dans la quasi-totalité des universités. On peut toujours rattraper, n’est-ce pas ? On peut dispenser le contenu de 13 semaines en 7 semaines, pas vrai ? Et puis ces diplômes universitaires ont tellement peu de valeur, après tout… Voilà comment vous voyez les choses, Madame la ministre : il y a eu un peu de « grogne », comme disent vos amis de TF1, et puis au final tout rentre dans l’ordre, on rallonge un peu l’année (il faut bien que ces fainéants d’enseignants-chercheurs travaillent enfin), vous faites les gros yeux et puis tout finit bien, les étudiants ont un diplôme, vaille que vaille, et votre décret passe, avec « modulation de service », « évaluation », et tout ce qui vous tient à cœur. Ouf ! On peut passer aux élections régionales. C’est que vous avez un plan de carrière à tenir.

Mais je suis désolé de vous dire que ce scénario bien huilé ne va pas pouvoir se réaliser. L’université est en grève, depuis onze semaines, jusqu’au retrait du projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, de celui qui instaure un « contrat doctoral », du projet de « mastérisation » des concours de recrutement et jusqu’à ce qu’on annule les suppressions de postes de cette année. Et c’est une grève totale, illimitée, pas l’expression vague et fiévreuse d’« inquiétudes » ou de « incompréhensions ». Il s’agit d’un conflit social, Madame la ministre, comme en Guadeloupe ou chez Continental, un conflit que vous avez si mal géré que vous avez réussi à le « radicaliser », à l’étendre et à créer la situation très grave où nous sommes aujourd’hui : il n’y aura pas d’année universitaire 2008-2009.

Vous pensez avoir isolé une « frange » d’acharnés et pouvoir la désigner à la vindicte publique ? Vous comptez sur les congés du printemps pour casser le mouvement et faire passer votre décret en catimini devant le Conseil d’Etat ? Vous croyez avoir trouvé des alliés fidèles auprès des présidents d’université et des médias serviles qui se contentent de reproduire vos communiqués ? Vous pensez, même, que la majorité présidentielle va vous soutenir jusqu’au bout ? Erreurs, Madame la ministre, erreurs lourdes de conséquences pour l’enseignement supérieur et la recherche. Le mouvement continue, il ira jusqu’au bout de sa logique. La « ronde infinie des obstinés », cœur battant et symbole de notre refus, tourne toujours, de jour et de nuit. Elle tourne avec des étudiants, des enseignants, des personnels administratifs et techniques, des bibliothécaires, des chercheurs, et même, de plus en plus, avec nos collègues du primaire, du secondaire, avec des hospitaliers.

Il paraît que vous vous « inquiétez » pour l’année universitaire, « menacée », d’après vous, si « les cours continuent à être perturbés au retour des vacances de Pâques ». Je vous le confirme : si vous ne retirez pas rapidement et clairement tous vos projets de casse de l’université, les cours continueront à être « perturbés » et l’année universitaire est bien « menacée ». 83 universités, 724 000 étudiants et leurs familles, 58 000 enseignants-chercheurs, 55 000 BIATOSS attendent vos décisions, Madame la ministre.

Michel Bernard

Professeur des universités

Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Les enseignants-chercheurs répondent au courrier de la Ministre.

Ci-dessous une première proposition de réponse au courrier du 17 Avril adressé par Valérie Pécresse aux présidents d’université. Cette proposition peut être reprise et complétée (elle ne porte que sur la question du décret EC alors que la lettre de la Ministre porte sur tous les points de la contestation) pour être ensuite adressée au président de votre université.

Dimanche18 avril 2009,

Lettre ouverte à la signature des enseignants-chercheurs de l’Université X

Adressée à Madame ou Monsieur la ou le Président(e) de l’Université X

Copie pour information à Mme la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Madame ou Monsieur la ou le Président(e) de l’Université de X

Dans un courrier du 17 avril 2009 joint qu’elle vous adresse, Madame la Ministre évoque la réécriture du statut des enseignants-chercheurs, qui, selon elle, leur apporterait de nouvelles garanties par rapport au décret du 6 juin 1984. Pourtant la communauté universitaire française, mobilisée dans son ensemble depuis des mois, ne voit pas, dans cette "réécriture", les mêmes garanties que celles auxquelles Madame la Ministre fait allusions.

Madame la Ministre indique dans son courrier que : « Les grands principes d’indépendance et de liberté des enseignants-chercheurs définis par l’article L 952-2 du code de l’éducation sont réaffirmés ».

Ces grands principes confirmés par les dispositions législatives précitées découlent en réalité d’exigences constitutionnelles définies dans plusieurs décisions du Conseil constitutionnel depuis la décision n° 83-165 DC du 20 janvier 1984. Selon cette jurisprudence « par leur nature même, les fonctions d’enseignement et de recherche non seulement permettent mais demandent, dans l’intérêt même du service, que la libre expression et l’indépendance des personnels soient garanties par les dispositions qui leur sont applicables ».

Ce principe d’indépendance ne s’applique d’ailleurs qu’aux enseignants-chercheurs ou chercheurs statutaires et non aux professeurs associés qui ne bénéficient pas d’une telle indépendance ce qui, pour cette raison, rend incompatible la fonction de professeur associé avec un mandat parlementaire (Cons. constit. décision n° 2008/24/25/26 I du 14 février 2008 concernant MM Bruno Le Maire, Pierre Moscovici et Henri Plagnol). Les universitaires sont indépendants et ne peuvent subir de pressions du pouvoir ce qui rend compatible leur fonction avec un mandat parlementaire. Les professeurs associés nommés aussi par décret duPrésident de la République, dépendent de décisions régulières sur leur renouvellement ce qui, pour cette raison, rend incompatible leur mandat parlementaire et leur fonction universitaire d’associé.

Pour que le principe d’indépendance soit pleinement respecté, il faut, comme l’exige la jurisprudence du Conseil d’Etat : « que la procédure d’évaluation prévue (…) ne comporte aucune incidence sur les prérogatives ou la carrière » des enseignants-chercheurs (voir CE, 13 mars 1996, Gohin, n° 138749, AJDA 1999, n° 9/1996 sept. 1996, pp. 699-702, note Joël Mekhantar). Or force est de constater que le nouveau décret, par le processus même d’évaluation sans garantie, porte une grave atteinte au principe constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs. De l’évaluation de toutes les activités découlera notamment la modulation des services.

Ainsi, et contrairement aux énonciations de Madame la Ministre, une fois recruté en France, un enseignant-chercheur ne sera plus libre ni dans ses recherches, ni dans ses enseignements. Du contrôle permanent de l’ensemble de ses activités découleront ses obligations de services, son avancement dans la carrière et sa rémunération.

Cette mise sous haute surveillance de l’indépendance et de la liberté des enseignants-chercheurs s’accompagnera-t-elle d’une mise à l’écart de ceux de nos collègues qui n’enseigneront pas la science officielle ou qui auront l’outrecuidance de s’opposer au recrutement de personnalités non scientifiquement qualifiées que l’on tentera de leur imposer, spécialement au moment des fins de règne ?

Dans son même courrier Madame la Ministre affirme ensuite: « un service de référence pour les activités de recherche et d’enseignement est précisé, le service d’enseignement incluant des enseignements non présentiels ».

Pourtant, aucun service de référence n’est fixé de manière précise dans le projet de décret qui, soulignons le, dispose : « le conseil d’administration en formation restreinte ou l’organe en tenant lieu, définit les principes généraux de répartition des services entre les différentes fonctions des enseignants-chercheurs telles que mentionnées aux articles L. 123-3 et L. 952-3 du code de l’éducation et L. 112-1 du code de la recherche. Il fixe également les équivalences horaires applicables à chacune des activités correspondant à ces fonctions, ainsi que leurs modalités pratiques de décompte. Ces équivalences horaires respectent l’encadrement fixé dans un référentiel national approuvé par arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur ».

Par conséquent, chaque Conseil d’administration aura le soin de fixer les équivalences horaires entre les services ce qui entraînera immanquablement de profondes disparités entre les établissements avec pour conséquence une inégalité de traitement entre les fonctionnaires d’un même corps selon qu’ils seront affectés dans un établissement bien ou mal doté.

En outre, l’hypothétique « référentiel national » mentionné dans le décret et qui doit encadrer les conseils d’administration est renvoyé sans aucune garantie ni précision à un simple arrêté ultérieur. Comme il ne s’agira bien que d’un « référentiel », Madame la Ministre gagnerait à avoir la franchise de dire tout de suite que va ainsi s’instaurer la loi de la jungle au gré des vents des différents conseils car c’est bien de cela qu’il s’agit dans les dispositions précitées du décret.

Madame la Ministre indique encore que : « tout dépassement du service annuel de référence donne lieu à paiement d’heures complémentaires ». Pourtant, il faut là aussi s’en tenir strictement à la réalité du texte du décret adopté au CTPU. Dans ce texte, il est écrit précisément : « Lorsqu’ils accomplissent des enseignements complémentaires au-delà des 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou pratiques ou toute combinaison équivalente, les enseignants-chercheurs perçoivent une rémunération complémentaire dans les conditions prévues par le décret n° 83-1175 du 23 décembre 1983 »…

Or des enseignements au-delà de 128 heures de cours ou de 192 heures de travaux dirigés ne sont pas nécessairement complémentaires s’ils s’inscrivent dans le service modulé à la hausse attribué à l’enseignant-chercheur par son Président d’Université. Contrairement aux énonciations de Madame la Ministre, cela signifie donc que tous les enseignements compris dans le service annuel de l’enseignant — même s’ils dépassent les 128 heures de cours ou les 192 heures de travaux dirigés — ne seront pas décomptés en heures complémentaires.

De même, et à l’inverse, si un enseignant-chercheur soumis à un service d’enseignement inférieur au service de référence de 128 heures de cours ou de 192 heures de travaux dirigés effectue pourtant en pratique des heures au-delà de son service modulé à la baisse mais en deçà des 128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés, il ne percevra aucune heure complémentaire.

Si Madame la Ministre veut réellement et sans équivoque que toute heure effectuée au-delà de 128 heures de cours et de 192 heures de travaux dirigés soit décomptée comme une heure complémentaire, il faut rédiger le texte en ce sens et enlever l’adjectif « complémentaires » ci-dessus souligné par nous, après le mot « enseignements ».

Madame la Ministre affirme aussi que : « l’ensemble des activités des enseignants-chercheurs (enseignement, recherche, autres activités) est reconnu et pris en compte ».Certes mais cette prise en compte n’est qu’un constat de carence d’un système dans lequel au lieu de se concentrer sur le cœur de leur métier, à savoir l’enseignement et la recherche, les enseignants-chercheurs, ont été contraints, au fil des années et des réformes, de faire tout sauf leur métier.

Au fur et à mesure de ces réformes, dans un contexte de baisse continue de moyens rapportés à une massification des effectifs, les enseignants-chercheurs, en l’absence de recrutement de personnels qualifiés ont été obligés d’assumer ces tâches allant de l’administration jusqu’aux fonctions de VRP pour maintenir en vie des formations et placer leurs étudiants. Cela est particulièrement criant notamment dans les formations professionnelles (Licences professionnelles, Masters professionnels,…).

Madame la Ministre ajoute que « la modulation des services ne pourra se faire qu’avec l’accord de l’enseignant-chercheur, dans le respect de la collégialité, et après avis motivé des directeurs de l’unité de recherche et de la composante ».

Là encore, ce n’est pas ce que prévoit le décret qui dispose très précisément que : « Le président ou le directeur de l’établissement arrête les décisions individuelles d’attribution de services des enseignants-chercheurs dans l’intérêt du service, après avis motivé, du directeur de l’unité de recherche de rattachement et du directeur de la composante formulé après consultation du conseil de la composante, réuni en formation restreinte aux enseignants ».

Alors qu’en est-il exactement de l’accord écrit exigé de l’enseignant-chercheur sur la modulation qui lui est proposée ?

Le décret indique que : « Cette modulation ne peut se faire sans l’accord écrit de l’intéressé » mais le décret poursuit quelques lignes plus bas que : « Tout enseignant-chercheur peut demander le réexamen d’un refus opposé à sa demande de modulation après consultation d’une commission, composée d’enseignants-chercheurs d’un rang au moins égal à celui de l’intéressé, désignés en nombre égal par le conseil des études et de la vie universitaire et le conseil scientifique ou les organes en tenant lieu. Pour les maîtres des conférences, cette commission est composée à parité de maitres de conférences et de professeurs ».

Il résulte bien de la combinaison de ces dispositions que si un enseignant-chercheur n’est pas d’accord avec le service modulé qui lui est proposé dans son Université, il ne donnera pas son accord écrit. Il pourra alors seulement redemander un réexamen d’un refus opposé à sa demande de modulation à une commission qui n’a qu’un simple caractère consultatif.

En dernière instance, c’est bien le Président de l’Université qui arrêtera la décision individuelle d’attribution du service avec ou sans accord écrit de l’enseignant-chercheur concerné dès lors que les droits de ce dernier à un réexamen de sa demande de modulation par cette commission purement consultative auront été respectés.

En aucun cas le Président ne sera tenu de suivre l’avis de cette commission et en aucun cas il ne sera lié par l’absence d’accord écrit de l’intéressé une fois la commission consultée.

D’ailleurs, sur le plan juridique, ce texte est tellement mal rédigé qu’il serait dans l’intérêt même de l’enseignant-chercheur de ne pas demander à cette commission de réexaminer sa demande de modulation. En effet, comme la saisine de cette commission n’est pas ouverte au Président, en cas de désaccord de l’enseignant-chercheur sur le service modulé qui lui est attribué et s’il ne donne donc pas son accord écrit, on va entrer juridiquement dans une belle situation de blocage.

En réalité, même dans cette situation qui supposerait un enseignant-chercheur particulièrement résolu à un imprudent conflit avec son chef d’établissement qui décidera de ses promotions, on ne voit pas comment le juge administratif pourrait annuler le service modulé attribué par un Président d’Université contre le gré de cet enseignant-chercheur.

D’abord le texte ne reconnaît aucun pourvoir à l’enseignant-chercheur de s’opposer au service attribué. Ensuite, au nom de la continuité même du service public, il faudrait bien que le Président fasse assurer les enseignements prévus par les maquettes des diplômes. Il est dès lors peu probable que le juge administratif désavoue le Président de l’Université.

Madame la Ministre précise encore dans son courrier que : « les heures de TP et TD seront désormais comptabilisées de la même manière ». Il s’agit d’une mesure de justice qu’il convenait de réparer et qu’il faut prendre comme tel à condition que cela ne se traduise pas sur le plan budgétaire par une diminution du nombre d’heures de TD pour compenser la réévaluation des anciennes heures de TP en heures de TD sinon le gain pour l’institution ne serait que de pur affichage.

Madame la Ministre précise aussi que : « le Conseil National des Universités sera en charge de l’évaluation des activités d’enseignement et de recherche de tous les enseignants-chercheurs, tous les quatre ans » en ajoutant que : « Cette évaluation servira de base objective aux décisions individuelles relatives à la carrière des enseignants-chercheurs et à leurs primes ». Il y a bien dans cette phrase un aveu de la fin de l’indépendance et de la liberté des enseignants-chercheurs au sens de la jurisprudence précitée du Conseil d’Etat. Le respect de l’indépendance, au sens de la jurisprudence du Conseil d’Etat, suppose « que la procédure d’évaluation prévue (…) ne comporte aucune incidence sur les prérogatives ou la carrière ». Dans le décret, le but même recherché est précisément de prendre l’évaluation comme base de la prise des décisions relatives à la carrière et à la rémunération (primes) des enseignants-chercheurs. Il est donc urgent, comme le réclament très majoritairement les universitaires depuis des mois de retirer ce projet inconstitutionnel.

Enfin Madame la Ministre explique que : « l’avancement de grade est réalisé en tenant compte de l’équilibre entre les disciplines, avec 50% de promotions décidées au plan national par le conseil national des universités et 50% au niveau des établissements ».

Il y a dans ces dispositions la prise en compte partielle d’une revendication forte consistant à permettre aux pairs de la discipline à promouvoir les meilleurs. Néanmoins, pour moitié des promotions, des collègues seront proposés par le conseil d’administration de l’Université.

Mais surtout, sur cette question des promotions de grade, l’aspect le plus inacceptable de ce décret, est qu’il prévoit que « Les présidents et directeurs d’établissements prononcent avant la fin de l’année en cours les promotions attribuées aux professeurs des universités affectés dans leur établissement » . Ce texte ouvre ainsi la voie à toutes les dérives du clientélisme local ruinant définitivement la crédibilité du système universitaire français. Dès lors, on comprend mieux pourquoi de nombreux universitaires de renom ont fait savoir qu’ils partiront à l’étranger plutôt que de se plier aux nouvelles règles du clientélisme local.

Au vu de l’ensemble de ces régressions qui risquent si elles sont adoptée de causer le décrochage général de l’enseignement supérieur dans les Universités publiques françaises, nonobstant la substantielle revalorisation indemnitaire de vos fonctions annoncées dans la presse économique, nous avons l’honneur, Madame ou Monsieur la ou le Président(e) de l’Université, de vous demander de faire passer l’intérêt général de l’Université française avant tout et de rejoindre la communauté des enseignants-chercheurs pour demander résolument avec tout le poids de l’institution et de votre autorité le retrait de ce décret statutaire inadmissible.

Confiant dans votre sens des responsabilités, nous vous prions de croire, Madame ou Monsieur la ou le Président(e) de l’Université, en l’assurance de nos confraternelles salutations.

Signés Les Enseignants-chercheurs de l’Université de X à l’attention de Mme ou M. l-a-e Président(e) de l’Université de X

Demande d’un moratoire global sur l’enseignement supérieur et la recherche.

Lettre envoyée ce jour par le collectif "Indépendance des chercheurs"

à :
- Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République Française
- Monsieur François FILLON, Premier Ministre
- Monsieur Jean-Marc SAUVE, Vice-Président du Conseil d’Etat
- Madame Valérie PECRESSE, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

DEMANDE D’UN MORATOIRE GLOBAL SUR L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET LA RECHERCHE

Monsieur le Président de la République, Messieurs le Premier Ministre et le Vice-Président du Conseil d’Etat, Madame la Ministre,

L’actuelle situation conflictuelle dans les universités et les organismes de recherche français est très largement le résultat de l’application d’une stratégie définie de manière idéologique, dogmatique et lobbiste par des instances européennes et internationales (Union Européenne, Organisation Mondiale du Commerce, OCDE…). Cette stratégie vise à imposer à tout prix dans le monde entier une logique « gestionnaire » et de marchandisation de la connaissance issue d’un processus qui, depuis 1984 environ, n’a cessé de prendre pour cible les acquis sociaux et démocratiques de l’après-guerre. L’actuelle crise économique et financière marque l’échec historique de cette politique.
Notre collectif préconise le retrait des ratifications françaises des Traités de Maastricht et de Lisbonne et de l’Accord de Marrakech, ainsi que l’abrogation de la Loi Organique Relative aux Lois de Finances (LOLF) d’août 2001, de la Loi de Programme de la Recherche d’avril 2006 et de la Loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU). Et, par voie de conséquence, la dissolution de l’ANR et de l’AERES, ainsi que le retrait de l’ensemble des décrets intervenus depuis 2005 sur la recherche et l’enseignement supérieur et des actuels projets de décret concernant l’enseignement supérieur. Nous sommes solidaires des revendications analogues exprimées par les collègues de l’Education Nationale et de l’ensemble des services publics.
Il nous apparaît que l’actuelle catastrophe économique et sociale, dont il ne semble que que les véritables données soient connues à ce jour, n’est pas imputable à la politique de tel ou tel gouvernement mais bien à la continuité d’une stratégie globale définie et appliquée de manière consensuelle par tous les gouvernements depuis les mesures dites de « rigueur » de « d’austérité » de 1984. Cette politique a été très largement définie dans des « think tank » transversaux avec une véritable pensée unique dominée par une idéologie « managériale » dont la faillite est patente.
Malheureusement, à cause du « consensus transversal » de cette « politique unique », le véritable débat est escamoté dans les discours qui précèdent les prochaines élections européennes. C’est dans ce contexte, que nous avons l’honneur de vous adresser la présente demande de moratoire, tendant notamment à la suspension de l’application des dispositions récentes concernant le CNRS et les autres établissements scientifiques, ainsi que des processus conduisant à l’adoption de décrets sur les statut des enseignants chercheurs, le CNU et le contrat doctoral.
Nous vous demandons de bien vouloir :
- Suspendre le processus de consultation du Conseil d’Etat sur les projets de décret issus des séances du Conseil Supérieur de la Fonction Publique de l’Etat du 9 avril (sur le statut des enseignants chercheurs et le CNU) et du Comité Technique Paritaire du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du 8 avril (sur le contrat doctoral).
- Suspendre l’application de la restructuration du CNRS et de l’INSERM en instituts, ainsi que la création de l’ « Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé » .
- Suspendre les activités de l’Agence d’Evaluation de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (AERES) et reverser aux organismes de recherche publics les sommes qui leur ont été enlevées au titre de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Suspendre les appels d’offres de l’ANR.
- Suspendre le processus dit de « mastérisation » de la formation des enseignants, ainsi que les mesures visant à une évaluation « bibliométrique » des chercheurs.
- Ordonner un moratoire global sur la LRU et le Pacte pour la recherche. Organiser des concours exceptionnels, dès 2009, pour compenser les pertes de postes infligées aux organismes de recherche et à l’enseignement supérieur.
- Prendre toute autre mesure conservatoire utile afin de suspendre effectivement le processus déclenché par la LOLF, le Pacte pour la Recherche, la LRU, les textes de l’Union Européenne et de l’OCDE et l’Accord Général sur le Commerce des Services de l’OMC, au détriment de la recherche publique et l’enseignement supérieur français.

De telles dispositions nous apparaissent nécessaires, non seulement afin de rétablir la sérénité dans le fonctionnement de nos institutions scientifiques et universitaires, mais aussi pour qu’un véritable débat citoyen puisse avoir lieu avec l’indispensable transparence quant au contexte et aux enjeux. Force est de constater que la grande majorité des Français se trouve confrontée à une situation de détresse croissante dont les véritables causes et enjeux échappent de plus en plus à son contrôle.
Or, le caractère public du savoir et des connaissances est une condition indispensable à l’existence d’une quelconque démocratie. L’accès de tous à l’information, au savoir et aux connaissances est un enjeu majeur de la société du XXI siècle, comme nous l’avons souvent évoqué dans notre blog « La Science au XXI Siècle », http://science21.blogs.courrierinternational.com .

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président de la République, Messieurs le Premier Ministre et le Vice-Président du Conseil d’Etat, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

Pour le Collectif Indépendance des Chercheurs

L’Union pour une Université Moderne et Performante invite Valérie Pécresse à un verre de l’amitié

L’Union pour une Université Moderne et Performante invite Valérie Pécresse à un verre de l’amitié pour la remercier pour son "indéfectible attachement au service public d’enseignement supérieur et de recherche". Nous publions leur lettre.

Arras, le 9/4/2009

Section UUMP du Pas de Calais
9, rue du temple
62000 ARRAS

Ob jet : Invitation

Madame la ministre,

Depuis votre arrivée au ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur, vous avez à d’innombrables reprises fait la démonstration de votre indéfectible attachement au service public d’enseignement supérieur et de recherche, de votre parfaite connaissance du monde universitaire et de votre remarquable aptitude à dialoguer avec ses éléments les plus représentatifs. Pour gagner la bataille de l’intelligence, notre pays a besoin d’entreprises universitaires modernes et performantes. C’est tout le sens des profondes réformes que vous avez engagées.

Grâce à vous, madame la ministre, nos entreprises d’enseignement supérieur et de recherche disposent maintenant de tous les atouts pour relever avec dynamisme, souplesse et efficacité les défis du marché de la connaissance. En particulier, une modulation des services librement consentie dans le cadre de la politique générale d’établissement définie par leur président permettra aux employés de chaque université d’optimiser leur potentiel d’enseignement et de recherche.

Parallèlement, un ambitieux dispositif de prêts étudiants va être mis en place afin d’assurer à tous un libre accès aux savoirs et de dynamiser le financement de nos universités. Toutes les conditions sont désormais réunies pour permettre à nos clients de s’offrir des formations d’excellence, tout particulièrement à celles et à ceux qui choisiraient de rejoindre l’équipe d’une entreprise d’enseignement primaire ou secondaire. Le monde universitaire a bien saisi l’importance de ces réformes historiques : semaine après semaine, des dizaines de milliers d’enseignants, chercheurs, étudiants et personnels administratifs vous manifestent leur gratitude. Tous saluent votre discernement, votre sens de l’écoute et votre capacité à prendre la mesure des situations exceptionnelles. Tous sauront se montrer dignes de l’amour que vous leur portez.

Madame la ministre, vous en avez maintenant assez fait, et vous pouvez être fière de votre bilan. C’est désormais la région Ile de France qui va bénéficier de votre talent et recevoir tout votre amour. Nul doute que ses habitants apprécieront à sa juste valeur votre total investissement.

Pour fêter dignement votre départ, Les personnels et étudiants de l’université d’Artois ont le plaisir de vous inviter à venir partager avec eux un verre de l’amitié le Jeudi 16 Avril 2009 à 15h (sur le site de l’université, 9 rue du temple à Arras, devant le restaurant universitaire et salle LV3).

Dans l’attente de votre réponse et de votre visite, nous vous prions d’agréer, madame la ministre, l’expression de notre plus haute considération pour la fonction que vous exercez encore.

Les membres de la section locale de l’UUMP, Union pour une Université Moderne et Performante

(Lettre également publiée sur Mediapart)

Lettre ouverte à Lionel Collet de la CNU mathématique : alerte à l’évaluation purement bibliométrique !

Veuillez trouver ci-joint copie d’une lettre envoyée à M. Lionel Collet, Président de l’Université Claude Bernard (Lyon 1).
Cette lettre est signée par les deux présidents actuels et les deux présidents précédents des sections de mathématiques du CNU. Elle concerne l’usage de la bibliométrie dans l’évaluation scientifique et l’attribution de moyens aux équipes de recherche.
Elle peut être diffusée.

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Lettre ouverte au Président de l’Université Claude Bernard, Lyon 1.
7 avril 2009

Monsieur le Professeur Lionel COLLET, Monsieur le Président,

Nous sommes les présidents actuels ou récents des sections de mathématiques du Conseil National des Universités. Nous tenons à manifester notre étonnement devant le tableau, en provenance du Conseil Scientifique de l’Université Claude Bernard, qui établit un financement des unités de recherche sur la base directe de critères bibliométriques.
(Nous nous référons ici au document
http://www.univ-lyon1.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHE=196081&OBJET=0017&ID_FICHIER=143131)
Ce faisant nous relayons un vif émoi de la communauté universitaire française, en particulier des mathématiciens comme en témoignent par exemple les messages incrédules ou indignés échangés sur la liste de diffusion "mathdebat".
Nous avons compris que ce tableau ne concernait qu’une partie du financement des unités de recherche (un "bonus"), mais nous voyons de graves dangers dans l’utilisation mécanique de critères bibliométriques comme le nombre de publications, de citations ou l’emploi de divers index ou facteurs numériques. Si cette pratique devait s’étendre à l’évaluation des équipes de recherche ou aux évaluations individuelles, le résultat serait désastreux. D’une part, il est impossible d’établir sur des critères bibliométriques des comparaisons sensées entre disciplines différentes (et même entre thématiques d’une même discipline), d’autre part ce que l’on mesure ainsi n’est pas la qualité scientifique (originalité, innovation, profondeur), enfin l’usage exagéré de la bibliométrie entraîne des stratégies de publication et de communication biaisées ; de nombreuses études ont été menées
sur ce sujet et soulignent toutes les limites de cette approche.
En tant que responsables présents ou passés de sections du CNU, nous avons été très impliqués dans les évaluations individuelles d’enseignants-chercheurs. Le décompte des publications et citations est certes utile et pratiqué, mais il est absolument nécessaire qu’il soit couplé avec de nombreuses autres données et une observation critique plus précise assurée par des pairs qualifiés. Les mathématiques françaises sont parfois citées comme un domaine d’excellence ; cette notoriété est plus le fruit d’une analyse qualitative que quantitative. Et quand elle est quantitative, cette analyse est multi-critères : large spectre et difficulté des champs thématiques, participation à des congrès internationaux, qualité des thèses soutenues et essaimage des chercheurs dans les divers organismes de recherche, comité éditoriaux, impact des publications en temps long,…
On trouve sur le site de l’Union Mathématique Internationale un rapport précis et documenté sur l’usage des "Citations Index" dans la politique scientifique. Nous ne pouvons qu’encourager sa lecture ; il est accessible sur
http://www.mathunion.org/publications/report/citationstatistics0/.
Ce débat sur l’usage de la bibliométrie n’est pas neutre car il existe une pression réelle, en particulier dans de nombreux pays étrangers, pour la mise en place de systèmes d’évaluation basés sur des critères bibliométriques mécaniques. C’est aujourd’hui le mérite des sections du CNU et de l’AERES de ne pas avoir emboîté le pas à cette mode qui permettrait de remplacer les experts qualifiés par des technocrates et des ordinateurs. Il ne faudrait pas que cette pratique soit initiée et développée par les établissements d’enseignement supérieur eux-mêmes, dans le cadre de leur autonomie financière et scientifique.
En conclusion, l’émoi provoqué par le tableau du Conseil Scientifique de l’UCB est donc doublement justifié : il est inadapté à la mise en place d’une politique scientifique et il porte le germe d’une contagion dommageable.
Nous tenions à manifester notre sentiment sur la question sensible de l’évaluation bibliométrique, puisque nous savons porter l’opinion d’une large part de la communauté mathématique (et au delà universitaire) française. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre engagement au service de l’Université et l’expression de nos sentiments respectueux.

Le 7 mars 2009,

  • Fabrice BETHUEL, Président de la Section 26 du CNU, Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie, Paris 6.
  • Emmanuel LESIGNE, Président de la Section 26 du CNU entre 2004 et 2007, Professeur à l’Université François Rabelais, Tours.
  • Michel OLIVIER, Président de la Section 25 du CNU entre 2004 et 2007, Professeur à l’Université Bordeaux 1.
  • Marc PEIGNÉ, Président de la Section 25 du CNU, Professeur à l’Université François Rabelais, Tours.

"La démocratie est-elle soluble dans le vote électronique ?" Un EC écrit au CA de l’UPJV

Jean Charles Delépine. Animateur du site de campagne contre les ordinateurs de vote à Amiens
http ://vao-amiens.fdn.fr/
Amiens, le 30 mars 2009

Mesdames et messieurs les membres du conseil d’administration de l’UPJV

Mesdames, Messieurs

La démocratie est elle soluble dans le vote électronique
Tout d’abord, la position de la très sérieuse ASTI, la Fédération des Associations Françaises des Sciences et des Technologies de l’Information : « La Fédération des Associations Françaises des Sciences et des Technologies de l’Information appelle à ne pas recourir au vote électronique anonyme au nom du principe de précaution. L’ASTI est convaincue que les sciences et technologies de l’information peuvent contribuer positivement au développement de la démocratie. Elle tient cependant à alerter les pouvoirs
publics sur l’impossibilité, en l’état actuel de la technologie, de réaliser un vote anonyme contrôlable directement par les
électeurs et en conformité avec les dispositions de la Constitution et du Code électoral. Des recherches se développent mais
n’ont pas encore abouti à des systèmes permettant l’exercice d’un contrôle démocratique indiscutable. Dans l’attente de ces avancées scientifiques et technologiques, l’ASTI recommande que de telles recherches soient poursuivies et que pouvoirs publics, partis politiques et société civile ne recourent en aucune manière au vote électronique anonyme, y compris au moyen de machines à voter. »
Pourquoi cette insistance sur l’anonymat et pourquoi celui-ci rendrait ces consultations incontrôlable ?
Le vote électronique est utilisé ou pourrait l’être dans certain cas de façon très efficace et tout à fait démocratique. Quelques cas :

  • – l’assemblée nationale. Le vote de nos députés n’est pas secret, et encore heureux : ils ont des comptes à rendre. L’électronique est dans ce cas une facilité. Les députés peuvent voter simplement et rapidement en tournant une simple clef sur leur pupitre. En cas d’erreur (ça arrive) le député, ou ses collègues, s’en rend vite compte puisque son vote n’est pas secret et c’est corrigé aussi vite.
  • – Les votes du projet Debian (http://www.debian.org/vote/), même chose, le vote n’est pas secret, chacun peut donc vérifier que son vote a bien été pris en compte. L’ordinateur permet ici un vote mondial, à distance, pour de nombreux votants et d’utiliser la méthode de condorcet (http://fr.wikipedia.org/wiki/Méthode_Condorcet) qui serait difficile à mettre en oeuvre pour un nombre important de votants et de candidats (ou propositions) sans l’informatique.
  • – des assemblées d’association (http://www.fdn.fr/reglement.pdf par exemple), encore une fois, le vote n’étant pas anonyme, il est vérifiable.

Pour chacun de ses exemples, il est possible, après le vote de recompter les bulletins, et de refaire, éventuellement à la main, tout ce qu’a fait la machine. L’électeur sait que son bulletin, celui de son voisin, tout les bulletins, sont pris en compte et n’ont pas été modifiés au passage. C’est primordial. Nous avons donc là des scrutins sincères, mais non anonymes, tous basés de fait sur le principe de l’assemblée (générale, de conseil, nationale). Je crois, je peux me tromper, que ce n’est malheureusement pas vers ce type de solution que se tourne le conseil.
Un autre système de vote, anonyme celui là, marche pas mal.
Il n’est pas électronique : c’est notre bonne vieille urne – transparente depuis 1988 seulement. Une fois le bulletin dans l’urne on ne peut pas remonter jusqu’à l’électeur et savoir ainsi ce qu’il a voté, cependant celui-ci sait ce qu’il a voté et ce qu’il y a dans l’urne. Il viendra ensuite dépouiller, compter et recompter s’il le faut. Tout est fait pour qu’il n’y ait pas de doute possible sur le résultat du vote. Lisez ou relisez le code électoral, on n’y fait confiance à personne. Ce système n’est pas parfait mais c’est actuellement le meilleur qu’on ait trouvé pour consulter anonymement les citoyens et que le résultat soit accepté par tous, même
les perdants. Nous avons là un vote anonyme et sincère. Il y a bien quelques tentatives de fraude à la marge mais elles nécessitent la complicité de l’ensemble du bureau de vote. Ces fraudes touchent le plus généralement à la liste des inscrits (on fait voter les morts) et pas au processus électoral lui même.
Voyons maintenant à quoi ressemblerait un vote électronique se voulant anonyme.
Pour qu’il y ait anonymat il doit y avoir déconnexion complète de l’information bulletin de vote et de l’information électeur. On ne doit pas pouvoir, pour un bulletin donné, remonter vers l’émetteur de ce bulletin. C’est une chose qui, en elle même, est difficile à réaliser en informatique : il est bien plus facile de perdre de l’information sans faire exprès (bug) que de faire exprès de la perdre. On va donc passer par des procédures compliquées que seuls des experts informaticiens vont pouvoir valider, s’ils ont accès aux codes sources des programmes utilisés. Laisser le contrôle de notre vie démocratique à de tels experts, voilà qui serait un sacré recul.
Comme il y a anonymat, le votant ne va pas pouvoir vérifier que son vote a bien été pris en compte. De deux chose l’une, soit l’application lui permet de voir un message "Vous avez voté telle proposition", et il y a un lien votant/bulletin, donc pas d’anonymat, soit il ne le permet pas et le votant ne sait pas ce que la machine a déposé dans l’urne.
On nous dit que ces systèmes sont bardés de certificats et d’huissiers.

Allons jusqu’au bout de cette démarche. Pour les prochaines élections plaçons une urne dans une pièce fermée, cette urne sera surveillée par une armée d’experts en tout genre et la porte sera gardée par un huissier. Pour voter vous donnez votre bulletin à l’huissier, il entre dans la pièce, ferme la porte, et revient quelques secondes après en disant "à voté". Nous avons reproduit ici le fonctionnement du vote électronique anonyme. Combien de temps pensez vous que le consensus républicain tiendra
avec un tel système ?

Instaurer un tel vote électronique dans une université participe au lent travail de sape mené par des entreprises qui ne sont même pas malhonnêtes mais qui flairent là un énorme filon. La démocratie est le cadet de leurs soucis mais pouvoir annoncer à des maires ou des gouvernements en mal de NTIC des références comme les universités ou de grandes entreprises, voila qui les intéresse fortement. Habituer les citoyens à de tels usages, faire que le moment venu ces citoyens ne jugent pas nécessaire de se révolter contre de tels systèmes est un travail patient de dealers, ils savent très bien faire ça et ont d’excellents commerciaux, ne vous laissez pas abuser.
Une fois un tel système mis en place et accepté par la population, sa prise en main par un gouvernement, une faction, une mafia sera enfantine et non vérifiable. Je recommande donc, au conseil de se reprendre, il ne peut avoir voté en conscience, aux étudiants, bloqueurs comme anti-bloqueurs, de boycotter ce scrutin électronique s’il a lieu malgré ces avertissements.
Vous remerciant par avance pour l’intérêt que vous voudrez bien porter à ce courrier, je reste à votre disposition pour répondre à toutes questions et vous prie de recevoir, Mesdames, Messieurs, mes respectueuses salutations.
Jean Charles Delépine
C.c. Presse, liste ag@listes.u-picardie.fr

Lettre d’un étudiant au président de l’université de Strasbourg (4 Avril)

Objet : Droit de réponse au communiqué du Président de l’Université de Strasbourg.

Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg,

Je vous écris ici pour opposer mon droit de réponse suite au mail que vous avez largement diffusé aux personnels, enseignants et étudiants de votre université, et en qualité d’étudiant en Master au sein de cette même université.
Les semaines écoulées ont en effet été riches en évènements, dont des blocages de bâtiments comme vous le soulignez. Je tiens néanmoins à replacer ces faits dans leur contexte en précisant les raisons qui ont poussé les étudiants, personnels et enseignants de votre université à voter en Assemblée Générale les différents blocages que vous recensez.
Voici plus de 8 semaines que la communauté universitaire strasbourgeoise, en solidarité avec la communauté universitaire de tout le pays est mobilisée contre les projets de réformes du gouvernement concernant l’Enseignement Superieur et la Recherche.
Nous n’avons eu de cesse de nous mobiliser contre la réforme dite de "Masterisation" sur la formation des enseignants car nous demandons une concertation globale sur cet enjeu majeur de l’Education française et souhaitons participer à l’élaboration d’une formation de qualité pour les futurs enseignants, garantissant ainsi un enseignement de qualité pour les futurs générations d’élèves et d’étudants.
Nous nous sommes mobilisés et continuons de le faire sur le décret des EC ( Enseignants-Chercheurs ) car nous croyons en la force et en l’efficacité d’une recherche libre de toute nécessité de rentabilité immédiate et que nous tenons à affirmer notre volonté d’une recherche indépendante ainsi que l’importance de sa mise en relation avec l’enseignement.
Nous sommes encore aujourd’hui mobilisés aprés 8 semaines de grève active contre la privatisation de nos universités, conséquence directe de la loi LRU qui menace a court comme à long terme les filières dites "non rentables". Car je vous pose la simple question : quel chef d’entreprise ira investir des millions d’euros dans une filière qui ne lui rapportera pas un sou ?
Nous rejettons la logique de mise en concurrence de nos lieux de travail et d’études, le savoir n’est pas une marchandise.

Aujourd’hui, chacun de nous est à même de prendre conscience du choix de société qui nous est imposé à travers ces réformes -parmis tant d’autres-, le choix entre une société de connaissances, de culture et de savoirs et une société du tout économique et du tout rentabilisable qui n’hésite pas à sacrifier l’éducation et la recherche au nom de quelques euros.
C’est de ce choix qu’il est aujourd’hui question, et c’est contre ce projet de société que nous avons pris le risque de mettre nos semestres en danger.
Où en sommes nous aujourd’hui concrètement ?
Le gouvernement n’a opéré que de petits reculs aprés 8 semaines d’une mobilisation forte et unanime de toute la communauté universitaire française, se recroquevillant sur des réformes que tous dénoncent. La seule réponse à laquelle le mouvement sans précédent dont nous sommes partie intégrante a eu droit est une répression policière particulièrement violente et un mépris profond et assumé.
A l’heure d’aujourd’hui, Mme Pécresse, Ministre de l’Enseignement Superieur et de la Recherche consent enfin à quelques reculs, notamment sur les 130 postes rétablis au CNRS. Des avancées ont également été faites sur le statut des enseignants chercheurs, même si certaines zones d’ombre restent à éclaircir.
Enfin sur la réforme dite de "Masterisation", M. Darcos, Ministre de l’Education Nationale n’a opéré aucun recul significatif; si les concours resteront en place l’année prochaine, la "Masterisation" entrera bien en vigueur. Nous n’en demandons pas le report mais le retrait, et cela depuis le début de notre mouvement.
Enfin plus grave encore, sur les conditions de travail des personnels BIATOSS et ITA, aucune avancée n’a encore été faites, tout juste le sujet a-t-il été abordé. Il en va de même pour les conditions de vie des étudiants : on sait qu’un étudiant sur deux aujourd’hui est obligé de se salarier pour payer ses études.
Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg, voilà les raisons qui font que partout en France les universités sont perturbées, sujettes à des blocages et que le semestre est remis en cause. Cela ne tient pas de la volonté des étudiants, enseignants et personnels grèvistes mais bien d’une attitude gouvernementale frisant " l’autisme " pour reprendre les propos de votre collègue G. Molinié, Président de Paris IV.
Sachez, Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg que j’ai un profond respect pour votre gestion de cette crise sans précédent, que vous avez su gérer avec calme et parcimonie.
Cependant je ne peux que m’opposer à votre volonté de mettre fin à tout blocage, même si je comprend aisémment votre volonté d’assurer le plus normalement possible la tenue du deuxième semestre universitaire. Les circonstances sont exceptionnelles et nécessiteront des mesures exceptionnelles auxquelles je vous demande de réfléchir dès à présent, car le mouvement ne saurait s’arrêter là où il en est actuellement.
Je vous demande le plus respectueusement possible de ne pas aller à l’encontre de la volonté de l’ensemble des personnels, enseignants et étudiants en lutte depuis maintenant plus de 8 semaines et dont la voix s’exprime à travers les Assemblées Générales.
Nous avons le même combat, celui de garantir la grandeur et l’efficacité de l’Université Française, de l’Education et de la Recherche.
Vous parlez, Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg des semaines de cours tronquées au calendrier universitaire. Nous en sommes tous conscients et nous en avons tous été conscients dés le premier jour de notre mobilisation. Ces semaines sont autant de sacrifices de la part d’enseignants, de personnels et d’étudiants qui aiment leur travail et leurs études et entendent par cet acte les défendre.
Nous demander aujourd’hui de rompre avec l’idée même d’un blocage de l’Université revient à nous demander de fouler au pied tous ces sacrifices et d’accepter de laisser se mettre en place des réformes dont nous avons combattu la logique, la forme et le fond durant plus de deux mois.
Pourquoi le blocage est il un point si important dans notre "lutte" ?
Le blocage est une modalité d’action qui nous donne un poid qu’aucun autre mode d’action ne saurait nous donner, en nous permettant notamment de peser sur le calendrier universitaire. Il est un moyen -et non une fin- de permettre à ceux qui souhaitent se mobiliser de le faire sans avoir à craindre pour leurs cours, que cela soit du coté des étudiants ou de celui des enseignants. Le blocage symbolise enfin la possibilité de pouvoir nous regrouper et nous organiser à partir d’un point fixe qu’est notre lieu de vie quotidien : l’Université que nous entendons défendre.
Croyez bien qu’à travers le pays d’autres modalités d’actions sont expérimentées. Je n’en citerai que quelques unes comme la "ronde infinie des obstinés", des manifestations à répétition depuis 8 semaines, des manifestations nocturnes, des occupations de lieux symboliques et stratégiques, des blocages de lieux économiques, la Nuit du Palais U, des rallyes lectures, etc etc …
Notre volonté n’est pas de gêner les étudiants, dont nous faisons nous-mêmes partie, mais de marquer notre opposition contre les réformes imposées.
Si lundi nous levons le blocage sur votre demande, vous pourrez dire que vous avez enterré le mouvement de contestation sur Strasbourg, facilitant ainsi le passage des réformes contre lesquelles nous nous mobilisons. Car enfin si le blocage n’est pas reconduit, et l’occupation de nuit interdite, chaque étudiant, grèviste ou non grèviste ne sera plus préoccupé que par ses révisions. Les actions et les manifestations seront désertées et chacun ne pourra que pleurer les deux mois de sacrifices faits qui n’auront servi à rien.
C’est pourquoi, avec tout le respect que je vous dois Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg, je vous demande de revenir sur vos paroles, au nom de tous ceux de vos enseignants, de vos personnels et de vos étudiants qui se battent aujourd’hui pour garantir l’avenir d’une Université et d’une Education de qualité qu’ils sentent menacées. Je vous invite une nouvelle fois à réfléchir tout comme nous essayons de le faire à des modalités d’examens aménagés permettant à tous de s’y retrouver.
J’ai moi-même payé mon inscription au sein de votre université, je puis vous garantir que je ne fais pas le choix de la grève par facilité ni par plaisir.
Je vous remercie de votre attention,
Avec tout mon respect,
XXXXXXX, étudiant en Master à l’UdS.

Lettre ouverte de Martine Aubry aux Enseignants-Chercheurs

Parti Socialiste http://www.parti-socialiste.fr
La Première secrétaire
Mercredi 18 mars 2009

Lettre ouverte Recherche et enseignement supérieur : le choix de l’émancipation
Madame, Monsieur,
Quel que soit votre rôle au sein des universités, des laboratoires de Recherche et de toutes les institutions dont l’objet est de produire du savoir, de le transmettre, de le valoriser, je souhaite m’adresser à vous pour vous faire part à la fois de la grande préoccupation du Parti socialiste à l’égard de vos difficultés, de son soutien à l’égard du mouvement actuel, et de nos orientations pour construire une nouvelle politique.
Le mouvement exceptionnel qui se déroule dans les universités et la Recherche intervient dans un contexte où la science est devenue centrale. De nos jours, toutes les sciences sont mobilisées pour répondre aux problèmes de notre temps, et les chercheurs sont sollicités pour proposer leurs analyses. Mais je ne veux pas m’arrêter à cet aspect, aussi essentiel soit-il. Votre rôle est en effet avant tout de produire et de transmettre des connaissances, souvent sans aucune autre finalité que celle de repousser les limites du savoir. La « magie » de la Science, si vous me permettez d’utiliser ce terme un peu décalé dans un tel contexte, est une démarche gratuite d’où naissent des avancées aux retombées aussi inattendues que spectaculaires.
Depuis maintenant plusieurs semaines, les universités sont entrées dans un mouvement dont la nature et l’ampleur sont exceptionnelles. Celui-ci fait suite aux protestations quasi-ininterrompues depuis cinq ans, période durant laquelle la droite n’a eu de cesse de négliger vos institutions, tout en maquillant les données budgétaires, pour faire croire à de prétendues augmentations là où, au mieux, vous avez constaté la stagnation. Les chiffres sont éloquents : la France est désormais à la 14e place mondiale pour son effort de Recherche et guère mieux placée pour les dépenses par étudiant. Pourtant la recherche française est reconnue internationalement pour sa qualité dans de nombreux domaines, et les universités ont réussi à accompagner le grand mouvement d’augmentation du nombre d’étudiants.
Face aux projets destructeurs du gouvernement, vous êtes fortement mobilisés. Pour autant, vous soulignez en permanence votre volonté de réforme ; vous avez prouvé votre capacité de propositions lors des Etats Généraux de la Recherche en 2004, dont le gouvernement aurait été bien inspiré de reprendre les conclusions, car contrairement à ce qu’il prétend, il ne fait que travestir ces dernières et en réalité impulse le contraire de ce qui a été préconisé.
Dès le début du mouvement, le Parti socialiste vous a exprimé son soutien, et formule des propositions pour sortir de la crise, qui concerne aussi bien le statut des enseignants-chercheurs et des doctorants, la formation et le recrutement des enseignants, le rôle des organismes de recherche, l’emploi scientifique. Nous sommes ensuite passés à une remise en question complète de la politique du gouvernement en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Car nous vivons un de ces moments particuliers où un corps social se retrouve autour d’une réflexion sur sa place dans la société, son rapport aux citoyens et sur les conditions de son existence. Un moment où une communauté se lève pour arrêter l’offensive idéologique du pouvoir, qui
veut instaurer la concurrence entre les personnels, entre les étudiants, entre les établissements. Le combat actuel est politique au sens le plus noble du terme, parce qu’il oppose deux visions du rôle de la science dans la société. Celle de la droite réduit le savoir à sa dimension immédiatement utile ; elle sacrifie l’investissement à long terme, et la pluridisciplinarité de la recherche.
Pour la gauche, le savoir est au fondement de l’émancipation des individus. Il occupe donc une place centrale dans notre société. Celle-ci est en demande très forte de recherche, et ces demandes sont multiples. Les chercheurs, et les enseignants-chercheurs, ont donc un rôle particulier. Ils doivent à la fois interagir fortement avec la société, et rester indépendants. Interagir car les connaissances qu’ils développent peuvent apporter des réponses aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mais trop de grands choix scientifiques sont faits sans débat impliquant les citoyens, ni même les parlementaires. Etre indépendants aussi, car c’est la condition de leur crédibilité, parce que la découverte ne se programme pas et que la société est parcourue d’intérêts souvent contradictoires. Dans un discours délivré le 9 mars, contrastant terriblement avec celui de notre président de la République qui a attaqué les chercheurs de manière outrancière et injuste, Barack Obama a bien formulé ce point : « promouvoir la science ce n’est pas seulement fournir des ressources, c’est également protéger une recherche libre et ouverte. C’est laisser les scientifiques (…) faire leur travail, libres de toute manipulation ou contrainte, et écouter ce qu’ils nous disent, même quand c’est gênant – surtout quand c’est gênant. »
La fonction publique offre le cadre indispensable à la liberté d’initiative des scientifiques, les universités et organismes de recherche doivent être organisés à cette fin. La précarité qui s’est développée ces dernières années du fait de l’absence de création d’emplois statutaires, puis de suppressions d’emplois, doit être résorbée. Elle est doublement préjudiciable : d’une part, elle ne permet pas à ceux qui en sont victimes de s’investir dans des projets ambitieux, d’autre part elle détourne de nombreux étudiants des métiers de la recherche. Un plan pluriannuel de création d’emplois scientifiques est indispensable, conjointement à une revalorisation des carrières dans tous les corps de métiers. On ne peut pas prétendre mettre la Recherche et l’enseignement supérieur au premier rang des priorités de l’Etat, et ne pas fournir les moyens humains nécessaires à leur développement. Pour attirer les doctorants, il faut leur offrir un vrai contrat de travail, développer les financements de thèse, valoriser la qualité de leur formation, en particulier dans les conventions collectives. Enfin, les enseignants-chercheurs doivent pouvoir s’investir au mieux dans leurs différentes missions. Chez nos voisins, leur service d’enseignement est moins lourd, et plus de personnel technique et administratif fait fonctionner les services. Une réduction du service d’enseignement doit permettre que, périodiquement, les universitaires puissent se consacrer pleinement à la Recherche. En tout état de cause, toutes les missions doivent être prises en compte dans les carrières, sur la base d’une évaluation impartiale.
Les chercheurs que je côtoie me racontent tous, le temps considérable qu’ils passent à chercher de l’argent pour pouvoir travailler, à répondre à des demandes souvent éloignées de leurs projets scientifiques réels, à gérer une lourdeur administrative croissante. Il est urgent de redonner aux laboratoires les moyens leur permettant de lancer des projets par l’augmentation de leurs crédits de base. Ceux-ci doivent reposer sur un dispositif d’évaluation qu’il faudra reconstruire pour lui donner une pleine légitimité. Enfin, le rôle des organismes publics de Recherche doit être réaffirmé, au moment où ils sont indignement attaqués par le gouvernement, tout en impulsant leur coopération entre eux et avec les universités. L’attachement très profond à la dualité de tutelles pour les laboratoires doit être respecté, car c’est une richesse de notre système.
Enfin, la Recherche privée doit être redynamisée. La politique consistant à tout miser sur le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) est un échec : la part dans le PIB de l’investissement privé dans la Recherche baisse régulièrement. Nous devons mettre en place une politique de soutien à la Recherche privée plus efficace qui favorise l’emploi des docteurs et le développement des PME innovantes, par la réorientation du Crédit d’Impôt Recherche. C’est une politique ciblée qui est nécessaire, alors qu’aujourd’hui ce sont les grands groupes qui récupèrent la majorité du CIR.
En ce qui concerne l’enseignement supérieur, les besoins de réformes sont profonds. La loi Libertés et Responsabilités des Universités, que l’UMP a fait voter en catimini ne répond pas aux problèmes des universités, et en crée de nouveaux, comme le montre notamment la protestation des IUT. Elle met en place une fausse autonomie, car les universités n’ont pas les moyens nécessaires, et la concentration des pouvoirs est inefficace. Elle doit être remplacée par une nouvelle loi, qui replace la collégialité au coeur du fonctionnement universitaire, et respecte l’indépendance des enseignants-chercheurs. Mais cette nouvelle loi ne peut se limiter à la gouvernance.
En premier lieu, nous voulons augmenter le niveau de formation et de qualification dans notre pays : c’est une nécessité pour notre développement et un impératif pour promouvoir l’émancipation. Notre objectif est de former la moitié d’une classe d’âge au niveau de la Licence. Or les tendances actuelles sont inquiétantes : depuis quelques années, le taux de poursuite d’études des bacheliers est en baisse. Nous devons tout faire pour permettre la démocratisation des études supérieures. Celle-ci ne peut passer par des emprunts étudiants, qui forgeraient de nouvelles inégalités. L’allocation d’autonomie est une nécessité, et peut
être financée réformant les différentes aides, notamment fiscales, liées à la politique familiale. Remettre en marche un ascenseur social est une priorité. La réforme de la formation des enseignants dite de « mastérisation », que veulent imposer Xavier DARCOS et Valérie PECRESSE, est grave sous de nombreux aspects, en particulier par la suppression de l’année de stage consécutive à la réussite au concours, et de son financement. Les propositions récentes sont très insuffisantes et nous devons au contraire explorer les pistes, proposées par plusieurs associations, visant à encourager les étudiants qui se destinent aux métiers
exigeants de l’enseignement en leur offrant des financements spécifiques pendant leurs études, et en préservant le statut de fonctionnaire pendant le stage. Nous refusons la perspective d’une transformation des postes de fonctionnaires en postes de contractuels. Les études doivent concilier une formation disciplinaire associant des enseignants capables de suivre l’évolution de leur domaine, et des stages leur donnant accès à leur premier poste avec une réelle expérience de terrain.
Il s’agit ensuite de bâtir des processus de coopération entre les différents établissements d’enseignement supérieur : universités, écoles, classes préparatoires, BTS, etc. Les Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES), tels qu’ils avaient été conçus dans le rapport des Etats Généraux de la Recherche (et pas tels qu’ils ont été mis en place), sont le lieu naturel de cette coopération. On ne peut en rester à une balkanisation des filières d’enseignement.
Mais pour pouvoir coopérer, il faut qu’il y ait plus d’égalité. Or les différences de financement par étudiant sont aujourd’hui considérables. Il est urgent d’augmenter les moyens des universités, afin qu’elles offrent un cadre de travail décent aux étudiants, l’encadrement pédagogique dont ceux-ci ont besoin et un suivi individualisé. Nous devons également penser la carte nationale des formations supérieures. De nombreux établissements se trouvent dans des villes moyennes, et sont très inquiets pour leur avenir en raison du Plan-Campus qui concerne une dizaine de sites et délaisse la plupart des universités ; alors même que celles-ci jouent un rôle central pour l’accès à l’enseignement supérieur des étudiants défavorisés. Elles doivent occuper une place importante dans les PRES, favoriser ainsi la mobilité de leurs étudiants entre les différents établissements composant le PRES, et permettre à leur enseignants-chercheurs de conduire leur activité de recherche dans un laboratoire du PRES.
Enfin, nous devons agir au niveau européen. Les prochaines élections sont l’occasion d’impulser enfin des débats au Parlement Européen sur l’enseignement supérieur et la Recherche. Le processus de Lisbonne est de manière évidente en forte difficulté. L’objectif d’atteindre, en 2010, 3% du PIB pour les dépenses de Recherche est hors de portée. De plus, le soutien financier européen, dont les procédures de gestion sont trop lourdes, s’adresse essentiellement à la Recherche finalisée au détriment de la Recherche fondamentale. Une réorientation de la politique européenne de Recherche est nécessaire afin de favoriser des
coopérations solides et durables, au lieu d’organiser la concurrence et offrir des financements de court terme.
A ce stade, il faut parler des aspects budgétaires. Certes, la France vit une situation économique et sociale catastrophique. C’est pourquoi les socialistes ont proposé un vrai plan de relance, fondé sur le soutien aux ménages et à l’investissement. Nous devons poursuivre nos investissements d’avenir. Depuis 2007, le gouvernement proclame qu’il augmente chaque année le budget de l’enseignement supérieur et de la Recherche de 1,8 milliard d’euros. Malheureusement, ce chiffre est mensonger : la croissance globale réelle est faible voire nulle. Par ailleurs, les choix de répartition des moyens sont mauvais : les crédits de base des
laboratoires sont au mieux en stagnation, un millier d’emplois scientifiques sont supprimés, pendant que le Crédit d’Impôt Recherche augmente de 600 millions. Une réorientation de ce budget est donc nécessaire et possible.
Ces grandes lignes doivent maintenant être déclinées plus précisément car la valeur d’une réforme tient aussi à son adéquation aux situations de terrain. C’est pour cela qu’avec nos partenaires communistes et écologistes, nous avons lancé un processus de consultation des organisations de votre secteur. Ces auditions, qui sont rendues publiques par leur diffusion sur Internet, serviront de base à un débat auquel je vous invite à prendre part. Les propositions socialistes pour l’enseignement supérieur et la Recherche s’appuieront sur ce travail collectif lancé aujourd’hui.
Pour les socialistes, la connaissance est un élément central de leur projet politique. L’éducation, de la maternelle à l’université, la Recherche, et plus généralement les services publics, exige une renaissance, pour le bénéfice de tous nos concitoyens. Nous avons besoin d’un travail collectif pour définir la politique de demain : nous comptons sur vous, pour y apporter votre contribution.

Martine AUBRY
Première secrétaire du Parti socialiste

Lettre de soutien à Xavier Darcos des membres du jury du CAPES externe d’espagnol (1er avril 2009)

Les membres du Jury du CAPES externe d’espagnol à Monsieur Xavier DARCOS Ministre de l’Éducation Nationale 107 rue de
Grenelle 75007 PARIS

Paris, le 1er avril 2009

Objet : LETTRE DE SOUTIEN

Monsieur le Ministre,

Par la présente, nous venons vous apporter notre soutien dans la conduite réfléchie et concertée de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants du secondaire. Comme vous, nous sommes persuadés qu’il est souhaitable d’entreprendre une réforme, mais il nous apparaît qu’il faut l’assortir de plusieurs conditions sans lesquelles elle ne pourrait être menée à son terme et sans lesquelles elle ne saurait être efficace. Nous entendons bien qu’il s’agit d’améliorer le système en vigueur et non pas de le détériorer. Il faut pour cela que les nouvelles dispositions à écrire soient respectueuses des grands principes républicains qui régissent le code déontologique de l’Éducation Nationale ainsi que des grands principes constitutionnels qui régissent l’ordonnancement des concours et plus fondamentalement celui de l’égalité de tous les citoyens face aux concours.
Dans un premier temps, la concertation – comme vous l’indiquez vous même à si bon escient dans un article du Monde du 18 mars 2009 doit se faire entre partenaires responsables et compétents. Cette concertation ne saurait donc être menée hors de la présence de ceux qui, à la fois formateurs et recruteurs, officient au sein des jurys de recrutement. Ils sont les mieux placés pour voir les insuffisances du système en vigueur, ils sont les mieux placés pour y remédier de manière opportune. Les Directoires de Jurys de concours, de même très certainement que les Sociétés Savantes, sont prêts à vous assister dans cette entreprise si difficile de la réforme. Nous vous prions donc respectueusement de les intégrer aux commissions chargées d’élaborer aussi bien les grandes lignes que les détails des concours de recrutement ; vous les honoreriez de manière judicieuse en les mettant à contribution. Dans un second temps, plusieurs principes simples mais essentiels nous apparaissent comme incontournables, car ils sont les fondements mêmes des critères qualitatifs qui donnent leur raison d’être aux Concours de la Fonction Publique et a fortiori de l’Éducation Nationale. Pour être cohérents, nous prendrons comme exemple le concours du CAPES/CAFEP externe d’espagnol auquel nous collaborons, ce qui nous donne quelque compétence. Il s’agit des principes suivants pour lesquels nous serons heureux de lutter à vos côtés :

  • 1) mise en place d’un programme disciplinaire culturel exigeant,
  • 2)épreuves écrites et orales strictement disciplinaires et égalitaires, en nombre suffisant pour opérer les critères sélectifs indispensables,
  • 3) dernière année de formation rémunérée.

1) Les programmes des concours d’espagnol de langue en général se doivent d’être des programmes universitaires exigeants dans plusieurs domaines culturels : littérature, civilisation, arts, cinéma, etc. Vous conviendrez qu’il ne suffit pas de parler une langue pour l’enseigner, et qu’il faut être à même de pouvoir s’exprimer sur tout, y compris les sujets les plus nobles, avec un niveau de réflexion supérieur à celui que l’on exige des élèves du secondaire. Faute de respecter cette exigence, l’indispensable formation universitaire des candidats se verrait tronquée, car c’est vraiment après la licence, par le biais de la spécialisation, que les étudiants parviennent à parfaire un premier parcours disciplinaire général. En raison de votre position de Ministre, avec votre expérience d’enseignant et d’Inspecteur Général, vous le savez mieux que quiconque : trois années d’enseignement universitaire sont insuffisantes pour mener un futur enseignant à un bon niveau disciplinaire. Vous avez donc raison d’insister pour que cette formation se fasse sur cinq années, comme c’est d’ailleurs déjà le cas actuellement. Si le programme universitaire devait s’arrêter au bout de trois ans, les candidats perdraient tout le bénéfice de leurs efforts de Licence, ce qui semble parfaitement incohérent, vous en conviendrez.
2) Les épreuves écrites du CAPES d’espagnol de manière générale celles des CAPES de langues ne sauraient en aucun cas être limitées au nombre de deux, sous peine de favoriser certains candidats et d’en défavoriser d’autres. En effet, une éventuelle disparition de l’épreuve de composition en français introduirait un déséquilibre néfaste entre les candidats d’origine francophone et ceux d’origine hispanophone, nombreux à se présenter au CAPES d’espagnol. L’évaluation de l’expression française écrite serait réduite à la seule version, soit 25% des valeurs coefficientées contre 50% actuellement, faisant ainsi apparaître une inégalité de fait entre les candidats. En revanche, la disparition de l’épreuve de commentaire en langue étrangère défavoriserait les candidats hispanophones, mais comme il s’agit de CAPES de langues une telle solution n’est bien évidemment pas à l’ordre du jour. De même, les épreuves orales doivent être avant tout disciplinaires et didactiques : une épreuve d’expression en langue étrangère, une autre d’expression en langue française. Toute configuration différente (éventuelle adjonction d’une troisième épreuve ou remplacement par une épreuve non disciplinaire en français) introduirait une inégalité pernicieuse entre les candidats pour les mêmes raisons que pour les épreuves écrites, puisque l’évaluation de l’expression française serait privilégiée par rapport à l’expression en langue étrangère ; plus qu’un paradoxe, ce serait là une grave incohérence s’agissant de CAPES de langues. En tant que Ministre de l’Éducation Nationale vous ne pouvez en aucun cas vous porter caution d’une telle aberration. En revanche, une très intéressante épreuve de connaissance du système éducatif, que vous préconisez à juste titre, trouverait toute sa place à la fin de l’année de stage de formation pédagogique, c’est-à-dire lors de l’évaluation de la cinquième année et dernière année de formation (niveau Master 2). En effet, ce n’est qu’à partir de cette expérience que le stagiaire aura acquis quelques connaissances pratiques du système éducatif et sera à même de procéder à des études de cas.
3) C’est pour mettre en place de manière cohérente cette épreuve de connaissance du système éducatif qu’il est essentiel d’instituer une année de formation pédagogique en alternance ; rémunérée, elle sera offerte aux candidats qui auront été admis aux épreuves du concours placées au courant du deuxième semestre de la première année de formation après la Licence. Il serait en effet dispendieux et inefficace de faire réaliser des stages préalablement au concours à tous les candidats, alors même qu’un dixième seulement (voire moins) en aura véritablement besoin. La crise nous impose à tous des restrictions budgétaires et il serait étonnant que l’Éducation Nationale puisse s’affranchir ainsi de principes d’économie aussi élémentaires. D’éventuels stages en responsabilité qui ne seraient pas de simples remplacements comme vous le précisez avec pertinence dans votre lettre
aux syndicats du 20 mars , constitueraient, s’ils s’adressaient à tous les candidats, plus qu’une incohérence financière, ils seraient une véritable gabegie des deniers de la République. Nous nous opposerons donc fermement à cette inutile dépense à vos côtés. Comme nous, vous êtes convaincu qu’il vaut mieux, pour un coût global inférieur qui plus est, rémunérer un enseignant-stagiaire à sa juste valeur pendant une année plutôt que dix candidats (coût 30 000 euros) dont neuf ne seront pas reçus. De plus, cela valorise le parcours du lauréat par une année valable pour la retraite et entre donc parfaitement dans le cadre de la
revalorisation financière, à la fois en début et en fin de carrière, comme vous le souhaitez à l’instar des syndicats.

En ce qui concerne le recrutement définitif en tant que titulaire au niveau d’un Master, il s’agit là d’une mesure indispensable qu’il convient de mener à bien de manière à ne pas perturber les délicats équilibres structurels de l’Université. Partant du principe, dont vous êtes vous-même persuadé, qu’un candidat ne peut pas se former valablement à la recherche tout en préparant un concours et tout en faisant des stages pédagogiques, il importe de trouver une solution pour que, une fois l’année de stage validée, les lauréats soient détenteurs d’un Master complet. On pourrait ainsi prévoir que la réussite au concours donnerait l’équivalence d’un M1 et que l’année de stage donnerait l’équivalence d’un M2. Cette manière de faire, un peu simpliste il est vrai, épargnerait bien des déboires et éviterait de casser un système de diplômes qui n’a aucune espèce d’accointance avec l’esprit des concours.
Partant de ces principes intangibles, que nous avons à cœur de respecter surtout dans un souci d’égalité et d’efficacité, nous vous renouvelons avec ferveur notre proposition de soutien indéfectible en nous faisons forts de faire accepter la réforme à l’ensemble de la communauté universitaire en quelques réunions de concertation de commissions paritaires rassemblant l’administration et des représentants compétents des formateurs-recruteurs (1/3 Sociétés Savantes, 1/3 Directoires de Jury, 1/3 syndicats). Une telle synergie mettrait fin à des mois d’incompréhension, qui sont très coûteux à l’ensemble de la Nation, et réconcilierait définitivement les différents partenaires qui n’ont de cesse d’améliorer un système éducatif que beaucoup de pays d’Europe nous envient.
Dans l’attente que vous saurez apprécier à sa juste valeur ce soutien que nous vous proposons dans la conduite réfléchie et concertée de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, et en espérant que vous donnerez suite à notre demande, nous vous adressons, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments les plus dévoués et les plus respectueux.

Les membres du Jury du CAPES externe d’espagnol

Copie pour information à Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République à Madame Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Lette aux membres du comité de visite de l’AERES à l’EHESS

A Mesdames et Messieurs les évaluateurs de l’AERES, membres du comité en charge de l’évaluation de l’EHESS
Mesdames, Messieurs, chers Collègues,
Une visite d’évaluation de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales est prévue les 27-30 avril 2009. Nous souhaitons vous faire savoir par cette lettre que nous ne considérons pas cette procédure comme légitime, que nous ne croyons pas en son utilité, et que nous pensons que les règles explicites ou implicites de sa réalisation entrent en contradiction avec l’éthique scientifique qui préside à nos travaux. La spécificité de notre Ecole ne peut en outre qu’être dissoute par des critères standardisés qui privilégient en réalité les démarches les plus conformistes.
Beaucoup d’entre nous ont déjà assisté, dans leurs centres, à des visites de comités d’experts de l’Aeres. Dans la très grande majorité des cas, l’impression dominante a été celle d’une grande pauvreté des échanges intellectuels. À leur place a été développé un discours platement managérial, informé et structuré par une grille pré-établie supposée s’adapter à toutes les situations, toutes les institutions et toutes les recherches.
Quel que soit l’intérêt que chacun d’entre vous a sans aucun doute pour notre établissement, cette standardisation fait que l’évaluation, au fond, vous échappe. Tout entière tournée vers la mesure presque uniquement comptable des activités et des résultats, elle n’a d’autre finalité réelle qu’une notation productrice de classements qui ne prennent sens que dans le cadre d’une idéologie de la concurrence de tous contre tous. Celle-ci ne correspond pas à notre vision des rapports entre institutions scientifiques et pas davantage à notre expérience de l’efficacité dans la conduite de la recherche et de l’enseignement de la recherche en sciences sociales.
Par-delà la diversité des champs de recherche, des méthodes, des opinions et des convictions, personne à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ne défendra l’idée qu’il serait possible de juger la science sans lire les œuvres. Or c’est bien ce que pratique l’Aeres dans ses évaluations. Certes il nous est souvent dit que l’agence est ouverte à toutes les suggestions permettant d’améliorer ses procédures, mais les changements à la marge ainsi proposés n’offrent en aucun cas la possibilité de remettre en cause un corps de doctrine toujours posé en préalable et jamais discuté. Vous-mêmes, Mesdames et Messieurs les évaluateurs, n’avez aucune prise sur les présupposés qui organisent votre travail ni sur les usages qui seront faits de ses résultats.
Nous sommes enfin profondément choqués de ce que l’attribution de votre statut d’expert, la définition de vos missions et la composition de vos comités ne soient le résultat que de décisions administratives et non de l’accord des communautés savantes. Vos outils de classements et d’interprétation sont en contradiction avec la déontologie et le socle épistémologique à partir duquel les sciences sociales travaillent pour construire et analyser leurs objets.
C’est pour toutes ces raisons que nous vous appelons instamment à démissionner de vos fonctions, pour retrouver la position de «pairs» à laquelle vous êtes sûrement attachés.
Croyez, Mesdames, Messieurs, chers Collègues, à nos sentiments les meilleurs.
Premiers signataires:
Marc Abeles (DE EHESS, DR CNRS membre élu CA)
Mathieu Arnoux (DE EHESS, PU membre élu suppléant CS)
Isabelle Backouche (MCF EHESS membre élue CA)
Stéphane Beaud (Professeur ENS membre élu suppléant CS)
Irène Bellier (DR CNRS membre élue CS)
Alban Bensa (DE EHESS membre élu CS)
Juliette Cadiot (MCF EHESS membre élue CS)
Giovanni Careri (DE EHESS, membre élu suppléant CA)
Jean-Pierre Cavaillé (MCF EHESS membre élu suppléant CA)
Simona Cerutti (DE EHESS membre élue CA)
Valérie Chaufourier (ITA EHESS membre élue CA)
Giovanna Cifoletti (DE EHESS membre élue CA)
Elizabeth Claverie (DR CNRS membre élue CA)
Yves Cohen (DE EHESS membre élu suppléant CA)
Fanny Cosandey (MCF EHESS membre élue CS)
Pascal Cristofoli (IE EHESS membre élu CS)
Sophie Desrosiers (MCF EHESS membre élue suppléante CS)
Béatrice Fraenkel (DE EHESS membre élue suppléante CA)
Jean-Claude Galey (DE EHESS membre élu CS)
Barbara Glowczewski (DR CNRS membre élue CA)
André Gunthert (MCF EHESS histoire membre élu CA)
Pascale Haag (MCF EHESS membre élue suppléante CA)
Elie Haddad (CR CNRS membre élu suppléant CA)
Jean-Paul Hébert (membre élu suppléant CS)
Moritz Hunsmann (allocataire de recherche, membre élu suppléant CS)
Liora Israël (MCF EHESS membre élue suppléante CS)
Christian Jouhaud (DE EHESS, DR CNRS membre élu CS)
Frédéric Joulian (MCF EHESS membre élu CS)
Bruno Karsenti (DE EHESS membre élu suppléant CA)
Isabelle Merle (CR CNRS membre élue CS)
Eric Michaud (DE EHESS, membre élu suppléant CS)
Birgit Müller (CR CNRS membre élue suppléante CA)
Paolo Napoli (MCF EHESS membre élu suppléant CA)
Jean-Claude Penrad (MCF EHESS membre élu suppléant CA)
Sophie Pochic (CR CNRS membre élue CA)
Kapil Raj (MCF EHESS membre élu CA)
Valeria Siniscalchi (MCF EHESS membre élue CA)
Alessandro Stella (CR CNRS membre élu CA)
Isabelle Thireau (DE EHESS, DR CNRS membre élue suppléante CA)
Joël Thoraval (MCF EHESS, membre suppléant CA)
Christian Topalov (DE EHESS, DR CNRS membre élu CS)
Mickael Wilmart (membre élu CA)
Voir la liste des signataires: http://ehess.org/visite/

Lettre à X. Darcos de la Coordination Concours Lettres

Coordination Concours Lettres

  • Société de Langue et Littérature Médiévales d’Oc et d’Oïl
  • Société Française d’Étude du Seizième Siècle
  • Société d’Étude du Dix-septième Siècle
  • Société Française d’Étude du Dix-huitième Siècle
  • Société des Études romantiques et dix-neuviémistes
  • Société d’Étude de la littérature française du XXe siècle
  • Société Française de Littérature Générale et Comparée

Paris, le mercredi 1er avril 2009
À Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale

Monsieur le Ministre,
Bien que vous n’ayez pas encore répondu à notre lettre ouverte du 12 mars, à nouveau, nous nous adressons solennellement à vous en réaction à votre communiqué d’hier. Comme vous le savez, nos sociétés réunissent la plus grande partie des enseignants de littérature française et comparée dans les universités dont vous avez la haute responsabilité. Nous sommes les préparateurs de « vos » concours. Avec nos collègues de toutes les autres disciplines, toutes tendances politiques confondues, nous avons déjà attiré votre attention dans notre lettre du 12 mars sur les effets pervers du projet de réforme de formation des maîtres et des concours de recrutement qu’au mépris de tous les avertissements, vous voulez mettre en œuvre dès septembre prochain. Nous ne reprendrons pas ici notre argumentaire : vous le connaissez.

Après avoir longtemps refusé toute discussion sur le sujet, le 18 mars, vous avez enfin admis la nécessité de ce « dialogue raisonnable » et de cette « controverse argumentée », que nous réclamions vainement depuis des mois. Puis vous avez enfin accepté de maintenir les concours en l’état pour 2010. Nous prenons acte de ce geste de bonne volonté. Il est vrai qu’il n’y avait guère d’autre solution pour tenter de sortir de l’impasse dans laquelle votre Ministère s’était engagé. Mais il est évident que cette demi-mesure ne résout rien, à la fois parce qu’elle arrive trop tard, parce qu’elle laisse ouverts nombre de problèmes insolubles, parce qu’elle ajoute à la confusion. Avec la meilleure volonté du monde, le dispositif prévu pour l’année à venir est impossible à appliquer, et il est étonnant que vous ne vous en rendiez pas compte. Les Présidents de nos universités vous ont pourtant dit, par l’intermédiaire de la CPU, que « les délais actuels de mise en œuvre de la réforme sont incompatibles avec un travail de qualité » (déclaration du 5 mars), et que « la réforme ne peut aujourd’hui être mise en place qu’à partir de la rentrée 2010-2011 et les concours en 2011 » (déclaration du 17 mars). Plus le temps passe, et plus cette évidence s’impose à tous les acteurs potentiels de la réforme, y compris les mieux disposés. Le communiqué très précis et argumenté de la Coordination nationale de la Formation des Maîtres publié le 21 mars met parfaitement en évidence les nombreux aspects techniques qui rendent absolument irréalisable le projet.

Si nous acceptions le dispositif rendu public dans votre communiqué du 31 mars, le processus de mastérisation serait lancé, avec notre complicité, dans des conditions d’improvisation et de confusion inacceptables, dommageables à nos étudiants et au service public. Et tous les risques de la réforme déjà maintes fois rappelés subsisteraient : mise en concurrence des universités, objectifs inconciliables au sein du master, disparition de la 5e année de formation rémunérée, etc. Si nous avons demandé le maintien des concours dans leur format actuel en 2010, ce n’est évidemment pas pour voir la réforme se mettre en place dès 2009 en dépit de toutes les difficultés qui ont été soulevées !

Nous réitérons donc avec plus de force la demande instante que nous vous avons déjà adressée le 12 mars : le report de la réforme dans son ensemble est la seule solution permettant une remise à plat du dossier et une véritable concertation, à laquelle nous devrons être associés (quant au contenu des futurs concours dans un premier temps, puis quant à l’organisation des futurs masters dans un second temps).

Il faut, Monsieur le Ministre, pour dissiper nos craintes et celles de nos étudiants, retirer le projet actuel, rétablir l’année de stage pratique en alternance rémunéré et pris en compte dans la carrière, et avant tout décréter un  moratoire d’une année afin de laisser à une commission représentative le temps de décider du contenu scientifique des concours, de la nature des épreuves disciplinaires, des conditions de préparation et des moyens matériels et humains à prévoir pour assurer aux enseignants de demain une formation digne de ce nom, à la hauteur des ambitions légitimes que vous-même mettez en avant..

Dans l’attente d’une réponse de votre part, nous vous assurons, Monsieur le Ministre, de notre dévouement au service public de l’Education nationale.

  • Joëlle Ducos Présidente de la SLLMOO Professeur de philologie et linguistique médiévales à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
  • Jean Vignes Président de la SFDES Professeur de littérature française de la Renaissance à l’Université de Paris Diderot (Paris 7)
  • Béatrice Guion Secrétaire de la SEDS Professeur de littérature française du XVIIe siècle à l’Université de Strasbourg
  • Catriona Seth Secrétaire générale de la SFEDS Professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’Université de Nancy II
  • José-Luis Diaz Secrétaire général de la SERD Professeur de littérature française du XIXe siècle à l’Université de Paris Diderot (Paris 7)
  • Didier Alexandre Président de la SELFXX Professeur de littérature française du XXe siècle à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
  • Anne Tomiche Présidente de la SFLGC Professeur de littérature comparée à l’Université de Paris Nord (Paris 13)

Merci d’adresser tout courrier à :
M. Jean VIGNES, Professeur à l’Université de Paris 7, 1 quai d’Austerlitz, 75013 Paris jePOINTvignesATfreePOINTfr

« Sauvons les concours de recrutement des enseignants ! »

Proposition de texte/motion à faire signer par les différents jurys de CAPES / Agrégation

« Sauvons les concours de recrutement des enseignants ! »

Nous, membres de différents jurys de CAPES de la session 2009, tenons à exprimer solennellement notre consternation devant la façon dont est géré le dossier de la réforme du CAPES et notre opposition aux mesures préconisées pour les « nouveaux » CAPES.
C’est à partir de notre expérience de membres de ces jurys, constitués d’enseignants du secondaire, des classes préparatoires, des universités, des IUFM et de membres des corps d’inspection nommés pour une période de quatre ans, que nous considérons que ces mesures, si elles étaient appliquées, entraîneraient une très grave dégradation de la formation et du recrutement des enseignants et, à terme, une remise en cause des concours nationaux et une précarisation des personnels enseignants.
Ces mesures conduisent en effet à un affaiblissement inacceptable des contenus disciplinaires des concours sous couvert de «
professionnalisation », alors même que l’année de stage de formation en alternance rémunérée existant actuellement est supprimée dans le projet ministériel. Et les « stages » prévus pendant les deux années des « masters enseignement », facultatifs, ne sont nullement à même de compenser les effets néfastes de cette suppression – ou de sa réduction à une décharge
symbolique lors de la première année d’exercice.
La précipitation qui a caractérisé la gestion de ce dossier, les incessants bricolages qui se succèdent depuis l’annonce de la réforme, les tergiversations, les annonces sans suite, les « mesures transitoires », les incertitudes maintenues sur les modalités des épreuves et les programmes du concours, ont créé un tel climat de confusion et de chaos qu’il est urgent et impérieux de reprendre totalement le dossier pour qu’émerge un projet disciplinairement et professionnellement cohérent.
Dans cette perspective nous prenons acte de l’annonce du ministre concernant le maintien en l’état pour 2010 du CAPES actuel que nous entendons comme le maintien de l’intégralité de ses modalités actuelles, y compris pour les dates du concours et les conditions d’inscription. Cependant, comme l’ensemble des collègues engagés dans la mobilisation contre les réformes actuelles, nous pensons que toute refonte des concours doit être arrêtée à l’issue d’une large concertation et de véritables négociations avec tous les acteurs de la formation des enseignants. Celles-ci supposent un retrait des projets actuels, un réexamen complet du dossier de la formation et du recrutement des enseignants et l’abandon de toute « mesure transitoire » et de toute mise en place progressive de la « mastérisation ».
Nous ne sommes évidemment pas hostiles par principe à toute refonte des concours ni à l’ambition affichée d’élévation du niveau de recrutement des enseignants. C’est dans cette optique que nous tenons à rappeler quelques principes qui sont, selon nous, essentiels pour toute réforme à venir des CAPES :

  • le recrutement doit se faire par concours nationaux, avec un programme national, des épreuves nationales et un jury national unique pour l’admissibilité et l’admission pour toutes les épreuves, associant, comme c’est le cas actuellement, des enseignants des universités, du second degré, des classes préparatoires et des membres des corps d’inspection
  • les lauréats doivent avoir le statut de fonctionnaires-stagiaires, de la fonction publique d’Etat, et pour assurer une véritable formation pédagogique et professionnelle l’année de stage rémunérée de formation en alternance avec un service significativement réduit doit être maintenue
  • l’évaluation du niveau de maîtrise des disciplines doit rester le fondement du recrutement. En conséquence les épreuves, écrites et orales, doivent être disciplinaires et les jurys doivent être composés de spécialistes de la discipline
  • Un lien thématique, quand il existe, doit être maintenu entre les programmes du CAPES et ceux des agrégations afin d’éviter notamment que la préparation à l’agrégation ne soit réservée qu’à un petit nombre « d’établissements d’élite ».

En tant que membres de jury de CAPES soucieux de l’intérêt des candidats, notre responsabilité est en tout premier lieu d’assurer, dans les meilleures conditions d’équité possibles, un concours d’un niveau scientifique élevé, fondement de la légitimité scientifique et professionnelle des lauréats et de la qualité de notre enseignement. Mais il est également de notre
responsabilité de ne pas nous taire devant ce que considérons comme un gâchis et un désordre qui ne peuvent à terme qu’entraîner une dégradation du niveau de recrutement des enseignants, et donc de l’enseignement de nos
disciplines.

Ce texte a été adopté par la majorité des membres du jury du CAPES de :

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